REVUE
‘ Ceux qui etaient à Liverpi nais, une requête dans laquelle leur attachement pour la Frar réclamaient sa protection, et € celui-ci dépêcha secrètement v avec instruction de leur assur:
“ Arrivé à Liverpool’ le 31 porta au quartier des Acadien qui avaient envoyé la requête duisant cette même requête, i qu'il avait reçus de Son Exce prises pour les engager à m . des cris de Vive le Roi ne se fissent entendre dans leur quartier, au point même que quelques Anglais en furent scandalisés. Les larmes succédèrent à ces premières acclamations. Plusieurs semblaient entièrement hors d'eux-mêmes ; ils battaient des mains, les levaient au ciel, se frappaient contre les murailles et ne cessaient de sangloter. Il serait impossible enfin de décrire tous les transports auxquels ces bonnes gens s'abandonnèrent: ils passèrent la nuit à bénir le roi et son ambassadeur, et à se féliciter du bonheur dont ils allaient jouir.
“ Lorsqu'ils furent revenus de ce premier accès dé joie, le sieur de la Rochette obtint d'eux les éclaircissements suivants sur leur situation actuelle. .
‘“ Depuis sept ans, on les a détenus dans la ville de Liverpool où ils ont été transportés de la Virgime. Quelques mois après leur arrivée on leur assigna un certain nombre de maisons dans un quartier séparé en leur donnant la ville pour prison. On assigna pareillement une paie de six sols par jour à tous ceux qui avaient plus de sept ans, et de trois sols aux enfants au-dessous de cet âge.
“ Ils étsient arrivés à Liverpool au nombre de trois cent trente-six, et ils sont réduits aujourd’hui à deux cent vingt-quatre. Pendant les sept années de leur détention on les a peu inquiétés ; mais depuis que
‘ Ja paix est décidée, on ne cesse de travailler à(les séduire. Langton,
commissaire des prisonniers acadiens, les fit paraître devant lui dans les premiers jours de décembre et leur représente que la France les ayant abandonnés depuis si longtemps, le roi d'Angleterre voulait bien les regarder comme ses sujets et qu'il les renverrait en Acadie, où on leur rendrait leurs terres et leurs troupeaux. Ils répondirent tous unanimement qu'ils étaient Français et que c'était au roi de France à décider de leur sort.
“ Le commissaire les traita alors de rebelles. Il les menaça de les faire enfermer et de réduire leur paie: mais comme rien ne les intimi-
dait, il eut recours à un moyen qui, par l'attachement qu'ont les Acadiens pour leur religion, semblait être infaillible.
‘“ On choisit un certain prêtre écossais, directeur des” Acadiens, en lui promettant la piace de curé principal des villages catholiques d'Acadie. Cet homme leur prêcha des sermons scandaleux et cinquantequatre, presque tous composés de vieillards, se &léterminèrent, d'après ses sermons à repasser dans leur pays. On doit dire cependant qu’ils n'ont voulu signer aucun des écrits que le commissaire leur a fait présenter. Tous ceux-là ont écrit depuis à M. le duc de Nivernais pour le supplier de les réclamer comme sujets du roi. Le reste, au nombre de cent soixante-dix personnes, faisant trente-huit familles, ne se laissa pas convaincre,
‘“ Les Acadiens de Liverpool ayant fait savoir à M. de Nivernais qu'il se trouvait encore près de six cents de leurs frères à Southampton, Penryn et Bristol, Son Excellence donna ordre au sieur de la Rochette de se rendre aussi secrètement dans ces trois villes.
‘ Le sieur de la Rochette arriva à Southampton le 18 janvier 1763. Mais comme il n'avait aucune marque à laquelle les Acadiens pussent le reconnaître, et que d’ailleurs les artifices répétés des Anglais engageaient ce peuple à la plus grande défiance, il ne put les convaincre ni de la réalité de sa mission, ni de celle de ses instructions. Il les quitta cependant satisfait de leur zèle pour le roi, et parsuadé que l'excès de ce même zèle était l'unique motif de leur défiance. Plus voisins de Londres que leurs frères, et placés dans une ville qui devient en été, le rendez-vous d’une partie de la noblesse anglaise, les Acadiens de Southampton avaient essuyé des attaques plus fréquentes et plus dangereuses. Le général Mordaunt et même en dernier lieu le duc d'York n'avaient pas cru au-dessous d’eux de les solliciter de renoncer à la France. D'ailleurs, dans le moment où le sieur de la Rochette leur fut envoyé, ils attendaient une réponse de la part des commissaires anglais accoutumés à les tromper, et c'était pour eux une raison de défiance très légitime. Ils prirent le parti de dépêcher deux des leurs à M. le duc de Nivernaiïs pour s'assurer de la vérité et il ne leur reste aujourd’hui aucun doute. Ces Acadiens se trouvent réduits à deux cent dix-neuf de trois cent quarante qu'ils étaient à leur débarquement en Angleterre.
‘“ De Southampton le sieur de la Rochette partit pour Penryn, : : il se rendit le 25 janvier. Il y trouva cent cinquante-neuf Acadiens dans la situation la plus déplorable. Depuis la fin de novembre 1762, le gouvernement a arrêté leur paie. Ceux qui n’ont appris aucun métier vivent d'emprunt ; les veuves et les orphelins demandent l’aumône, et ils doivent entre eux plus de deux cent cinquante guinées dans !+
bourg. Cette paie est comme à Liverpool de six sols par jour pour
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chaque personne au-dessus de sept ans et de trois sols au-dessous de cet âge. Les Acadiens de Penryn ne demeurent point dans un quartier séparé, mais sont distribués dans diverses maisons bourgeoises, et d’ailleurs plusieurs de leurs jeunes gens en apprentissage chez des.
ouvriers anglais y ont contracté des inclinations très peu françaises ,
ainsi il y a lieu de craigdre que le secret exigé d'eux par le sieur de la
Rochette n'ait pas été observé avec autant d'exactitude que dans les on 0 autres villes. Il faut dire aussi que plusieurs d’entre eux, ajoutant peu
de foi aux assurances qui leur étaient données, leur bonne volonté n’a. \ pas été unanime.
‘“ Le sieur de la Rochette arriva à Bristol le 31 janvier. Il y trouva. “ L. les Acadiens au nombre de cent quatre-vingt-quatre personnes qui s'abandonnèrent entièrement à la protection du roi. Ils n’eurent ;
aucune peine à prendre confiance dans le sieur de la Rochette, parce qu'ils avaient vu les deux députés, qui de Southampton, s'étaient rendus auprès de M. le duc de Nivernais.
“Il y a une défiance générale qni prévaut plus ou moins chez tous
; ces Acadiens et dont voici les principaux motifs :
10 Leurs frères. qui furent transportés en France au commencement de la guerre, y restèrent plusieurs mois saus recevoir aucun secours et ils craignent d'éprouver le même sort en arrivant dans le royaume,
‘ 20 Ils se flattent toujours de retourner en Acadie et d'y jouir du libre exercice de leur religion, sous la protection du roi. Ceux même qui sont en France, à Boulogne, à Saint-Malo et à Rochefort persistent. | dans cette opinion et l'ont même écrit aux Acadiens en Angleterre.
‘“ 39 Ils craignent que le roi n’abandonne leurs frères dispersés dans. | les colonies anglaises de l'Amérique, et ceux-là forment le plus grand nombre, étant plus de dix mille qui meurent de faim. De temps en temps, il s’en sauve quelques-uns en Europe, et deux familles de ces. malheureux sont arrivées, il y a quelques semaines, de Boston à Bristol,
Les Anglais cependant en transportent tous les jours. ”
Le mémoire de M. de la Rochette se termine par le tableau suivant * .
de la population acadienne :