CONCLUSIONS
I. — Les abcès du foie surviennent trés rarement comme complication de la fièvre typhoïde et ceci très vraisemblablement à cause du rôle protecteur du foie ‘antimicrobien et antitoxique.)
II. — Si ces abcès sont excessivement rares en Europe, dans les pays tropicaux ou intertropicaux où le foie est rapidement touché, la fièvre tvphoïde semble provoquer lhépatite suppurée relativement plus fréquemment. Dans le même ordre d'idées le lithiase biliaire semble être une cause prédisposante.
La gravité de la maladie ne semble pas intervenir ‘comme cause occasionnelle des abcès du foie d’origine typhique : ona vu des cas d’hépatite suppurée compliquer aussi bien les formes adynamiques graves que les formes les plus bénignes de la dothiénentérie.
IT. — Les suppurations hépatiques d’origine typhique revêtent au point de vue anatomo-pathologique deux modalités principales ;
A. — La première est caractérisée par la petitesse
et la multiplicité des fovers. Déjà étudiée par certains auteurs et en particulier par Romberg, elle répond :
1° Aux foyers métastatiques multiples secondaires 4 la suppuration d'une autre partie du corps pendant le cours de la dothiénentérie, et analogues à ceux développés dans le foie au cours des pyémies.
2 Aux formes diffuses de la périangiocholite. d’origine tvphique par ulcération typhoïdique des voies bilaires, lésions qui paraissent être excessivement rares.
3 Aux formes diffus?s de la péripyléphlébite d'origine tvphique consécutive dans tous les cas à une suppuration juxta-iIntestinale où à une lésion ulcérogangréneuse de l'intestin et en particulier de l’appendice.
B. — La seconde modalité absolument assimilable au po'nt de vue anatomo-pathologique à l'hépatite circonscrite suppurée d'origine dysentérique correspond à des collections purulentes uniques. Dans ces cas, pas de lésions ulcéro-gangrèneuses de l'intesun, pas de foyers purulents juxta-intestinaux, rien dans l'app:n lice : les ulcérat'ons intestinales typhoïdiques sont dans ces cas en voie de cicatrisation et on ne constate pas à leur niveau de processus gangrèneux.
IV. — Les germes infectieux partis des uleérations intestinales typhoïdiques, peuvent pénétrer par trois
VOIES 7° 1° a. — Par la voie biliaire : abcès multiples. 20 b, — Par la voie artérielle : abcès multiples.
3% ce, — Par la voie portale : iei deux catégories ;
Bee
a, — Ilse produit une prléphlébite suppurée ou adhésive: l'infection se propage alors par continuitélelong des parois de la veine porte jusque dans le foie où le processus aboutit à la formation d’abcès multiples par pyléphlébite. Dans ces cas les lésions hépatiques, absolument semblables aux lésions appendiculaires en reconnaissent la même pathogénie. Et d’ailleurs toujours on les a vues succéder à des su puratious Juxta-intestinales le plus souvent péri-appendiculairas ou à des lésions ulcéro-gangréneuses de lPintestin et en particulier du cœcum et de Pappendice.
b. — Il ne se produit pas de pyléphlébite, dans Pintestin on ne constate pas de lésions ulcéro-gangrèneuses, au contraire les ulcérations tvphoïdiques des plaques d: Peyer sont trouvées presque complètement cicatrisées. Dans les cas de ce genre il s’est produit dans le foie de grandes collections purulentes uniques. Pour en expliquer la pathogénie, il nous semble devoi: admettre que ces abcès uniques ont éte consécutifs à des embolies septiques parties directement des plaques de Peyer et n'ayant laissé aucune trace de leur passage sur la rive porte,
V. — Les examens bactériologiques du pus de ces abcès semblent appuyer cette explication pathogénique : la division en abcès multiples et en abcès uniques se retrouve ici.
Dans tous les cas d'abcès multiples par pyléphlébite ou par lésions ulcéro-gangréneuses de l'intestin on a noté que le pus du foie présentait les caractères du pus gangréneux fétide,
L'examen microscopique direct dans le cas de Lannois à montré la présence de plusieurs formes microbiennes différentes dans le pus, alors que la culture n'a permis d isoler que le bacille d'Eberth. Il est probable, d’après les recherches de MM. Veillon et Zuber sur les pus fétides que dans ce pus polymicrobien il existait des espèces strictement anaérobies.
D'autre part dans le cas de Boulloche, dont le pus paraissait stérile, cultivé en milicux aérobies, on a pu déceler par les cultures anaérobies la présence de quelques colonies strictement anaérobies.
Ces faits nous permettent de conclure que dans les cas d'abcès du foie multiples d’origine tvphique et consécutifs à une pyléphlébite, à une suppuration juxtaintestinale ou à des lésions ulcéro-gangréneuses de l'intestin, il conviendrait dorénavant de rechercher toujours la présence dans le pus d’espècés microbiennes strictement anaérobies que l'on trouverait probablemnt associées au bacille typhique.
VI. — Dans les deux cas d’abcès unique où on a pratiqué des recherches bactériologiques, l'examen microscopique direct du pus, comme d’ailleurs les cultures en divers milieux n’ont révélé la présence que du bacille d'Eberth pur, dans uncas ,etassocié à detrèsrares co'oni.s de staphylocoques dans l’autres cas. Le bacille d'Eberth, seul, est capable de faire du pus au sein du tissu hépatique, mais il est à noter que dans le foie, ce bacille semble perdre beaucoup de sa virulence.
VIL. — Les symptômes del hépatite suppurée d'origine typhique sont à peu de chose près les mêmes que ceux
de l'hépatite suppurée en général. Le fait que ces abcès se développent au cours de la dothiénentérie fait qu’ils affectent le plus souvent une marche aiguë alors que l'hépatite suppurée des PAYS chauds évolue le plus souvent d’une facon insidieuse. Les abcès du foie d'origine typhique se manifestent presque toujours brusquement vers le quatrième ou cinquième septennaire de la dothiénentérie, au moment où la défervescence semble vouloir se faire. La température s’élève subitement en même temps qu’apparaît un frisson violent, puis la douleur et les autres symptômes de Péhpatite suppurée peuvent apparaître. Malheureusement le début brusque de l’hépatite offre souventdes analogies frappantes avec celui de la péritonite par perforation, de la cholicystite, de angiocholite ou de la pleurés'ie et ces diagnostics sont plus facilement portés.
D'autre part la suppuration hépatique est, dans certains cas passé: inapcrçue. Le diagnostic de cette complication de la dothiénentérie est très souvent impossible.
VII. — Néanmoins, averti de son existence possible, le praticien doit s'imposer l’examen journalier du foie dans le cours de la dothiénentérie et il pourra probablement diagnostiquer l'hépatite suppurée.