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Magie et pratiques magiques

D n'y a pas de sorciers ni de pratique de sorcellerie, mais des féticheurs.

TlLKENS.

Le Likundu, c'est le diable, l'esprit malin, il est impersonnel et amorphe; on a le likundu comme on a le mauvais œil dans certaines contrées européennes. L'homme ou la 'femme qui ont le likundu sont fort souvent connus ; on sait que par une suggestion quelconque, ils peuvent tuer leur semblable, le rendre malade, détruire ses champs, appeler les éléphants dans ses cultures, faire brûler sa case, rendre la femme stérile ou l'homme impuissant, leur imposer la haine ou l'amour, etc., etc. Mais le Likundu n'agit pas par une simple invocation. Il faut, pour le satisfaire, que celui qui en est possédé se livre à certaines cérémonies, qu'il s'isole pendant la nuit, ou bien qu'il prépare des médecines composées des éléments les plus disparates et surtout d'herbes brûlées et macérées. Le sacrifice de certains animaux peut être également utile pour jeter un sort. Bien que toute personne, ayant le likundu ou supposée telle, soit crainte et souvent haïe, on ne l'inquiète pas, tant qu'un événement quelconque n'a pas démontré son action malfaisante et c'est ici qu'apparaît le rôle du féticheur, lequel accuse telle ou telle personne d'avoir commis tel ou tel méfait, d'être la cause de la mort ou de la maladie, etc.

Védt, Bull Soc. R. B. Géogr., XXVIII (1904), 267.

Celui qui possède Yelemba ou esprit mauvais peut entrer dans une hutte même si la porte est fermée, rendre quelqu'un malade ou le faire mourir, enlever quelqu'un dans les airs.

TlSAMBI.

Si la pluie tarde à tomber, le féticheur fabrique un sifflet dans lequel il siffle et alors la pluie tombe. Il agit de même s'il désire que la pluie cesse et pour chasser les maladies.

TlSAMBI.

Nous avons vu à chaque pas et parallèlement à un fait économique ou social, absolument objectif, s'affirmer des influences ou des concordances psychologiques, subjectives. Elles ont entraîné une série de gestes incompréhensibles, propitiation de gibier, rites de reproduction, croyance à des pouvoirs dynamiques néfastes, taille d'amulettes, médecine du forgeron, médecine des couteaux, médecine du gong, bref, l'ensemble des faits et croyances que les anciens ethnographes entassaient pêle-mêle sous la rubrique " Fétichisme. „

Il sortirait du cadre de ces notes d'exposer ici une critique détaillée de ce vocable " fétichisme „, confondant des phénomènes purement physiques avec des croyances religieuses. Cette étude m'obligerait, en effet, à abandonner les Àbabua pour envisager l'ensemble des Bantu. Je me contenterai de cataloguer la première série de faits sous le nom proposé par van Gennep de " dynamisme „ la seconde sous celui d' " animisme „'.

Pour un Ababua chaque corps est déterminé par une ou plusieurs qualités actives, par un " dynamisme „ spécifique. Cette qualité s'appelle " dawa „, terme que l'Européen a, d'une façon fort incomplète et propre à. créer la confusion traduit par " médecine „. Nous avons vu, par exemple, que le forgeron est l'homme qui connaît les 8 propriétés „ le dawa du fer; et c'est une réponse courante, lorsqu'on veut amener l'indigène à manier un outil nouveau qu'il vous réponde : téibi daiva engé, je n'en connais pas les propriétés.

Le sens du mot dawa se modifie dans certains cas en celui qui correspond, à peu près à notre mot médicament. Le fruit dont le dawa sera purgatif deviendra un dawa purgatif, simple métonymie. Epa dawa na sopo, donne-moi un médicament pour le ventre.

Or, si l'observation des propriétés du corps qu'a fait le demicivilisé correspond à nos connaissances physico-chimiques ou biologiques, nous nous étonnons de sa science, quoique rudimentaire. Mais si une erreur d'observation donne à ce corps des propriétés inexactes selon notre connaissance, ou si même il y a divergence quant à la manière d'utiliser ces propriétés, nous nous esclaffons.

Un indigène souffrant des dents mâche une feuille de solanée, thérapeutique ingénieuse. S'il s'imagine que le dawa de cette plante agit par simple application sur la peau et qu'il s'en pende quelques sachets autour du cou : amulettes, superstitions grossières, rites

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fétichistes, etc. C'est en réalité que nous avons perdu de vue les séquences logiques de l'esprit indigène, qui nous auraient permis de constater que derrière l'apparente bizarrerie de ces croyances se cache un véritable système de généralisation scientifique, une physique de la qualité active dont la médecine populaire n'est qu'une branche assez limitée. En cataloguant les actions extérieures des dawa, nous assisterons à l'ensemble des " sympathies magiques „. La technique propre à cet ensemble de croyances constitue les rites magiques directs; la connaissance de propriété hostiles donneront naissance à des rites négatifs (1).

Il est évident que dans cet ordre d'idée l'Ababua est amené à entreprendre journellement des expériences nouvelles. A côté de connaissances ou de croyances tout à fait généralisées, j'ai rencontré de très nombreuses croyances individuelles, des indigènes possédant des " dawa „ personnels de chasse, de pêche, de culture. Je me souviens qu'un jour revenant d'une chasse heureuse à l'éléphant, un mabinza me proposa de m'acheter la connaissance de ma " médecine de chasse „. ,

Enfin, lors de l'entrée en scène d'hommes spécialisant la connaissance des propriétés du corps, les féticheurs (?) ceux-ci arriveront à fabriquer des médecines nouvelles suivant des recettes secrètes, ce qui donnera bientôt à l'ensemble de leur art ou de leur science un caractère mystérieux, et presque religieux.

Le pouvoir des " médecines „ agit sur l'homme, les animaux et sur la plupart des phénomènes naturels.

L'homme les emploie soit en les absorbant, soit par contact direct, souvent même par influence à distance.

a) Influence lunaire. — La lumière de la lune naissante (ndidi) possède la qualité des choses qui vont en croissant. Aussi, le soir de

i1) Il s'agit évidemment ici de la magie au stade où nous la rencontrons à l'heure actuelle chez la plupart des Bantu.

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la lune nouvelle, alors que sa lumière est encore trop faible pour permettre les danses tardives, on entend cependant dans tous les villages les batteries incessantes des gong.

L'Ababua tend les bras, les mains ouvertes et saisissant les rayons pâles, il s'en frotte le corps pour que celui-ci devienne fort.

Puis prenant une branche de l'arbre lïkungu, il en brûle les feuilles au foyer, se met les cendres sur le front et faisant tourner la branche autour de sa tête, il dit (a) : " L'homme qui m'aime voit son village devenir bon. Je voudrais que pendant cette lune ses couteaux deviennent nombreux „.

Enfin, le jour de la lune nouvelle, le beau-père ou le frère qui doit toucher le payement de sa fille ou de sa sœur, fait cuire " Yelanga „ légume qui se mange dans l'huile de courge, et qui est " une médecine de couteaux „, assurant bonne réussite dans les transactions avec le gendre, le beau-frère. C'est le moment aussi qui est choisi pour tailler les petits sifflets de bois, autre médecine de couteaux, qui se pendent au cou, aux poignets, et dans lesquels on souffle à plein poumons quand on se met en route.

C'est enfin le moment qu'on attend pour entreprendre les actions importantes, un acte de guerre, par exemple.

b) Dawa de force et de croissance. — La peau d'un ngâgé (Phago Boulengeri) petit poisson allongé est garni d'écaillés très dures. Ainsi (Bawenza, Bulungwa) l'enfant est-il à peine né qu'on lui frotte le corps avec ce poisson, dans l'espoir de lui donner la peau forte (2).

De même l'éléphant, le mbo (phacochère) et la bengé (céphalophe sylvicole) sont considérés comme les plus robustes et les plus rapides de la forêt. Aussi, le jeune Ababua, encore aux bras de sa mère, a-t-il très souvent au cou ou aux poignets une médecine faite d'une corne de l'antilope, d'une dent de sanglier ou d'un bracelet de crin d'éléphant. De même chez les Boganga, j'ai vu un morceau de crâne d'ébi (pangolin tricuspide) employé dans'l'espoir de donner à l'enfant une dentition puissante.

Le welle (varan du nil) a une peau très facile à travailler, très employée en art décoratif. Sa rapide croissance donne à ses dépouilles la propriété d'aider le développement de l'enfant. Celui-ci porte généralement soit un collier, soit un bracelet en peau de varan, parfois aussi une griffe enfilée sur une cordelette.

(1) Traduit littéralement du Lingala commercial.

(2) Il faut noter que la plupart des indigènes de l'Uelé placent la force dans la peau. Un malaise général se traduit par : " Je suis malade de toute la peau „. La fatigue est caractérisée par : u la peau devient tendre ,.

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Dans le même but, cette médecine est portée par les femmes quand elles mettent les pieds de bananiers en terre ; un bracelet en peau de varan est quelquefois considéré comme un remède souverain contre les douleurs du foie. Enfin, jetée au feu, elle peut empêcher l'orage.

Un carré de peau de léopard à l'intérieur du bouclier, donnera au guerrier l'agilité et la force.

c) Dawa des plantations. — Un sifflet analogue à celui qui sert à augmenter la richesse en couteaux est employé quelquefois par les femmes au moment des cultures ; chaque bananier mis en terre est salué d'un sifflement aigu qui lui assurera sa croissance.

Le lio, arbre de la forêt, produit d'innombrables petits fruits noirs. Aussi, lorsque seront terminées les semailles de la courge, on jettera quelques-uns de ces fruits sur le champ, afin qu'ils lui communiquent leur qualité (production nombreuse).

Enfin pour éviter aux cultures les souillures des passants qui voudraient venir s'y soulager le ventre, chaque entrée de sentier est garnie d'un piquet planté en terre, dont le sommet fendu en quatre parties enserre quelques fragments d'un fruit purgatif; le malotru qui ne tiendra pas compte de leur avertissement en ressentira une colique méritée.

d) Dawa du village ou toro. — Chez les Asandé, près de chaque hutte, on voit un petit abri où l'on dépose des prémices des repas en propitiation des mânes. On l'appelle " toro „ esprit ou " atoro 8 les esprits. Cette coutume s'est répandue depuis quelque temps chez la plupart des Ababua. Ceux-ci plantent à côté de leur hutte un bâton dont l'extrémité est fendue en quatre branchettes, qu'on réunit par des lianes entrelacées de manière à en former un petit panier conique. Cet objet est désigné sous le nom de " toro „ ... emprunté lui aussi aux voisins du Nord.

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Mais chez l'Ababua, cette coutume a cessé de ressortir au culte des ancêtres. A la fin du repas, on dépose quelques graines de maïs bouillies, un morceau de banane, afin que le village " reste bon „ c'est-à-dire qu'il continue à jouir d'une abondance de vie.

e) Sijmpathies de la partie pour le tout. — Nous avons déjà noté que lorsqu'un chef désire transmettre des signaux à grande distance, on prendra une pincée des sciures laissées lors de la taille du gong et on ira la cacher sous le toit de la hutte la plus éloignée habitée par un des hommes de ce chef.

De cette façon, le son produit par le gong cherchera à retrouver les fragments enlevés de celui-ci. (Voir E. 128.)

Dans le même ordre d'idées, un chef désirant terroriser sa femme volage, lui coupera une mèche de cheveux, les ongles des mains et des pieds, et les enterrera avec d'horribles imprécations. Si l'épouse se méconduit, elle mourra comme meurent les quelques fragments cutanés qu'on lui a enlevés.

f) Dawa de chasse et de pêche. — Au moment de partir en chasse, il est de bonne coutume d'attacher aux filets un fruit pyriforme, le songo nyamé ou " nez de la bête „ ; sa forme ressemble quelque peu au museau allongé de l'antilope. Aussi ces dernières ne forceront plus la ligne des traqueurs en faisant demi-tour devant les filets, mais viendront s'y empêtrer. Un petit morceau d'aérolithe ou titica mangbe, excrément de la bête-foudre, placé près des pièges et trébuchets d'une enceinte de chasse fixe, attirera les animaux de la forêt.

Il est de très mauvais présage pour un chasseur qui part, de s'entendre appelé par son nom. C'est ainsi que mon porte-carabine qui plusieurs fois était resté sans broncher à mes côtés à des moments critiques, refusa un jour de marcher parce qu'au moment de prendre une piste de buffle, un homme de son village l'avait interpellé !

Si un Ababua donne un pas de conduite à un chasseur, avant de se séparer de lui il aura soin de cueillir une herbe, et de la lui tendre, afin qu'il en arrache la moitié, promesse de chance qui rappelle quelque peu la coutume latine du fétu brisé.

Enfin tout chasseur devra s'abstenir de contacts sexuels la veille de la chasse, de même que la femme qui tromperait son mari parti en battue, serait la cause d'un accident.

g) Daiva de V accouchée. — Lorsqu'une femme vient de s'accoucher, surtout dans la région occidentale, elle plante au bord du sentier, à proximité du village, un piquet semblable à celui du toro.

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Chaque passant cueillera une feuille, crachera dessus et la déposera au pied du piquet, pour souhaiter la chance à la mère et à l'enfant. Il semble que cette coutume est d'origine mabinza. Chez ceux-ci en effet, le crachat est considéré comme un porte bonheur. Un de mes amis, chassant dans l'hinterland de Bumba, vit un jour, avec surprise, défiler une à une, devant lui, toutes les femmes du village, qui venaient cracher dans sa direction, afin de lui souhaiter le succès.

h) Dawa de diverses techniques. — Ainsi que nous l'avons vu et noté, le seul métier qui exige la connaissance d'un dawa est celui du forgeron. Ce dernier vend souvent son secret. (Voir B. 56.)

Nous avons vu également les interdictions sexuelles qui pèsent sur le chasseur, la femme de celui-ci, ainsi que sur la potière ; un contact masculin est même fatal aux pots façonnés et non cuits (Voir B. 55).

De la croyance au " dawa „ du fer peut se rapprocher la crainte que le minerai inspirait à un Moganzulu; fait que je n'ai pu noter qu'une seule fois. Cependant d'une façon générale, non seulement l'Ababua, mais toutes les autres populations de l'Uelé, attribuent aux haches néolitiques dont la matière première est l'oligiste une vertu néfaste. L'homme qui les trouve est assuré de voir mourir à bref délai un de ses frères. (Voir B. 56.)

Enfin, on m'a signalé, sans que j'ai pu le contrôler, que dans la région mobengé et probablement sur le Likati, une croyance semblable frappe le banga qui serait une hache de dimension quelque peu supérieure au mbono actuellement usagé, et qu'on trouve en terre. C'est à cet outil qu'il faut attribuer les véritables épidémies de crises épileptiformes qui sévissent chez l'indigène et sont nommées ganga.

i) Sympathies du nom. — Deux indigènes de tribus différentes et qui portent le même nom s'appellent ndoï. Les ndoï se traitent comme des frères, se reçoivent les uns chez les autres avec une large hospitalité.

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j) Datva divers. — A ces médecines se rattachent encore de très nombreuses médications contre les maladies, qui nous semblent plus naturelles parce que plus proches de notre thérapeutique. La connaissance de ces simples très nombreux est spécialisée par quelques individus.

Le docteur Védy dit à ce sujet : u Parmi les végétaux employés pour traiter les maladies, il en est certainement dont l'action est des plus utiles. Malheureusement la plupart des plantes médicinales qu'il emploie ne sont connues que de lui seul. Quelques écorces purgatives sont employées couramment par les indigènes; ils usent aussi de quelques poudres de bois pour la guérison des ulcères. „

L'inflammation des yeux se traite par des collyres extraits de la feuille de la plante à sel. Un homme tombé en syncope est rappelé à la vie par l'insufflation de quelques grains de sel dans le nez. Des feuilles de solanée mâchées calment les douleurs des gencives, un collier de petits sachets renfermant des morceaux de bois guérit les maux de dents. De nombreuses infusions de feuilles diverses sont employées dans d'autres cas, notamment contre le pian (gongoli), la syphillis (deffengé) et la blennhorragie (néné); les malades atteints des deux premières affections sont du reste immédiatement isolés dans une hutte située à l'extrémité du village. Au contraire, l'Ababua semble ignorer que la lèpre est contagieuse. Quant à la blennorragie, elle se contracterait en marchant à l'endroit où un malade vient d'uriner.

L'éléphantiase et le goitre sont fréquents et non traités ; il semblerait que le paresseux et le hibou, animaux de mauvais présage, ne sont pas étrangers à l'éclosion de ces deux affections.

La vie continue, dans la forêt humide, occasionne de fréquentes bronchites, pneumonies et arthrites.

Ces affections sont soignées en faisant des scarifications en petites incisions parallèles. Les mêmes incisions servent parfois à inoculer quelques médicaments; nous avons vu que le sang menstruel appliqué de la sorte a la vertu de provoquer la stérilité de la femme ; mais que si les cicatrices sont ouvertes à nouveau, la fécondité reparait.

Le médecin Ababua sait également poser des moxas. Il applique sur les incisions la base d'une corne d'antilope dont le sommet a été perforé, et il y fait le vide en aspirant l'air. Il bouche ensuite l'ouverture avec une boulette d'herbe mâchée qu'il avait en bouche. Après quelques minutes, il permet la rentrée de l'air et l'écoulement du sang tiré.

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Les mères soignent les coliques des nourrissons à l'aide d'infusions tièdes données en lavements à l'aide du mbolu, petite calebasse sur lequel onlute un mince tuyau.

de Galonné, Mouv. Soc. Int., I (1909), 384-390.

La mort d'un homme jeune ne semble jamais naturelle à un Ababua. Elle est la conséquence d'une influence maligne, du mauvais œil, de ce qu'on appelle en langue commerciale le likundu. Il semblerait notamment que le développement anormal de la vésicule biliaire soit un indice certain de la présence de V elimba.

Ce sort peut avoir été jeté comme vengeance par un des rites magiques directs, comme celui que j'ai noté antérieurement; tout indigène connaît ses procédés d'envoûtement. Mais le plus souvent on attribuera le décès à l'influence directe d'un jettatore, le moto ma elimba. Cet homme, même sans être mal intentionné, a une action néfaste pour ceux qui l'entourent. Cette vertu magique, ce daiva, se trouve localisé dans la poitrine ou dans le ventre ; elle apparaît parfois sous forme d'une vapeur blanchâtre ou d'une petite flamme dentelée sortant de la bouche.

Un second type d'individu néfaste est réalisé par la femme du léopard. Une puissance mystérieuse analogue la pousse à errer dans la forêt, pour y rechercher des relations sexuelles avec le fauve. Celui-ci, par contre, viendra dans les villages, et y enlèvera les hommes que cette femme lui aura désignés. de Calonne, Mouv. Soc. Int., I (1909), 390-391.

Au sujet du léopard, il existe une croyance générale et commune à peu près à tous les indigènes du bassin du Congo. Les Magbwanda comme les Bokiba affirment que les indigènes à Elimba ont sur les léopards un pouvoir absolu. Grâce à certains sortilèges propres à les apprivoiser, ils parviendraient à leur donner des ordres et à

Ababua. Congo. D, 106.

envoyer un léopard dans un village désigné en vue de prendre et de tuer une personne déterminée.

Ils accusent les femmes à Elimba d'avoir des mœurs de Lesbiennes et de bestialité. Ils prétendent qu'elles ont des rapports avec les léopards. Ces singulières amours donneraient comme fruits de jeunes léopards, quelles cachent et soignent dans la forêt. Ces animaux, devenus grands, resteraient aux ordres de leur mère-femme et exécuteraient fidèlement les ordres qu'elle leur donne. Ces femmes découvertes ou accusées, son impitoyablement exécutées si le benget consulté déclare l'accusation exacte.

Hutereau, de Galonné et Maes, Afin. Musée Congo, Sér. III, t. I, fasc.l (1909), 104.

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a) Idées philosophiques et religieuses.

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