‹ Les Abcès du Sein: Dans la GaleChapitre 4 sur 13 · PRÉAMBULE · texte numérisé non relu

PRÉAMBULE

Les descriptions qui ont été données de la gale, affection si commune, surtout depuis la guerre, sont certes fort nombreuses. Et, parmi les complications signalées comme fréquentes, une des plus habituelles est l’eczéma du sein et du mamelon; si habituelle même que les auteurs en ont souvent fait un véritable symptôme, presque un signe pathognomonique.

Il est frappant dans ces conditions de constater, que parmi les infections très souvent surajoutées on n’ait guère décrit l'infection plus profonde de la région mammaire, et particulièrement l’abcès du sein.

En effet, au milieu de tant de monographies ou de travaux consacrés à la gale d’une part, aux abcès du sein, d'autre part, nous n’avons rencontré, rapprochant ces deux affections en un rapport de cause à effet, que de courts passages, et encore sont-ils peu nombreux.

La question ayant été à peine esquissée par la plupart des auteurs, il nous a paru intéressant de la préciser un peu plus, et de faire remarquer l'importance pratique que présente une telle aggravation qui, s'ajou-

tant à une incommodité bénigne, en elle-même, lui

apporte un surcroît marqué de durée el de souffrance.

Qu'on nous permette ici de remercier respectueusement M. le docteur Milian, qui avec sa coutumière bienveillance après nous avoir inspiré le sujet de cette thèse, a bien voulu nous guider de ses conseils éclairés et nous autoriser à publier 3 cas observés dans son service. Ceux-ci, survenus presque ensemble, avec un autre qui nous est personnel nous ont incité par leur coïncidence, à penser que cette complication serai plus fréquente qu'on le pourrait croire. Et, en effet, ce n’est pas une rareté, semble-t-il, à la consultation de Saint-Louis. C’est pourquoi nous avons tenté d’en pré-

ciser divers points.

Historique. — \ux environs de 1850, la gale soulève des discussions passionnées, mais on en est à douter de l’existence de l’acare jusqu’à la preuve apportée par l’étudiant corse Renucei eu 1834. De nombreux savants, comme Raspail, Green Bazin, Hardy. prennent part à la controverse et Bourguignon. vers 1843 se consacre longuement à l'étude du parasite. Mais on se cantonne encore dans les grandes lignes de l’entomologie et de la symptomatologie. Hardy dans de brillantes lecons en fixe les traits et signale nombre de complications, énonçant entre autres l’aphorisme qui a pris depuis force de loi :«en dehors de la grossesse et dé la lactation l’eczéma des seins est d’origine galeuse. »

Au milieu des thèses les plus complètes traitant des

gales compliquées, celle de Gourdeau en 1856 en fait

une bonne étude mais cite seulement la possibilité « de petits abcès sous-cutanés ».

Lanquetin, en 1858, fait de la gale un historique fort complet, et d’une remarquable érudition; et pourtant dans cet exposé très fouillé nous ne trouvons pas indiquée la complication qui nous occupe.

Parmi les auteurs contemporains, Leloir (in : de la gale et des accidents paragaleux; Bull. méd. Paris 1894) cite : «les pyodermites paragaleuses ».

« D'abord localisées au niveau des foyers de prédilection de l’acare, c’est-à-dire aux mains ... aux seins... etc., ces pyodermites affectent des foyers de localisation tellement précis. L'on voit fréquemment survenir chez les galeux des furoncles plus ou moins nombreux; on les observe d'ordinaire aux bras. aux fesses, aux aisselles... Des Ivmphangites des phlegmons peuvent être la conséquence de ces pyodermites ».On le voit. dans cette énumération, les abcès glandulaires du sein ne sont pas nommés expressément.

Gaucher (in: dela gale; éruptions secondaires, complicat., diagnostic, /nd. Méd. Paris 1900) cite les suppurations «les abcès dermiques » mais ne précise pas davantage.

Thibierge, dans un article sur la gale (Revue gén. clin. el lhérapeul. Paris 1906) signale qu’on observe parfois de véritables suppurations: il n'en précise pas le siège et lorsqu'il parle de localisation aux seins, c'est surtout à l’eczéma qu'il pense, comme le montre

la citation faite plus loin de la formule de Hardy.

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Pas de précision plus grande non plus dans l’article de Brocq ( la gale Bull. méd. Paris 1910). |

Dans les traités récents de dermatologie la question n’est guère envisagée. |

Dans Besnier Brocq et Jacquet, Pralique dermalologique, ni dans la Dermalologie Pralique de Brocq, ni dans le Précis de dermalologie de Darien nous n’en trouvons mention non plus que dans la Dermalologie en clientèle de Gougerot.

Les chirurgiens paraissent d’autré part avoir plus souvent noté cette étiologie des abcès du sein. Velpeau dans son «Traité des maladies du sein » cite seulement les crevasses.. eczéma chronique... mais Gosselin indique nettement la gale, entre autres facteurs.

Dans les nombreuses thèses consacrées à ce chapitre de la pathologie externe, nous trouvons relevé à plu sieurs reprises ce facteur d'infection.

Ricard, en 1880, dans son chapitre d’étiologie fait figurer la gale: expliquant l'infection mammaire par la démangeaison locale « la femme étant portée à se gratter et par conséquent à s’écorcher » il donne une observation très nette, la seule d’ailleurs que nous ayons pu trouver dans la littérature et que nous reproduisons plus loin. |

Bennezon, à ce propos, cite Hardy : « Cet eczéma. se complique de petits abcès sous-cutanés dans les mamelles et aux aisselles » mais c’est bien vite de l’eczéma seul qu'il s’agit de nouveau : « Aussi lorsque je

constate de l’eczéma aux seins d’une femme qui n’est

PES ae

ni enceinte, ni nourrice, je ne manque pas de rechercher immédiatement les signes caractéristiques de la gale,

et je les trouve dans la presque unanimité des cas. Je ne saurais trop insister sur cette observation clinique que j'ai énoncée depuis plusieurs années et qui peut aider au diagnostic de la gale. » Puis, plus loin, dans la même thèse : «Dans l’autre cas (c’est-à-dire comme abcès en dehors de la grossesse) il s’agit d’une pustule siégeant au sein et due à la gale».

Piante rappelle à ce sujet l'opinion de Gosselin et les thèses de Boutet et de Ricard.

En Allemagne Karst, en 1880, en rapporte ? cas observés dans sa pratique personnelle et autour de lui: il en tire l'indication d’une prophylaxie soigneuse de l'infection au niveau des seins, en cas de gale. « Comme conclusion à ces lignes, écrit-1l encore finalement, cette remarque que dans la littérature que j'ai sous la main je n'ai trouvé ce rapport causal entre scabies et mastite, ni signalé, ni encore beaucoup moins décrit. »

Dans les ouvrages de chirurgie récents, cette étiologie est citée, mais d’un seul mot par Delbet et Le Dentu; il n’en est pas parlé dans Duplay et Reclus.

En somme, parfois signalés dans les thèses anciennes, il semble que les faits que nous occupent aient été laissés dans l’ombre depuis quelques années et que les traités les aient en général négligés. Le point paraît, il est vrai, un peu spécial pour être abordé dans des études d’un plan aussi vaste: il n’en est pas moins intéressant en pratique, puisque c’est coup sur coup que nous avons

pu recueillir les observations qui suivent.

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