‹ Les abeillesChapitre 10 sur 16 · Assmuss, Die Parasiten der Honigbiene · texte numérisé non relu

Assmuss, Die Parasiten der Honigbiene

is, y insinuent leur tête et deviennent la tation d'autant plus vive qu'elle dure denps et qu'elle est causée par un plus grand animalcules. Elle devient souvent intolérable, au point que l'Abeille énervée, à jjout de résistance, périt dans les convulsions. C'est ce que l'on a appelé la rage. Un apiculteur a perdu ainsi, dans vingt-trois ruches, la moitié des ouvrières et neuf reines. Ces petites larves, en effet, une fois introduites dans la ruche par les butineuses, passent d'une Abeille à l'autre, et peuvent ainsi s'attacher à la reine. On ne saurait indiquer aucun remède contre de pareils désastres. Ils sont heu- 1^^^ reusement rares. Comme

^^^^ mesure préventive, d'ef-

^PWB^ licacité bien douteuse, il

S^J'v^ est toujours bon de dé-

truire les Méloés adultes que l'on rencontre, chaque femelle tuée représentant envi ron5000 œufs supprimés.

3ns point, même pour mémoire, de quelîtes qu'on peut, de loin en loin, trouver vivant aux dépens des Abeilles, non plus helminthes, qui parfois se développent es». C'est à peine si nous devrions aussi

- Adultes. Larve in et larve secon-

mentionner les araignées, qui ne sont pas plus particulièrement nuisibles aux Abeilles qu'à tout autre insecte volant. Elles font cependant de nombreuses captures, ][Uând leurs toiles sont tendues non loin des ruches, sur e passage des butineuses. L'apiculteur aura toujours avantage à faire disparaître ces filandières.

Nous consacrerons quelques lignes, vu son étrangeté, à un parasite, dont a longtemps ignoré les véritables rap- 3orts avec l'Abeille, le Braula cœca, connu des apiculteurs sOUs le nom de pou des Abeilles (fig. 25, é).

C'est un petit Diptère, dépourvu d'ailes, privé d'yeux, ie couleur brune, long de 1""»,5. Cet animalcule se tient mr le corselet ou sur la tête de l'Abeille, cramponné jolidement à ses poils, à l'aide de quadruples crochets terminant chacune de ses pattes. Il se meut avec une agilité surprenante sur le corps velu de l'Abeille, et c'est merveille que de voir la dextérité de ce petit être dénué ie vue, la facilité avec laquelle il déjoue les efforts que l'on fait pour le séparer de son hôte, sa déconvenue stupide quand on y a réussi, sa promptitude à regrimper sur son véhicule, dès qu'il a senti le contact du moindre poil de l'Abeille.

« Ayant pris un jour une Abeille portant un de ces pous, je lui serrai un peu fortement la tête entre les mors d'une pince, afin de la rendre immobile et m'emparer aisément du petit parasite. L'un et l'autre, portés sur ma table de travail, y furent abandonnés quelque temps sous une cloche de verre.

« Quand je revins à eux, je ne fus pas peu intrigué de voir le petit parasite dans la plus vive et la plus bizarre agitation. Campé sur le devant de la tête de l'Abeille, il se démenait avec une incroyable vivacité et comme en proie à une véritable fureur. Tantôt il se portait sur le bord libre du chaperon, et, de ses pattes antérieures relevées, il frappait et grattait, aussi rudement que sa faiblesse le

comportait, la base du labre de l'Abeille ; puis il reculait bru& quement vers Tinsertion des antennes, pour reprendre aussitôt son impétueuse agression. J'étais encore tout entiei à la surprise du premier instant, quand je vis subitemenl toute cette colère calmée, et le petit animal, appliqué contre le rebord du chaperon, la tête baissée sur la bouche légèrement frémissante de l'Abeille, y humer une gouttelette liquide.

« Je compris aussitôt. La manœuvre dont j'avais été témoin tout d'abord était le préliminaire du repas. Quand le pou veut manger, il se porte vers la bouche de l'Abeille, où l'agitation de ses pattes munies d'ongles crochus produit une titillation désagréable peut-être, tout au moins une excitation des organes buccaux, qui se déploient m peu au dehors et dégorgent une gouttelette de miel, quelti pou vient lécher et absorber aussitôt. » (J. Pérez, Nole& d'apiculture.)

Pour en finir avec les animaux articulés, citons le Trichodactyle, acarien qui souvent pullule dans les vieilles ruches, vermine plus désagréable que vraiment nuisibles ses habitants (fig 23, f).

Parmi les animaux vertébrés, on a signalé le crapaud, le lézard, comme se rendant quelquefois coupables de happer une Abeille. Cela est bien possible ; mais le cas doit être si rare, que nous ne pouvons que nous montrer très indulgents pour ces débonnaires créatures.

En revanche la fouine, le blaireau, la souris, la musaraigne mériteraient toute notre sévérité si, comme on l'affirme, ces animaux pénètrent, pendant l'hiver, dans les ruches rustiques, pour dévorer rayons, miel et Abeilles. De bonnes ruches bien construites défieraient ces dévastateurs.

Plus d'un oiseau est accusé de capturer au vol les Abeilles, et même, ce qui est plus audacieux, d'aller, comme la mésange, faire tapage à leur porte, en hiver, pour les

attirer sur le seuil et s'en repaître. N*y a-t-il pas quelque exagération en tout cela? Mais il est un oiseau, chasseur né des Abeilles et des guêpes, qui fait d'elles une énorme consommation. C'est le Guêpier, ou Abeillerolle (Merops apiaster), bien connu dans les contrées méridionales, détesté des apiculteurs, qui lui font une guerre opiniâtre, comme celle qu'il fait lui-même à leurs élèves. Le guêpier a l'habitude de se posera quelque distance d'une ruche ou d'un nid de guêpes, et de happer au passage les butineuses qui rentrent ou qui sortent. Telle est son assiduité et sa persistance, que de quelques jours il ne quitte son poste d'observation, jusqu'à ce qu'il ait réduit à rien ou à peu près la légion des butineuses.

EXTENSION GÉOGRAPHIQUE DE L'ABEILLE DOMESTIQUE. — SES PRINCIPALES RACES. — AUTRES ESPÈCES DU GENRE APIS.

VApis mellifica est répandue dans toute l'Europe, dans le nord de l'Afrique et une partie de l'Asie occidentale. Dans cette vaste étendue de territoire, les effets du climat ont dû naturellement se faire sentir sur l'espèce, et y déterminer la formation de plusieurs races plus ou moins caractérisées.

La plus anciennement connue de ces races est VApis ligustictty ou Abeille italienne, qui diffère à première vue de l'Abeille ordinaire par la coloration jaune orangé de ses deux premiers segments abdominaux et de la base du troisième, et sa villosité moins sombre. C'est une Abeille de très belle apparence, et c'est là sans doute, plus que ses qualités, qu'on s'est plu à exagérer, ce qui lui a valu

îngouemenl dont elle a été et est encore Tobjet de la pari îs apiculteurs.

On Ta dite plus active, d'humeur plus douce, surtout us productive. Une assez longue expérience ne nous a is montré qu'elle fût plus maniable que l'Abeille comune ; l'une et l'autre se comportent de même dans les êmes circonstances Quant à la supériorité de ses prolits en quantité et en qualité, on trouve des affirmations, rien de plus. Jamais expérience comparative précise n'a é produite à cet égard.

Cette supériorité gratuitement admise, quelques apiculurs ont prétendu l'expliquer par une capacité plus grande I jabot, chez l'Abeille italienne, et une langue plus lonle. Cette Abeille non seulement pourrait atteindre le necr de fleurs plus profondes, mais encore en transporter à ruche une masse plus considérable. Mais si l'on cherche preuve de ces allégations, on ne la trouve nulle part, mais apiculteur, et pour cause, n'a jaugé les jabots des ux Abeilles; on n'a môme pas, ce qui était facile, îsuré comparativement leurs langues. Cette dernière îsure, nous l'avons faite, et nous avons trouvé une igueur de S™", 65 pour la languette, et une longueur 5™"", 75 pour la lèvre inférieure tout entière, dans les ux races.

Les apiculteurs voudront-ils enfin avouer que ce qui leur lit dans l'Abeille italienne c'est surtout sa beauté? L'^pis/asciato, cultivée dès l'antiquité la plus reculée en ypte, ressemble beaucoup à l'Abeille itahenne, dont elle es segments jaunes, avec une villosité plus claire et une lie plus petite.

On a, dans ces derniers temps, essayé d'acclimater dans urope occidentale diverses races venues de l'Orient, les que l'Abeille syrienne y l'Abeille chypriote, qui, par irs caractères extérieurs, tiennent plus ou moins de beille italienne ou de la noire, et qu'aucune qualité narquable ne distingue de l'Abeille commune. Ajoutons-y

EXTENSION GÉOGRAPjilQUE DE L'ABEILLE DOMESTIQUE. î

'A. Cecropia, de la Grèce, dans laquelle certains veuler miv la souche de toutes les races domestiques.

La Barbarie possède une Abeille plus voisine de la nôti jue de celle d'Egypte. Elle est toute noire, plus petite, < sait, dit-on, trouver du miel en des temps de sécheress où notre Abeille ne trouve rien à récolter. 11 ne paraît pj qu'elle s'acclimate aisément dans nos contrées. Elle ei l'objet, en Kabylie, de tous les soins des indigènes, qui e tirent des quantités considérables de miel et de cire.

L'Abeille européenne a été transportée en Amérique, o elle tend à*se modifier diversement, suivant les climat; aussi bien dans ses habitudes que dans ses caractèn extérieurs. Au Brésil, où la flore est exubérante, el essaime à outrance et fait peu de provisions. Aussi est-el en maint endroit redevenue sauvage, et trouve-t-on fn quemment ses colonies dans les bois. Au Chili, elle para donner, sans aucuns soins, des ruches garnies de miel toul l'année, et l'heureux apiculteur n'y a d'autre occupa tic que la récolte. Aux États-Unis, la culture de notre Abeil est devenue une industrie florissante, dont les produit depuis quelques années, inondent nos contrées. Plus c 20 millions de miel sont annuellement exportés d'Am( rique.

Enfin, VApis mellifica est, depuis 1862, installée en Au tralie, à la Nouvelle-Zélande. Faite pour exploiter d( flores peu riches, ou même très pauvres, notre Abeil prospère étonnamment dans toutes les contrées où l'aboi danee et la variété des fleurs lui fournissent de rich( moissons. Elle y lutte avec avantage contre les Abeilles ii digènes, Mélipones et Trigones. C'est le cas pour l'Austral particulièrement, où l'Abeille d'Europe est en train d'évii cer celle du pays, dépourvue d'aiguillon. Dans notr<» coh nie de la Nouvelle-Calédonie, la culture de l'Abeille estpe développée, non que le climat ne lui soit très favorabl mais le miel qu'elle retire d'une plante fort répandue, MelaUuca viridifloraj vulgairement appelé Niaoulij e

n goût trop désagréable pour être recherché. Dans ! des Pins, où cet arbre n'existe pas, les missionnaires ennent un miel abondant et exquis.

e genre Apis est exclusivement propre à l'ancien conint. Outre VA, mellifica et ses nombreuses variétés, t nous avons énuméré quelques-unes, ce genre y offre sieurs espèces, dont le nombre est destiné à s'augiter sans doute.

'Afrique en compte plusieurs. La mieux connue est Adansonii, semblable d'aspect à VA. Ligmtica^ mais s petite, cultivée au Sénégal dans des ruches que les igènes suspendent aux branches, pour les mettre à l'abri lézards, et qu'ils exploitent par l'étouffement. La ruche ?e, remise en place, ne tarde pas être réoccupée par un ûm. — Citons encore, parmi les Abeilles africaines : A, Caffra et scutellata, de la Cafrerie, VA. Nigritarum, Congo, qui toutes rappellent plus ou moins l'Abeille ienne; enfin VA, unicolor, toute noire, à abdomen )re, luisant, sans bandes d'aucune sorte. Cette dernière cultivée à Madagascar, à Bourbon, à Maurice, aux aries. Elle donne souvent, dans la première de ces îles, miel verdàtre, fluide, médiocre de qualité, parfois sible, quand elle a butiné sur les Euphorbes, a Chine nourrit une jolie Abeille, qui se rencontre si dans l'Inde, 1'^. socialisy à l'abdomen presque )re, les trois premiers segments et la base des suivants [lâtres, avec d'étroites bandes de poils gris. VA, Indica, 'Inde et des îles de la Sonde, qui lui ressemble beaup, n'en est peut-être qu'une petite variété. Ces Abeilles [|uelques autres sont, de la part des Indous, l'objet [le culture dont les particularités sont encore mal nues.

'Apis floralis Fabr. est une jolie petite Abeille, voi- I de 1'^. Indica, qui a été observée par un voyageur lais, Charles Horne. L'ouvrière de cette espèce ne

EXTEP^SION GÉOGRAPHIQUE DE L'ABEJLLE DOMESTIQUE. 99

mesure que 7 millimètres, la reine 15 à 14, le mâle, qui seul est entièrement noir, de 11 à 12. Elle niche dans les jardins et suspend ordinairement aux branches des orangers et des citronniers de petits gâteaux en forme de disques arrondis. Le miel en est très apprécié, et jouit, au dire des gens du pays, de propriétés médicinales.

Une mention particulière est à faire d'une grande et belle Abeille indienne, VA. dorsata, qui habite aussi les îles de la Sonde. Elle a le corselet et la tête revêtus en dessus de poils noirs, Tabdomen jaunâtre, brun seulement vers l'extrémité. Elle est sensiblement plus grande que notre Abeille domestique. Ch. Horne, qui Ta observée, nous dit qu'elle est domestiquée dans l'Himalaya, où elle est logée, en général, dans des ruches faites de tronçons de bois creusés, et placées dans l'intérieur des habitations. Cette Abeille est très productive en miel et cire, qui sont l'objet de grandes transactions. A l'état sauvage, elle est très irritable et très redoutée des habitants du pays.

Comme notre Abeille domestique, l'^. dorsata a parfois beaucoup à souffrir des ravages occasionnés dans ses rayons par une Gallérie, la Mellolella. Une sorte de guêpier, le Merops viridiSy la décime. Elle est encore impuissante à se défendre des graves déprédations d'un oiseau de proie, la Buse mellivore [Vernis cnstata), qui s'introduit violemment dans ses ruches, emporte dans ses serres une grande masse de gâteaux, et, sans souci des abeilles qui l'entourent et essayent de le frapper de leurs aiguillons, s'en va sur une branche voisine dévorer tranquillement son butin.

Citons encore Y Apis zonata Smith, la plus grande des îspèces connues, car l'ouvrière égale la taille de nos 'eines. Son corps est tout noir, avec quelques poils rousiâtres tout autour du corselet et de belles bandes d'un )lanc de neige à la base des segments. On ne connaît pas es habitudes de cette Abeille.

Au Japon, l'apiculture est fort en honneur. Les Abeille y sont logées dans des ruches faites de planchettes. Pou les garnir, les Japonais portent dans la campagne, noi loin des nids des Abeilles sauvages, des corbeilles de paill contenant du sucre. Les essaims, alléchés par cet appât s'introduisent dans les corbeilles, et sont ensuite transvasé dans des ruches préparées d'avance.

Qui ne connaît ces gros hyménoptères velus, au bour donnement puissant et grave, qu'on voit, dès les premier

beaux joure, voler ui peu lourdement d'uni fleur à une autre? D( longs poils sur un corp:

trapu, une grosse tètt tendue vers le bas, leui font une physionomit tout à fait caractéristique dans la grande famille desAbeilles(fig.28)

Fig. 28. - Bourdon terrestre. ^'ils n'out rien d'élê

gant dans leurs formes, ni de gracieux dans leurs allures, les Bourdons sont néan moins de beaux insectes. Leur vêtement est d'ordinaii'f bandé de jaune, de blanc, de roux, sur un fond noir; quelques-uns sont d'une couleur fauve ou rousse unifoiine. Rien de moins constant, d'ailleurs, que cette parure; on la voit, dans une même espèce, se jouer en une multitude de variations^ passant les unes aux autres par d'innombra-

LES BOURDOKS. iOi

blés nuances. Aussi n'est-il point rare que des espèces fort différentes arrivent, par le caprice de leurs variations, à se ressembler tellement par leurs couleurs, qu'un œil exercé peut seul les distinguer. Tel Bourdon noir, cerclé de jaune et de blanc, est frère d'un Bourdon jaunâtre avec une bande noire entre les ailes. Un autre, qu'on .croii*ait du même nid que le dernier, se rattache à un type tout noir, roux seulement à l'arrière. Toutes ces modifications, dont les causes d'ailleurs nous échappent, sont par elles-mêmes d'un grand intérêt, et font d'une collection un peu riche de ces hyménoptères une des plus belles qu'on puisse réunir.

Les Bourdons sont très proches parents des Abeilles domestiques. Ils ont, à très peu près, la même organisation et les mômes habitudes. Les sociétés q\i'ils forment sont faites sur le même patron : une reine ou mère, des ouvrières et des mâles. Mais ces sociétés sont annuelles et non permanentes. Et ce n'est pas la seule différence qu'elles présentent.

Ainsi, chez l'Abeille, la mère est exclusivement occupée de la ponte; elle ne bâtit ni ne récolte, n'a aucun soin de sa progéniture. Chez le Bourdon, la reine n'est pas seulement la mère de toute la colonie, elle est aussi la fondatrice de la cité. C'est elle qui commença l'édification du nid, qui l'approvisionna au début, éleva les premiersnés. Aussi, tandis que l'Abeille reine est dénuée de tout instrument de travail, de corbeilles et de brosses, de glandes à cire, la femelle Bourdon possède tous ces organes. Elle ne diffère extérieurement de l'ouvrière que par la taille.

Il y a même plus. Toutes les Abeilles ouvrières sont semblables entre elles. Il n'en est point ainsi chez les Bourdons. Comme cela se voit dans les sociétés de Fourmis, leurs ouvrières varient beaucoup de taille et de force : les unes sont d'une petitesse extrême, tandis que d'autres égalent presque la taille de la mère. Elles parta-

: même avec celle-ci la faculté de pondre, quoique ; une fécondité moindre; aussi désigne-t-on souvent )lus grosses des ouvrières sous le nom de petites reines petites femelles.

joutons encore que les sociétés de Bourdons sont peu lieuses, et ne dépassent pas quelques centaines d'indis. Nous sommes loin des 40 ou 50000 habitants que

compter la cité des Abeilles.

îs Bourdons, comme les Abeilles, récoltent du miel et )ollen. La cueillette, opérée par les mêmes organes, se par les mêmes procédés. Tout aussi actif, mais moins 3 peut-être que l'Abeille, le Bourdon compense cette riorité par la masse de provisions qu'il peut porter en

fois. Ses corbeilles peuvent se charger d'énormes tes. Comme l'Abeille, il pétrit le pollen avec du miel esure qu'il le récolte.

3ur bien connaître ce qu'est une famille de Bourdons, )us faut assister à sa naissance, suivre ses accroissets, voir son déclin et sa ruine, i femelle de Bourdon, fécondée en automne ou à la fin été, se réveille avec le printemps de son sommeil rnal, butine avec ardeur sur les premières fleurs ses, et se met à la recherche d'un lieu convenable ' y installer un nid. C'est généralement en mars, dans climats, que la plupart des espèces commencent à se trer, ou môme dès la fm de février, dans le midi de "ance. Toutes les espèces ne sont pas également prés. Le Bourdon des prés [Bombm pratorum) est de le plus hâtif. On le voit butiner sur les chatons des es, bien des semaines avant l'apparition des Bourdons bois (B, sylvarum)f des champs (B. agrorum), des res (B. lapidarius), etc.

emplacement choisi pour le nid est tantôt un trou \ la terre, tel que le logis abandonné de quelque souris champs, ou, sur le sol même, un endroit caché dans

un buisson, au milieu de la mousse et des herbes. En général, une même espèce est fidèle à son genre de nid. Celui du Bourdon terrestre (B. terrestris), par exemple, est souterrain; celui du Bourdon des bois est aérien. Rien d'absolu, du reste; on cite même à ce sujet des choix tout à fait fantaisistes, a Ainsi un Bourdon, d'après le D^ W. Bell, avait pris possession du nid d'un rouge-gorge; une femelle du B. agrorum, selon F. Smith, s'était installée dans celui d'un roitelet. Schenck trouva un nid de B. sylvarum au haut d'un pin, dans le gîte abandonné d'un écureuil; M. Schmiedeknecht en a rencontré un dans celui d'une linotte. Mais le cas le plus extraordinaire est celui que le D' E. Hoffer observa à Boyanko, en Ukraine, dans le grenier d'une maison de paysan. Un vieux vêtement de fourrure en loques avait été jeté dans un coin. Un jour que la maîtresse de la maison voulut ramasser la vieille nippe, elle dut s'empresser de fuir devant la multitude d'habitants armés d'aiguillons qui y avaient élu domicile.

Quand la femelle a trouvé un local à sa convenance, elle l'approprie, s'il y a lieu, le déblaye, le nettoie, puis y apporte de la mousse, des brins de fétus, etc. C'est sur ce fondement que reposera l'édifice, abrité par le sol même, s'il est souterrain, ou par une toiture faite de chaume, de mousse et de menus débris, s'il est bâti sur le sol. En tout cas, un chemin couvert, assez étroit, fait de mousse et dont la longueur peut atteindre un pied, conduit à la cavité arrondie ou ovalaire qui sert d'habitation (fig. 29).

On n'a pas assisté à la formation de cette enveloppe générale, faite de mousse et de brindilles, à l'intérieur de laquelle s'édifieront les gâteaux. Réaumur a fait connaître le procédé qu'emploient les Bourdons, sinon pour bâtir une première fois leur maison, du moins pour la refaire ou en réparer les dégâts. S'il faut en croire notre célèbre naturaliste, les Bourdons subiraient tous les dommages, sans jamais songer à défendre leur demeure, ni tourner

r colère contre celui qui vient les tourmenter. « Ils en : toujours usé au mieux avec moi, dit-il; il n'y en a îais eu un seul qui m'ait piqué, quoique j'aie mis sens isus dessous des centaines de nids.

[( Dès qu'on cesse de les inquiéter, ajoute Réaumur, ils igent à recouvrir leur nid, et n'attendent pas même, jr se mettre à l'ouvrage, que celui qui a fait le désordre soit éloigné. Si la mousse du dessus a été jetée assez is du pied du nid..., bientôt ils s'occupent à la remettre is sa première place.... La façon dont les Bourdons ont

instruits à faire parvenir sur leur nid la mousse qu'ils eulent placer, est la suivante :

:( Considérons-en un seul occupé à ce travail ; il est >é à terre sur ses jambes, à quelque distance du nid, tête directement tournée du côté opposé. Ave'c ses its, il prend un petit paquet de brins de mousse; les fibes de la première paire se présentent bientôt pour er aux dents à séparer les brins les uns des autres, ii

éparpiller, à les charpir, pour ainsi dire ; elles s'en irgent ensuite pour les faire tomber sous le corps; là, deux jambes de la seconde paire viennent s'en emparer, les poussent plus près du derrière. Enfin les jambes de dernière paire saisissent ces brins de mousse, et les iduisent par delà le derrière, aussi loin qu'elles les nvent faire aller.

(( Après que la manœuvre que nous venons d'expliquer 3té répétée un grand nombre de fois, il s'est formé un lit tas de mousse derrière le Bourdon. Un autre Bourtî, ou le même, répète sur ce petit tas une manœuvre nblable à celle par laquelle il a été formé ; par cette îonde manœuvre, le tas est conduit une fois plus loin, st ainsi que de petits tas de mousse sont poussés jus- 'au nid, et qu'ils sont montés jusqu'à sa partie la plus vée. )) Les Bourdons ainsi occupés forment de la sorte e chaîne plus ou moins longue, où ils sont tous la tète irnée du côté où est la mousse à recueillir, le derrière

tourné du côté du nid. Arrivée au lieu où elle doit être employée, un ou plusieurs Bourdons la disposent où il est convenable, à Taide des mandibules et des pattes antérieures. ))

Une couche de mousse épaisse d'un à deux pouces forme au nid une enveloppe chaude et légère, suffisante pour le mettre à l'abri des pluies ordinaires. Quand elle a subi quelque dérangement, les Bourdons la réparent comme il vient d'être dit, en prenant les matériaux dans le voisinage. Jamais ils ne vont en chercher au loin; jamais on ne les voit venir en volant, chargés du plus léger brin de plante. Ils économisent de leur mieux la mousse qu'ils ont à portée ; et, à la dernière extrémité, ils se résignent à employer pour leur couvert celle qui forme le conduit menant du dehors à l'intérieur du nid.

Les travaux extérieurs achevés, le travail essentiel, la construction du nid proprement dit commence. Personne, malheureusement, n'en a vu poser la première pierre, c'est-à-dire la première lamelle de «ire, personne n'a vu former la première cellule. Le D' E. Hoffer, qui a plus de quarante fois été témoin de la ponte, ne l'a jamais observée que dans des cas où la mère était déjà entourée de plusieurs ouvrières. Nous ne pouvons mieux faire que d'emprunter les détails qui suivent à cet habile observateur*.

Quand le moment décisif est venu, la femelle, en grande agitation, court deçà et delà sur les gâteaux, paraissant chercher un lieu convenable pour déposer ses œufs. Elle >e décide enfin. Elle détache alors, avec ses pattes postérieures, de ses segments moyens, un peu de cire qu'elle ^isit avec ses mandibules, et dont elle façonne un petit parapet annulaire, qu'elle exhausse de plus en plus, jusqu'à la hauteur de quelques millimètres.

1. Eduard Hoffer, hiologische Beobachtungen an Hummeln und Schmarotzerhummeln.

Elle abandonne alors la cellule qu'elle vient d'élever ( s'en va prendre, dans une coque vide de son habitant, u 3eu de pâtée pollinique, qu'elle manipule longtemps dar »a bouche, la mêle à une certaine quantité de miel, < 'étend avec soin et longuement sur la paroi interne de 1 îellule. Elle retourne encore chercher une seconde prov iion de pollen, qu'elle façonne de même, et cela se répèl m certain nombre de fois.

Elle essaye ensuite d'introduire son abdomen dans I îellule, ce qu'elle fait aisément d'ordinaire. Mais quel juefois le bord en est trop étroit ; elle l'élargit alors e 'ongeant le bord intérieur. Embrassant ensuite la cellul între ses pattes postérieures et y prenant appui, elle intrc luit avec effort l'extrémité de son abdomen, fixe so dguillon contre la paroi ou le fond de la cellule, réussi linsi à faire ouvrir largement l'anus, et un certain nombr l'œufs, trois au moins, dix ou douze au plus, tomben ians la cellule. Ces œufs sont d'un beau blanc, et on le oit briller au fond de la cellule. Ils sont allongés, rétréci i un bout et assez volumineux, eu égard. à la taille d 'insecte.

La ponte achevée, la femelle retire aussitôt l'abdomei le la cellule, et se met à tourner vivement tout autour lonnant la chasse aux ouvrières et aux autres femelles qu e pressent vei's l'orifice, et elle travaille entre-temps ermer la cellule avec de la cire, que, dans ce but, ell enait déjà toute prête pendant qu'elle pondait, et auss vec de la cire empruntée au bord même de la cellule. S t3s importuns s'avancent trop, elle n'hésite pas à faire ui xemple ; elle saisit le plus audacieux ou le plus proch vec sa bouche et ses pattes, et, après s'être un inslan oUetée avec lui, tous deux dégringolent par-dessus le utres Bourdons et tombent à terre. La femelle laisse là 1 oupable, rudement châtié par de cruelles morsures, e emonte promptement à sa cellule, pour la protéger contr 3S attaques des autres. Trop tard le plus souvent, car le

phis prompts à profiter de son absence l'ont déjà crevée et ont dérobé quelques œufs pour les dévorer.

La correction n'est jamais infligée qu'à coups de dents et de pattes. Le coupable n'essaye point de se défendre; il tâche seulement de se soustraire au châtiment par la fuite. 11 est pourtant assez rude, et la pauvre bête n'en sort d'ordinaire que fort maltraitée, parfois même mortellement atteinte. E. Hoffer a vu une fois une petite femelle, qui avait jeté un regard de convoitise sur les œufs, sortir si cruellement mordue de la bourrade que lui donna la reine furieuse, qu'elle traînait en se sauvant une de ses pattes postérieures, et elle la perdit par la suite. Elle vécut néanmoins quelques jours, vaquant à ses travaux ordinaires. Une autre fois, une ouvrière reçut au cou une telle morsure, qu'elle eut seulement la force de se réfugier dans un coin, où elle ne tarda pas à mourir.

Quelquefois cependant il arrive que la reine elle-même ne sort pas indemne du combat. L'observateur vit un jour la femelle, déjà vieille et assez pelée, il est vrai, lâcher tout d'un coup une petite femelle qu'elle avait saisie. Paralysée sans doute par un coup d'aiguillon, elle vécut encore une vingtaine d'heures, inerte, en butte aux mauvais traitements des petites femelles, qui la mordaient, la tiraillaient sans cesse par les pattes et par les ailes. « Ces ,^

Bourdons si placides et si débonnaires d'habitude, ajoute u

Hoffer, m'ont toujours paru féroces et brutaux pendant la il

ponte; et si la femelle vient alors à mourir, son cadavre ^

n'est point ménagé; petites femelles et ouvrières se jettent dessus, le mordillent aux ailes, aux pattes, aux antennes, et font de vains efforts pour mettre dehors la gigantesque I

morte. » î

Quand la pondeuse, après de semblables incidents, est heureusement parvenue à retrouver sa cellule, elle étale encore à plusieurs reprises sur l'opercule de la cire prise aux bords. Elle va ensuite chercher d'autre pollen avec du miel, qu'elle colle sur la cellule, retourne en chercher de

au, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu^elle trouve la iion suffisante. Elle rouvre alors la cellule, y pond e quelques œufs, toujours moins cependant que la ère fois, et les choses se passent encore comme on jà vu, avec les mêmes tracasseries de la part des îres et des femelles. Suivant l'espèce et autres cirmces d'époque, de température et d'abondance de dons, cette ponte se répète plus ou moins souvent, int qu'une cellule peut contenir jusqu'à vingt-quatre mais rarement pourtant plus du tiers de ce nombre, ponte terminée, la femelle reste là plusieurs heures cellule. Elle y apporte de la pâtée; elle en ronge et [es aspérités. Souvent même elle se pose, le ventre [ué dessus, comme si elle couvait, agressions des autres Bourdons deviennent de plus is rares, et cessent enfin tout à fait. Et ces mêmes s bêtes, qui tout à l'heure se jetaient avidement sur ifs frais pondus pour s'en repaître, deviennent maint les gardiennes attentives, les nourrices dévouées irs sœurs ; elles les réchauffent et pourvoient avec îndre sollicitude à leur alimentation.

s ce retour à de meilleurs sentiments ne peut nous )ublier la sauvagerie de l'instinct qui les a un instant rtées. C'est là un des traits de mœurs les plus étonparmi ceux que nous devons aux observations de ', et un des plus inexplicables que présente la biologie )urdons. Que la pondeuse défende énergiquemeht sa niturc, le fait est si ordinaire, si banal, qu'il ne peut surprendre. En tant qu'instinct acquis, il est la connce naturelle du cannibalisme momentané des ;res. Depuis longtemps la gent bourdonnière aurait •u, si la mère indifférente abandonnait ses œufs à la Ité de ses premiers-nés. Mais pourquoi cet instinct îide, cette folie passagère, qui interrompt un instant lit en quelque sorte l'honnête vie du Bourdon? Nous

LES BOURDONS. Hl

voyons bien quelquefois, chez TAbeille domestique, les ouvrières détruire et sans doute aussi dévorer des œufs. Mais cela n'arrive qu'à l'époque où le miel est abondant dans les fleurs, où le souci d'emmagasiner le plus de provisions possible oblige à sacrifier ces objets d'une si tendre sollicitude en toute autre circonstance. Les coupables, ici, n'ont pas une telle excuse. Nous sommes bel et bien en présence d'une gloutonnerie manifeste. L'œuf qui vient d'être pondu est sans doute un manger délicat, d'où s'exhale un fumet irrésistible. C'est peut-être là tout ce qu'il faut voir en la chose, une imperfection de l'instinct social, que la sélection n'est point parvenue à corriger. Quant à la nécessité d'une restriction à apporter à la trop grande multiplication dans la colonie, on ne peut s'y arrêter un instant. Ici, comme chez les Abeilles, comme ailleurs, une forte population c'est la richesse, c'est la puissance. Et si la nature voulait en modérer l'accroissement, sans parler des parasites, elle avait un moyen plus simple, moins féroce : celui de restreindre la ponte, de diminuer le nombre des œufs dans les ovaires de la pondeuse.

Ce n'est pas tout. A supposer la diminution des œufs avantageuse, ce qui pourrait légitimer en quelque sorte l'instinct fratricide des ouvrières, à quoi bon alors, chez la mère, l'instinct qui la pousse à défendre sa ponte, instinct dont l'effet est tout l'opposé du premier? Pourquoi deux instincts, non seulement contraires, mais même contradictoires? Et si l'on accepte que la voracité des ouvrières exige un correctif, que l'instinct maternel de la femelle soit dès lors utile à l'espèce, il faut convenir que son adaptation est bien défectueuse. Mieux vaudrait que la mère, moins emportée, ne quittât pas un instant la cellule et n'en \înt pas aux voies de fait avec les agresseurs. Pas un œuf ne serait perdu, et les malintentionnés en seraient pour leur convoitise non satisfaite. Comment débrouiller un tel chaos? Nous y renonçons pour ce qui nous con-

me. On s'abuse, croyons-nous, à vouloir chercher parit et quand même la perfection dans la nature. Reconissons que tout n'est pas pour le mieux dans le monde s Bourdons, pas plus que dans les autres.

Quatre ou cinq jours après la ponte, les œufs éclosent. en sort de petites larves jaunâtres, apodes, à tête cornée, unàtre, qui se mettent aussitôt à dévorer la pâtée qui 1 entoure. Au fur et à mesure, la mère remplace k urriture consommée, en même temps qu'elle agrandit la llule autour des larves, en en rongeant le haut avec ses mdibules, élargissant de plus en plus le godet qu'elles *ment, et consolidant les parois avec de la cire, jusqu'à

qu'enfin la cellule acquiert à peu près les dimensions me noix. Les larves ont alors atteint le terme de leur wssance et sont âgées de quinze jours environ. Elles so mt une coque de soie dans la cellule de cire, et s'y ferment. Une cellule contient ainsi trois, huit, dix cocons

plus, autant qu'il y avait eu d'œufs pondus, et ces cons sont disposés sans ordre les uns à côté des autres.

mère ronge et enlève la cire autour des cocons et facie ainsi l'éclosion des jeunes ouvrières, qui survient au lUt de quinze autres jours environ.

L'ouvrière venant d'éclore est de couleur terne et gritre; elle est faible. Peu de jours donnent à son vêtement 5 couleurs propres à l'espèce, à ses membres toute leur pce. Désormais la mère, si ce sont là ses premiers-nés, ! sera plus seule à vaquer aux travaux. Autant d'ouvrières loses, autant d'aides pleins de zèle. Avec la mère, elles )ccupent de la construction des cellules et du soin à ►nner aux larves. Butinant avec activité, les provisions Telles apportent au nid augmentent rapidement, et la ►pulation s'accroît à mesure. En même temps la famille, us riche, peut se donner du confort ; les cellules reçoint une toiture protectrice en cire; des parois latérales, i cire également, s'y adjoignent quelquefois.

La structure intérieure se complique bientôt par 'adjonction de cellules nouvelles, Tagrandissement des gâteaux existants et la formation de nouveaux. Ceux-ci se superposent aux anciens, et le nombre des étages est en rapport avec celui de la population. 11 ne devient cependant jamais considérable; et surtout l'on n'y voit jamais la régularité qui distingue les rayons parallèles des Abeilles. Souvent une assfee unique de cellules constitue toute la cité.

Ainsi que nous l'avons vu faire à la femelle, les ouvrières rongent et enlèvent la cire qui entoure les cocons, et l'emploient à divers usages. Les cocons abandonnés par les Bourdons éclos reçoivent eux-mêmes une nouvelle destination. Ils peuvent servir, après réparation convenable, de réservoirs à miel et à pollen. D'autres réservoirs sont formés aussi dans les intervalles existant entre les cellules à couvain. Ces intervalles eux-mêmes, appropriés, peuvent servir au môme usage ; d'autres fois, découpés par lanières, ils sont incorporés à l'enveloppe du nid.

La mère cependant ne reste point inactive, et, loin d'imiter la vie désœuvrée de la mère des Abeilles, elle continue, comme au temps où elle était seule, à s'occuper de tous les travaux de l'intérieur, sortant beaucoup moins du nid. La ponte surtout devient plus active, pendant quelque temps du moins.

Nous n'avons jusqu'ici parlé que d'ouvrières et de petites femelles, comme provenant des œufs pondus par la reine. Elle pond également des œufs de mâles et de grosses femelles, semblables à elle. Seulement, circonstance fort remarquable, et qui n'a pas manqué de provoquer les réflexions des observateurs, tandis que les cellules destinées à recevoir des œufs d'ouvrières sont garnies intérieurement de pollen et de miel, les cellules où sont pondus les œufs de mâles et de femelles ne contiennent aucune provision.

« Les Bourdons, dit Huber, ne préparent jamais de pollen

114 LES ADËILLES.

dans les cellules qui doivent servir de berceau aux mâles et aux femelles; les uns et les autres ne naissent ordinairement qu'au mois d'août et de septembre ; les ouvrières paraissent dès les mois de mai et de juin. Quelle peut être la raison de la différence des soins que les ouvrières donnent aux mouches des trois sortes? Ce n'est pas qu'il y ait moins de pollen sur les fleurs au mois d'août qu'il n'y en a au mois de juin, car les ouvrières en apportent tous les jours, dans les mois d'août et de septembre, et d'ailleurs elles ont fait des provisions considérables à cette époque. Mais voici l'explication que je pourrais donner de cette négligence apparente. Le nombre des ouvrières est beaucoup plus grand au mois d'août qu'il ne l'est au mois de mai ; à peine trouve-t-on au printemps quelques ouvrières dans les nids des Bourdons ; dans les mois d'août et de septembre, au contraire, leur nombre est très considérable. Les vers qui sont nés dans le mois de mai et de juin courraient le risque de manquer de nourriture, s'ils n'avaient pas de provisions dans leurs cellules, car le petit nombre des ouvrières ne permettrait peut-être pas qu'elles aperçussent le moment où ils éclosent, et celui où ils ont besoin d'aliments; tandis qu'à la fm de l'été leur nombre peut suffire à surveiller et à nourrir tous les vers. La nature devait donc pourvoir au défaut du soin des ouvrières dans le temps où elles sont en plus petit nombre ; mais cela était moins nécessaire à la fm de la saison, quand les soins et les secours étaient plus faciles à obtenir. »

La mère pondant, outre les ouvrières, des femelles et des mâles, suffirait à elle seule, comme la mère des Abeilles, à la perpétuation de l'espèce. Elle n'est cependant pas la seule pondeuse dans la colonie.

Le lecteur sait déjà que les grosses ouvrières ne diffèrent guère de la mère, extérieurement, que par la taille. Elles lui ressemblent encore par la faculté qu'elles ont de pondre des œufs fertiles. Déjà Huber avait affirmé que

3 ouvrières pouvaient pondre des œufs de mâles. Hoffer^ ir des observations irréprochables, a mis le fait hors de lute, et a de plus démontré qu'elles pondent aussi des melles. Un exemple entre autres :

Le 20 juillet, l'auteur recueille un nid de Bombus agrom. Vu la distance, l'opération dut être faite en plein ur, de sorte que plusieurs ouvrières, petites et grandes, happèrent. Revenu au môme endroit le 12 septembre, y trouva un nid, que les ouvrières non capturées y aient fondé à nouveau, et dans ce nid, un assez gros iteau plein de larves et de cocons, une population d'ouières, de mâles nombreux et de quelques femelles. Suris de la présence de ces dernières, car aucun auteur sque-là n'avait signalé de fait semblable, Hoffer se livra de nouvelles expériences, qui achevèrent de le conlincre. L'auteur pense néanmoins qu'à l'état normal de ireils faits ne se produisent que lorsque la vieille mère ;t morte prématurément d'une façon ou d'une autre, et l'en ce cas-là. seulement les individus survivants devien- ^ï\i aptes à continuer la mission de la défunte. Opinion iausible, sans doute, mais digne néanmoins de confirlation. Car une question importante reste encore indéise, celle de savoir si les petites femelles, et plus génédement les ouvrières, peuvent être fécondées, auquel cas e pareils faits n'auraient plus rien de surprenant. En définitive, durant le printemps, il ne naît en général ue des ouvrières. Les mâles et les jeunes femelles nais- ?nt au fort de l'été ou sur sa fm. 11 y a du reste beaucoup e différences à cet égard, suivant les espèces. Le Bourdon es prés, en tout des plus précoces, donne des mâles dès i troisième semaine de mai en Angleterre, selon Smith ; n peu plus tôt dans le midi de la France; les jeunes iinelles volent déjà en juillet. Dans la majorité des esèces, les mâles ne paraissent guère qu'au mois d'août, et ti les voit voler encore fort tard dans la saison. Ces mâles, tout aussi fainéants que ceux des Abeilles,

consomment, sans produire aucun travail. Très frileux, les jours qui suivent leur éclosion, on les voit, dit Ed. Hoffer, se réfugier dans les endroits les plus chauds du nid, et se réchauffer au milieu des groupes d'ouvrières. Grisâtres au moment de leur sortie du cocon, leur robe devient de jour en jour plus éclatante, pendant que la nourriture dont ils se réconfortent sans cesse et l'exercice qu'ils font de leurs ailes en les agitant, au moment de la plus grande chaleur du jour, les rendent capables de prendre leur essor. Ils partent alors, et le plus souvent la famille ne les revoit plus.

Les mâles de toutes les espèces ne se comportent pas absolument de même. Hoffer nous raconte de la manière suivante les faits et gestes du B. Bajellus. « Sur la fin de juin, sortirent les premiers mâles, et il y en eut beaucoup jusqu'à la destruction du nid, en juillet, par le fait d'une taupe. Quand le soleil avait réchauffé suffisamment le sol, vers les dix heures et demie, un mâle sortait, puis un autre. Ils s'élevaient en l'air, volaient quelques instants dans le voisinage, puis venaient se poser d'ordinaire sur le nid, dont la mousse fonnait un dôme globuleux, très apparent au-dessus du gazon, ou bien sur le rempart de branchages dont j'avais entouré le nid, pour le garantir contre les poules; et là ils s'ensoleillaient à plaisir. Si j'essayais d'en saisir un, il s'envolait vivement, mais ne tardait pas à revenir se poser sur le nid. Quand l'air était tout à fait calme, ils jouaient entre eux en plein soleil. Ainsi l'un d'eux prenait son élan ; un autre brusquement lui tombait dessus, comme on voit faire parfois les mouches, puis tous deux s'abattaient. Souvent toute la bande s'envolait et jouait en rond dans les airs, sans se préoccuper en aucune façon de mes visiteurs, quelquefois au nombre de 18, qui venaient contempler leurs amusements, à moins que les spectateurs, trop bruyants ou trop indiscrets, ne les obligeassent, par leurs éclats de rire ou leur voisinage trop immédiat, à s'envoler pour ne pas

enir de quelque temps. Et tous les jours de beau soleil s vent, les mâles firent de même, sans beaucoup se cier de manger, jusqu'à ce qu'enfin ils se dispersèrent î après l'autre sur les fleurs du jardin, où ils me parut visiter surtout les Salvia pratensis et of/îcinaliSy et si les trèfles. Mais un jour, vers midi, un violent coup vent survint avec menace de pluie ; je vis de nombreux les rentrer précipitamment au nid, pôle-mèle avec les rières. Autant que j'en ai pu juger, ils rentraient tours au logis. ))

>es habitudes aussi régulières ne paraissent pas être imunes parmi les Bourdons. Il n'est pas rare de rentrer le matin des mâles de diverses espèces blottis s les fleurs, tout transis, couverts de rosée ou détrempar la pluie. Quelquefois aussi une ouvrière se rentre dans la même situation, surprise sans doute par la t ou le mauvais temps loin du nid.

Ine des particularités les plus étranges de la biologie Bourdons est l'existence parmi eux de ce que l'on a elé le « Trompette » ou le « Tambour » . Ce dernier a, plus convenable peut-être que le premier, est emyé par Gœdart. Ce vieux naturaliste, dont l'observai, oubliée ou traitée de fable, remonte à deux cents ans, :prirae à ce sujet de la manière suivante.

Parmi les Bourdons, il en est un qui, semblable au ibour (Tympanita) qui réveille les soldats, ou leur ismet l'ordre de lever le camp, de se mettre en marche, les excite au combat, réveille ses frères et les pousse travail. Vers la septième heure du matin, il monte au e du nid, et, le corps à moitié en dehors de l'entrée, il Le et fait vibrer ses ailes, et produit ainsi un bruit qui, forcé par la concavité du nid, n'est pas sans ressemice avec celui du tambour. Et cela dure environ un rt d'heure. C'est pour l'avoir observé, entendu de mes illes et vu de mes yeux, que j'en parle. Plusieurs per-

sonnes curieuses des choses de la nature sont maintes foij venues tout exprès me visiter pour en être témoins, onl vu et entendu avec moi ce tambour des Bourdons. »

Malgré l'affirmation si positive de Gœdart, il a fallu les récentes observations de Hoffer, pour que Ton crût enfir que le trompette ou le tambour des Bourdons n'était pa! une fable, comme le pensait Réaumur lui-même.

Telle était aussi la conviction de Hoffer, à la suite d( nombreuses observations demeurées sans résultat, qu'i avait entreprises dans le but de s'assurer de l'existenc» de ce Bourdon musicien. Un jour enfin, le 8 juillet 1881 vers trois heures et demie du matin, l'heureux observateu; entendit tout à coup un bourdonnement particulier s*éle ver d'un superbe nid de Bombus ruderatusj qu'il venai de recevoir la veille. Il s'approcha avec précaution, sou leva doucement la planchette destinée à jeter de l'ob scurité sur le nid (cette espèce niche sous terre) , et il fu témoin d'un saisissant spectacle : « Tout en haut de 1 calotte de cire se tenait une petite femelle, le corps sou levé, la tête baissée, agitant ses ailes de toutes ses forces et faisant entendre un bourdonnement intense. Quelque Bourdons montraient leur tête par les trous les plus lar ges. » Cette musique dura sans interruption jùsqu' quatre heures et un quart. Déjà quelques ouvières étaier sorties. Le trompette tant désiré était enfin trouvé.

Le lendemain, vers trois heures, l'observateur était son poste. Longtemps tout demeura silencieux. A tro heures dix-huit minutes, quelques courts bourdonne ments se firent entendre, et Hoffer vit le trompette de veille s'élever au haut du nid, et entonner son chant, q\ dura, presque sans interruption, jusqu'à quatre heures < demie. Le Bourdon s'arrêta alors, manifestement épuis< et puis, au bout de cinq minutes, rentra dans le nid. 1 cela continua les jours suivants, jusqu'au 25 juillet, quatre heures du matin, où le Bourdon mélomane fut suj primé. Le jour suivant, à quatre heures huit minutes, alo]

que déjà quelques Bourdons étaient partis pour la picorée, le remplaçant était là, exactement à la même place que l'ancien, et il se représenta de même les jours suivants.

E. Hoffer présume que toutes les espèces de Bourdons ne possèdent pas un trompette ; et il croit d'ailleurs que, chez celles qui peuvent en avoir un, sa présence n'est pas constante et est subordonnée au chiffre de la population.

Mais pourquoi, dans un nid populeux, plutôt que dans un autre, est-il utile qu'un Bourdon se charge d'éveiller ses frères et de les appeler au travail? L'activité n'est-elle pas plus avantageuse, et l'office du réveille-matin plus nécessaire, précisément dans une société plus pauvre? Et puis enfin, dans ces sociétés d'insectes, où chacun, sans effort, et dans une entière spontanéité, travaille pour la communauté avec un zèle qu'on dirait excité par le seul intérêt personnel, où chacun et tous fonctionnent dans le plus parfait unisson, est-il à croire qu'un individu exerce sur ses pareils une direction ou une action quelconque, ait seul la faculté de concevoir une obligation et de la communiquer à tous? Ce serait assurément celui-là, et non la reine, qui n'a de royal que le nom, qui, avec une autorité réelle, mériterait véritablement ce titre.

Quant à nous, l'utilité de ce réveilleur des Bourdons nous échappe, surtout quand nous voyons, dans les observations de Hoffer, des ouvrières sorties dès quatre heures, alors que la diane ne commence à se faire entendre que huit minutes plus tard. Pourquoi donc, au lieu de s'empresser de sortir, la première ouvrière éveillée ne se charge-t-elle point des fonctions de trompette ? Faudraitil à celle qui les remplit quelque titre officiel ? Serait-ce un Bourdon déterminé, et pas un autre, à qui seul doit incomber le devoir de réveiller ses frères? Il serait en tout cas assez mal choisi, ce réveilleur, qui n'est pas le premier levé.

Notez encore que son rappel dure un quart d'heure, vingt minutes, ou même plus. Est-il donc nécessaire qu'il

soit si long, pour ôtre efficace? Quelles dures oreilles que ces Bourdons ! Eh oui, en effet, ils sont sourds, bien sourds, conune les Abeilles, comme les Fourmis; car on ne supposera pas, sans doute, que seuls ils entendent, alors que les Fourmis, les Abeilles, leurs cousines, n'entendent point. Et s'ils n'entendent pas, à quoi bon alors la sonnerie du trompette ?

S'il est impossible de croire que ce bruyant personnage remplisse une fonction sociale quelconque dans la colonie, il est très naturel d'admettre qu'il ne s'agite tant que pour son propre compte. Il en est du trompette, vraisemblablement, comme des abeilles dites ventilateuses ; ce doit être un Bourdon éclos depuis peu, n'ayant point encore fait sa première sortie, et qui se prépare, par un entraînement préalable, aux longs voyages qu'il lui faudra bientôt fournir. Il n'est nullement prouvé, que le trompette, ainsi que Hoffer parait le croire, soit tous les jours le même. 11 serait d'ailleurs facile de s'en assurer, comme aussi de constater si c'est toujours ou non un bourdon venant d'éclore. Il est bon de rappeler à ce propos que Hoffer lui-même a vu, ainsi que nous l'avons rapporté plus haut, les mâles depuis peu sortis du cocon s'exercer dans le nid en agitant leurs ailes, et développer ainsi les muscles du vol.

On sait que les Abeilles, aussi bien que les Fourmis, n'admettent pas aisément les étrangers dans leur demeure, et que le plus souvent elles les tuent sans hésiter. Les Bourdons paraissent plus accommodants. Du moins a-t-on souvent trouvé dans un nid des individus appartenant à une ou à deux espèces différentes de celle qui l'avait construit. Quant à l'union artificielle de deux colonies d'espèce différente, si elle réussit quelquefois, ainsi que Hoffer l'a constaté, les intéressés s'y refusent le plus souvent d'une manière absolue, sans qu'il soit possible de se rendre compte de la cause de ces différences de sociabilité.

11 est tout aussi peu facile d'expliquer le désaccord des observations au sujet de rhuraeur des Bourdons. Nous avons vu plus haut Réaumur, qui dit avoir ouvert des nids par centaines, affirmer que jamais il n'a vu les habitants songer à défendre leur domicile, ni manifester la moindre colère contre le perturbateur. Schenck et Schmiedeknecht parlent dans le même sens. Mais F. Smith, contrairement à l'opinion de ces naturalistes, affirme que les Bourdons défendent vaillamment leur nid, et qu'on ne les y attaque pas impunément. E. Hoffer est également convaincu de l'humeur batailleuse de ces créatures, d'ordinaire si placides. Elle se réveille vivement, nous le savons déjà, au moment de la ponte. Elle se manifesterait encore dans d'autres circonstances, où elle ne peut mériter que 1,'approbation, dans le cas de légitime défense. Hoffer soutient que les Bourdons, attaqués dans leur domicile, non seulement le défendent avec résolution, mais encore font preuve d'une certaine habileté. Il en cite de nombreux exemples. Tout un peloton de soldats fut une fois mis en fuite par des Bourdons des pierres. La petite troupe était au repos ; un des soldats s'avisa de fourrer sa baïonnette dans un trou où il avait vu entrer un Bourdon. Un des habitants sortit aussitôt et le piqua cruellement au cou. Puis dix, vingt autres se jetèrent sur les autres soldats et les obligèrent à battre en retraite. L'auteur lui-même fut plus d'une fois mis en fuite par des Bourdons terrestres ou des Bourdons des pierres, dont il avait voulu recueillir les nids, ou pour les avoir seulement examinés de trop près.

Toutes les espèces, selon Hoffer, sont susceptibles d'entrer ainsi en fureur et de devenir agressives, lorsqu'on les tourmente dans leur nid, surtout s'il est assez peuplé. Seulement, comme le Bourdon ne peut piquer commodément que de bas en haut, vu la disposition de son aiguillon, il lui faut un certain temps pour trouver une situation favorable à l'usage de son arme, tandis qu'une Abeille

OU une Guêpe, au contraire, piquent à l'instant môme où elles atteignent.

Les jeunes femelles, les futures reines, sortent peu du nid, si bien qu'on en voit beaucoup moins à la fio de l'été et en automne, que plus tard, au printemps. N'ayant aucun souci de la communauté au sein de laquelle elles sont nées, si on les voit quelquefois sur les fleurs, c'est pour leur propre compte ; elles se bornent à humer le nectar, et l'on ne voit jamais de pollen dans leurs corbeilles, quoique Huber ait dit le contraire. Elles volent lourdement d'une fleur à une autre, ou se posent paresseusement sur une branche, pour se réchauffer au soleil des heures entières, en attendant la visite des mâles vagabonds. C'est vers le temps de la naissance des femelles que les sociétés de Bourdons atteignent leur apogée.

A cette époque, la vieille reine vit encore, pelée, il est vrai, les ailes toutes déchirées sur leur bord. Bien rarement alors elle sort du nid, et si l'on en rencontre une, sa défroque est tellement usée, qu'il est parfois difficile de la rapporter à son espèce. Elle meurt enfin. Dès ce moment, la famille décline de jour en jour. La ponte des ouvrières et des petites femelles peut bien encore amener quelques naissances, mais elles sont loin de compenser les décès. La population décroit rapidement, les mâles se dispersent et ne rentrent plus. Les ouvrières, tous les jours plus éclaircies, n'en continuent pas moins activement leur mission, et luttent de leur mieux contre la ruine dont la maison est menacée. Les mauvaises journées, toujours plus nombreuses, les fleurs de plus en plus rares, les provisions épuisées et non renouvelées, la misère enfin, avec le froid, ont raison de leur courage; elles succombent l'une après l'autre, et avec elles les larves et les nymphes qui restent. Les jeunes femelles fécondées sont depuis longtemps parties. Chacune a trouvé pour son compte un abri contre les frimas qui vont venir. Tune

dans un vieux tronc, l'autre dans un trou de muraille dans un épais tapis de mousse.

Le silence et la mort régnent seuls dans la cité, pleine naguère de mouvement et de vie. S'il y a qi ques vivants, se sont des parasites, la vermine, qui troi encore là, pour la mauvaise saison, un abri qui lui p mettra d'aller recommencer au printemps, en de n( veaux nids, le cours de ses déprédations.

Le Bourdon partage les goûts de l'Abeille pour labiées et les légumineuses; mais il affectionne enc^ tout particulièrement les chardons de toute sorte, don fouille assidûment les capitules de sa longue trom Grâce au développement de cet organe, il peut atteim le nectar au fond de corolles où ne peut parvenir la 1j gue plus courte de l'Abeille. Telles sont la pensée e trèfle rouge. De nombreuses expériences ont convaii Darwin que le Bourdon est indispensable pour la fécon tion de ces plantes, et que si le genre Bourdon venai disparaître ou devenait très rare en Angleterre, la pen et le trèfle rouge deviendraient aussi très rares ou dis raî traient complètement.

Mais il est des fleurs qui cachent leur nectar à des p fondeurs telles, que seuls les Lépidoptères Sphyngid dont la trompe est démesurément allongée, peuvent s emparer; il serait inaccessible aux Bourdons, s'ils n'usai de l'ingénieux procédé que nous connaissons déjà, et consiste à pratiquer, à peu de distance du fond du tu un trou qui leur permette d'y introduire leur trompe n'est même pas nécessaire que le nectar se trouve t profondément placé, pour que le Bourdon se décid( user de cet artifice. Il est très fréquent de trouver p forées des fleurs dont sa trompe peut atteindre le fond, est le trèfle rouge dont nous venons de parler. 11 sul pour que la perforation ait lieu, que les fleurs à con tubuleuse soient réunies en très grand nombre dans

it>4 LES ABEILLES.

lieu déterminé. C'est le cas d'un champ de trèfle, des vastes nappes couvertes de bruyèi'es flc^uries. On est surpris de voir le nombre de Heurs pei'forées que l'on trouve en ces circonstances. Darwin en cite de curieux exemples. « Je faisais une longue promenade, dit-il, et de temps en temps je cueillais un rameau d'Erica tetralix; quand j'en eus une poignée, j'examinai toutes les fleurs avec ma loupe. (]e procédé fut renouvelé fréquenmient, et, quoique j'en eusse examiné plusieurs centaines , je ne réussis pas à trouver une seule corolle qui n'eût été perforée.... J'ai trouvé des champs entiers de trèfle rouge dans le même état. Le docteur Ogle a constaté que 90 pour 100 des fleurs de Salvia glutinom avaient été perforées. Aux États- Unis, M. Barley dit qu'il est difficile de trouver un bouton de Gerardia pedicularia non percé, et M. Gentry en dit autant de la Glycine.

L'Abeille domestique elle-même sait employer ce procédé conmiodede laperfoi'ation, pour atteindre des nectars qui lui seraient autrement interdits. 11 y a mieux. Elle sait aussi profiter des perforations qui sont l'ouvrage des Bourdons. Tous ces animaux, en opérant ainsi, n'agissent pas simplement sous l'impulsion de l'aveugle instinct. Us font assurément preuve d'intelligence. On n'en peut douter, quand il s'agit de tirer parti du labeur d'autrui. Et pour celui que l'insecte exécute lui-même, le raisonnement est manifeste. Nous venons de dire que le Bourdon est parfaitement capable de s'emparer du nectar du trèfle rouge. Il troue cependant cette fleur, quand elle est en grand nombre. Quel en peut être le motif? 11 n'y a que l'économie du temps. Il est avantageux pour le Bourdon et aussi pour l'Abeille de visiter en un temps donné le plus de fleurs possible. Une fleur trouée exige moins de temps pour être épuisée de son nectar qu'une fleur non perforée, et l'Abeille peut plus tôt passer de cette fleur à une autre.

Darwin a fréquemment observé, dans plusieurs espèces de fleurs, que, la perforation une fois effectuée, Abeilles

et Bourdons suçaient à travers ces perforations et allaient droit à elles, renonçant au procédé ordinaire, et finissaient même par prendre une telle habitude d'user de ces trous, que, lorsqu'il n'en existait pas dans une fleur, ils passaient à une autre, sans essayer d'introduire leur trompe par la gorge.

Ainsi un premier acte d'intelligence pousse ces insectes à trouer les corolles tubuleuses, alors même que la longueur du tube n'exige pas cette perforation; un second effet de leur raison leur apprend qu'il y a avantage à user de cette perforation, une fois produite par d'autres; un troisième acte intellectuel leur fait adopter ce mode de visite, et les fait renoncer au mode ordinaire et normal. « Même chez les animaux haut placés dans la série, comme les singes, remarque Darwin, nous éprouverions quelque surprise à apprendre que les individus d'une espèce ont, dans l'espace de vingt-quatre heures, compris un acte accompli par une autre espèce, et en aient profité.» Nous sommes bien loin de cet instinct aveugle, inconscient, immuable, que certains naturalistes attribuent aux animaux, et plus particulièrement aux Insectes, leur refusant par suite tout acte relevant de l'intelligence. Nous ne voyons d'aveugle ici que l'esprit de système, l'homme et non la bête.

Si la perforation des corolles est avantageuse aux Bourdons et aux Abeilles, on ne peut dire qu'elle le soit aux fleurs elles-mêmes, bien au contraire. Le trèfle, dont la fécondation est favorisée par les investigations normales des Bourdons, par l'introduction de la trompe de ces insectes dans la gorge de la corolle, perd absolument les bénéfices de cette introduction, quand la corolle est perforée. La fécondation croisée, d'une fleur à une autre, que toutes les observations démontrent avantageuse, quand elle n'est pas indispensable à la multiplication de la plante, devient alors impossible. La plante perd donc autant et plus que l'hyménoptère ne gagne, car celui-ci n'épargne

guère le plus souvent que son temps et son travail, alors que la fleur y perd en fécondité amoindrie, ou devient môme absolument infertile, si elle est incapable de se féconder elle-même, et exige impérieusement, pour mûrir ses graines, le pollen d'une autre fleur. Nouvelle preuve que chaque espèce tend à se développer suivant son intérêt propre, que tout n'est pas réglé en ce monde suivant les lois d'une harmonie préétablie et constante. Heureusement que le progrès est en somme le résultat de toutes ces tendances en sens divers ou opposés, et l'effet d'adaptations de plus en plus parfaites, plus dignes vraiment de notre admiration, que cette immutabilité, cet automatisme, que certains esprits s'évertuent à trouver partout dans la nature.

Peu d'hyménoptères ont autant de parasites que les Bourdons.

Parmi les plus remarquables sont les Psithyres, leurs très proches alHés, à qui nous ferons l'honneur mérité d'un chapitre spécial.

Un de leurs pires ennemis est un petit lépidoptère, une mite, VAphonia colonellay dont les chenilles enlacent parfois tout le nid d'un réseau de soie, à l'intérieur duquel elles dévorent en sûreté cellules et cocons. Quand leur nombre est suffisant, — et il peut s'élever jusqu'à plusieurs centaines d'individus, — c'en est fait de la famille des Bourdons, elle ne tarde pas à être anéantie. Bien des nids finissent de la sorte.

De grosses et belles mouches, les Volucelles, ennemies aussi des Guêpes, sont quelquefois bien funestes aux Bourdons, dont elles dévorent les larves (fig. 50).

Un autre diptère, curieux par ses formes, autant que par ses habitudes, le Conops (fig. 51), à l'abdomen en massue, vit parmi les viscères mêmes du Bourdon, y subit toutes ses métamorphoses, et vient ensuite à l'extérieur, en disjoignant violemment les anneaux de l'abdomen. Douées d'une grande vitalité, ces mouches résistent fréquemment aux

agents qui tuent leurs hôtes, et plus d'une fois un entomologiste a vu, au fond de ses boîtes, au printemps, un Conops sorti du corps d'un Bourdon capturé à la fin de la saison précédente.

Fig. oO. — Volucelle zonée. Fig. 31. — Conops.

Les Fourmis, dont on sait la friandise pour toute chose sucrée, s'introduisent souvent dans les nids des Bourdons, pour en piller les provisions.

Les Mutilles (fig. 52), hyménoptères ayant l'aspect de grosses fourmis, dont le corps rouge et noir est orné de bandes et taches de poils blanchâtres, vivent souvent aux dépens des Bourdons. Leurs larves dévorent celles de ces derniers, et leur nombre peut être assez grand, en certains cas, pour diminuer notablement la population d'un nid, ou même l'anéantir.

Une sorte d'AcaruSy le Gamasus Coleoptraloruniy envahit souvent le corps des Bourdons. Ce n'est qu'une sorte de commensal, et l'hyménoptère ne lui sert que de véhicule pour se faire voiturer dans les lieux où il doit trouver des vivres en abondance. Les jeunes femelles, qui se sont chargées en automne de ces poux, les conservent tout l'hiver, et les introduisent dans le nid qu'elles construisent au printemps suivant. Ils pullulent quelquefois par myriades dans les détritus qui s'accumulent sur le plancher.

Plusieurs petits mammifères, tels que le Mulot, la Souris, la Belette, le Benard, doivent compter parmi les des-

tructeurs des Bourdons. Ils en ravagent les nids, mandent tout à la fois provisions et habitants. La Taupe aussi, dit-on, dans l'occasion, se régale des larves et des nymphes. Nous ne pouvons à ce propos ne pas mentionner l'opinion

Fig. 52. — Mutilles.

du colonel Newman cité par Darwin Ml existerait, d'après cet observateur, une relation qu'on était loin de soupçonner entre des êtres aussi différents que les Chats, les Mulots, les Bourdons et certaines plantes visitées par ces derniers. Le nombre des Bourdons, dans une région donnée, dépendrait, dans une grande mesure, du nombre des mulots qui détruisent leurs nids. M. Newman, qui a beaucoup étudié les habitudes de ces hyménoptères, estime que plus des deux tiers de leurs nids sont ainsi détruits

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