URBAIN DELORME
ne point tomber entre les mains de la justice, il s'était réfugié parmi les Sioux.
Le drapeau de ce Sioux, n'était qu'un morceau de drap rouge, ayant environ ur pied de large et six pieds de long, attaché à une perche de six pieds de longueur.
Ils était garni de plumes blanches et noires et de serres d’aigle. Delorme les conserva longtemps en souvenir de cet exploit.
On a prétendu souvent que les sauvages boivent le sang encore tout chaud de leurs victimes. Delorme prétend que ce récit est exa géré. Ils prennent le sang dans le creux de leurs mains le portent à leur bouche s’en couvrent les lèvres et soufflent dans le creux de leurs mains remplies de saug, pour laisser croire qu'ils en boivent, mais j'ai pu constater, dit Delorme, qu'il n’en mettent point dans leur bouche.
Comme presque tous les anciens coureurs des prairies, le Père Delorme a fini par se fixer dans un des anciens établissements de la Rivière Rouge.
Il avait su amasser une petite fortune. Un jour qu'il partait pour les prairies de l'Ouest, il se rendit au couvent de St François-Xavier et damanda à l’une des Religieuses de vouloir bien prendre soin d’une petite cassette, qu’il venait de déposer sur une table. Il n'en dit pas d'avantage et partit. Au bout de deux heures, il revint et dit à la Sœur qui n'avait presque pas fait attention a la casette en question, tant Delorme ne paraissait pas y attacher d'importance : ‘ Ma Sœur, “ dans cette petite boîte, il y a quatre mille piastres en or, ce serait mieux de ne pas la laisser traîner sur la table.” Est-ce assez crâne ?
Il demeura à St François-Xavier, vivant dans une modeste aisance. I] faillait le voir et l'entendre à la veillée, raconter les chasses merveilleuses et les légendes des prairies d'autrefois, pour se faire une idée des regrets amers qu'éprouvent les anciens du pays, de voir l’envahissement de l’ouest par les populations blanches, faire disparaître pour toujours leur condition de vivre, leurs lois primitives et leurs usages patriarchales.
Les souvenirs de cette génération d'hommes, leurs récits naïfs, leurs voyages continuels au milieu d’un immense pays, les habitudes qu'ils s'étaient créés au milieu de cette existence nomade, ont je ne sais quel charme dont on se défend mal. La vie de Urbain Delorme n'offre aucun incident extraordinaire.
Pour cette raison, elle pourra servir peut-être, à mieux faire connaitre comment se gouvernaient les caravanes des chasseurs Métis qui deux fois l'an se dirigeaient vers l’ouest. Urbain Delorme est mort à St François-Xavier au mois d'août dernier, à l’âge avancée de 87 ans.
Saint Boniface, le 9 septembre 1886.