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Les Acadiens après leur dispersion [microforme]

de SECTION 1, 1887. | 15 | MÉMOIRES NS. R. CANADA. et, Y.] . IT — Les Acadiens après leur dispersion, Par L'ABBÉ H.-R. CASGRAIN.

( 1755-1775 ) LA : n 165 d (Lu le 26 mai ISS7) . NC QE

L'histoire de l'Amérique du Nord offre peu d'événements aussi dramatiques que l'expulsion des Acadiens de leurs foyers. Cet événement a inspiré les penseurs aussi bien que les poètes, et il serait trop long d'énumérer les noms de tous les historiens qui l'ont raconté. La plupart l'ont fait avec un sentiment de juste sympathie pour les victimes; et ceux qui leur ont été hostiles n'ont pas même osé exonérer de tout blâme les auteurs de cet attentat. Ils ont seulement essayé d'atténuer la faute par des palliatifs plus ou moins plausibles.

Mais la déportation en masse accomplie dans l'automne de 1755 ne fut pas l’acte le plus odieux commis contre les Acadiens. Ce ne fut que le commencement d'une persécution à outrance et systématique poursuivie durant les années qui suivirent, et qui se continua longtemps après la signature du traité de paix de 1763. Ce fait important n'a jamais été mis en lumière, car les documents les plus propres à éclairer cette question n'ont été tirés de l'oubli et livrés à la publicité que dans ces derniers temps. Au premier rang, parmi ces pièces, il faut placer le Choir des documents publics de la Nouvelle-Écosse, imprimés en 1869. Bien que cette collection ait été faite dans un esprit défavorable aux Acadiens et que le choix des pièces se soit naturellement ressenti de cet esprit, bien que le volume ne se compose que de témoignages venant de parties adverses, il contient cependant des preuves aussi nombreuses qu'irrécusables d'un système de proscription qu'on a peine à imaginer.

Charles Lawrence, gouverneur de la Nouvelle-Ecosse, y fat entrainé presque fatalement par suite de la position fausse qu'il s'était faite en ordonnant l'expulsion des Acadiens avant d’avoir reçu du cabinet de Londres les ordres qu'il était tenu d'en attendre.

J'ai raconté, dans une étude précédente, ! la capture et l’'embarquement de la population acadienne sur des navires qui devaient la disperser dans les différentes colonies anglaises depuis le Massachusetts jusqu'à la Géorgie. A peine ces malheureux y furent- ‘ils débarqués, qu'on vit éclater les conséquences que devait nécessairement entrainer l'acte précipité de Lawrence, Rien n'avait été prévu pour leur réception, et leur débarquement fut le signal d’un mécontentement général et de murmures dans toutes les colonies.

Un pèlerinage au pays d'Evangéline.

Les principaux ports de mer se virent tout à coup inondés d'une masse d'individns sans abri, la plupart sans moyens d'existence, et cela à l'entrée de l'hiver. Deux mille avaient dû étre débarqués à Boston; trois cents dans le Connecticut ; deux cents à New-York ; trois cents à Philadelphie ; deux mille au Maryland; mille en Virginie; cinq cents dans la Caroline du Nord ; mille cinq cents dans la Caroline du Sud ; quatre cents en Géorgie. ! Chacun de ces Etats se trouva ainsi chargé d'un lourd fardeau auquel il n'était pas préparé. De violentes protestations furent adressées à Lawrence. Le Massachusetts fit en vain un appel au New-Hampshire pour se débarrasser d'une partie des proscrits qui lui était échue. Quoique suppliée au nom de l'humanité, cette colonie refusa en donnant pour prétexte son voisinage de la frontiere. Le féroce Lawrence écrivit à Boston de s'emparer des enfants pour en faire des prosélytes : “IT vous sera ainsi plus aisé, disait-il, d'en faire à mesure qu'ils grandiront de fidèles sujets,” c'est-à-dire des protestants. “On les a placés (les Acadiens), écrivait l'abbé Le Guerne, sur les côtes de Boston où ils ont le chagrin de voir jusqu'à leurs plus tendres enfants dispersés au service des particuliers.” °

On sait que la Géorgie avait été fondée pour servir de refuge aux infortunés, mais il était expressément déclaré dans la charte qu'aucun catholique romain ne pouvait s'y établir. Aussi, dès que le gouverneur Reynolds eut appris l'arrivée de quatre cents Acadiens, il résolut leur bannissement, mais, comme l'hiver était commencé, il les cantonna par petits groupes dans la colonie. En attendant le printemps, ils s'occupèrent à construire, avec l'autorisation du gouverneur, un certain nombre de grossiers bateaux, sur lesquels ils s'embarquèrent au mois de mars, animés par l'espérance de remonter le long des cotes de l'Atlantique jusqu'à leur pays natal. Avec un courage et une persévérance presque sans exemple, un bon nombre finirent par atteindre jusqu'à New-York, et même jusqu'au Massachusetts, soutenus et encouragés dans leur pénible marche par de touchantes paroles et de plus touchar tes attentions.”

Les quinze cents Acadiens débarqués dans la Caroline du Sud furent d'abord distrihués dans les établissements, mais les autorités locales s'émurent bientôt du ‘ort injuste et cruel dont ils étaient victimes, et leur fournirent, aux frais de l'Etat, des navires pour les transporter ailleurs : une partie d’entre eux put ainsi aborder en France. Quelquesuns s'établirent dans la colonie, un plus grand nombre, imitant leurs compatriotes de la Géorgie, essayèrent de retourner en Acadie ;! d'autres enfin conçurent le hardi projet de franchir les vastes solitudes qui les séparaient du golfe du Mexique, et d'aller se fixer en Louisiane, parmi les créoles d’origine française, ou parmi d'autres exilés qui allaient s'y rendre en passant par les Antilles. Montés sur des bateaux construits de leurs mains, ils se confièrent aux eaux qui coulent vers le couchant et vont tomber dans le Mississipi.

Longfellow n’est que l'interprète de la pure vérité lorsqu'il dit :

noces far down the Beautiful River.

ss ss... nn nn mn ns sus

“ Plus loin que la Belle-Rivière, au delà des rivages de l'Ohio et de l'embouchure du Wabash, sur les ondes dorées du large et rapide Mississipi, flottait une barque toute pleine, guidée par des rameurs acadiens. C'était une bande d'exilés! On eût dit le

! Ces chiffres répondent aux ordres d'embarquement; mais ces ordres ne purent être exactement exécutés. ? Lettre de l'abbé Le Guerne, 10 mars 1756. * Stevens, History of Georgia, vol. i, pp. 417, 418. ‘ Stevens, History of Georgia, vol. i, p. 418.

radeau d'une nation naufragée, d'abord dispersée le long de la côte, puis rattachée de nouveau ; unis par les liens d’une croyance commune et d'une commune infortune, hommes, femmes et enfants, guidés par l'espérance où par de vagues rumeurs, allaient chercher dans les riantes prairies des Opélousas, leurs parents et leurs proches chassés comme eux des rives acadiennes. Les jours succédaient aux jours, et toujours le fleuve impétueux roulait sur des sables submergés, entre des plaines désertes ombragées de forêts. Nuit après nuit, ils campaient sur ses bords à la lueur de leurs feux. Ils glissaient avec le courant, tantôt sur l'écume des rapides, tantôt entre des iles verdoyantes, où le cotonnier étalait la pourpre de son panache..…...

“ Enfin, ils approchèrent des régions où règne un été perpétuel, où, à travers la Côte Dorée, parmi des bosquets d'orangers et de citronniers, le fleuve serpente en courbes majestueuses vers le midi. Eux aussi dévièrent de leur course, ils entrèrent dans le bayou Plaquemine, où ils se perdirent bientôt dans un réseau de lagunes dont les eaux ternes ei paresseuses se répandent en toutes directions. Au-dessus de leurs têtes, des taillis de cyprès entreméluient leurs arches pleines d'ombre et balançaient dans les airs leurs écheveaux de mousse, semblables à des bannières suspendues aux voûtes d'antiques cathédrales.”

Ces solitudes reculées aux confins du monde ne parurent cependant pas encore des retraites assez sûres pour ces malheureux traqués comme des fauves: plusieurs continuèrent leur route jusqu'aux bords de l'Atchafalaya et du bayou la Fourche.

Ces premières bandes furent suivies en 1765 de plus de cinq cents des leurs, venant les uns directement de la Nouvelle-Ecosse, d'où ils avaient été chassés de nouveau, les autres des Antilles, particulièrement de Saint-Domingue, où ils avaient été décimés par la ; famine et par des maladies contagieuses. Ils fondèrent, aux bords du Mississipi, les h paroisses de Naïnt-Jacques et de l’Assomption ; quelques-uns poussèrent jusqu'à cent et deux cents milles à l'ouest de la Nouvelle-Orléans et s'arrêtèrent dans le pays des Attakapas, aux bords du bayou Tèche et du bayou Vermillon. Là, comme partout ailleurs, ie souvenir de leur belle patrie 1ès poursuivait toujours ; ils voulurent le perpétuer sous les nouveaux cieux où ils avaient trouvé la paix, en donnant à deux de leurs colonies le nom de l'Acadie, ce nom si harmonieux à leurs oreilles et si cher à leur mémoire.

Durant la dernière guerre civile, les créoles acadiens se sont battus avec la même

bravoure que leurs pères, dans les rangs des confédérés. Un régiment presque tout composé d'Acadiens était commandé par un Acadien, le général Mouton, qui avait gagné ses épaulettes sur les champs de bataille. Après une des victoires remportées daus le Midi par les confédérés, le général passait devant les lignes d’un régiment ennemi qui veñait de se rendre, et lui ordonnait de déposer ses armes, lorsqu'un peloton fit traitreusement feu sur lui et le renversa mort de son cheval.

Le général était fils d’un des hommes les plus influents de l'Etat, M. Alexandre Mouton, membre du sénat de Washington, et ensuite gouverneur de la Louisiane.

Les principaux renseignements sur les créoles mentionnés ici m'ont été fournis à la Nouvelle-Orléans par le savant historien de la Louisiane, M. Charles Gayarré. Louisianais lui-même, M. Gayarré a vécu toute sa vie au milieu des Acadiens ; ils ont, dit-il, parfaitement gardé le type national avec sa bienveillance native, son caractère pacifique et religieux, un peu amolli par la nuture énervante du pays. Ils sont restés peuple agriculteur comme leurs ancêtres. C’est plaisir de les entendre ‘parler leur vieux français avec un reste d’accent acadien, des mots pittoresques et des expressions surannées qui font sourire.

Ve

Sec. i, 1887. 3,

Ils parlent sans amertume du grand dérangement, et gardent souvenance de l'Acadie qui évoque toujours dans leur esprit l'impression de l'Eden perdu.

Après avoir recueilli ces notes de M. Gayarré, j'ai voulu voir de mes propres yeux ces familles créoles, aussi intéressantes par la fidélité des fils que par les malheurs des pères. Je les ai trouvées les mêmes aux Attakapas qu'aux bords du Mississipi: l'habitant actuel de Peticoudiac et de la baie Nainte-Marie reconnaitrait son accent et ses coutumes. Au village de Thibaudeau, j'ai vu les descendants du meunier de Chipody arriver le dimanche à la porte de l'église en petite charrette comme au temps de Port-Royal et de Grand-Pré. La robe noire du prêtre, se rendant à la sacristie pour chanter l'office divin, rappelait les missionnaires de Pisiquid, de Beauséjour, ou du Cap de Sable, Dans la paroisse de Landry, j'ai entendu l’arrière-neveu du brave notaire LeBlanc, Télémaque LeBlanc, raconter l’odyssée de ses grands parents depuis le Bassin des Mines jusqu'à Philadelphie, de Philadelphie aux Antilles, du Cap Français à Bâton-Rouge, et de Bâton-Rouge aux Attakapas.

Au bord du bayou Tèche, sous un énorme chêne vert, d'où pendaient des festons de cette mousse grise qui donne un aspect si mélancolique aux paysages louisianais, une femme, entourée de ses enfants jouant parmi les lataniers, blanchissait du linge dans l'onde voisine, en chantant une ballade qui a retenti bien souvent le long de la baie de Fundy. Sa voix, qui nous arrivait de loin avec les notes de l'oiseau moqueur perché dans la cime du chêne, disait les couplets de La claire fontaine.

Sous les feuilles d'un chêne

Je me suis fait sécher.

Lui a longtemps que je t'aime, Jamais je ne t’oublierai.

Sur la plus h£ute branche Le rossignol chantait.

Tu as le cœur à rire Moi je l'ai-t-à pleurer.

Grâce à une lettre d'introduction qui m'avait été donnée par M. Gayarré pour son ami l’ancien gouverneur de la Louisiane, j'eus l'avantage de faire la connaissance de cet aimable octogénaire. Ruiné par la guerre et par la libération de ses esclaves, il avait pu refaire une partie de sa fortune par la vente de terrains aux compagnies de chemins de fer. Il était rentré dans sa belle habitation de l’Ile-Copal, sise au bord du bayou Vermillon, dans un massif d'orangers, de copals, de citronniers, de figuiers et de chênes verts. Auprès subsiste encore le camp des esclaves devenus libres, petit village formé de maisonnettes uniformes. L'habitation elle-même est un vaste édifice à double étage, couronné d’un belvédère et entouré de vérandas scutenues par des colonnades.

On connait l'hospitalité à la fois patriarcale et princière des planteurs du Sud. Exquis dans ses manières, intarissable dans son discours agrémenté de mille réminiscences d'un autre âge, M. Alexandre Mouton, qui a siégé pendant longtemps au Sénat, est un gentil-

! Parmi les familles acadiennes de la Louisiane, on remarque: les Hébert, Thibaudeau, Cormier, Doucet, Thériault, Roy, Comeau, Mouton, Préjean, Simoneau, Pelletier, Breau, Gaudry, Broussard, Gaudet, Blanchard, Guilbault, Bourgeois, Roussel, Gotreau, Martin, Robichaud, Daigle, Richard. On cite parmi les familles les plus nombreuses celles des Landry, Bernard, LeBlanc, Arseneau ; ces deux dernières forment toute une population à Royville, sur le Vermillon, dans la paroisse de La Fayette,

homme qu'on croirait transporté d'hier des rives de la Seine ou de la Durance. Ka fille Iphigénie, ange de piété comme Evangéline, se lève chaque inatin dès l'aurore, pour aller entendre la messe à Vermillonville, et entretenir la lampe du sanctuaire. Les proscrits dont elle descend sont un exemple de plus de cette dislocation des familles acadiennes qu'on cherche à nier aujourd'hui, mais dont la tradition se garde partout où il y a des Acadiens. Sans se laisser décourager par les recherches infructueuses de ses devanciers, la génération actuelle a écrit au Canada, en France et ailleurs, pour savoir ce qu'étaient devenus quelques-uns des siens, disparus depuis la dispersion, et dont on n’a jamais pu retrouver la trace. !

Pendant que nous causons assis sous la véranda, la fanfare d'un cuivre éclate sous bois, et un cavalier, monté sur un cheval texien, débouche de l'avenue au grand galop. Le bon vieillard regarde venir avec un sourire de complaisance ce jeune caballero, ar. costume pittoresque, avec des guêtres en cuir de daim, fièrement cambré sur sa selle mexicaine, à pommeau saillant et à larges étriers. L'étranger s'arrête brusquement en face de l'habitation, et nous salue en enlevant ave: grâce le sombrero qui le couvre: “C'est mon fils, Sosthène, qui arrive du large. * me dit le vieillard. Il vient de surveiller la marque de mes troupeau x.”

Cette scène me remet en mémoire le passage de Longfellow où il décrit Basile, le forgeron de Grand-Pré, devenu gardien de troupeaux dans les prairies.

“Just where the woodlands met the flowery surf of the prairie, “Mounted upon his horse, with Spanish saddle and stirrups,

“Sat a herdsman, arrayed in gaiters and doublet of deerskin.

“Broad and brown was the face that from under the Spanish sombrero, “Guzed on the peaceful scene, with the lordly look of its master,”

Voici eu quels termes un mémoire, rédigé en 1762, raconte les péripéties qu'eut à traverser un détachement acadien parti de la Caroline du Sud :

‘* Les habitants leur donnèrent deux vieux vaisseaux, une petite quantité de mauvaises provisions et la permission d'aller où ils voudraient. Embarqués dans ces vaisseaux qui faisaient eau de toutes parts, ils échouèrent bientôt sur les côtes de la Virginie, près de Hampton, colonie irlandaise ; on les prit d'abord pour des ennemis qui venaient piller, ensuite pour des pirates, enfin pour des hôtes dangereux dont il fallait se défaire. On les força d'acheter un vaisseau, et tout l'argent qu'ils purent rassembler entre eux se montait à quatre cents pièces de huit; ce fut le prix qu'on leur demand£. Ce navire valait encore

! Le premier ancêtre de cette famille venu en Acadie était natif de Marseille, et avait été maitre d'hôtel chez M. de Grignan, intendant de Provence; il avait, par conséquent, bien connu Mme de Sévigné, qui, comme on le sait, passait souvent des mois à Grignan, chez son rendre. Registre de Port-Royal; acte de mariage de Jean Mouton et de Marie Girouard, 7 janvier 1711.

? La ressemblance des prairies avec l'Océan leur a fait appliquer en Louisiane plusieurs termes de marine : ainsi, pour une course dans la prairie, on dit: alier au large, revenir du large. Une habitation entourée de son bouquet d’arbres s'appelle une île: l'ile Copal, l'ile Grevemberg, ete., etc. A la Nouvelle-Orléans, on désigne de même sous le nom d’{es ou d'élets un pâté de maisons. On vous dira, par exemple, vous avez trois îlets, six îlets pour vous rendre à la cathédrale, au Mississipi,

moins que ceux qu'ils venaient de quitter, et ils eurent toutes les difficultés du monde à se faire échouer, une seconde fois, à la côte du Maryland. Il serait injuste d'oublier de dire ici qu'un des magistrats de la Virginie, ayant appris la perfidie qu'on avait exercée contre ces malheureux, fit punir les habitants du village de Hampton, et qu'il envoya une chaloupe au-devant des Acadiens pour les faire revenir et les instruire de l’état de leur vaisseau. Les débris de leur naufrage furent alors la seule ressource qu'ils eussent à espérer, et ils passèrent deux mois sur une ile déserte à raccommoder ce vaisseau. Ils réussirent à la fin, et après avoir remis en mer, pour la troisième fois, ils eurent le bonheur d'aborder dans la baie de Fundy, où ils débarquèrent, près de la rivière Saint-Jean, réduits à neuf cents, de plus de deux mille qu'ils étaient à leur départ d'Acadie,” !

Ils eurent la joie de retrouver en cet endroit ceux de leurs compagnons qui, enlevés comme eux de Port-Royal, s'étaient emparés du navire où ils avaient été embarqués et l'avaient conduit en sûreté lans la rivière Saint-Jean. Ils y apprirent aussi que leur curé, l'abbé Daudin, fait prisonnier avant leur déportation, avait été transporté en Angleterre d'où il était passé en France. L'abbé Daudin pouvait leur être d'une grande utilité à la cour de Versailles. Ils lui écrivirent une lettre collective dans laquelle ils lui firent le récit des derniers événements, lui exposèrent la triste situation où ils se trouvaient, et le prièrent de s'intéresser à leur sort.

Cette lettre parvint en France, mais l'abbé Daudin ne devait pas la lire. Usé par les fatigues d'un ministère hérissé de mille difficultés, il ne put survivre à la douleur que lui cansa l’anéantissement de sa mission et mourut peu après son arrivée. La lettre fut ouverte par l'abbé de l'Isle-Dieu, vicaire général de l'évêque de Québec, passé en France, et fut remise au garde des sceaux, qui en fit usage pour intervenir à la cour de Londres, milheureusement sans succès. |

Voici quelques extraits de cette lettre Vraiment touchante et qui témoigne de la grande confiance et de la vénération que l'abbé Daudin avait su inspirer à ses paroissiens :

“ Nous bénissons la divine Providence qui, au milieu de nos aillictions, a daigné nous favoriser d’une joie indicible en nous faisant savoir de vos chères nouvelles, que nous avons reçues par l'entremise du R. P. de La Brosse, de la compagnie de Jésus, qui a demeuré quelque temps avec nous à la rivière Saint-Jean, ét qui nous a été d'un grand secours dans nos infirmités spirituelles et temporelles ; nous avons appris avec douleur les mauvais traitements que vous ont faits les Anglais. Etant aussi bon pasteur que vous l'avez été à notre égard, Dieu vous a fait part des châtiments qui n'étaient dus qu'au seul troupeau, afin de satisfaire plus abondamment à sa justice.

“ Pour vous faire savoir en abrégé nos tristes aventures, vous saurez, monsieur, qu'’après avoir reçu dans l’église votre dernière bénédiction générale, nous partimes trente députés du Port-Royal pour Chibouctou (Halifax) et, après plusieurs interrogations du gouverneur du lieu et autres puissances, sur le parti que nous voulions prendre pour l'état et la religion, et voyant que nous étions tous résolus de plutot mourir que de renoncer à notre religion et à la France notre véritable patrie, on nous a relégués neuf semaines sur une ile, * en ne nous donnant par jour que deux onces de pain et une once de viande, espérant par là nous réduire et nous faire changer de sentiments; mais inutilement, grâce

l Archives des affaires étrangères, à Paris ; Mémoire de M. de La Rochette. ? L'ile Saint-George, à l'entrée du port d'Halifax.

à Dieu. Désespérant de pouvoir nous faire changer, ils nous ont fait conduire par des soldats jusqu'au Port-Royal, comme des criminels, ont mis le feu à nos maisons et ont fait embarquer les habitants qui ne s'étaient pas sauvés dans le bois (il s'en était sauvé neuf cents). Le reste des habitants a été embarqué dans six navires le 4 décembre ; cinq de ces navires ont fait voile vers les côtes de Boston et de la Caroline ; les gens du Cap, les Boudrault, Charles du Gas, et les Guilbault, deux familles Desgranges qui étaient dans un de ces navires, se sont révoltés et sans aucune défense des Anglais, se sont rendus maitres du navire et sont arrivés heureusement à la rivière Saint-Jean, d'où nous avons l'honneur de vous écrire présentement ; nous y avons trouvé un accueil favorable dans la personne de M. de Boishébert, commandant de cette seule place qui appartienne aux Français dans l'Acadie, Nous avons été attaquer un corsaire anglais qui nous poursuivait dans notre fuite; nous l'avons contraint de se retirer après un petit choc, sans aucune perte de notre côté.

“,..... Voilà, monsieur, le récit du bon traitement que nous a fait l'Anglais, et tel a été le sort du reste des Acadiens.

“......Nous osons espérer, monsieur, que, sensible à nos malheurs, vous voudrez bien nous faire connaitre de vos nouvelles et faire connaitre au roi de France notre fidélité. Car, en vérité, monsieur, je ne doute pas que vous n'en ayez vu quelques preuves. La pauvreté, l'exil et tous les malheurs du monde (au péché près) ne sont pas capables de nous faire changer de sentiments; nous sommes nés Francais et nous voulons mourir Français.

“...... Nous attendons avec patience l'issue de notre sort, et nous bénissons la main de Dieu qui nous frappe, pleinement convaincus qu'un homme fidèle à sa religion et par conséquent à sa patrie, ne saurait jamais mal finir.

“ Nous sommes tous persuadés, monsieur, que vous conserverez toujours dans votre cœur cette tendresse paternelle qui vous a fait si souvent compatir à nos misères et que nous avons toujours part dans vos saints sacrifices ; c'est la grâce que nous demandons et tous les nôtres, s'ils étaient en pouvoir de se faire entendre.

“ Nous avons l'honneur d’être, avec tout le respect et la confiance possibles, vos chers enfants en Jésus-Christ et vos très humbles serviteurs, les habitants de Port-Royal.

DENIS NT-NCEINE, CHARLES Du GAS, JOSEPH GUILBAUD, PIERRE GOURDEAU, DENIS ST-SCEINE, FIIS.

“ Au nom de tous les autres habitants à la rivière Saint-Jean, ce 31 juillet 1756.” ‘ La rivière Saint-Jean, à peine habitée jusque-là, ne pouvait suffire longtemps à la subsistance de Ja multitude que le désastre de l'Acadie avait jetée sur ses bords. Une partie remonta jusqu'au Saint-Laurent à travers les lacs et les rivières; une autre arma un navire et vécut en corsaire des captures faites à l'ennemi. Elle se rendit bientôt redoutable à tous les vaisseaux anglais qui naviguaient dans ces parages *. La troisième, restée à la rivière Saint-Jean, fut surprise dans la nuit du 27 au 28 janvier 1759 par un détache-

l Archives de la marine, Paris.

* Archives des affaires étrangères, Paris ; Mémoire de M. de La Rochette.

ment d'Anglo-Américains qui brülèrent les maisons, tuèrent deux femmes et quatre enfants, dont ils enlevèrent les chevelures, et emmenèrent vingt-trois prisonniers ‘. Ceux qui purent s'échapper se repliérent du côté du Canada.

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Le 19 novembre 1755, un vent d'orage poussa dans les eaux de la Delaware trois navires, * chargés de quatre cent cinquante Acadiens, parmi lesquels la maladie, causée par les chagrins, les fatigues de la mer et les mauvais traitements, avait commencé à faire des ravages. Plus d'un de ces passagers portait déjà sur ses traits l'empreinte de la mort.

La première impression créée dans la Pensylvanie par la présence des Acadiens fut un sentiment d'appréhension parmi la masse de la population imbue de préjugés religieux. Elle crut au danger d'une conspiration parmi les catholiques irlandais et allemands, enhardis, pensait-elle, par ce surcroit de leurs co-religionnaires.

On ne croirait pas que ces vulgaires préjugés aient pu s'ac réditer auprès des hautes sphères de la société, si on n'en avait des preuves irrécusables. Le gouverneur de la Pensylvanie lui-même s’en est fait l'écho dans une correspondance officielle adressée au gouverneur Shirley.

“ Je suis fort en peine de savoir, écrivait-il, ce que je dois faire de ces Français-Neutres qui sont capables d'ourdir quelque conspiration, de concert avec les catholiques irlandais et allemands de cette province et des provinces voisines. En conséquence, je crois devoir vous demander des instructions particulières pour connaître de quelle manière je dois disposer de ces peuples. En attendant, j'ai fait placer à bord de chacun des navires une garde que j'ai choisie parmi les recrues qui se trouvent maintenant dans cette ville, et j'ai fait fournir à ces Neutres des provisions qui devront être payées par le gouvernement de Na Majesté, car il n'y a aucun fonds pour cela dans le trésor de la province.” *

Ces ridicules alarmes, qui donnent la mesure de l'ignorance de ces populations, n'étaient pas moins répandues dans les autres colonies. Voici ce que répondait le premier magistrat du New-Jersey, Jonathan Belcher, ‘ au gouverneur Morris à qui ce Le .suer avait écrit en même temps qu'au gouverneur du Massachusetts :

“Je suis vraiment surpris qu'il ait pu entrer dans l'idée de ceux qui ont ordonné l'expulsion de ces l'rançais-Neutres, ou plutôt de ces traitres et rebelles à la couronne d'Angleterre, d'en diriger aucun sur ces provinces, où déjà nous avons un trop grand nombre d'étrangers pour notre avantage et notre sûreté Je pense qu'ils auraient dû être transportés directement dans la vieille France, et je suis entièrement de l'opinion de Votre Honneur, que ces peuples pourraient, d'un moment à l’autre, se joindre aux papistes irlandais. pour la ruine et la destruction des colonies du roi. Si l’on essaie de faire un débarquement ici (Elizabeth-town), je pense que je dois au roi et au peuple confié à mes soins de faire tout mon possible pour l'empêcher.”

1 Dépêche du marquis de Vaudreuil, 8 mai 1759.

? Le Hannah, le Three Friends et le Swan. Un quatrième navire destiné à la Pensylvanie avait péri, paraîitil, en mer. Archives des affaires étrangères, Paris; Mémoire de M. de La Rochette. 3% Dépêche du gouverneur Morris au gouverneur du Massachusetts. Il était le père de Jonathan Belcher, juge en chef et membre du conseil de la Nouvelle-Ecosse, l’un des plus fanatiques ennemis des Acadiens.

Aussi bien, on ne voit nulle part que l'Etat du New-Jersey ait laissé aborder aucune des cargaisons humaines expédiées par Lawrence.

L'excès du fanatisme n'était cependant pas la seule cause de ces craintes imaginaires, L'esprit public était encore sous l'impression du désastre de la Monongahéla que continuaient d'entretenir, depuis lors, les incursions des sauvages dirigés par les officiers français et canadiens. Les uns et les autres étaient enveloppés dans les mêmes sentiments de haine et d'horreur par les colonistes, ‘ ‘ Dieu veuille, écrivait l’un d'eux, nous donner la victoire contre nos cannibales cuivrés et contre les sauvages français également cruels et perfides de leur nature.”

Qu'on juge de la position des malheureux Acadiens jetés à l'improviste au milieu de ces populations fanatiques et effrayées. Quelques citoyens de Philadelphie n'eurent pas honte de proposer de les mettre en vente comme esclaves ; les Acadiens se révoltèrent avec toute la fierté et l’indignation de leur sang français, protestèrent même par des requêtes contre ce criminel projet, qui n'eut pas de suite. Heureusement que d'autres citoyens rachetèrent l'honneur de la Pensylvanie par leur humanité et leurs soins charitables,

La reconnaissance du peupie proscrit a placé le nom du philanthrope Benezet à côté de celui du père Hardy, ce missionnaire compatissant dont la charité fut sans bornes et qui put, grâce à sa qualité de prêtre, offrir aux proscrits, en même temps que ses aumônes, les consolations de son ministère. Il leur administra les sacrements, leur dit la sainte ! esse et les assista à leurs derniers instants. Ces cœurs brisés trouvaient aux pieds de ce saint prêtre la force de pardonner à ceux qui les faisaient mourir loin des leurs, sur une terre étrangère ; mais ils étaient devenus semblables à des plantes arrachées du sol; ils ne pouvaient plus se reprendre à la vie. Plus de la moitié moururent peu de temps après leur arrivée. * La nostalgie les tuait autant que la misère; comme l’exilé antique, ils expiraient en tournant les yeux vers leur patrie :

“,...et dulces moriens reminiscitur Argos.”

Antoine Benezet, dont je viens de mentionner le nom, était un petit-fils de huguenots

! Je ne veux citer qu'un exemple de la hardiesse de ces expéditions. Il est dit dans une attestation signée par Vaudreuil que les trois frères Baby, officiers dans les milices canadiennes, ayant trente hommes sous leur commandement, ont fait dans la Virginie et amené au fort Duquesne vingt-neuf prisonniers.

Ces guerres de partisans étaient de part et d'autre d’une cruauté révoltante ; mais du moment que les blancs admettaient les sauvages comme alliés, il leur devenait à peu près impossible de ies empêcher de faire la guerre à leur manière. Voici quelques extraits des ordres donnés à ces mêmes frères Baby qui montrent jusqu'à quel point les commandants français prenaient soin de sauvegarder autant que possible les droits de l’humanité:.... “ Lo sieur Baby emploiera surtout tous ses talents et le crédit qu’il a sur les sauvages qu’il conduit pour les empêcher

d’user d'aucune cruauté sur ceux qui pourront tomber entre leurs mains. Dumas,

Commandant au fort Duquesne.” ...“ Supposé que les sieurs Baby fassent des prisonniers, ils feront tous leurs efforts pour empêcher les sau-

vages d'exercer à leur égard aucune cruauté.

DESLIGNERIS,

Commandant du fort Duquesne.” ....“ Si les sieurs Baby font des prisonniers, ils engageront, de tout leur pouvoir, les sauvages à les traiter

avec beaucoup d'humanité et à n’exercer à leur égard aucune cruauté. DESLIGNERIS,

Commandant du fort Duquesne.” ? American Catholic Quarterly Review ; the Acadian Confessors of the Faith, October 1884, p. 696, Thompson Westcott. History of Philadelphia.

fixé à Philadelphie avec quelques-uns de ses coreligionnaires. Ces descendants d’exilés n'avaient pu voir les infortunes des Acadiens sans se rappeler celles de leurs pères chassés come eux de leur patrie. Ils firent taire leurs rancunes religieuses pour ne laisser parler que leur sang français, et s'employèrent à les assister.

Benezet avait fait, à la demande de quelques membres de l’Assemblée de Pensylvanie, un rapport sur l’état où il les avait trouvés à bord des navires où ils étaient encore à la fin de novembre. Le 24 de ce mois, le gouverneur Morris avait envoyé à la Chambre un message spécial ans lequel il l’informait qu'il n'avait pas jugé prudent de les faire mettre à terre, mais que, la contagion s'étant déclarée parmi eux, il en avait fait débarquer quelques-uns sur l'ile Province.

On lii le passage suivant dans les minutes de l'Assemblée : “ Antoine Benezet, appelé à comparaitre devant la Chambre, déclare qu'il a visité les Français-Neutres dans les navires mouillés actuellement au milieu de la rivière, non loin de la ville, et qu'il les a trouvés dans uu grand état de besoin en fait de couvertures, de chemises, de bas et d’autres objets indispensables.

“ Après qu'il se fut retiré, la Chambre résolut d'autoriser le dit Benezet à faire les dépenses qu'il jugerait raisonnables, pour assister les Français-Neutres de présent dans cette province.”

Ainsi, selon la remarque d’un historien, ‘ on n’a rien moins que les procédés d’une assemblée législative pour prouver que les pauvres exilés de la Nouvelle-Ecosse avaient été embarqués sans qu'on leur eût laissé même les objets les plus nécessaires, eux qui jusqu’alors n'avaient pas connu le besoin. De plus, que leur long emprisonnement à bord des navires, où ils n'avaient pour nourriture que de la farine et du lard, avait fait éclater parmi eux une maladie alarmante qui exigeait leur débarquement immédiat; mais que le gouverneur avait eu peur de les laisser descendre à terre.

On va voir par les noms et les remarques qui suivent, inscrits sur une liste de souscriptions qu'on fit circuler dans Philadelphie pour obtenir des secours, s’il était bien dangereux de mettre ces malheureux en liberté :

“ Veuve Landry, aveugle et malade ; sa fille Bonny ? aveugle; veuve Coprit? qui a un cancer à la poitrine ; veuve Seville, toujours malade ; Anne LeBlanc, vieille et malade ; veuve LeBlanc, folle et malade; deux jeunes orphelins, enfants de Philippe Melançon ; trois orphelins, enfants de Paul Bujauld, l'ainé malade, un garçon fou et une fille ayant une infirmité à la langue ; un enfant de Baptiste Galeri, fou ; Joseph Vincent, consomptif; veuve Gautrau, malade, avec un jeune enfant ; Joseph Benoit, vieux et malade; Pierre Brassy (Brassard), infirme, ayant une rupture ; Pierre Vincent, malade ainsi que sa femme ; trois enfants, un aveugle, un autre très jeune, ete...”

Après avoir lu ce qui précède, on s'explique pourquoi plus de la moitié des proscrits amenés en Pensylvanie moururent en quelques semaines. On les avait laissés languir pendant plus de deux mois dans des prisons flottantes, exposés à toutes les privations dans une saison rigoureuse.

? Philip H. Smith, Acadia, a lost chapter in American History. Ce livre est écrit avec une élévation d'idée et una impartialité qui fait honneur à l'écrivain. Il m'a été très utile surtout en ce qui a trait aux Acadiens reçus en Pensylvanie et au Massachusetts.

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A une convention spéciale de l’Assemblée qui eut lieu au commencement de février 1756, Jean-Baptiste Galerm présenta, au nom de ses compatriotes, la requête suivante qui mérite d'être citée en entier, parce qu'elle est un des rares documents parvenus jusqu’à nous, qui présente la défense des Acadiens telle qu'ils la firent eux-mêmes :

“ Vers l'année 1713, lorsque Annapolis Royale fut enlevée aux Français, et que cette contrée fut cédée à l'Angleterre, nos pères qui étaient alors établis sur la baie de Fundy, obtinrent, en vertu du traité d'Utrecht, une année de délai pour se retirer avec leurs effets; mais ne voulant pas perdre les fruits de tant d'années de labeurs, ils préférèrent rester dans le pays et devenir sujets de la Grande-Bretagne, à la condition d'être exempts de porter les armes contre la France, la plupart d’entre eux ayant de proches pareats et des amis parmi les Français qu'ils auraient été exposés à immoler de leurs propres mains, s'ils avaient consenti à porter les armes contre eux. Ils ont toujours compris que cette demande avait été accordée, lorsqu'ils prêtèrent le serment de fidélité à Sa Majesté la reine Anne. Ce serment de fidélité a été renouvelé par nous, il y a environ sept ans, à Na Majesté le roi George, entre les mains du général Philippe, qui alors nous accorda l'exemption de porter les armes contre la France. Nous avons toujours pensé que cette exemption avait été approuvée par le roi, jusqu'à ces derniers temps qu'on nous a dit le contraire. Nous qui sommes dans cette province, aussi bien que ceux des nôtres qui ont été transportés dans les provinces voisines, nous avons toujours observé inviolablement notre serment de fidélité et nous avons toujours été disposés à offrir toute l'assistance en notre pouvoir au gouvernement de Sa Majesté, en érigeant des forts, en faisant des chemn.”, des ponts, ete., etc, et en fournissant des provisions pour le service de Sa Majesté, comme peuvent le témoigner plusieurs gouverneurs et officiers qui ont commandé dans la province de la Nouvelle-Ecosse ; et cela malgré les sollicitations réitérées, les menaces et les mauvais traitements, dont nous avons souffert continuellement plus ou moins, de la part des Français et des sauvages du Canada, particulièrement il y a dix ans, lorsque cinq cents Français et sauvages vinrent sur nos établissements dans l'intention d’attaquer Annapolis Royale, entreprise qui, si elle avait réussi, les aurait rendus maitres de toute la Nouvelle-Ecosse ; ce lieu étant la seule place forte de cette province. Ils nous #ollicitèrent instamment de nous joindre à eux et de les aider ; mais comme nous persistions dans notre résolution de garder notre serment de fidélité, et que nous refusions absolument de leur prêter notre assistance, ils abandonnèrent leur projet et retournèrent au Canada. Il y a environ sept ans, lors de l'établissement d'Halifax, une bande de cent cinquante sauvages étant venus dans nos endroits, arrachèrent plusieurs d’entre nous de nos habitations et voulurent nous contraindre, à force de menaces et de coups, à nous joindre à eux pour surprendre et tuer les Anglais occupés à ériger des forts dans les différentes parties du pays; mais sur notre refus formel, ils nous abandonnèrent après nous avoir maltraités et avoir fait un grand carnage de nos bestiaux, ete. J'ai été moi-même six semaines avant de me rétablir entièrement des coups que j'ai reçus alors. Nous pourrions citer des exemples presque sans nombre des mauvais traitements et des pertes que nous avons subis de la part des sauvages français, à cause de notre inébranlable attachement à notre serment de fidélité. Et cependant, malgré cette stricte observation, nous n'avons pu prévenir la terrible calamité qui a fondu sur nous, et qui est due, pensons-nous, (en grande partie) à la mal-

Sec. i, 1887. 4,

heureuse situation et à la conduite de quelques-uns des nôtres établis à Chignectou, au

fond de la baie de Fundy, où les Français ont érigé un fort, il y a environ quatre ans. Ceux de notre nation qui étaient établis aux environs, après avoir vu plusieurs de leurs établissements brülés par les Français, se trouvant trop éloignés d'Halifax et de Port-Royal pour espérer un secours suffisant des Anglais, furent obligés, croyons-nous, plutôt par force et par crainte que par inclination, de se joindre aux Français et de les assister; ce qui est également démontré par les articles de capitulation convenus entre le colonel Monkton et le commandant français, lors de la remise de ce fort aux Anglais, lesquels sont exactement dans les termes suivants :

“ En ce qui regarde les Acadiens, comme ils ont été forcés de prendre les armes sous peine de mort, il leur sera accordé pardon pour la part qu'ils y ont prise.”

“ Nonobstant cela, comme la conduite de ce peuple avait donné de justes ombrages au gouvernement, et créé des soupçons au préjudice de toute notre population, nous fûmes sommés de comparaitre devant le gouverneur et le conseil d'Halifax, où nous avons été requis de prêter serment d'allégeance, sans aucune condition ; ce à quoi nous ne pouvions consentir, parce que, vu la situation actuelle de ce gouvernement, nous craignions d'être obligés de prendre les armes; mais nous étions encore consentants à prêter le serment de fidélité et à donner les plus fortes assurances que nous continuerions à rester paisibles et fidèles à Sa Majesté Britannique, à cette exception près. Mais dans le présent état des affaires, cela n'ayant pas été regardé comme satisfaisant, nous avons été faits prisonniers et nos biens, meubles et immeubles, confisqués au profit du roi; et peu de temps après, nous avons été embarqués sur des navires avec presque toutes nos familles et déposés dans les colonies anglaises. La précipitation et la confusion au milieu desquelles nous avons été embarqués ont contribué à aggraver notre malheur; car, par là, un grand nombre d’entre nous qui avaient vécu dans l'abondance, se virent dépouillés du nécessaire, et plusieurs familles furent séparées, les parents de leurs enfants et les enfants de leurs parents. Cependant nous devons bénir Dieu que le sort ait permis que nous fussions envoyés en Pensylvanie, où nous avoñ: été secourus dans nos besoins et où nous avons été reçus de toute manière avec une charité chrétienne. Laissez-moi ajouter que, nonobstant les soupçons et les craintes que plusieurs ont conçus à notre égard, dans la croyane que nous étions un peuple dangereux et prêt à rompre, sans scrupule, nos serments, le temps fera voir que tel n’est pas notre caractère, Non, la situation déplorable où nous sommes est une preuve évidente que c’est une fausse accusation, propre à aggraver les infortunes d’un peuple déjà trop malheureux ; car, si nous avions entretenu d'aussi pernicieux sentiments, nous aurions pu facilement éviter de tomber dans le triste état où nous sommes réduits, c'est-à-dire privés de nos biens, bannis de notre pays natal et réduits à vivre de charité sur une terre étrangère ; et cela pour avoir refusé de prêter un serment que le christianisme défend absolument de violer, si une fois on l’a prêté ; serment que nous ne pouvions tenir sans nous exposer à plonger le poignard dans le sein de nos amis et de nos proches. Nous nous soumettrons cependant, comme nous l'avons déjà fait, à ce qui dans l’état présent des choses paraîtra nécessaire, et nous supporterons avec patience et résignation iout ce que Dieu, dans les desseins de sa providence, permettra qu'il nous arrive. Nous regarderons aussi comme notre devoir de conserver et d’affermir la paix du pays où nous avons été transportés et de garder inviolablement le serment de fidélité que nous avons prêté à Sa Gracieuse Majesté le roi George qui, nous ie croyons fermement,

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aura pitié de notre malheur:°" sort lorsqu'il sera pleinement informé de notre fidélité et de nos souffrances, et ordonnera qu'on nous accorde quelque compensation pour nos pertes. Que le Dieu tout-puissant répande ses bénédictions abondantes sur Son Honneur le gouverneur, sur l'honorable Assemblée de cette province et sur le bon peuple de Philadelphie dont la sympathie, la bienveillance et la charité chrétienne se sont hautement manifestées et se montrent encore à l'égard d'un pauvre peuple afilligé et dans la détresse; c’est la sincère et ardente prière de J.-BTE GALERM.”

Le caractère des Acadiens est tout entier dans cette requête, remarquable par son ton de bonne foi et de dignité respectueuse; c'est ainsi que parlent des hommes honnêtes. Réduits à l'extrémité, ils supplient mais ils ne s'abaissent point; ils sont restés debout dans leurs malheurs. Ils ne demandent pas grâce, mais simplement justice.

Le réquisitoire de leurs adversaires, qui étaient leurs juges en même temps que leurs ennemis, a été publié, et forme tout un volume. On n’a à leur opposer que de rares fragments comme celui-ci. Qu'on les compare cependant et l’on n'aura pas de peine à décider de quel côté étaient l'honneur et le droit.

On ne peut lire sans émotion certains passages d’un mémoire qui appuyait cette requête et où l’on trouve l'expression de l'attachement des exilés pour leur chère patrie : “ Nous vous prions humblement, y est-il dit, d'avoir la bonté de nous laisser partir d'ici, ou de nous renvoyer dans notre pays, où bien en quelque autre lieu où nous pourrons rejoindre nos compatriotes; mais si vous ne pouvez nous accorder cette faveur, nous désirons que des mesures soient prises pour notre subsistance aussi longtemps que nous serons détenus ici. Ni cette humble requête nous est refusée, et qu'on laisse mourir nos femmes et nos enfants sous nos yeux, jugez quelle sera notre douleur! N'eût-il pas mieux ralu pour nous mourir dans notre pays natal ?”

Les Acadiens fondaient des espérances sur une autre requête qu'ils adressèrent vers ‘e temps au roi d'Angleterre. Entre autres faits passés sous silence dans les mémoires précédents, ils disent qu'en conséquence du refus de violer leur serment de fidélité, non seulement leurs maisons furent pillées, leurs animaux tués et leur vie mise en danger par suite des mauvais traitements, mais que plusieurs d’entre eux furent emmenés en captivité au Canada, particulièrement René LeBlane, leur notaire public, qui, après que sa maison eut été saccagée, fut fait prisonnier par les sauvages au moment qu'il voyageait pour le service du roi et trainé au fort français où il ne recouvra sa liberté qu'avec grande difficulté et après quatre ans de détention.

Ils ajoutent que, peu de jours avant leur dispersion, la maison où étaient conservés leurs archives, leurs titres, ete. fut investie par une force armée et que tous leurs papiers en furent violemment enlevés : que depuis aucun de ces papiers ne leur a été restitué, ce qui les prive des principaux moyens de prouver leur innocence et la justice de leurs plaintes! Ils y répètent qu'au moment de la déportation, les parents ont été séparés de leurs

! En présence d'une preuve aussi positive que celle-ci, on ose nier aujourd'hui que les autorités néo-écossaises aient fait disparaître des archives pour cacher leur attentat.

“Itis very remarkable,” dit Haliburton en parlant du même sujet, “that there are no traces of this important event to be found among the records in the secretary’s office at Halifax, TI could not discover that the correspondence had been preserved, or that the orders, returns and memorials had even been filea there. In the letter book

enfants, les maris de leurs femmes, parmi lesquels il y en a qui n'ont pu encore se rejoindre. Ils avaient été, continuent-ils, tellement entassés dans les vaisseaux qu'ils n'avaient pas même de place pour se coucher et n'avaient pu, par couséquent, emporter avec eux les \ | choses les plus indispensables, surtout pour le soin des vieillards et des malades, dont plusieurs ont trouvé dans la mort la fin de leurs misères. Ceux-là même qui, à cause de leur fidélité, avaient souffert le plus de la part des ennemis du roi, ont été également enveloppés dans la même calamité, parmi lesquels René LeBlanc, le notaire public déjà mentionné, est üuu des exemples les plus frappants. Il fut saisi, emprisonné, emmené avec les autres, et sa famille, composée de vingt enfants et d'environ cent cinquante petits-enfants, fut dispersée dans différentes colonies. Lui-même fut débarqué à New-York débile et malade, n'ayant avec lui que sa femme et deux de ses plus jeunes enfants, d'où il alla en rejoindre trois autres à Philadelphie, où il est mort sans qu'on ait fait plus de cas de lui que d'aucun des autres captifs, sans qu'on ait tenu compte de tout ce qu’il avait fait et souffert pour le service du roi. !

Cette requête, pas plus que celle présentée sous la signature de Jean-Baptiste Galerm, ne fut prise en considération.

Les amis des Acadiens, qui se composaient de tout ce qu'il y avait de plus éclairé et \{ de plus généreux dans Philadelphie, ne purent vaincre l'hostilité de la députation, qui refusa leur mise en liberté et décréta (5 mars) qu'on les disperserait dans les comtés en leur offrant quelques moyens de s'établir sur des tevres.

Par cet acte, l'assemblée rivait les fers des proscrits au sol de la Pensylvanie dont elle faisait pour eux une colonie pénale, où presque chaque individu devenait un geolier. Pouvaient-ils raisonnablement songer à se fixer définitivement sur cette terre où la haine croissait autour d'eux plus drue que l'herbe sous leurs pieds? N'était-ce pas en même temps vouer leurs enfants à perdre le dernier bien qui leur restait au milieu de leur ruine générale et qu'ils regardaient comme sacré: je veux dire leur foi et leurs traditions ? C’est ce qui arriva en eflet au petit nombre d’entre eux qui survécurent et qui continuèrent à habiter ce pays.

Les Acadiens se retranchèrent derrière le titre de prisonniers de guerre dont ils se réclamaient, dans l’espérance d'en obienir les bénéfices, c'est-à-dire d'être soutenus aux frais de l'Etat en attendant d'être échangés ou renvoyés en France.

Ceux qui veulent justifier, remarque à ce sujet M. Smith, l'expulsion forcée des Acadiens, et leur détention au milieu d'un peuple étranger, feraient bien d'expliquer en quoi le principe émis dans le mémoire des Acadiens n'était pas fondé en équité. Ils n'avaient

of Governor Lawrence, which is still extant, no communication to the Board of Trade is entered from the 24th December, 1754, to the 5th August, 1756, if we except a comme victualling return. The particulars of this affair seem to have been carefully concealed, although, it is not now easy to assign the reason, unless the parties were, as in truth they well might be, ashamed of the transaction.” —Haliburton’s Nova Scotia, Vol. i, p. 196.

! Un autre Acadien atteste, dans une requête, “ qu'il a été fait trois fois prisonnier par les sauvages, et que sa maison a été brûlée, parce qu'il avait sauvé les équipages de quelques vaisseaux anglais en les prévenant du danger qui les menaçait, et maintenant, ajoute-t-il, ces mêmes Anglais l'ont exilé dans un pays où ils lui laissent manquer de pain, lui qui naguère vivait à l’aise et dans l'indépendance.”

commis ouvertement aucun acte les rendant justiciables de la loi civile, et ne pouvaient être regardés en conséquence que comme prisonniers de guerre, ayant droit, comme tels, à être entretenus aux frais du gouvernement. S'ils n'étaient pas prisonniers de 'suerre, sur quoi se fondait-on alors pour leur refuser la mise en liberté qu'ils demandaient ? ?

L'attitude prise par les Acadiens, loin de leur réussir, fut regardée comme une révolte come l'Assemblée, accrut l'irritation contre eux et rendit de plus en plus diflicile la tâche de ceux qui s'étaient faits leurs défenseurs. Telle Ctait l'antipathie dont ils étaient l'objet, que, dans les districts ruraux, on ne voulut pas même tolérer leur présence et qu'on refusa d'employer ceux qui s'offraient à travailler. Ils se trouvèrent bientôt presque uniquement à la charge de la ville de Philadelphie. Pour comble de malheur, la petite vérole, engendrée par la misère, éclata parmi eux et éelaireit encore leurs rangs. On lit dans une de leurs requêtes adressée à l'Assemblée que “des familles avaient été plusieurs semaines de suite sans voir ni pain ni viande et qu’un certain nombre avaient été forcés de piller et de voler dans les rues de la ville pour ne pas mourir de faim.”

Voilà, continue l'historien déjà cité, où en étaient réduits ces honnêtes Acadiens, naguère si à l'aise et si paisibles, au fond de leurs solitaires domaines! Ceux-là même qui les ont accusés d’avoir été les auteurs de leurs propres maux n'ont pu rester insensibles en présence de tant d’infortunes!

“ S'il en était parmi ces derniers,” ajoute un autre écrivain protestant, “ qui fussent tentés d’applaudir aux persécutions d'un peuple exilé, parce qu'il chérissait la religion de son enfance et de ses ancêtres, qu'ils songent à la sévère justice de l'histoire.” ?

Le résultat de la dernière requête fut un acte du Parlement obligeant les parents à céder leurs enfants pour leur apprendre à gagner leu: vie, afin que la province n'eût à sa charge que les vieillards et les malades. De toutes les mesures prises à l'égard des Acadiens, cet acte de rigueur fut celui qui leur parut le plus odieux et qui souleva leurs plus énergiques protestations. Aussi les remontrances qu'ils adressèrent à cette occasion sontelles ce qu'on trouve de mieux élaboré et de plus pressant dans toutes leurs requêtes. Cette requête se terminait comme toutes les précédentes par une prière, où ils demandaient la délivrance de leur captivité, prière qui, hélas! ne devait être entendue que par l'ange de la mort. |

Les événements, même favorables en apparence, se tournaient contre eux, et semblaient conspirer à leur perte. La guerre qui se continuait depuis leur expulsion et qui devait se terminer par l’écroulement de la puissance française en Amérique, fut loin de réussir dans les commencements, aux armes anglaises. On n'a pas oublié la défaite de Monongahéla en 1755. Chacune des trois campagnes qui suivirent fut signalée par une victoire française : celles d'Oswégo, de William Henry et de Carillon. Le contre-coup de ces événements, si fâcheux pour les Anglo-Américains, se faisait ressentir sur les pauvres Acadiens, dont le sort s'aggravait de toute l’exaspération de leurs maitres.

Ce qui restait de ces Neutres à Philadelphie occupait sur la rue des Pins (Pine street) une rangée de petites chaumières en bois, connue pendant longtemps sous le nom de Neutral Huts. C’est là qu'ils s'éteignaient lentement lorsque, au printemps de 1757, arriva à Philadelphie un des plus hauts dignitaires que la Grande-Bretagne eût envoyés dans

l Acadia, «à lost chapter in American History, by Philip H. Smith, p. 234, ? Mémoire Penn. Hist, Society.

cette colonie, lord Loudun, commandant en chef des armées anglaises en Amérique. Lord Loudun ne s'arrêta que peu de jours à Philadelphie, où son passage donna lieu à des fêtes et à des démonstrations publiques ; toutefois il y séjourna assez longtemps pour montrer que sa haute position ne le mettait pas à l'abri des préjugés les plus vulgaires de son temps. Il se fit donner le chiffre exact de la population catholique, afin de prévenir les terribles dangers qui pouvaient résulter d’une conspiration papiste! Au rapport du P. Hardy, il s'élevait à peine à deux mille âmes, réparties entre Anglais, Irlandais et Allemands.

Les Acadiens comptaient dès lors pour si peu que le missionnaire ne crut pas qu'il valut la peine de mentionner leurs noms dans son rapport.

Il semble qu'il ne restait plus de place que pour la pitié envers ces tristes débris, dont la misère était si extrème en ce moment, que l’Assemblée elle-même, qui s'était montrée si dure à leur égard, s'en était émue et avait assé un acte pour les recommander aux officiers publics, “ afin, y disait-on, de les empêcher de périr de faim.”

Il ne manquait plus à ces malheureux qu'une dernière indignité avant de disparaitre de cette terre de malédiction ; et il était réservé à un pair d'Angleterre de la leur infliger.

On trouve dans les Archives coloniales de 1757, un mandat du shérif émané par le gouverneur à la demande de lord Loudun, ordonnant l'arrestation de Charles LeBlanc, Jean-Baptiste Galerm, Philippe Melançon, Paul Bujauld et Jean Landry, comme étant des individus suspects et mal intentionnés, ayant proféré des discours menaçants contre Na Majesté et ses loyaux sujets.

H faut lire la lettre de lord Loudun à William Pitt, alors premier m.nistre. Rien dans les annales de la Pennsylvanie n'égale la brutalité de cette pièce. Il n'y demande, ni plus ni moins, que la mise en esclavage de ces prisonniers.

95 avril 1757.

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