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Origine des espèces, 2« édition française, p

ihaque année en Angleterre. Gomme le nombre des Qulots dépend de celui des chats, les nids des Bourdons loivent, par une conséquence forcée, être plus abondants irès des villages et des petites villes qu'ailleurs. Et I. Newman affirme que c'est bien en effet ce qui a lieu. ( Il est donc parfaitement possible, ajoute Darwin, que la )résence d'un animal félin dans une localité puisse y déerminer l'abondance de certaines plantes, en raison de 'intervention des Souris et des Abeilles. »

A la liste des ennemis des Bourdons, Schmiedeknecht ijoute l'homme lui-même, qui souvent bouleverse, sans j'en douter, avec la faux et le râteau, les nids dont le couvain îst détruit. A quoi je puis ajouter le fait d'un jeune berger, |ui me surprit beaucoup en me disant que les Bourdons, |u'il me voyait capturer avec mon filet, faisaient du miel îomme les Abeilles. Pressé par mes questions, il me îonta qu'il lui arrivait souvent de suivre leur vol en courant, de découvrir ainsi leur nid, et de s'emparer de leur [iiiel.Ce gardeur de moutons avait tout seul trouvé le procédé qui sert à certains sauvages pour découvrir et piller les nids des Abeilles.

Les Bourdons sont répandus dans toutes les parties du monde, à l'exception de l'AustraUe. Ce sont plus particulièrement des animaux des régions froides et tempérées ; quelques-uns sont môme exclusivement arctiques. Aussi sont-ils de beaucoup plus fréquents dans les montagnes que dans les plaines. Les Alpes, les Pyrénées, le Caucase sont fort riches en Bourdons, tant en espèces qu'en individus.

LES P8ITHYRES.

Les Psithyres sont les commensaux des Bourdons leurs parasites, dans le vrai sens étymologique du mot Ayant la même livrée, la même forme générale qu( leurs hôtes, ils ont des habitudes bien différentes. Au tant le Bourdon est laborieux et actif, autant le Psithyn est lent et paresseux. Le même aliment les nourrit Mais tandis que le Bourdon recueille lui-même ses pro visions de bouche, et les emmagasine, dépensant à cel; une somme considérable de travail, le Psithyre, lui, s( nourrit d'aliments qu'il n'a point amassés. Profitant di labeur d'autrui, il glisse ses œufs, comme le Coucou, ai milieu de ceux des Bourdons, et ses petits naissent, grandissent, nourris et choyés comme les enfants de la maison. La nature, hélas! nous donne parfois de bien mauvais exemples !

Les analogies des Psithyres avec les Bourdons leun hôtes sont tellement frappantes, qu'on les a longtemps confondus avec ceux-ci ; et même, depuis que leur* mœurs parasitiques, découvertes par Lepelletier de Saint- Fargeau, sont connues de tous les naturalistes, il s'er est trouvé pour les maintenir dans le genre Bombus Cependant l'absence d'ouvrières, le défaut d'organes de récolte chez les femelles, légitiment suffisamment h distinction des deux genres. Les tibias postérieurs des femelles de Psithyres sont dénués de corbeilles; ils sont étroits, convexes extérieurement, et velus, connue ceux des mâles; le premier article des tarses de la même paire de pattes est grêle, manque de brosses au côté in-

Fig. 33. — Psithyres.

LES PSITHYRES.

Pig. 54.

terne, et du crochet caractéristique au haut de son bord postérieur.

Quant aux mâles, aucun bon caractère ne permet de les distinguer de ceux des Bourdons.

L*œil exercé du naturaliste les reconnaît par habitude, comme des espèces familières , plutôt que par des caractères bien définis.

Les mâles de Psithyres sont bel et bien de véritables Bourdons.

Jambe de Psitliyre. Jambe de Bourdon.

Si différentes que soient, dans leur ensemble, les habitudes des Bourdons et des Psithyres, elles conservent néanmoins quelques traits communs. Comme celles des Bourdons, les femelles des Psithyres, fécondées en automne, hivernent; puis, au printemps, un peu plus tard que les premières, elles sortent de leurs retraites. D'un vol assez lourd, on les voit se poser quelquefois sur les fleurs, plus souvent rôder çà et là, fureter dans les buissons, à la recherche des nids déjà commencés des Bourdons, pour s*y introduire furtivement et y pondre. A mesure que l'été approche, on en voit de moins en moins sur les fleurs; elles deviennent, comme les femelles de Bourdons, de plus en plus casanières, et ne se nourrissent guère plus qu'aux frais de leurs hôtes. Ceux-ci, en général, prennent leur parti de la présence de ces intrus. Avant la fin de l'été, les mâles se montrent, et bientôt aussi les jeunes femelles, et on voit les uns et les autres sur les fleurs durant tout l'automne. Les choses se passent ensuite comme

chez les Bourdons ; les mâles meurent avant les premiers froids, et les femelles fécondées cherchent un refuge pour y passer l'hiver.

La présence des Psithyres n'est pas rare dans les nids de Bourdons. Sur 48 nids de B. variabilis explorés par Ed.Hoffer, 35 seulement se trouvaient sans parasites. Cette intrusion n'est pas sans causer un préjudice plus ou moins grave aux légitimes habitants. Hoffer, à qui nous d<3vons, sur le compte de ces parasites, une foule d'obsenations non moins intéressantes que celles qu'il a fait connaître au sujet de leurs hôtes, a reconnu qu'un nid est toujours plus faible, quand il contient des Psithyres, que lorsqu'il n'y en a point.

Les Psithyres ne font donc pas que s'ajouter en surcroît à la population normale ; ils ne se bornent pas non plus à se substituer, individu contre individu, aux Bourdons, car en ce cas la population totale devrait rester la même. Une aussi importante diminution oblige à croire qu'il y a suppression effective de larves des bourdons, ou plutôt de leurs œufs. Et il est permis de supposer que la femelle Psithyre, loin de se contenter d'introduire ses enfants dans la famille du Bourdon, doit, d'une façon ou d'une autre, détruire un certain nombre de ceux de son hôte. Il serait intéressant que l'observation vînt dire ce qui se passe positivement à cet égard.

Les premiers observateurs, se fondant sur l'analogie, la presque similitude qui existe entre le vêtement des Psithyres et celui des Bourdons, ont cru que, grâce à cette trompeuse ressemblance, ces intrus parvenaient à mettre en défaut la vigilance de ces derniers, et à se faire passer, selon la propre expression de Lepelletier de Saint-Fargeau, « pour les enfants de la maison » . C'était oubUer la délicatesse extrême des sens de ces insectes, que de borner à la vue les moyens qu'ils ont de reconnaître les leurs. Dans leurs sombres retraites, il n'y a pas d'ailleurs à parler de

LES PSITIIYRES. 135

la vue, qui ne leur peut ôtre d'aucun secours. D'une manière générale, les couleurs d'un Psithyre sont de celles qui conviennent à. un Bourdon; mais il est absolument inexact qu'un Psithyre porte nécessairement la livrée de ses hôtes. Si les Psithyrus rupeslris et vestalis ont respectivement à peu près le costume des Bombus lapidarius et tei^restris qu'ils exploitent, le Ps. Barbutellus ne ressemble guère au B, pratorum qui l'héberge, et le Ps, campestris est tout à fait différent des B. agrorum et variabitiSy ses nourriciers ordinaires.

Les observations de Hoffer nous fournissent des renseignements précieux sur la nature des rapports qui existent entre Bourdons et Psithyres. Elles montrent. Ce qu'on était loin de supposer jadis, que ces rapports sont quelque peu tendus, pour ne pas dire davantage.

(( Les Bourdons avec lesquels cohabitait déjà un Psithyre, dit cet habile observateur, semblaient trouver son apparition toute naturelle, lorsqu'il rentrait au nid; ni la reine, ni les ouvrières ne paraissaient le moins du monde gênées par sa présence. Pendant le mauvais temps ou pendant la nuit, tous reposaient côte à côte sur les gâteaux ; cependant le Psithyre se tenait de préférence dans le bas, et le plus souvent en dessous des gâteaux. C'est là qu'il se réfugiait promptement, quand on dérangeait le nid, et même sous la mousse, s'il y en avait. »

(( Lorsque j'introduisais un parasite dans un nid de Bourdons qui déjà n'en possédait pas un autre, il s'élevait aussitôt un grand tumulte parmi les habitants, comme il s'en produit toujours à la rentrée d'un des leurs; tous se portaient vers lui d'un air hostile, mais sans essayer de le piquer ou de l'attaquer en aucune façon. Quant à lui, il se glissait aussi vite que possible sous les gâteaux, et peu à peu toute la société rentrait dans le calme. »

L'entrée du parasite excite donc la colère des Bourdons, et l'intrus y échappe en se réfugiant avec promptitude en lieu sûr. Les choses se passent-elles toujours

autant de placidité? On en peut juger par les lignes tites.

e 44 août 1881, dit Hoffer, j'examinais un nid moyennt volumineux de Bombus sUvarum, et j'y trouvais, une \4eille femelle, 10 mâles et 29 ouvrières, une ; femelle morte du Psilhyrus campeslris, Évidemcette dernière avait dû se faufiler dans le nid du us, et y avait été tuée, car il n'y avait pas d'autre ite, et il n'en naquit aucun dans la suite. » Ter raconte encore qu'un Psithyre, qu'il avait introlans un nid de Bourdon, y fut mal accueilli et se sauva îment. « Je conclus de ces faits, ajoute l'auteur, que urdons connaissent parfaitement les pillards de leurs sions ; mais certaines formes, se sentant impuissantes vis du parasite, dont la taille surpasse la leur de beause résignent à subir sa société. »

['on considère l'uniformité générale de l'organisation lourdons et des Psithyres, on est obligé d'admettre es deux genres ne sont que deux formes d'un même et sont unies entre elles par la plus étroite affinité, les naturalistes qui adhèrent à la doctrine du transsme, cette parenté n'est pas purement idéale, elle est . Le genre parasite ne serait qu'une lignée issue du ! récoltant, et ayant perdu les organes de récolte par de son adaptation à la vie parasitique.

is avons vu plus haut que la rencontre, dans un nid urdon, d'individus d'une autre espèce que celle à la- 3 il appartient, n'est pasun fait très rare. Ce fait vient pui de l'hypothèse. Ces habitudes ont dû exister anement comme aujourd'hui, de même que l'on voit, l'Abeille domestique, des sujets d'une colonie réussir staller dans une autre, malgré l'hostihté que soulève inaire une pareille intrusion. On conçoit donc qu'une le, au réveil du printemps, en train de rechercher un convenable pour y édifier son nid, ait rencontré un

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commencement de colonie d^jà fondé par une femelle plus précoce; que, trouvant ce logis à sa convenance, elle s'y soit installée, ce que les fréquentes absences de la légitime propriétaire rendaient d'autant plus facile. Dispensée d'exécuter les travaux déjà effectués, et même de prendre part à leur agrandissement, elle aura pu, sans autre souci, vaquer à la ponte. Sa progéniture, héritant de la paresse maternelle, l'aura également transmise à sa descendance, toujours plus exagérée dans les générations successives ; et en même temps l'atrophie graduelle aura de plus en plus dégradé et finalement fait disparaître les instruments de travail restés sans emploi. Ainsi a pu surgir de la souche des Bourdons, le rameau des Psithyres.

LES MÉLIPONES.

Les Mélipones et leurs très proches parentes, les Trigones, sont des Abeilles sociales propres aux régions tropicales. Fort nombreuses en espèces, on les trouve au Mexique, aux Antilles, surtout au Brésil; quelquesunes habitent l'Inde, la Chine, les îles de l'océan Indien; une espèce est même indiquée comme propre à l'Australie.

Ces Abeilles (fig. 56) sont dépourvues d'aiguillon, ce qui, joint à quelques autres caractères, les distingue notablement des Abeilles domestiques et des Bourdons : ainsi leurs cellules alaires sont quelque peu différentes, et le premier article de leurs tarses postérieurs est autrement conformé, triangulaire au lieu d'être quadrangulaire, et dépourvu, à son angle supérieur et externe, du crochet

Fig. 33. — Mcliponc.

caractéristique dont cet organe est muni chez le Bourdon et l'Abeille; les pattes sont proportionnellement plus longues, les tibias postérieurs, qui portent les corbeilles, beaucoup plus dilatés.

L'Abeille domestique, avec ses nombreuses races, est exclusivement propre à l'ancien monde. L'Amérique, qui ne possédait point d'xVbeilles, mais qui ne larda pointa en recevoir après la conquête, tirait déjà des Mélipones et des Trigones les produits que Y Apis melll" ^ca procurait aux nations civilisées.

Les sauvages Guaranis, les Botocudos, les Chiquitos, longtemps avant l'arrivée des Européens, recherchaient avidement le miel des Mélipones, et appréciaient surtout leur cire, qui leur servait pour l'éclairage et plusieurs autres usages.

Quoique les espèces d'Abeilles américaines soient fort nombreuses, elles sont encore peu connues. Cela tient surtout à ce que les naturalistes qui les ont recueillies ne l'ont fait que par accident pour ainsi dire, occupés surtout de recherches d'autre nature. Aussi la biologie de ces insectes est-elle encore fort incomplète, et l'on ne sera pas surpris d'apprendre, par exemple, que sur 55 espèces décrites par Lepelletier de Saint-Fargeau, cet entomologiste n'a connu que trois mâles, dont deux isolés, et pas une seule femelle; et que F. Smith, sur 15 espèces ajoutées par lui à cette liste, ne fait connaître qu'un mâle. En sorte que, jusqu'à cos dernières années, aucune femelle n'avait encore été observée par un naturaliste.

Un apiculteur distingué, domicilié jadis à Bordeaux, M. Drory, a eu la bonne fortune d'avoir en sa possession quarante-sept colonies de Mélipones ou Trigones, appartenant à 11 espèces différentes, dues à l'obligeance d'un apiculteur bordelais, établi à Bahia (Brésil). Grâce à cet

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observateur zélé, plusieurs lacunes de l'histoire de ces Abeilles ont pu être comblées. Nous ferons de nombreux emprunts aux intéressantes notices que 3f. Drory a publiées sur leur compte dans le Rucher du Sud- Ouest,

La plupart des Mélipones, mais surtout les Trigones, sont plus petites que les Abeilles, et leurs proportions beaucoup plus grêles ; l'abdomen surtout est considérablement rétréci chez quelques espèces. Quelques Trigones atteignent tout au plus 5 ou 4 millimètres. La Mélipone scutellaire (M. scutellaris La treille) égale presque la taille de l'Abeille domestique, mais elle est beaucoup plus belle. Son corselet, noir avec l'écusson roux, est vêtu de poils roux-dorés; ses segments abdominaux sont ornés d'une agréable bordure blanche, la face de lignes blanchâtres.

On connaît aujourd'hui, grâce à M. Drory, la femelle de Ir Mélipone scutellaire. Elle est très différente de l'ouvrière, que l'on connaissait depuis longtemps. Il y a môme lieu de distinguer les femelles jeunes ou vierges des femelles fécondées ou reines. Les femelles vierges sont un peu plus petites que les ouvrières; leur couleur générale est brune; la tête et le corselet sont plus petits; l'abdomen est court et dépourvu de bordures blanches ; les jambes sont plus grêles, d'un brun clair; les postérieures dénuées d'organes de récolte, comme chez la reine-abeille; les tibias convexes, couverts de poils soyeux; les antennes sont plus longues que chez l'ouvrière ; la face est dépourvue des lignes blanches qui ornent la face de celle-ci.

La femelle fécondée est, selon l'expression de M. Drory, un « véritable monstre », à côté de celle qui vient d'être décrite. L'énormité de son abdomen surtout la rend difforme : il est deux fois plus long, et large à proportion. Les anneaux en sont tellement distendus, que la membrane intcrsegmentaire, plus large que les segments cornés, fait que l'abdomen parait blanc avec des raies brunes en tra vers. Un abdomen si pesant rend naturellement la dé-

marche de la bête fort embarrassée. Quand elle marche la tête en bas, il traîne disgracieusement, pendant à droite ou à gauche par l'effet de son poids, et il retombe lourdement, quand elle passe d'un gâteau à un autre.

Le mâle ressemble tellement à l'ouvrière, qu'il est très facile à confondre avec elle. Il en a les couleurs, avec des formes un peu plus grêles; il en diffère d'ailleurs, comme c'est la règle chez toutes les Abeilles, par un article de plus aux antennes et un segment de plus à l'abdomen, par l'absence de brosse et de corbeille aux pattes postérieures; enfin sa face est presque entièrement blanche.

Dans leur pays, les Mélipones établissent leurs nids dans le creux des arbres ou des rochers ; quelques-unes nichent, comme les Bourdons, dans le sol. On en voit quelquefois cohabiter avec des termites, et vivre, dit-on, en bonne inteUigence avec ces terribles rongeurs.

Les nids des Mélipones sont très différents de ceux des Abeilles. Les gâteaux, au lieu d'être disposés verticalement, sont horizontaux. Un premier rayon est construit sur le plancher de l'habitation, soutenu par des colonnettes de cire. Ces cellules, pressées les unes contre les autres, sont hexagonales; celles du pourtour ont leur surface libre ou extérieure cylindrique, mais toutes ont le fond sphéroïdal. Elles sont naturellement verticales, puisque le gâteau est horizontal, et leur orifice est supérieur, leur fond inférieur, c'est-à-dire qu'elles sont dressées et non pendantes, comme les auteurs l'ont dit maintes fois, se répétant les uns les autres. Le premier qui en a U^rlé, Huber, doit avoir eu entre les mains un nid bouleversé sans doute dans le voyage, mal interprété en tout cas {ûg, 57).

Les cellules sont sur un seul rang, et non sur deux comme chez les Abeilles. Donc, moins d'économie de place et de matériaux que chez ces dernières.

LES MÉLIPONES. 143

Chez les Abeilles, la ponte a lieu dans des cellules vides, et dès que la larve est éclose, un premier repas lui est servi et renouvelé au fur et à mesure de ses besoins. Chez les Mélipones, il en est tout autrement. Les cellules sont d'abord approvisionnées, l'œuf n'y est pondu qu'ensuite. Les ouvrières entassent dans la cellule de la pâtée de pollen jusqu'à atteindre environ les trois cinquièmes de la hauteur, et par-dessus, une petite quantité d'un aliment plus fluide, transparent, sans trace de pollen, quelque chose d'analogue à la gelée qui forme le premier repas de la larve d'Abeille. C'est là toute la ration d'une larve, ce qu'il lui faudra pour atteindre au terme de son développement. Cela fait, la reine s'approche de la cellule, s'assure, par une inspection qui paraît attentive, que tout est bien, puis se retourne, introduit le bout de son abdomen dans la cellule et pond un œuf. Pendant cette opération, plusieurs ouvrières sont là, entourant la reine, et comme si elles sentaient bien toute l'importance de l'acte qui s'accomplit, ne cessent de palper doucement de leurs antennes l'abdomen de la pondeuse. Enfin la reine se soulève ; l'œuf, qui est assez gros, se voit dans la cellule ; elle se retourne pour le regarder, constater que tout est bien, puis s'éloigne. Les ouvrières s'approchent aussitôt, pour se renseigner à leur tour; puis l'une d'elles, avec une promptitude inouïe, une étonnante dextérité, tournant autour de la cellule, en façonne le bord avec ses mandibules, de manière à l'infléchir en dessus. On voit graduellement ce bord se déprimer, puis s'étendre de la circonférence au centre, l'orifice se rétrécir de plus en plus, enfin disparaître. Pendant qu'elle évolue ainsi autour de l'axe de la cellule, l'ouvrière prend appui, du bout de son abdomen, sous le côté interne du bord qu'elle mordille. C'est donc le corps ployé en deux qu'elle travaille, posture on ne peut plus incommode, et qui va s 'exagérant à mesure que l'opération avance; on voit son cou, tout blanc, se tendre de plus en plus, au point qu'il semble, dit M. Drory ,

[u'il va céder et »e rompre. Mais bientôt, l'orifice devenu rès petit, elle dégage son abdomen, et la fermeture 'achève en quelques coups de mandibules. « En moins le temps qu'il n'en faut pour l'écrire, la cellule est oper- ;ulée. »

J'ai été moi-même témoin de cet étonnant spectacle, dans m nid de Trigona clavipesy que je devais à l'obligeance Ifi M. Drory, et puis confirmer de tout point la description [u'il a donnée de la ponte.

« L'insecte est donc forcé de se développer dans un 'écipient sans air » , remarque l'habile apiculteur que je iens de citer. Cela peut surprendre, par comparaison ivec ce qui a lieu chez les Abeilles, dont la larve grandit lans une cellule ouverte. Mais ce développement en îhambre close est la règle, chez presque tous les Hyméloptères, et il existe, chez l'Abeille elle-même, pour toute a durée de l'état de nymphe.

Le ver éclos mange d'abord la gelée liquide, puis il mtame la pâtée compacte. Quand celle-ci est entièrement consommée ou à peu près, il a acquis toute sa taille. Il se île alors une coque de soie, pour subir ses métamor- 3hoses, après quoi la jeune Méîipone ronge le haut de la cellule et se montre h l'état parfiiit.

Les mêmes cellules, chez les Abeilles, servent succesûvement au développement de plusieurs générations i'ouvrières. Elles ne servent qu'une fois chez les Mélipones. Quand une cellule est devenue vide, les ouvrières 3n rongent les parois et n'en laissent subsister que le fond, qu'elles déblayent et nettoient des restes de pollen 3t autres résidus, en sorte que, lorsque tout l'étage est ?(clos, il n'en reste qu'une mince plaque, dont la surface, îssez inégale, laisse voir les traces des fonds des cellules.

Mais tandis que le couvain se développait dans ce premier étage, un second s'élevait au-dessus, reposant sur ie premier par des piliers de soutènement, ingénieusement placés dans les angles des cellules inférieures, afhi

LES HÉLIPONES. 145

de ne pas en obstruer la cavité. L'ensemble formé par les deux étages est protégé par des lamelles de cire disposées tout autour, contournées, entortillées les unes dans les autres, de manière à ne donner accès dans le nid que par des chemins compliqués, des sortes de labyrinthes. Les étages se superposent ainsi les uns aux autres, ajoutant leur poids aux assises inférieures, qui fléchissent quelque peu, jusqu'à ce que le plafond soit atteint. L'ensemble présenta alors l'aspect d'une sorte de cône, car les étages, de forme sensiblement circulaire, ont un diamètre de plus en plus étroit de la base au sommet. L'édifice arrêté dans son développement, la colonie cherche une autre demeure, fournit un ou plusieurs essaims, ou périt.

Chez les Abeilles, les cellules qui servent au développement des larves peuvent servir, en d'autres temps, de magasins pour les provisions. Les Mélipones ont des récipients spéciaux pour cet usage. Ce sont des outres de cire, en forme de godets, à fond arrondi, dont la dimension varie suivant l'espèce ou plutôt la taille des Mélipones qui les construisent. Chez la Mélipone scutellaire, ces amphores sont de la grosseur d'un œuf de pigeon, pas plus grosses qu'un pois chez Vlmhati mosquita.

Ces outres sont attachées, en dehors des gâteaux, sur les parois du nid, et soudées les unes aux autres. A mesure que le nid s'élève, de nouveaux réservoirs sont superposés aux anciens ; aussi ces derniers ont-ils les parois plus épaisses que les plus récents. Les uns reçoivent de la pâtée de pollen, les autres du miel. Tant qu'ils ne sont pas pleins, ils restent largement ouverts, et rien de plus curieux que de voir les butineuses venir y dégorger leur provision de miel ou s'y débarrasser de leur fardeau de pollen. Dès que les réservoirs sont remplis, ils sont fermés avec soin. Puis, quand la récolte journalière ne suffit plus à l'entretien, une urne, puis une autre sont mises en perce, et les habitants viennent y puiser par un

t orifice pratiqué à cet effet dans la partie supérieure entrale du couvercle.

es Mélipones et Trigones sont beaucoup plus vives, 5 pétulantes que les Abeilles dans tous leurs mouveits. Quoique moins bien armées, et n'ayant que leur che pour attaquer et se défendre, elles sont plus lilleuses et plus pillardes. Par contre savent-elles se tre à l'abri des invasions de leurs ennemis ou de leurs eils, mieux que ne le font les Abeilles, dont la porte, cément ouverte, est plus difficile à défendre contre une que de vive force. Leur trou de vol est très petit et peut livrer passage qu'à un seul individu, en sorte une seule sentinelle en peut garder l'entrée. le n'est pas tout. Ce trou de vol si étroit ne donne pas îctement accès dans le nid. Un long tunnel, un boyau jeux fait de cire, est le seul et unique chemin qui le de la porte d'entrée aux étages à couvain, et de x-ci aux magasins, situés, comme on l'a vu, en dehors labyrinthe feuilleté. C'est tout juste si deux ouvrières ivent marcher de front dans ce chemin couvert, long fois de plus de 20 centimètres. Grâce à cette préition, inconnue des Abeilles, mais dont on pourrait it-étre voir l'analogue dans le conduit qui mène au nid Bourdons, les effluves odorants ne peuvent se répanau dehors et éveiller les convoitises des insectes pil- Is. Autre avantage, la défense de la maison en devient ucoup plus facile.

( Le jour et la nuit, une sentinelle est en faction à la •te, et gare à celui qui approche! Même une Abeille est due. La sentinelle donne l'alarme et se jette la prêtre sur l'ennemi, qui succombe toujours. Le dard limeux de l'abeille ne lui sert à rien. La Scutellaire, n plus agile qu'elle, lui tranche la tète ou le corselet n coup de ses mandibules, qui sont terribles, ou, si la lipone ou la Trigone est de petite taille, trois ou quatre

LES MÉLIPONES. 147

à la fois se jettent sur l'abeille, la saisissent aux jambes, aux antennes, aux ailes, qu'elles mordillent avec fureur, et tous meurent ensemble, agresseur et défenseurs, ces derniers sans jamais lâcher prise. »

Les petites espèces ferment leur trou de vol la nuit. S'il fait froid, la porte est construite d'une épaisse couche de cire; si, au contraire, il fait chaud, elle est mince et ressemble à un tissu transparent, à travers les mailles duquel les sentinelles passent leurs antennes.

Huber a constaté l'absence, chez les Mélipones, des moules à cire qui se trouvent sous les segments ventraux des Abeilles. Mais comme ces moules manquent aussi aux Bourdons, Huber suppose qu'il doit en être des Mélipones comme de ces derniers, qui sécrètent de la cire à la façon des Abeilles. Il n'en est point ainsi. M. Drory a découvert qu'elle est produite, chez les Mélipones et les Trigones, non point sous les segments ventraux, mais sous la partie dorsale des segments, d'où elle se détache sous forme d'une pellicule fme, blanche et transparente, recouvrant tout le dessus de l'abdomen; les 5 premiers segments prennent part à cette formation.

Chose bien étrange, les mâles, qui toujours, dans le monde des Abeilles, se font remarquer par leur paresse, feraient ici exception. M. Drory aurait reconnu que les mâles des Mélipones et des Trigones sécrètent de la cire, de la même manière que les ouvrières. Empressons-nous de donner acte à l'habile apiculteur de cette réhabilitation, dont ce sexe avait bien besoin.

Fabriquant de la cire, ils peuvent, sans doute, concourir à l'édification des cellules et des réservoirs à provisions. C'est l'opinion de M. Drory. Mais il leur refuse la faculté de recueillir le pollen, que leurs pattes ne sauraient emmagasiner, ni le miel, que leur langue trop courte ne pourrait aller puiser dans les fleurs.

La cire est absolument incolore, au moment où la Méli-

pone la prend sur son dos avec ses pattes postérieures. Travaillée, elle est de couleur brune, grossière, de consistance plus molle que celle des Abeilles. Comment s*opère sa transformation? Comme les Abeilles, les Mélipones pétrissent la cire avec leur bouche; au sortir de cette manipulation, elle a acquis sa couleur propre. C'est la salive, de toute évidence, qui s'y mêle et lui conmiunique ses propriétés nouvelles. Cette salive, on le sait par les morsures parfois cruelles que ces insectes font pour se défendre, est jaune ou brune, d'une odeur forte et désagréable.

Les Mélipones font la collecte du pollen de la même manière que les Abeilles, et en forment, aux pattes de derrière, des pelotes proportionnellement beaucoup plus grosses. Quant à la propolis, que les Abeilles ne récoltent qu'au fur et à mesure de leurs besoins, les Mélipones et Trigones la ramassent en tout temps, et en font des réserves dans un coin de leur habitation. Très avides de tout ce qui peut leur être utile, elles pillent avec un empressement qui ressemble à de la fureur les vieilles ruches inhabitées ; elles en grattent la propolis, et s'en font aux pattes des pelotes qu'elles emportent. M. Drory a même constaté à ses dépens, qu'elles ne dédaignent pas le vernis récemment employé. Pendant plus de quinze jours, il vit des Scutellaires et autres occupées à détacher le vernis dont il avait fait peindre un grand pavillon.

Dans l'ardeur du pillage, ces violents insectes vont même jusqu'à se dépouiller entre eux.

« Une fois, raconte M. Drory, j'ai fait beaucoup rire quelques amis, en les rendant témoins de ce genre de vol I entre pillardes. Les Mélipones étaient occupées à ronger

la propolis et à s'en faire d'énormes pelotes aux pattes de derrière. Les survenantes trouvaient plus simple de ronger ces pelotes, pour s'en approprier la matière. Et la préoccupation des premières était telle que, pour un temps

LES MEUPONES. 149

au moins, le larcin réussissait. La volée s'en apercevait cependant quelquefois; elle défendait son bien, et de là une bataille, qui finissait bientôt par la fuite précipitée de la voleuse. »

Les Mélipones essaiment comme les Abeilles, mais Tessaim ne se pose pas à quelque distance de la ruche ; il s'en va toujours au loin. Ici, la mère féconde, incapable de voler, vu Ténorme développement de son abdomen, reste probablement dans la souche. M. Drory suppose qu'un » des femelles non fécondées, qu'on voit toujours en plus ou moins grand nombre dans la colonie, la quitte à un moment donné, et détermine ainsi la formation de l'essaim.

L'Abeille a le vol hésitant et maladroit; fréquemment elle manque l'entrée de la ruche, se pose à côté ou tombe à terre. Le vol de la Mélipone est plus vif, plus élégant, et d'une remarquable précision. La Mélipone qui rentre au logis arrive rapidement et tout droit à la porte, et, « à peine l'a-t-on vue, dit M. Drory, qu'elle y a disparu ». Avec autant d'agilité, lai sentinelle se retire pour livrer passage à la butineuse, qui lui passe sur le corps, et elle reparaît aussitôt à son poste. Quand la population est un peu nombreuse, les entrées et les sorties sont très fréquentes, et ce va-et-vient de la sentinelle se répète avec une rapidité et une constance que rien ne lasse. S'il en fallait croire Huber, la même sentinelle demeurerait en faction toute une journée; mais cela paraît difficile à croire.

Chez les petites espèces, un petit entonnoir en cire est construit en dehors du trou de vol. Son utilité s'explique par ce fait que, chez ces espèces, la population étant très nombreuse, le nombre des butineuses revenant de la picorée est quelquefois assez grand, pour que leur rentrée devienne difficile. Elles se posent alors sur le bord de l'entonnoir, autour duquel des factionnaires d'ailleurs

ent une garde assidue, et chacune, à tour de rôle, se nte à l'entrée.

ins délicates que les Abeilles, qui ne tolèrent aucune reté dans leur ruche, les Mélipones et les Trigones, e sortent que lorsque le temps est très beau et la érature au-dessus de 18° centigrades, accumulent excréments, tant qu'elles demeurent au logis, dans ►in de leur habitation. Là aussi elles entassent maints s et même les cadavres de leurs sœurs. Le beau temps m, des fragments sont découpés dans le tas et portés rs.

La plupart des Mélipones et des Trigones, dit M. Drory, des animaux inoffensifs. Des onze espèces que j'ai eu ision d'élever, deux étaient un peu méchantes (Meh-

postica et muscaria), et une l'était beaucoup, la ma flageola, dont le nom local, fort expressif, et qu'on dispensera de traduire, est caga fogo. Les manifesis hostiles des deux premières espèces de Mélipones LStent à s'insinuer dans les cheveux de l'imprudent es approche de trop près, ainsi que dans la barbe, ils, les oreilles, en faisant entendre un bruissement idérable, et répandant une odeur très pénétrante, [îul moyen de s'en défaire est de fuir prestement, et i peigner avec précaution. Si l'on s'obstinait à rester place, on risquerait d'avoir bientôt toute la colonie ses cheveux.

Mais quant aux caga fogo, c'est plus sérieux; leur seul dit comment se manifeste leur colère. Ils se jet-

comme leurs congénères, dans les cheveux, et aussi a figure et sur les mains ; ils rentrent dans les man- , ils s'insinuent sous les vêtements, et ils mordent rémission et sans plus lâcher prise. Ils font un bruis- !nt épouvantable, et répandent, par leur salive, une r tellement forte et pénétrante, que si vous en avez douzaine ou deux dans votre moustache, vous risquez

LES MÉLIP0NE8. 151

d'avoir des tournoiements de tête et de ressentir des nausées. Mais ce n'est pas tout. Leur salive est tellement corrosive, que chaque morsure forme une tache sur la peau, qui peut pei*sister deux mois ot plus. Pendant plus de huit jours, il est impossible de se peigner, tant les petites pustules causées par les morsures produisent une douleur atroce. C'est l'équivalent d'une vraie brûlure. Ces pustules sont remplies d'un liquide aqueux, et tout autour apparaît une auréole rougeâtre. Les marques de ces plaies persistent longtemps, plus de deux mois. »

« Mon vénéré ami, M. Brunet, de Bahia, à la bonté duquel je dois toutes mes colonies, assailli par ces trigones, qu'il allait m'envoyer, a été tellement torturé par elles, qu'il en a été huit jours malade, alité, en proie à une fièvre très forte, et le charpentier, son aide, a dû rester quinze jours sans pouvoir travailler. »

Hôtes d'un climat chaud, les Mélipones et les Trigones ne peuvent produire par leur propre chaleur la température nécessaire à leur existence dans nos contrées. Elles ne savent pas lutter contre le refroidissement, comme les Abeilles, en s'entassant les unes sur les autres et formant la grappe, selon l'expression des apiculteurs. A 18 degrés, elles ne sortent qu'en très petit nombre; à 15 degrés pas du tout; à 10 degrés elles meurent. Au contraire, plus la température est élevée, plus elles sont vives, plus elles travaillent, et plus elles semblent être heureuses, dit M. Drory.

« 11 en résulte que ces insectes, si intéressants pour la science, n'ont aucune valeur matérielle, pour les apiculteurs d'Europe. Les jours de sortie, en été, sont déjà limités, et la proportion de miel est, par suite, très minime. Un hivernage artificiel occasionnerait des frais considérables, pour n'obtenir en définitive, avec beaucoup de peine, qu'un résultat négatif. Sur 47 colonies de ces abeilles exotiques que j'ai possédées, je n'ai réussi à en sauver que deux, qui ont traversé, à Bordeaux, l'hiver

de 1875-74, pendant lequel j'ai hiverné 21 colonies à la fois. Mais au mois d'avril ces colonies étaient si faibles, qu'elles ne tardèrent pas à périr l'une après l'autre. »

Dans leur p^ys natal, si l'élevage en domesticité des Mélipones et des Trigones est peu rémunérateur, à cause du peu de durée de leurs colonies, leurs produits sont en général fort appréciés et activement recherchés. On attribue au miel de quelques-unes d'entre elles une grande puissance nutritive, et, à Santiago, des malades réputés incurables se mettent à la suite des chercheurs de nids de Mélipones, pour se nourrir exclusivement de miel et de maïs grillé. Partis exténués, émaciés, ils reviennent, dit Page*, gros, gras et robustes, de ces expéditions curatives.

On vend couramment dans les marchés de quelques villes de l'Amérique du Sud, les urnes à miel des Mélipones, que les Indiens vont recueillir dans les bois.

D'après d'Orbigny, les Indiens de Santa-Cruz connaissent 15 espèces de ces Abeilles, dont 9 sont dépourvues d'aiguillon et donnent un miel excellent ; 5 dont le miel est dangereux, et une seule armée d'un aiguillon et, pour cette raison, négligée.

La préférée est une toute petite Trigone, longue de trois à quatre millimètres, appelée Omesenama par les Indiens, eiSenorita par les Espagnols. Son miel est exquis. Parmi celles dont le miel est dangereux, d'autant plus que la saveur seule ne le distingue point des autres, on peut citer VUreceroch et VOverecepes, dont le miel occasionne d'affreuses convulsions, et YOmocayoch, dont le miel exquis jouit de propriétés enivrantes, et fait perdre pour un temps la raison. Moins expérimentés que les Indiens, les Espagnols, de crainte d'erreur, n'osent se fier qu'à la petite Sehorita.

1. Page. LaPlala^ the Argent, Confeder, and Paraguay^ London,

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LES MÉLIPONES. 155

La cire brute, molle et brunâtre, est loin d'égaler celle de nos Abeilles. On parvient à Tutiliser cependant. Les sauvages l'emploient telle quelle à différents usages. Mais on est parvenu, par des procédés spéciaux, à la purifier et à la blanchir.

Si l'on compare les Méliponites aux autres Abeilles sociales, au point de vue de la perfection relative des sociétés qu'elles forment, il est manifeste qu'elles sont supérieures aux Bourdons et inférieures à l'Abeille domestique. L'organisation sociale peu compliquée des Bourdons, leur industrie rudimentaire, tout en les mettant au dernier rang parmi les Abeilles vivant en communauté, les rapprochent en même temps des Abeilles solitaires. Leurs sociétés sont annuelles, comme l'évolution biologique de ces dernières; leurs femelles, isolées, hivernantes, sont, pour un temps au moins, solitaires. La division du travail entre les divers individus associés est à son minimum. Anatomiquement et physiologiquement, les ouvrières bourdons diffèrent à peine des femelles véritables. Elles pondent comme celles-ci, quoique moins, et la femelle travaille comme les ouvrières, alors que, chez l'Abeille et la Mélipone, elle vit dans une royale paresse. De la grosse femelle à la plus petite ouvrière, tous les degrés existent, à tous égards, et il est des individus appelés indifféremment, et tout aussi légitimement,' petites femelles ou grandes ouvrières.

Les Mélipones tiennent beaucoup plus des Abeilles que des Bourdons. Leur organisation est plus semblable, dans ses traits généraux. Bemarquons cependant que, par la conformation des pattes, le Bourdon ressemble plus que la Jfélipone à l'Abeille. La Mélipone, à cet égard, s'est développée dans une direction un peu différente. Inversement, par l'approvisionnement des cellules, fait en une fois, le développement des larves en chambre close, la Mélipone a retenu, sans la moindre altération, un des traits

lus accentués des habitudes des solitaires. L'élevage ur le jour, les soins continués aux larves pendant la ^ de leur développement, sont, au contraire, chez le don et TAbeille, un des côlés les plus remarquables

vie sociale.

ez la Mélipone et T Abeille, uniformité absolue des ières entre elles, et distinction tranchée entre celles-ci reine, par suite division du travail portée à son plus point. La reine est pondeuse et rien de plus, inhabile it travail, incapable même de se nourrir toute seule, trière, elle, n'a pour lot que le travail ; de la materelle a perdu la faculté essentielle, pour n'en conserjue le labeur: nourrice dévouée, mais point mère.

ce double rapport, l'adaptation est aussi parfaite

la Mélipone que chez l'Abeille. Peut-être môme la lière a-t-elle fait un pas de plus dans ce sens, car le loppement monstrueux de l'abdomen rend la reine )one incapable de s'élever sur ses ailes, is si nous apprécions l'une et l'autre au point de de leur industrie, la supériorité appartient sans con-

à l'Abeille. Perfection du plan, fini de l'exécution, omie des matériaux, de l'espace et du temps, les tra-

de l'Abeille ont toutes ces qualités à un si haut degré, la séparation des magasins et de la chambre à cou- , chez la Mélipone, la complication protectrice de rée du nid, sont loin de les contrebalancer. L'habitade la Mélipone, plus savamment conçue dans l'ensemest moins soignée dans les détails ; celle de l'Abeille )lus simple dans le plan, plus savante dans l'exécu-

G'est l'excellence dans la simplicité.

APIDES SOLITAIRES

LES XYL0C0PIDE8.

Les Xylocopes ouvrent la série des Abeilles solitaires.

Tout le monde a vu, dès les premiers soleils de mars,

une sorte de gros Bourdon noir voler bruyamment autour

Fig. 38. — Xylocope.

des piquets, des charpentes, des vieux bois de toute sorte. C'est TAbeille ronge-bois, la Xylocope à ailes violettes (Xylocopa violacea), la plus grosse de nos Abeilles. Un peu plus tard, on la voit beaucoup sur les fleurs, qu'elle

dépouille activement de leur pollen et de leur miel. Les Légumineuses, particulièrement la Glycine, les Acanthes, où elle s'enfarine d'une façon grotesque, sont ses plantes préférées.

Sa grande taille, le bruit qu'elle fait en volant, la font redouter du vulgaire. C'est pourtant un débonnaire animal, prêt à se sauver au moindre geste; bien armé, cela est vrai, mais n'usant de son redoutable aiguillon que dans le cas de légitime défense. C'est de plus un robuste ouvrier, un infatigable travailleur.

Réaumur a décrit avec une parfaite exactitude les longs et pénibles travaux de la Xylocope.

« Celle qui rôde au printemps dans un jardin, y cherche un endroit propre à faire son établissement, c'està-dire quelque pièce de bois mort d'une qualité convenable, qu'elle entreprendra de percer. Jamais ces Mouches n'attaquent les arbres vivants. Telle se détermine pour un échalas ; une autre choisit une des plus grosses pièces qui servent de soutien au contre-espaliers. J'en ai vu qui ont donné la préférence à des contrevents, et d'autres qui ont ^ mieux aimé s'attacher à des pièces de bois aussi grosses

^ que des poutres, posées à terre contre des murs, où elles

; ' servaient de banc. La qualité du bois et sa position entrent

I I pour beaucoup dans les raisons qui la décident. Elle n'en-

t ^ treprendra point de travailler dans une pièce de bois pla-

!cée dans un endroit où le soleil donne rarement, ni dans du bois encore vert; elle sait que celui qui non seulement '; est sec, mais qui commence à se pourrir, à perdre de sa

dureté naturelle, lui donnera moins de peine. » C'est pour / ; un motif semblable, qu'on a vu une fois, au Muséum de

\ ^ Paris, une Xylocope s'établir dans un tube métallique,

* dont le calibre lui avait paru convenable.

I Lorsqu'elle a fait son choix, elle se met à l'ouvrage, qui

exige, selon la remarque de Réaumur, de la force, du cou- ; rage et de la patience. Elle commence par creuser un trou

; à peu près horizontal d'abord, qui s'infléchit ensuite brus-

LES XYLOCOPIDES. 157

queraent vers le bas, en un conduit vertical ou légèrement oblique. Cette galerie, large de 15 à 18 millimètres, est profonde de 20 à 50 centimètres, quelquefois davantage. Si l'épaisseur du bois le permet, une deuxième galerie, et même une troisième, sont établies à côté de la première, a C'est là, assurément, un grand ouvrage pour une Abeille, remarque Réaumur, mais aussi n'est-ce pas celui d'un jour; elle y est occupée pendant des semaines et même pendant des mois » .

Pour exécuter ce pénible travail, la Xylocope n'a d'autres instruments que ses mandibules, solides, il est vrai, et terminées par un tranchant acéré.

Des muscles puissants, dont le volume est indiqué par l'énorme tête qui les contient, actionnent ces robustes tenailles, qui enlèvent le bois par parcelles semblables à de la sciure. Quand on se tient,le soir venu, près d'une pièce de bois où une Xylocope a élu domicile, on perçoit un sourd grincement , de temps à autre interrompu ; c'est l'infatigable taraudeur, qui n'a pas

. • . . fig. 59. — Nid de Xylocone.

encore termme sa jour- * ^ *

née et songé à prendre un repos bien gagné.

La galerie suffisamment approfondie, tout n'est point terminé. La Xylocope entasse dans le fond une provision de pâtée pollinique jusqu'à une hauteur d'environ deux centimètres et demi. La quantité reconnue suffisante, un

œuf est pondu par-dessus, puis une cloison horizontale, faite de sciure agglutinée par la salive de l'Abeille, vient enfermer le tout. Et voilà une première cellule. Une seconde, une troisième, autant qu'en comporte la longueur de la galerie, sont approvisionnées et clôturées de même (ftg. 39).

Comment se fait , chez la Xylocope, la cueillette du pollen? Réaumur dit n'avoir jamais eu occasion de la surprendre dans cette occupation, ni l'avoir jamais vue rentrer au logis avec des pelotes aux pattes. Mais le célèbre observateur s'est gravement trompé, en prenant pour un organe collecteur de pollen, pour une sorte de corbeille, une petite cavité allongée, à fond lisse, creusée dans le haut de la partie interne du premier article des tarses postérieurs. L'erreur est d'autant plus inexplicable, que cette particularité est exclusivement propre au mâle; et Réaumur n'a cependant pas méconnu ce sexe, puisqu'il en décrit et figure d'autres organes avec sa fidélité habituelle.

INous ne trouvons pas, chez les Xylocopes, et nous ne verrons plus désormais, chez les Abeilles que nous aurons à passer en revue, les corbeilles que nous avons vues chez les Abeilles sociales. Cet organe si spécialisé est étroitement lié à la forme sous laquelle le pollen est transporté dans l'habitation. Toutes les Abeilles sociales mêlent, au moment de la cueillette, le pollen à du miel et en font une pâtée. De là la corbeille, c'est-à-dire une surface creusée et polie à la face externe du tibia. Aucune Abeille solitaire n'ajoute du miel au pollen en le récoltant. C'est à l'état pulvérulent qu'il est pris, et apporté tel quel au nid, où se fait le mélange, qui, dans tous les cas, est nécessaire. Or, cette poussière, sans cohésion, rie pourrait tenir entassée dans un récipient tel que la corbeille. L'Abeille solitaire la recueille à l'aide d'une brosse à longs crins, entre lesquels les petits grains poUiniques

LES XYLOCOPIDES, 159

s'arrêtent d'autant plus facilement que ces crins, loin d'avoir une surface lisse, sont rugueux, dentelés, ou même rameux. Bien différente de celle que nous connaissons chez l'Abeille domestique ou le Bourdon, cette brosse varie beaucoup de forme et de situation, suivant les diverses espèces de Solitaires. Dans la Xylocope, elle garnit la face externe du tibia postérieur, et se prolonge sur le premier article des tarses, qui est fort développé et beaucoup plus long que le tibia.

Successivement, et suivant l'ordre dans lequel ils ont été pondus, les œufs éclosent dans les cellules, c'est-à-dire de bas en haut. En sorte que, si, à un moment donné, ont met à jour les galeries, on voit, dans les différentes chambres , les vers d'autant plus gros qu'ils sont logés plus bas. La pâtée, dans chaque chambre, diminue à mesure que le ver grossit; et quand il n'y en a plus, il a atteint toute sa taille. Après quelques jours d'un repos quelque peu agité, il se transforme en nymphe, plus tard en insecte parfait.

C'est au fort de l'été, que les premiers-nés des Xylocopes commencent à se montrer. Leur mère est morte depuis peu. On voit de vieilles femelles toutes fripées, des ailes déchiquetées, voler encore dans les premiers jours du mois d'août.

Qu'advient-il de la génération nouvelle? Réaumur n'en dit rien, et tout récemment on l'ignorait encore, si bien qu'un entomologiste allemand, Gerstœcker, admettait deux générations dans l'année, chez les Xylocopes, celle du printemps, dont nous avons vu les travaux, et celle qui éclôt en été. Il n'y en a qu'une. On peut d'abord reconnaître, que les Xylocopes qui volent à la fin de l'été et en automne, sont peu actives, lentes et paresseuses, tout autant que les jeunes femelles des Bourdons. Comme elles, on les voit de temps à autre sur les fleurs, pour y puiser leur propre subsistance, et faire de longues stases

au soleil. Gomme elles aussi, elles passent l'hiver dans divers réduits, dans les arbres creux, dans les galeries que leurs mères ont creusées, dans des trous du sol. Elles en sortent au printemps, comme transfigurées, douées d'une activité qui les fait se montrer partout, et paraître plus nombreuses qu'en automne. Contrairement à ce qui a lieu chez les Bourdons, ici les mâles hivernent comme les femelles. Mais ils ne vivent que peu de jours, et les femelles restent seules, pour vivre plusieurs mois encore, et exécuter les longs travaux que l'on sait.

Les Céralines (fig.40) sont de charmantes petites Abeilles,

au corps bleuâtre, parfois bronzé,

avec une tache blanche sur la face,

dont les affinités ont été souvent

méconnues. Ce sont véritablement,

malgré leur exiguïté, de proches

parentes des Xylocopes, dont elles

reproduisent les traits et .les

Fig. 40. — Gélatine. mœurs. Leur taille ne dépasse

guère quelques millimètres ; l'une

d'elles (C. parvula), n'en mesure que trois et demi; les

plus grosses, les géantes du genre, atteignent jusqu'à

12 millimètres. Qu'est-ce à côté de la Xylocope, qui

dépasse un pouce? Les Cératines sont des Xylocopes en

miniature.

Assez longtemps l'on a cru, sous prétexte que les Cératines ne possèdent pas d'organes apparents de récolte, qu'elles étaient parasites d'autres Abeilles. Léon Dufour a démontré qu'elles sont nidifiantes. Mais, plus faibles que les Xylocopes, ce n'est pas au bois qu'elles s'adressent pour y creuser des galeries : la moelle de certains végétaux, surtout celle des ronces sèches, est la seule matière qu'elles travaillent. Leurs cellules ne diffèrent point, à part le volume, de celles des Xylocopes. Édifiées au printemps, c'est en été aussi qu'elles donnent la génération nouvelle.

LES XYLOCOPIDES 161

Celle-ci , mâle et femelle , inaclive pendant l'automne , hiverne pour n'entrer en activité qu'au printemps suivant, un peu plus tard que les Xylocopes.

Les ronces sèches sont encore utilisées par les Cératines pour leur sommeil hivernal. Durant toute la mauvaise saison, on peut trouver dans les ronces des Cératines engourdies, Quelquefois en grand nombre dans la même galerie. Elles sont là, par 10, 12 et plus, à la file, la tête tournée vers lie bas, et si l'on brise la ronce qui les contient, on les voit marcher lentement à reculons du côté de l'oriflce supérieur. Il qst à remarquer que, dans ces sortes de dortoirs, on ne trouve jamais de mélange d'espèces. Certaines, réputées très rares, ne se trouvent en nombre que dans les ronces, en hiver; c'est à peine si, de loin en loin, on en rencontre un individu sur les fleurs. Tel est le cas précisément de la Ceratlna parvula déjà mentionnée, qui se trouve à Marseille et dans quelques autres parties de l'Europe méridionale. Elle mérite encore à un autre titre», d'être signalée, car on n'en connaît encore que la femelle. Cela tient sans doute à ce que, dans cette espèce, par une remarquable exception, le mâle meurt avant l'hiver, ainsi qu'il arrive chez les Bourdons.

Tandis que les Cératines s'associent d'ordinaire pour passer l'hiver en commun, les Xylocopes ne se rencontrent guère qu'isolées. Toutefois, M. Marquet m'a dit avoir plus d'une fois trouvé plusieurs individus du X. cyanescens hivernant, comme les Cératines, à la queue leu-leu, dans une tige sèche d'Asphodèle, de Phragmites ou autre plante creuse. Le X. minuta, dans les environs de Royan, se rencontre parfois logé de la même façon dans les tiges mortes de l'Angélique. Une analogie de plus avec les Cératines.

Les Xylocopes ont pour parasite un superbe hyménoptère, du groupe des Scoliens, le Polochrum repandum, à corps cerclé de noir et de jaune, dont la larve dévore celle de l'Abeille et se fde ensuite un cocon brun, que l'on

trouve quelquefois dans les cellules de la Xylocope. Cet insecte, dont le docteur Giraud a fait connaître les habitudes, paraît être fort rare.

Les Cératines, de leur côté, hébergent un parasite, bien différent, mais qui n'est pas pour nous tout à fait un inconnu. C'est un Diptère Conopide, qui se comporte vis-àvis des Cératines comme son congénère, Tennemi des Bourdons. Mais il est, naturellement, de taille très petite. H m'est arrivé mainte fois de trouver, mortes dans les ronces, pendant l'hiver, des Cératines dont les segments abdominaux étaient fortement distendus. Ces cadavres, conservés jusqu'à la belle saison, donnaient au printemps le frêle Physocephala pusilla.

Le genre Xylocope, représenté en Europe par une dizaine d'espèces seulement, en compte près de 150, répandues dans toutes les parties du globe, l'Australie comprise. Beaucoup de ces espèces exotiques portent la livrée sombre de notre Bonge-bois indigène; mais la plupart sont beaucoup plus belles, ornées qu'elles sont de bandes ou de taches formées de poils dont les couleurs vives, jaune, fauve, roux, ou môme blanc, tranchent sur un fond noir. Quelquefois les deux sexes présentent une disparité fort remarquable, et telle qu'on ne soupçonnerait jamais qu'ils forment une seule et même espèce : tel mâle est olivâtre, et sa femelle est noire avec le dos jaune serin; un autre est entièrement fauve, et sa femelle toute noire. Quelques espèces atteignent des proportions colossales, comme le X. lalipes, qui peut dépasser 55 millimètres.

On ne connaît guère qu'une quarantaine d'espèces de Cératines, ce qui tient pour une bonne part, sans doute, à leur petitesse, qui les fait échapper à l'attention des naturalistes voyageurs. Quelques-unes, comme le C. hieroglyphica, sont bariolées de jaune

LES ANTHOPHORIDES. 163

LES ANTHOPHORIDES.

Plus encore que les Xylocopides, les Anthophorides différent des Abeilles sociales. Leurs organes de récolte, conune ceux de TAbeille Ronge-bois, consistent en une brosse tibio-tarsienne, mais beaucoup mieux caractérisée par la longueur des poils qui la forment et qui épaississent considérablement leurs pattes postérieures. Ajoutons quelques particularités dans les organes buccaux, dans la nervation des ailes, nous aurons les principaux caractères distinctifs de la famille.

Plus élégantes de formes, plus coquettes de parure, les Anthophorides sont de fort jolies Abeilles, mais bien peu connues du public, car leur taille médiocre ne les signale point à l'attention.

Leur genre le plus important est celui des Anthophores (Anthophora) . Ce nom, qui signifie Porte-fleurs, est on ne peut plus mal appliqué, attendu que les Anthophores ne portent jamais des fleurs autre chose que le pollen.

Nous n'en prendrons point prétexte toutefois, comme il est banal de le faire, pour nous élever contre les p. ,, * *u ,

, j , . , . . .« ^^S- ^^- ~ Anthophorc à

abus de la termmologie scientifi- masque.

que, ni surtout pour changer cette appellation défectueuse, comme des esprits chagrins en prennent quelquefois la liberté, ajoutant ainsi, sans le vouloir, un mal à un autre.

Abondamment répandues dans toutes les parties du globe, nombreuses en espèces et en individus, les Antho-

3hores habitent de préférence les contrées chaudes du louveau et de l'ancien monde. On a déjà remarqué que ce jenre est surtout européen, car près d'un tiers des espèces lécrites appartiennent à la faune circumméditerranéenne, m autre tiers à l'Europe centrale et septentrionale (Dours). Mais il y a lieu de croire que ces proportions changeraient sensiblement, si les faunes extra-européennes étaient mieux connues.

Les espèces de nos climats ont en général, sur un tégument sombre, une villosité délicate, souvent veloutée, formant une parure sobre, élégante plutôt que riche, où les nuances plus ou moins vives du roux et du fauve se marient diversement au blanc éclatant ou au noir profond. Mais quelques espèces des hides et de l'Australie se parent de poils écailleux dont l'éclat rivalise avec celui des plumes des Colibris; quelquefois l'épiderme lui-même s'illumine de teintes métalliques cuivrées ou violâtres.

Les Anthophores commencent à voler dès les premiers beaux jours, affectionnant particulièrement les Labiées, sur lesquelles, indistinctement, butinent la plupart des espèces. Mais quelques-unes ont des préférences. h'Ânthophora quadnmaculala ne visite guère que les Stachys; VA, furcala est vouée à la Mélisse; VA,femorata est fidèle à la Vipérine (Borraginée) . En Algérie, où les Labiées printanières sont rares, nous dit le docteur Dours, auteur d'une monographie du genre, les Anthophores se fixent sur les Asphodèles, qui couvrent les plaines incultes de leurs nombreuses panicules.

La plupart des espèces d'Anthophores sont printanières ; un petit nombre sont estivales ; quelques-unes seulement volent encore en automne.

Ce sont bien les plus vives de toutes les Abeilles. Un auteur anglais, Shuckard S parlant de l'une d'entre elles,

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