ÉTUDE CLINIQUE
Etiologie et Pathogénie.
La plupart des causes prédisposantes sont celles relevées d'habitude pour les autres genres d’abcès de la région. En premier lieu vient évidemment le sexe féminin. L’abcès du sein est, on le sait, une affection exceptionnelle chez l’homme à part la mastite de la puberté, assez rare encore et celle du nourrisson. Auxquels cas on à d’ailleurs plus souvent affaire à une fluxion glandulaire qu’à une véritable suppuration. La gale apparaît donc chez l’homme comme une des principales causes pouvant amener cette suppuration; nous en avons rapporté un exemple. Les autres causes prédisposantes se retrouvent ici; il est classique de signaler la tuberculose, l'alcoolisme, l’albuminurie et surtout le diabète comme préparant le terrain à l'infection mais les principales seront la grossesse avec sa réaction fluxionnaire des mamelles; l’allaitement avec les traumatismes incohérents à cette fonction, rendus ici plus faciles par la fragilité cutanée et les érosions du tégument
dues à l’eczéma antérieur ou aux lésions de grattage.
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La grande cause occasionnelle est en effet le grattage où les malades eux-mêmes reconnaissent en général l’origine de leurs maux; les démangeaisons consécutives soit à la lésion acarienne, soit à l’eczéma du mamelon, sont en effet si vives que le galeux résiste mal au besoin de se gratter surtout s’il est de tempérament nerveux; il ouvre bien vite une porte d'entrée au microbe. En dehors de la gale et de l’allaitement, cette condition essentielle de l’infection : la solution de continuité des téguments, est assez peu fréquemment réalisée ; cela explique la rareté relative des abcès dans la grossesse simple : sur 292 cas relevés par Velpeau dans son traité, dit Boutet, nous n’en avons trouvé que 15’ qui aient 6t6 observés chez des femmes enceintes. Bilbroth sur 90 cas, en a vu 44 pendant la lactation et 4 pendant la grossesse. Dans la statistique du Service de Champetier de Ribes, sur 500 accouchées dont la grossesse a été observée pendant une durée de 6 mois nous ne relevons que 2 cas de lymphangite avec induration des lobules mammaires, sans suppuration. Dans Delbet et Le Dentu nous trouvons comme pourcentage de femmes enceintes atteintes d’abcès, d’après Lenormand et Lecène, seulement 4 à 5 %.
Mais ici intervient presque inévitable le traumatisme causal qui ouvre la voie au microbe.
Celui qui constitue le plus fréquent facteur d'’infection est le staphylocoque... Comme'le faisait remarquer Boutet, l'infection streptococcique est plus rare. — Elle n'existe en général qu’à titre secondaire dans nos
observations.
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Anatomie pathologique. — Nous rappellerons d’abord à grands traits l'anatomie des lymphatiques de la région. Poirier décrit d’abord : les Ilymphatiques cutanés, réseau à mailles extrêmement serrées, disposées sur plusieurs plans, d’où partent de nombreux troncules qui se jettent immédiatement dans le plexus sous-aréolaire de Sappey, plus volumineux et dans lequel viennent également se jeter la plupart des troncs de la glande mammaire elle-même; — Les lymphatiqués glandulaires en ? gros troncs partis du plexus : le tronc interne qui entourant le bord inférieur du plexus sous-aréolaire se dirige ainsi vers le creux de l’aisselle; le tronc externe, en général moins volumineux , qui se porte directement en dehors vers le creux de l’aisselle; — des lymphatiques profonds, sousmammaires, rattachés au territoire antérieur du thorax. — Enfin il décrit les voies accessoires et spécialement une voie mammaire interne : « formellement niée par Sappey...; les troncs qui constituent cette voie, naïissent de l'extrémité interne de la mamelle; ils suivent le trajet des artérioles que la mammaire interne envoie à la glande mammaire. Comme ces derniers, ils perforent le grand pectoral et les muscles intercostaux internes pour se jeter dans les ganglions de la chaîne mammaire. Rotter a vu sur le trajet de l’un de ces vaisseaux un petit nodule ganglionnaire, inclus dans l'épaisseur du grand pectoral. »
(Rotter rapporte en effet que dans le territoire de
la mammaire externe, il a pu arriver « à préparer Jus-
Ho.
qu’à 3 ganglions. Le médian se trouvait ? fois à l’intérieur du muscle, alors que les autres se trouvaient entre la surface du muscle et le fascia inférieur; ceux-là aussi sont inconstantsh. Les lymphatiques du sein peuvent arriver à ces ganglions (de la chaîne mammaire interne) par un trajet notablement différent. Cest ainsi que Œlsner a vu partir du bord inférieur de la mamelle de petits collecteurs qui après avoir traversé le grand pectoral, pénétraient dans le thorax par le 4° espace intercostal au niveau des articulations chondrocostales. Ces vaisseaux se résumaient alors en un tronc unique qui allait aboutir dans un ganglion de la chaîne mammaire interne, après avoir présenté sur son trajet un nodule ganglionnaire placé au niveau de la, partie moyenne du quatrième cartilage costal… L’intégrité habituelle de ces ganglions (dans le cancer du sein) s'explique vraisemblablement par l’atrophie de cette voie dans la mamelle sénile. »
Ces dispositions anatomiques expliquent bien les diverses variétés d’abcès. Comme le dit Ricard, l’infection localisée aux lymphatiques superficiels entraînera L abcès sous-cutanés circonscrits ou diffus de l’aréole ou du sein. Si cette inflammation au lieu de rester limitée gagne les lymphatiques qui circulent dans le tissu cellulaire, elle entraînera l’abcès parenchymateux (mastites, paramastites). Si l’inflammation, s'étendant encore plus profondément gagne les lymphatiques qu pénètrent dans la loge sous-mammaire, elle entraînera
l’abcès rétro-mammaire.