CHAPITRE PREMIER
FAMILLE DES GAMASIDÉS
La famille des Gamasidés renferme des acariens agiles et assez grands, car la plupart mesurent de un à trois millimètres de long, et ils sont plus voisins des Coléoptères que des Arachnides, attendu que les espèces des genres Uropoda et Gamasus, qui constituent la tribu des Gamasinés, sont de véritables hexapodes chez lesquels on voit clairement que ce sont les palpes labiaux allongés et grossis qui constituent la première paire de pattes ; ces palpes, à peine modifiés, et même dépourvus chez quelques espèces de crochets et de caroncules, ont conservé leur ancienne fonction : ce sont de vérita-
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bles organes explorateurs qui remplacent jusqu'à un certain point les yeux absents.
En divisant cette famille en deux tribus, celle des Gamasinës et celle des Ptéroptinés on a voulu, en groupant les espèces errantes dans la première, les séparer des espèces parasites rassemblées dans la seconde ; mais la tendance à la vie parasitaire, dans cette famille aussi bien que dans toutes les autres, est si prononcée que la ligne de démarcation entre les deux tribus est bien difficile à établir. En effet toutes les nymphes, ou individus octopodes non sexués, des espèces des genres Uropoda et Gamasus qui constituent la première tribu et dont les adultes vivent dans le terreau, les végétaux en décomposition et même sur les plantes vivantes, ont un genre de vie analogue à celui des nymphes hypopiales des Tyroglyphynés, sans pour cela subir une transformation spéciale, c'est-à-dire que ces nymphes s'attachent, pour voyager, à d'autres animaux qui sont, en général, des coléoptères orduriers, quelquefois aussi d'autres Insectes velus, comme des Hyménoptères, des Reptiles, des Oiseaux et même de petits mammifères : ainsi on en rencontre très souvent groupés sous le corselet ou l'abdomen des Géotrupes, des Bouziers, des Nécrophores, des Cé-
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toines, des Bourdons, des Xylocopes, aux aisselles des Lézards, dans les poils des mulots, des lapins, et dans les plumes de certains oiseaux. C'est un faux parasitisme, mais bien difficile à. distinguer de celui d'autres Gamasidés qui viventen permanence etpullulent dans les plumes de quelques oiseaux ou dans les poils de petits mammifères sans causer d'autre mal qu'une légère déperdition sanguine accompagnée de prurit, comme font les poux et les puces. Une ou deux espèces cependant provoquent des déperditions assez abondantes pour amener l'anémie comme nous le verrons plus loin.
Les Rongeurs, les Insectivores, — surtout les Chéiroptères, — les Oiseaux, nourrissent beaucoup de parasites de la tribu des Ptéroptinés, dont le type est le Pteroplits vespertilionis (Dufour) qui est le Gamasidé chez lequel la vie parasitaire a le plus fortement agi et l'a le plus éloigné du type de la famille. Mais entre ces deux types il y a une foule d'intermédiaires correspondant probablement à des degrés divers d'ancienneté de la vie parasitaire, les uns étant plus voisins des Gamasidés errants, les autres se rapprochant davantage des Pteroptes. Pour les premiers, Dugès avait créé le genre Dermamjssus, comprenant surtout des parasites d'oi-
MégnIn — Acariens parasites
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seaux, laissant dans le genre Pteroptus tous les Gamasidés parasites des chauve-souris. Mais on a reconnu depuis qu'il y avait encore nécessité de multiplier les coupes génériques dans les deux genres : Kolenati, qui a étudié spécialement les parasites des chauves-souris, Ta commencé dans le genre Pteroptus en créant les sous-genres Lepronyssus, Tinoglischrus, etc. et nous avons exécuté un travail analogue aux dépens du genre Dermanijssus en créant les sousgenres Ophioni/ssics, Haemomyson, Loplioples.
Il nous est difficile, dans le présent travail, qui, nous le rappelons, n'est qu'un aide-mémoire, de décrire tous les Gamasidés, non plus que les autres Acariens parasites, nous ne pouvons guère que faire l'énumération des espèces en signalant les plus intéressantes.
Sur les serpents et les lézards vit l'Ophionysstcs natricis (Mégnin), ressemblant à un gros Dermauysse, et qui se glisse sous les écailles, surtout du tiers antérieur du corps, ou qui se fixe sur la peau fine des aisselles chez les reptiles pourvus de pattes; il vit du sang qu'il absorbe par ses piqûres. Chez les couleuvres et surtout chez les vipères, il arrive à se glisser entre les deux lames de la cornée oculaire, l'irrite, la rend opaque, amène ainsi la cécité c\ par suite
DERMANYSSES
la mort : l'aiiiiiial aveugle ne ])ouvantplus [)ourvoir à sa subsistance (^).
Le Dermamjssus Avium (de Geer) {fig. i) est un parasite temporaire qui, pendant le jour, reste tapi dans les fissures ou les vides des perchoirs pleins ou creux, dans les anfractuosités des poulaillers ou des amas de fumier, et qui, la nuit, se répand sur les volailles, du sang desquel les il vit; il arrive même à faire mourir les poussins d'épuisement. Quand la population parasitaire est très abondante dans un poulailler, ou que celui-ci est dans le voisinage et en communication avec une écurie habitée par des chevaux, les Dermanysses assaillent quelquefois ces quadrupèdes et causent par leurs piqûres de vives démangeaisons et une dermatose particulière ; on en apprécie difficilement la cause, les acariens, obéissant à leurs habitudes noctambules, disparaissant d'habitude pendant le jour.
Ils se répandent aussi sur les personnes qui pénètrent dans les poulaillers où ils pullulent et causent un prurit incommode mais qui ne persiste pas, les acariens abandonnant promptement les personnes en question, quand elles sont hors du poulailler.
(') Mégnin. Sur un acarien x^arasite des Ophidiens, Bull, de laSociét(i de Biologie, i883, p. ."ir^.
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DERMANYSSES
Des espèces voisines du dermanysse des poulaillers et confondues avec lui jusqu'à aujourd'hui, vivent à demeure sur les oiseaux ou les petits mammifères et les tourmentent en suçant leur sang. Dans la crête de poules huppées de la race qu'on appelle Padoue en France et Polonaise en Angleterre, vit en permanence un petit Gamasidé ressemblant à un très petit Dermanysse, mais en différant par ses mandibules en pince allongée semblable dans les deux sexes ; nous l'avons nommé Lophoptes patavinus {fig. 2); les tourments qu'il cause aux Gallinacés sur lesquels il vit peuvent arriver à les faire mourir d'épuisement.
D'autres espèces de Lophoptes vivent sur les passereaux en cage, les serins, les moineaux, et sur des Psitlacidés, sur lesquels ils produisent les mômes effets.
Nous avons créé le genre Haemomyson pour des parasites confondus jusqu'ici avec les Dermanysses, dont ils ont l'apparence mais dont ils se distinguent par des organes buccaux différents, ou avec les Pteroptes à cause des formes massives et des gros ambulacres de quelques-uns ; on peut dire qu'ils sont à égale distance de l'un et de l'autre de ces deux genres. Ils vivent sur de petits mammifères insectivores ou sur des ron-
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geurs. Ainsi V Haernomyson labrosus vit sur la marmotte ; 1'^. I)enna?iyssoïde sur le desman ; r/f . MuscuU sur le mulot (fig. 3), VH, Pterop-
Fig. 2. — Lophoptes jmtavimis Még)iin A Femelle, face dorsale — B la même, face ventrale. — C 1b m;\lB. — D rostre, face supi^rieure. — E rortre, face inférinure. — F mandibule de la femelle. — G mandibule du màle. — H extrémité d'une patte.
toïde sur le lapin, VH. Trouessarti sur la Noctule de France, la Pipistrelle, le Vesperugo nystagmus.
LePteroptm Vespertilionis, remarquable par
PTÉROPTES
sa grande taille, par ses pattes énormes, terminées par une paire de grands crochets et une grande caroncule qui constituent un ambulacre extraordinaire par ses dimensions, vit dans les plis de la membrane alaire de presque toutes les
Fig, 3. — Haemnrnyson ??n/scu?i, parasite des petits rongeurs,
chauves-souris, en compagnie de plus petits Pteroptoïdes qu'on regardait comme du même genre, mais que Kolenati en a distrait en créant pour eux le genre Tinoglischrus. Avec eux se trouvent aussi, mais vivant plutôt dans les poils, les Lepronyssus plus voisins des Dermanysses,
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avec lesquels on les confondait aussi avant que Kolenati n'ait créé ce genre.
Nous terminons ici ce que nous avions à dire des parasites de la famille des Gamasidés, qui n'intéresse que très indirectement et très superficiellement la dermatologie humaine mais davantage la dermatologie vétérinaire.