D- — EVOLUTION ANATOMIQUE
L’évolution anatomique générale de l’abcès encéphalique est la suivante :
1° Stade d’encéphalite non suppurée.
Souvent, tout au début, et quelle que soit la voie par laquelle les microbes sont arrivés dans le cerveau, il y a un stade d’encéphalite non suppurée. Comme dans un furoncle, tout autour de cette zone encombrée de microbes où affluent les leucocytes, se développe un œdème cérébral, qui, selon Dandy, va augmenter progressivement pendant les 48 à 72 premières heures. La figure ci-dessus, empruntée à cet auteur (fig. 2), montre ce stade.
Fig. 3. — Abcès du cervelet sans coque. On
lingue déjà la réaction de défense qui limite la cavité purulente.
2° Stade d’abcès sans coque.
Si le malade ne meurt pas au premier stade, — et nous dirons les indications thérapeutiques médicales et chirurgicales alors urgentes, — le pus se forme. A la périphérie du foyer de suppuration, les réactions de défense tendent à le circonscrire. Mais l’abcès n’est pas encapsulé. L’œdème cérébral diminue. L’abcès, d’abord petit, va augmenter aux dépens de la masse blanche centrale. Les deux figures ci-dessus montrent ce stade dans un cas d’abcès du cervelet, que l’un de nous a jadis étudié avec son regretté maître, J. Jumentié, au Laboratoire de la Fon-
dation Déjerine (fig. 3), et dans un cas d’abcès occipital (fig. 4) du Service Neuro-Chirurgical de la Pitié.
Fig. 4. — Abcès occipital multiple et sans coque.
Noter dans ces abcès métastatiques (dilatation des bronches) ld réaction de défense qui, dès son début, tend à les circonscrire
Fig. 5. — Abcès cérébral à coque. Abcès multiples datant de trois semaines. Noter l’épaisseur de la coque dans un temps aussi court (d’après Dandy).
3° Stade d’abcès avec coque.
Tôt ou tard les abcès du cerveau ont tendance à s’enkyster.
Les abcès métastatiques sont ceux qui s’enkystent le plus souvent et le plus vite.
La figure 5, empruntée à Dandy, montre l’épaisseur que peut avoir cette coque en trois semaines seulement.
Fig. 6. — Schémas opératoires montrant : a) le volet; b) l’ablation de l’abcès frontal droit profond à coque (P.
Puech).
Les figures 6 et 7 montrent le premier cas d’abcès métastatique à coque enlevé par l’un de nous d’un seul bloc, avec succès, dans le service du docteur Vincent.
Les abcès otitiques peuvent également s’enkyster, et la figure 8 en montre un cas opéré par le D' Vincent.
Les abcès d’origine sinusale s’enkystent également. La
figure 9 montre un cas d’abcès à coque du cerveau consécutif à une sinusite frontale et opéré par M. David.
Fig. 7 a . — Abcès à coque métastatique. Pièce opératoire (P. Puech). L’abcès (50 grammes) tel qu’il a été enlevé d’un seul bloc.
Fig. 7 b. — Abcès à coque métastatique. Pièce opératoire (P. Puech). L’abcès sectionné après l’intervention.
Les abcès traumatiques peuvent aussi s’enkyster. La figure 10, empruntée au travail1 de Hugh Gairns et Ch. Donald, a trait à un abcès encapsulé, consécutif à une plaie par arme à feu, et enlevé d’une seule pièce.
Fig. 8 a» — ■ Abcès à coque otitique. Pièce opératoire (Cl. Vincent). L’abcès (20 gr.) tel qu’il a été enlevé d’un seul bloc.
Fig. 8 b. — Abcès à coque otitique. Pièce opératoire (Cl. Vincent). L’abcès sectionné après l’intervention.
(1) Hugh Gairns et Charles Donald. The diagnosis and treatment of abscess of the brain. Proceedings of the Royal Society of Medicine. Octobre 1954.
4° Stade de guérison.
Spontanément, plus souvent qu’on ne le pense pour Dandy, les abcès du cerveau peuvent guérir. Il est possible qu’ils guérissent alors sans laisser de traces, ou tout au plus une zone cicatricielle circonscrite qui, située en pleine substance blanche ou dans une zone muette, sera bien tolérée.
Fig. 9. — Abcès à coque sirausien. Pièce opératoire
(M. David). L’abcès (GO gr.), tel qu’il a été enlevé d’un seul bloc.
Dans d’autres cas, la coque reste. Pendant tout un temps, elle peut être l’amorce de récidives. Puis le pus peut devenir rigoureusement stérile. L’un de nous a pu opérer ainsi avec succès deux abcès intracrâniens à pus mort. Enfin cette coque peut se calcifier, ou bien laisser un corps étranger intracérébral qui peut être l’occasion de séquelles sérieuses. La figure 11, empruntée à Dandy, montre la cicatrice d’un abcès aigu datant d’un an, situé dans un lobe frontal qui fut réséqué par l’auteur pour cause d’épilepsie.