‹ Les acariens parasites [electronic resource]Chapitre 4 sur 21 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le nom àUxodes (') a été donné par Latreille à un Acarien connu depuis longtemps, puisque Aristole en parle déjà sous le nom de xuvopaiaxTiç (qui tourmente les chiens), mot dont Hermann se servit pour créer le nom générique de Cynochestes pour TAcarien nommé par Linné Acarus ricinus qui n'était autre que la vulgaire Tique des chiens.

Les Ixodes, avec les Argas, constituent une famille très naturelle comprenant les géants de Tordre, car la plupart atteignent la taille de grosses punaises et même davantage, et les femelles, en se gorgeant de sang, se gonflent et

(•) De î^cjOTia, visqueux.

'^O FAMILLE DKS IXODIDÉS

s'arrondissent de manière à prendre la forme et le volume de graines de ricin, d'olive et même de noix muscade.

Les Ixodidés ont un rostre remarquablement organisé pour rester fixé dans la plaie qu'ils produisent ; le parasite seul peut l'en retirer sans Ty laisser (voyez fig. 4).

Ce rostre est constitué par une lèvre-dard résultant de la soudure de la languette avec les deux maxilles. Ce dard est muni, en dessous et souvent aussi sur les côtés, de plusieurs rangées de dents à pointes rétrogrades, en nombre variable suivant les espèces. Sur cette lèvre-dard glisse une paire de mandibules sous forme de harpon barbelé porté par une longue tige pouvant être projetée en avant, et se mouvant indépendamment l'une de l'autre. De chaque côté de la base du dard émerge une paire de palpes maxillaires, à quatre articles, cylindriques chez les Argas, aplatis chez les Ixodes ou creusés en goutière à leur bord interne, de manière à former, par leur réunion, un véritable étui renfermant les organes perforateurs du rostre à l'état de repos.

Malgré cette puissante armature buccale, les Ixodidés ne font que de simples ponctions pour extraire du sang ; ne jouissant pas comme car-

IXODES DIVERS '

tains autres acariens de la propriété d'avoir une salive venimeuse, leurs plaies ne s'enflamment pas, ne causent qu une démangeaison quelquefois insignifiante et guérissent spontanément sans complications.

Les Ixony.s difl'èrent des Argas par la présence d'un éciisson céphalo-dorsal, très petit chez les femelles, couvrant toute la face dorsale chez les mâles et portant une paire d'yeux chez les grandes espèces. Le tégument, dans les points qui ne sont pas occupés par l'écusson, ou par les hanches des pattes, est mou, extensible, quoique très résistant, et finement strié. Il présenle, en arrière de la dernière paire de pattes, qui sont toutes groupées dans la moitié antérieure du corps près du rostre, — une paire de stigmates respiratoires constituées par une petite plaque chitineuse circulaire percée comme uneécumoire. Les pattes sont à six articles, toutes semblables, mais croissant plus ou moins en longueur d'avant en arrière ; elles sont terminées par un ambulacre constitué par une paire de crochets et une petite caroncule entière se plissant en éventail. Les organes sexuels sont sous-thoraciques et situés près de la base du bec. Les femelles pondent un très grand nombre d'œufs ; nous en avons compté 12000 dans la ponte de la femelle

d'une grande espèce africaine. Le mâle est toujours beaucoup plus petit que la femelle, au point qu'on a pu le prendre pour un parasite de celle-ci, lorsqu'on les trouvait accouplés; il ne se gorge pas de sang comme elle et ne change pas de taille. Si la femelle absorbe une si grande quantité de sang, qui la fait décupler de volume, c'est pour servir au développement et à la nourriture de sa nombreuse progéniture, qui existe d'abord à l'état d'œufs dans son ovaire, puis à l'état de larves hexapodes ambulantes. En effet, peu de temps après la ponte, des œufs sortent de petites larves à six pattes qui ont dans l'abdomen une provision de nourriture pour toute la première phase de leur existence.

Ces larves se transforment ensuite en nymphes octopodes puis en Ixodes sexués et adultes.

Les Argas diffèrent des Ixodes, d'abord, comme nous l'avons dit, par leurs palpes maxillaires qui sont cylindriques et par l'absence d'écusson céphalo-dorsal. Leurs téguments nus sont très résistants, ils sont symétriquement gauffrés ou verruqueux. Les pattes sont semblables mais l'ambulacre est dépourvu de caroncule. Les métamorphoses sont les mêmes que chez les Ixodes. Ils ont aussi les mêmes habitudes parasitaires quoiqu'ils soient moins formi-

IXODES DIVERS

dablement armés. Les femelles se gonflent moins aussi que celles des Ixodes, à peine si elles triplent de volume. Les mâles sont aussi de taille à peu près égales à celles des femelles.

Tous les Ixodidés sont parasites, mais parasites temporaires ; nés dans l'endroit où la femelle, repue, s'est détachée d'un animal et est tombée inerte, les jeunes Ixodes hexapodes grimpent sur des herbes, des arbrisseaux, s'y tiennent par les pattes postérieures, étendent en avant les pattes antérieures et s'attachent à tout être animé qu'ils peuvent saisir au passage. Les adultes procèdent de même.

Tous les animaux vertébrés terrestres sont exposés aux attaques des Ixodidés, mais il ne faut pas croire que ces grands Acariens fassent un choix parmi leurs victimes, et que telle espèce dIxoJe, par exemple, corresponde exactement à telle espèce animale ; c'est une erreur, bien que cela soit généralement admis parmi les naturalistes et que nombre d'espèces d'ixodes aient été dénommées d'après l'animal sur lequel on les a trouvés. Maintes fois il nous a été donné de retrouver la môme espèce sur des animaux différents, et, sur le môme animal, successivement plusieurs espèces différentes d'ixodes.

FAMILLE DES IXODIDÉS

Cette inditTérence sur le choix des espèces animales se remarque surtout chez les larves, les nymphes et les mâles, quant aux femelles elles choisissent; d^s quadrupèdes en rapport avec leur taille, et, plus elles appartiennent à une grande espèce, plus elles cherchent à s'attacher à de grands mammifères chez lesquels leur instinct leur dit qu'elles pourront faire une ample provision de sang.

Bien qu'il y ait des espèces cosmopolites^ les Ixodidés sont généralement confinés dans certaines localités ou régions, et les espèces d'un pays ou d'un continent diffèrent généralement des espèces d'autres pays ou d'autres continents. Quoi qu*il en soit, les Ixodes abondent dans les terrains couverts de roseaux, de broussailles ou de hautes herbes d'où ils s'accrochent aux animaux (j[ui passent et à l'homme lui-môme.

Genre Ixodes. — La plus grande espèce d'ixodes est V Ixodes egyptius dont la femelle à jeun a le corps sub-carré, roussâtre et mesure 9 millimètres de large sur 7 millimètres de long, et qui, quand elle est repue a 3 centimètres de long sur deux centimètres de large et un centimètre d'épaisseur. Le mâle, qui a la moitié de la taille de la femelle à jeun, entièrement couvert d'un •îcusson noir festonné en arrière, a toujours étt;

IXODES DIVERS

pris pour une espèce distincte, il est vrai que

Fig. 4. — Ixodes Reduvius

A Femelle repue, A"ue de dos. — B la même, face inférieure. — C la même à jeun. — D le màle. — E larve hexapode. — FF œufs. — G rostre, face supérieure. — H rostre, face inférieure. — 1 une mandibule. — J extrémité d'une patte.

quand il n'esl pas accouplé avec la femelle on ne le trouve guère que sur la tortue fixée à Taisselle

32 FAMILLE DES IXODIDÉS

des pattes, taudis que la femelle s'attache aux grands ruminants : bœufs, chameaux ou antilopes. Nous en avons récolté de grandes quantités dans l'aîne des bœufs d'Afrique arrivés à l'abattoir militaire de Vincennes.

En France nous avons une douzaine d'espèces d'Ixodes indigènes, dont les femelles des plus grandes, quand elles sont repues, ne dépassent pas la grosseur d'un grain de ricin, telles sont VIxodes Ricinus, l'Ixodes Dugésii, Vlœodes Reduvius, VIxodes Fabricii^ tlxodes marmoratus, VIxodes scapiilatus, etc. Elles ne sont guère distinctes que par la forme des organes buccaux et surtout du dard et des palpes, et par la forme de l'écusson, ses gaufrures et les taches marbrées qu'il présente quelquefois ; elles sont toutes confondues par le vulgaire sous le nom de Tique des chiens parce que c'est particulièrement sur cet animal qu'on les rencontre ; on les trouve aussi sur les moutons, sur les chevreuils et les cerfs et quelquefois sur les chasseurs.

Nous allons entrer dans quelques détails sur les Ixodes de France que l'on est susceptible de rencontrer souvent sur les animaux qui approchent l'homme soit sur l'homme lui-môme.

Ixodes ricinus Linn. — Presque toutes nos espèces indigènes sont confondues, comme nous

IXODES DIVERS 33

l'avons déjà (lit, sous le nom d^Ixodes ricinus, parce qu'elles ont toutes la même apparence et ne se distinguent guère que par les pièces du rostre. Dans notre travail sur les Parasites et les maladies parasitaires , souvent cité dans cet opuscule, nous avons dû, en nous occupant des Ixodes, chercher à apporter de la lumière dans la confusion qui règne dans ce groupe. Ainsi Hermann reproche à de Geer de confondre VLxode ricin avec VIxode reduve el voici les caractères qu'il donne du premier : « d'un rouge jaunâtre, une tache noire à la base du corps (probablement l'écusson) ; le bord de l'abdomen très entier, les antennes (palpes plus grosses au milieu » ; il ajoute qu'il se trouve dans les forêts, sur les chiens, les martes et les cerfs. Nous le répétons, ces caractères s'appliquent à plusieurs espèces bien distinctes et pour nous tirer d'embarras nous appliquerons le nom d'Ixodes ricin à celle que nous avons trouvée le plus fréquemment sur les chiens et le moins souvent sur d'autres animaux.

Cette espèce se distingue des autres en ce que la plus complète dissemblance existe entre les deux sexes dans la structure du rostre qui fournit les meilleurs caractères spécifiques, au point que, si nous n'avions pas trouvé le mâle ac-

Mègnin — Acariens parasites 3

34 FAMILLE DES IXODIDES

couplé avec la femelle, cerlainement nous les aurions considérés comme appartenant à des espèces différentes. 11 n'y a donc point, comme dans les autres espèces, de caractères communs aux deux sexes, si ce n*est la conformation des pattes, qui sont grêles, à six articles, à tarses courts, longs de o''''^, 70, non dentés inférieurement vers la pointe, ni dans un sexe ni dans l'autre, mais présentant cette particularité d'être renflés supérieurement près de l'extrémité qui est, par suite, brusquement atténuée ; Tambulacre terminal a sa caroncule moitié moins longue que les crochets.

La femelle à jeun est longue de 4"^"\ large de 3'""^, a le corps ovale, aplati, rouge jaunâtre pâle (devenant plus vif et plus foncé dans l'alcool) non festonné postérieurement ; en dessus et en avant, se voit un écusson cordiforme à pointe postérieure arrondie, brun, lisse, sans yeux^ s'articulant antérieurement avec le rostre. Rostre court, carré, long de o•"'^9o, large de o°^-,7o, à dard rectangulaire long de o--,3o, à extrémité tronquée arrondie, munie inférieurement de chaque côté de la ligne médiane de deux rangs de huit dents en dents de scie, dont rexlerne est en même temps latérale ; à mandibules en stylet, glissant sur la face supérieure du dard, erminées par uu harpon à trois dents ; à palpes

IXODES DIVERS

larges, plais et courts, en forme de courte lame de rasoir, longs de o'"'",6o, constitués presqu'entièrement par les deux articles médianes intimement soudés, un article basilaire petit, cylindrique, un terminal en forme de papille pilifère, mobile dans une fossette située en dessous et près de l'extrémité du troisième article. Pattes groupées sous le thorax de chaque coté du rostre, à han* ches contigues. Vulve sur la ligne médiane près de la base du rostre en dessous ; anus au milieu de la face inférieure de l'abdomen au centre d'une dépression qui se prolonge en arrière.

La femelle fécondée et repue a quintuplé de volume; elle est maintenant longue de lo à ii millimètres, large de G à 7. Son corps a pris la forme globuleuse et ovoïde d'un grain de ricin ; il est d'une couleur plombée, lisse, uni, à stries transversales écartées et presqu'efTacées supérieurement aussi bien que la dépression anale inférieure ; les hanches des pattes se sont écartées, surtout les postérieures.

Le rr^a/e est long de 2'"'",G5, large de i"^'",5o. Son corps est aplati, de forme ovo-triangulaire, arrondi et non festonné postérieurement, anguleux antérieurement, plat inférieurement, légèrement bombé en dessus où il est entièrement recouvert par un écusson d^ine couleur brun

«50 FAMILLE DES IXODIDÉS

foncé mal, sans yeux, écliancré antérieurement pour s'articuler avec le rostre qui est un peu plus petit que celui de la femelle. Ce rostre est composé d'un dard en flèche triangulaire, ;i dents toutes latérales très aiguës, de mandibules en stylet, terminées par un harpon à quatre dents ; de palpes plus courtes et à extrémités plus larges que ceux de la femelle. Le pore génital est en forme d'une fente courte, oblongue et transversale, situé en dessous à la hauteur des hanches de la troisième paire de pattes.

Les Nymphes et les larves ne se distinguent de celles des autres espèces d'Ixodes indigènes que par le rostre dont les éléments, dard et palpes, rappellent, sauf les dimensions, les mêmes parties de la femelle.

Les œufs sont à peu près sphériques comme ceux des autres espèces.

\J Ixo de ricin e?>i le plus cosmopolite de tous les Ixodes. En effet, nous l'avons trouvé très abondant au centre de la France, particulièrement aux environs de Bourges, dans les roseaux qui bordent l'Auron et l'Yèvre, d'où les chiens de chasse de nos amis, les officiers du 19° Régiment d'artillerie qui y chassaient en i862-i863, en revenaient littéralement couverts. Nous l'avons récolté aussi sur des bœufs venant de Tlle de

IXODES DIVERS

Sardaigne et sur des moutons valaques, et nous possédons un exemplaire mâle que nous devons à la gracieuseté de M. le Professeur Waga, de Varsovie, lequel exemplaire a été recueilli dans le Caucase. Nous avons trouvé aussi un mâle de la même espèce sur une pipistrelle aux environs de Tours. C'est lui surtout qui pullule dans les chenils les mieux tenus et dans les infirmeries consacrées au traitement des chiens.

Ixodes reduvius de Geer {fig. 4). — Rien dans les caractères que donne de Geer, de son ixode reduve ne peut le faire distinguer de l'espèce précédente, ni de trois ou quatre autres espèces d'Ixodes de même taille que Ton trouve en France dans les mômes circonstances et que nous avons nommées : l'Ixode de Dugès, l'Ixode de Fabricius, l'Ixode à épaulette, car toutes ont à peu près la même couleur et s'attachent à l'état de femelle adulte et fécondée^ aux chiens, aux moulons, aux bœufs, aux cerfs, aux chevreuils et même à l'homme ; nous donnons le nom d'Ixode réduve, à celui que nous avons trouvé le plus fréquemment sur les moutons, animaux spécialement signalés par Geer comme le nourrissant (*)

(1) h'Ixode reduve d'Hermann esb un mâle d'une espèce indéterminée et indéterminable car les caractères

FAMILLE DES IXODIDÉS

bien que, nous le répétons, il soit loin de leur être spécial.

Les deux sexes, chez l'Ixode réduve, ont le même rostre, et ce rostre a la plus grande analogie de structure avec celui de V Ixode Egij/jtien. \ Il est grand, saillant, long de un millimètre, large à sa base de o™™,5o et cylindro-conique ; [es palpes 7naxillaires soni longs, en forme de lame de rasoir épais en dehors, tranchants en dedans à face inférieure excavée, à deuxième et troisième article formant un tout constituant presqu'entièrement l'organe et distincts seulement par une fine ligne de démarcation ; premier article court et cylindrique, quatrième en forme de papille vi lieuse logée dans une fossette de la face inférieure du troisième article près de l'extrémité et de l'angle interne; dard maxillO'labial lancéolé, à pointe aiguë, à deux rangs de dents, un infère et un latéral, plus un petit rang interrompu en dedans de l'infère de chaque côté de la ligne médiane ; les deux rangées principales sont constituées par des dents très fortes et très aiguës beaucoup plus grandes que les autres; mandibules sans gaînes spécia-

qu'il en donne appartiennent aux mâles de plusieurs espèces. (Voyez mém. apt. p. 66).

IXODES DIVERS

les glissant à la surface du dard et terminées par un harpon à 5 dents progressivement plus grandes de la pointe à la base. Les pattes dans les deux sexes sont aussi semblables ; les hanches sont ovalaires-rectangulaires, les deux premières toujours en contact, à articles uniformément bruns, à tarses longs cylindro-coniques, non dentés, ni dans un sexe ni dans l'autre, terminés par un ambulacre dont les crochets ne dépassent que peu la caroncule.

Voici maintenant les caractères spéciaux de chaque sexe et des différents âges.

La femelle à jeun est longue de 4 millimètres, large de 3 millimètres, son corps est de couleur roux jaunâtre pâle, ovale, aplati, sans trace de festons postérieurement; Vécusson est presque régulièrement ovale, un peu anguleux postérieurement, long de i'"'",55, large de l'^^jiô, de couleur noire, avec une étroite marge blanche en avant, semé de poils rares en quinquonce, avec quatre faibles dépressions symétriques en éventail en avant, sans yeux, échancré en avant pour l'insertion du rostre ; pore vulvaire près de la base du rostre, en dessous ; stigmates, anus et stries cutanées, comme dans l'espèce précédente.

La femelle fécondée et repue mesure 8 millimètres de long sur 0 de large et 4 d'épaisseur.

Le mâle est long de 3 millimètres, large de 2 millimètres, à corps triangulaire, aplati, très arrondi en arrière où il n'est pas festonné. Ecusson supérieur recouvrant tout le corps, sans marge, de couleur noire, présentant antérieurement une partie lisse sous forme de petit écusson céphalo-lhoracique inscrit dans le grand, la partie postérieure chagrinée très finement; sans yeux. Rostre et pattes comme chez les femelles. Face inférieure de couleur rousse, sans plaque postérieure du côté de l'anus. Pore génital à la hauteur des hanches de la troisième paire de pattes.

La nymphe est longue de i à 3 millimètres large de o'"",6o à 2 millimètres, de couleur variant du roux-clair au brun foncé, marbrée symétriquement suivant qu'elle est à jeun ou repue ; reconnaissable à son petit écusson ovale, lisse, de couleur roux clair semblable au reste de ses téguments, qui sont finement striés en travers. Rostre et pattes semblables à ceux des adultes, mais de moindres dimensions ; anus et stigmates aussi semblables; absence d'organes génitaux et d'yeux.

Les ^arires comme chez tous lesixodes, sont hexapodes, longues de o™'",6o, larges de o""",4o quand elles viennent de naître et grossissent un peu

IXODES DIVERS

avant de se transformer en nymphes; elles ont le corps hémisphérique, très surbaissé, roussâtre, à face supérieure divisées en deux parties presqu'égales, l'antérieure recouverte par l'écusson ; absences de stigmates ; rostre et pattes semblables à ceux de la nymphe. Œ^w/sub-sphérique, long de o^'^^o, large deo'°™,3o, de couleur rousse.

Nous avons recueilli très fréquemment et en grande quantité la femelle de VIxode reduve se gorgeant de sang sur des bœufs et sur des moutons en France, surtout sur des bœufs d'Auvergne et des moutons du Nord, plus rarement sur des chiens et quelquefois sur des hérissons. Nous avons trouvé assez souvent le mâle accouplé avec la femelle sur les susdits quadrupèdes. Nous avons rencontré les nymphes sur une foule d'animaux d^espèces différentes, reptiles, oiseaux, mammifères : ainsi nous l'avons trouvée sur des lézards oscellés et des lézards verts, sur des verdiers et des goélands, sur des chauvessouris, des fouines, des hérissons, des lièvres, des écureuils, des chevreuils et même sur le cheval; sur les petits animaux à peau mince, cette nymphe introduit seulement son rostre dans les téguments, chez les grands pachydermes elle finit par percer la peau d'outre eu

FAMILLE DES IXODIDÉS

outre et à se loger entièrement sous le tégument en déterminant par sa présence le développement d'une affection furonculeuse dont nous parlerons plus loin. C'est cette nymphe, prise pour un Ixode à l'état parfait, qui a donné lieu à la création d'espèces particulières sous le nom d'Ixode du Hérisson, d'Ixodeà Chappe, etc., qui doivent disparaître de la nomenclature des Ixodes. Nous avons rencontré la larve de la même espèce fréquemment en compagnie de la nymphe, surtout chez les animaux qui rampent sur la terre ou qui s'y couchent, comme les lézards; les hérissons, les lièvres, etc.

Ixodes Dugesii P. Gervais. — L'ixode de Dugès est commun dans le Midi de la France ; c'est la seule espèce qu'ait connue Dugès, professeur k Montpellier, et encore n'a-t-il vu que la femelle qu'il décrit et figure de façon à la reconnailre facilement. Il ne paraît pas soupçonnr que le mâle fût différent. Il l'avait nommé Ixode plombé [Ixodes plumbeus) ; mais comme ce nom avait déjà été donné par Leach à un Ixode rencontré dans le nid d'une hirondelle de rivage, bien que nous soupçonnions fort ce dernier d'être une nymphe de l'ixode reduve, nous adoptons le nom d'Ixode de Dugès que lui a donné, pour cette raison, Paul Gervais.

IXODES DIVERS

Les caractères de l'espèce, comme chez tous les autres Ixodes, sont fournis par la constitution du rostre qui est la même dans les deux sexes. Ce rostre est petit et peu saillant, long de 60, en cône mousse très surbaissé; les palpes maxillaires sont courts, longs de o^'^^j^o, un peu moins longs que le dard maxillo-labial, creusés à leur bord interne d'une rainure, peu profonde, à articles très distincts, le premier court , cylindrique, les deux suivants polyédriques irréguliers, le dernier petit, cylindrique, inferoterminal. Dard maxillo-labial un peu spatuliforme, à extrémité arrondie, à huit rangs de dents égales dans chaque rangée ; mandibules en stylet glissant chacune dans ime gaine chagrinée, terminées chacune par un harpon articulé, à quatre dents en deux groupes, les deux du groupe inférieur plus grandes que celles du groupe terminal.

Les pattes, dans les deux sexes, sont aussi semblables : elles sont à 6 articles, à hanches ovalaires plaquées sur le tégument^ distantes chez la femelle, contiguës chez le maie; articles uniformément bruns ; tarses cylindro-coniques à extrémités dentées inférieurement chez les deux sexes, mono-dentés à la première paire, bi-denté? dans les suivantes, terminés

4?4 FAMILLE DES IXODIDES

par un ambulacre dont les crochets déj)assent de moitié la caroncule.

La femelle, à jeun, est longue de 6 millimètres, large de 2™'",5o ; son corps, de couleur roux-pâle, est aplati, allongé, rétréci postérieurement sans trace de festons, présentant en dessus et en dessous les mêmes stries et sillons déjà constatés chez les femelles des autres espèces ; VEcusson est long de i'^'",2o, large de i millimètre, rectangulaire pentagonal, étroit et court à côtés latéraux parallèles, à angle postérieur arrondi et à côtés sinueux, d'une couleur brunnoirâtre mate, chagriné, fortement échancré en carré en avant pour s'articuler avec le rostre; yeux aux angles postérieurs et externes de l'écusson. Pore vulvaire, anus et stigmate comme chez tous les autres Ixodes.

La femelle fécondée et repue est longue de i4 millimètres, large de 8 millimètres, son corps est épais, allongé, un peu aplati, semblable à un haricot sans bile et symétrique; de couleur plombée foncée, avec des sillons ou impressions longitudinales, deux en dessus, trois en dessous, comme dans les espèces précédentes.

Le mâle est long de 3'"'",5o, large de 2'""\5o, à corps sub-triangulaire, à angles et côtés arrondis surtout postérieurement ; écusson recouvrant

TXODES DIVERS

toute Ja l'ace supérieure, sans laisser de marge claire latérale, de couleur brune foncée, lisse, brillant et festonné postérieurement, chaque intervalle de feston se continuant en avant par un sillon s'éteignant au quart postérieur de l'écusson, yeux simples au bord de l'écusson, à la hauteur de la deuxième paire de pattes. Téguments inférieurs pâles, présentan t de chaque côté de l'anus deux paires de plaques chitineuses rousses en forme de larmes arquées à pointe antérieure. Pore génital rond, chitineux,en arrière du rostre à la hauteur de la deuxième paire de pattes.

La nymphe est longue de 2 à 4 millimètres, large de o'""',8o à 2'"™,5o, corps ovale, à écusson et pattes, de même volume et mêmes formes que chez la femelle ; pas d'organes génitaux, mais des stigmates.

La larve est longue de o'"°^,5o à 1 millimètre, large de o"",4o à o™»\Go, à corps aplati, orbiculaire, un peu anguleux en avant, de couleur roux paie ; écusson cordiforme, large et court; rostre semblable à celui de la nymphe ou des adultes, mais de dimensions plus petites ; pattes plus courtes et plus grêles, au nombre de six seulement, pas d'organes génitaux ni de stigmates respiratoires. L'œuf est sub-sphérique roux, de o'""\5o sur o""",4().

FAMILLE DES IXODIDES

Nous avons recueilli l'Ixode de Dugès, en abondance sur des moutons barbaresques et touaregs, et sur des bœufs d'Algérie et du Maroc, amenés à l'abattoir militaire de Vincennes ; nous l'avons aussi recueilli sur des bœufs auvergnats ; les deux sexes s'y trouvaient fréquemment accouplés et des nymphes s'y trouvaient mélangées aux adultes.

Après avoir décrit complètement les trois espèces dlxodes qui précèdent, nous nous contenterons de signaler quelques autres espèces qui nous intéressent au même degré, mais qui ne diffèrent des précédentes que par quelques dé tails anatomiques.

L'Txode de Fabricius (Ixodes Fabricii Aud.) se trouve dans les mêmes circonstances que rixode reduve, auquel il ressemble pour lu taille et pour la forme, mais dont il se dislingue par le rostre : les palpes ont leur base tellement élargie et anguleuse que le rostre, dans son ensemble, a une forme d'un triangle isocèle à large base.

L'Ixode à épaulette {Ixodes scapulatus nobis) est distinct de l'Ixode reduve par un rostre plus court et par deux annexes de l'écusson, plissés en éventail et situés à la base et de chaque côté du rostre, comme deux épaulettes.

IXODES DIVERS 47

L'Jxode marbré [Ixodes marmoratus Risso) est distinct de l'Ixode reduve par un rostre un peu plus court et par un dessin élégant de l'écusson, dessin composé de points de diverses grandeurs et de taches symétriques brunes sur un fond testacé clair.

L'Ixode à pince {Ixodes clielifer nobis) est distinct des autres Ixodes par ses palpes dont le troisième article se prolonge en une pointe courbée en dedans formant avec celle du coté opposé une véritable pince ou tenaille. Nous ne connaissons que le mâle que nous avons recueilli dans la forêt de Fontainebleau.

Ces quatre espèces sont sensiblement de mèaio taille et de même apparence que l'Ixode ricin et rixode reduve, et jouent le même rôle.

De plus petites espèces vivent sur les chauvessouris en compagnie de Pléroptes et de Diptères dégénérés du genre Nictéribie, ce sont V Ixodes siculifer et V Ixodes longipes. Ouelquefois aussi on en trouve sur les oiseaux mais bien rarement.

Enfin nous connaissons plusieurs espèces exotiques ; deux du Brésil recueillies, l'une sur un Uneau, l'autre sur un Tapir ; une du Canada recueillie sur des moulons, une du Mexique recueillie sur des bœufs, deux de la République

FAMILLE DES IXODIDÉS

Argentine et d'autres d'Afrique, d'Océanie et de l'Inde.

Actio7i des Ixodes sicr Vhomme et les animaux. — Les Ixodes, vulgairement nommés Tiques ou Poux de bois, se rencontrent parfois ayant le rostre planté dans les téguments chez les chasseurs ou les personnes qui se sont reposées dans les bosquets. Cet Acarien enfonce son rostre dans la peau comme on enfonce un trocard, ou une aiguille-canule de seringue Pravaz ; les petits crochets récurrents qui garnissent le dard maxillo-labial et l'extrémité des mandibules l'empêchent de sortir du point où il a pénétré, et il est engagé d'une manière tellement solide que si on cherche à Ten détacher violemment, ce rostre se rompt et reste dans la plaie. Lorsque l'Acarien enfonce son rostre on ne le sent pas et on ne s'aperçoit de sa présence que quand il a pris les dimensions, la forme et jusqu'à la couleur ardoisée d'une graine de ricin ; il ressemble à une petite tumeur étroitement pédiculée et on éprouve alors de violentes douleurs, si on le tiraille et si on cherche à l'enlever de force. L'absence complète de douleur qui caractérise l'introduction du rostre des Ixodes si formidablement armés, prouve bien que ce rostre est, à lui seul, impuissant à causer les acci-

ACTION DES IXODES

dents symptomaliques qui accompagnent la morsure des Acariens psoriques et qu'il faut Taccompagnement d'une salive venimeuse.

La piqûre des Ixodes ne produit jamais d'accident sérieux. Si, en voulant détacher le parasite on provoque la rupture du rostre qui resle dans la plaie, il y a alors un petit travail éliminateur, un très pelit point suppurant quia pour but d'éliminer le rostre en question qui fait littéralement fonction d'une épine.

Pour éviter ce petit accident, il faut provoquer le détachement entier et spontané du parasite eu le touchant avec une goutte d'essence de térébenthine ou de benzine ; il retire alors son bec, tombe et meurt.

En Amérique, les Ixodes et les Argas sont confondus sous le nom vulgaire de Garapattas, ce qui fait qu'on ne sait si c'est aux premiers ou aux seconds, qu'il faut rattacher toutes les histoires qu'on rapporte sur les Garapattas. Leur grand nombre fait que l'homme est peut-être plus sujet à leurs attaques qu'en Europe. Leur action est la même. Des voyageurs ont cependant prétendu que la démangeaison que leur piqûre provoque est plus forte qu'en France; ainsi M. Dassier raconle avoir vu au Brésil une dame, au retour d'une promenade dans un bois, être

MécNiN — Acarif-n? parasites 4

FAMILLK DES IXODIDÉS

obligé de ce jeler tout habillée dans l'eau pour échapper au feu qui la dévorait. Un chasseur lui a raconté qu'il avait été forcé plusieurs fois, après une journée de chasse, de se lever au milieu de la nuit, pour se plonger dans un ruisseau. M. Dassier a gardé lui-même plus d'un an au bras gauche un boulon produit par un Garapatte mal extirpé ; pendant un an il ressentit, à divers intervalles, des démangeaisons aussi fortes que le premier jour.

Quelques fois les Ixodes ne se bornent pas à introduire seulement leur rostre dans la peau, il leur arrive exceptionnellement d'y pénétrer tout entier; M. le Professeur R. Blanchard en a rapporté un exemple curieux à la Société de Biologie dans sa séance du 17 octobre 1891 ; et c'est de sa communication que nous extrayons les détails qui suivent :

Le 1"' octobre 1891, un individu âgé d'environ 4o ans, éleveur de chiens, se présentait à la consultation du bureau central des hôpitaux pour une affection articulaire. Pendant qu'on l'examinait, il raconta qu'il portait sur le ventre, depuis quelque temps, une grosseur du volume d'une petite noisette, qui ne le gênait guère mais sur la nature de laquelle il désirait être fixé. On reconnut, en effet, sur la partie droite de l'abdo-

RÔLE DES IXODES

meii, à peu près à la hautcair de l'ombilic, une sorte de tumeur sous-cutanée, mobile et ressemblant à un kyste sébacé ; la peau ne présentait aucune trace d'irritation, ni la cicatrice d'aucune solution de continuité par où un corps étranger eût pu s'introduire. On donna un coup de bistouri et on mit à nu un animal vivant qui s'était logé dans le tissu conjonctif sous-dermique, au contact même de l'aponévrose du muscle grand droit de Tabdomen. L'animal fut extirpé, et supposant qu'il avait pu provoquer une irritation du muscle voisin, on préleva même un fragment de ce dernier. Le parasite et le fragment de muscle furent apportés à M. R. Blanchard par M. A. Wormser, externe des hôpitaux, et ce professeur reconnut que l'animal était une femelle adulte et fécondée de VIxodes ricimis (^) longue de 8 millimètres et d'un blanc jaunâtre uniforme, sauf aux parties normalement teintées de brun (écussons, stigmates, pattes et rostre). Quant au muscle il était absolument normal, sans la moindre lésion.

L'individu porteur de ce singulier parasite,

(H Nous avons des raisons de croire que c'était une femelle d'Ixodes reduvius ; nous en donnons les raisons plus loin.

52 FAMILLE DES [XODIDÉS

n'a pu préciser l'époque à laquelle il s'était aperçu de rexislence de la petite tumeur abdominale, il s'est borné à dire que celle-ci existait depuis quelque temps, c'est-à-dire depuis plusieurs semaines. Le travail de réparation de la peau a donc eu le temps de s'accomplir et c'est ainsi qu'a pu disparaître, sans laisser de traces, la petite plaie par laquelle l'Acarien s'est introduit sous le derme : « Cette petite plaie était-elle primitive, s'est demandé M. Blanchard, et le parasite n'a-t-il eu qu'à s'y engager pour arriver sous la peau ? Ou bien était-il capable de perforer le tégument au point de disparaître entièrement dans son épaisseur? Nous admettons cette dernière hypothèse, en reconnaissant toutefois que cette pénétration de l'Ixode sous la peau ne saurait se faire partout avec une égale facilitée : dans le cas particulier dont il est question ici, cette pénétration a été singulièrement facilité par la grande laxité de la peau du ventre, ainsi que par la minceur et la faible sensibilité de la couche dermique compacte, la seule qui pût offrir quelque résistance.

« Cela étant admis, il est intéressant de constater que rixode peut continuer à vivre à l'abri de l'air et trouver dans le sang qui circule autour de lui une quantité suffisante d'oxygène

ACTION DES IXODES

pour l'entretien de sa fonction respiratoire. Celleci s'accomplit alors par de simples échanges osmotiques, sans que les stigmates et les trachées y contribuent en rien. C'est ainsi que respirent normalement les Sarcoptides cuticoles qui n'ont pas d'appareils respiratoires ; il n'est pas sans intérêt de constater que chez les grands Acariens, la respiration cutanée joue encore un rôle actif et peut, dans certains cas, remplacer totalement la respiration trachéenne.

« L'observation rapportée ci-dessus est, à notre connaissance, le premier cas publié, sinon connu, de pénétration de la Tique du chien sous la peau de l'homme. »

A la suite de cette communication, M. H. Beauregard a annoncé qu'un cas analogue était parvenu à sa connaissance : une personne portait une Tique sous la peau, à la hauteur de la clavicule. Ce cas est parfaitement comparable à celui de M. Blanchard, puisque dans la région claviculaire la peau est également mince et lâche.

M. le docteur Choupe a dit aussi, dans la même séance de la Société de Biologie, que ces faits n'étaient pas rares dans certaines régions du centre de la France et qu'il en connaissait lui-même plusieurs cas.

Au moment même où nous rédigeons ces li-

gnes nous avons sous les yeux un Ixode extrait aussi d'une tumeur cutanée, par le Demos, sur une de ses parentes ; cet Ixode est une femelle adulte et ovigère de Tespèce Ixodes reduvhis qui a aussi 8 millimètres de long ; ses autres dimensions sont 6 millimètres de large et 4 millimètres d'épaisseur. Elle est de couleur gris-plombée clair et a l'écusson, les pattes, les stigmates et le rostre, bruns; elle est très vivante; une fois morte elle se desséchera et prendra une couleur blanc jaunâtre ou rousseàlre.

Nous disons plus haut que nous pensons que l'Ixode du cas de M. Blanchard, et qualifié de Hein, est de la môme espèce que cette dernière, parce que l'Ixode réduve est bien mieux armé que l'Ixode ricin, pour ouvrir la peau et y pénétrer; en effet, son rostre est plus grand et son dard, au lieu d'être tronqué on arrondi comme celui du dernier, est lancéolé et porte des dents beaucoup plus aiguës et plus tranchantes que celui du ricin. En un mot, avec quelques mouvements de latéralité il peut facilement pratiquer une ouverture par où il s'introduira sous la peau, ce que ferait difficilement VIxodes ricinus. Nous allons voir, du reste, que chez certains animaux à peau beaucoup plus épaisse que celle de l'homme il entame aussi facilement le tégument pour s'y loger.

ACTION DES IXODES

En Europe, les chevaux sont rarement exposés aux piqûrés des Ixodes, même les chevaux de chasse, bien que les chiens qui les accompagnent y soient très sujets. Par contre, en Amérique et particulièrement dans l'Amérique centrale, les mules sont quelquefois couvertes de Tiques qui les épuisent; les indigènes prétendent qu'on les en débarrasse en leur faisant manger du sel, à ce que nous a rapporté M. Sallé, naturaliste voyageur qui a été témoin du fait. Les jeunes chevaux élevés dans les pâturages présentent cependant souvent, comme les bœufs qui sont dans les mêmes conditions, des Ixodes réduves femelles plantées dans la peau fine des aines; ces piqûres n'ont pas d'imporlance et on ne s'en occupe pas : lorsque le parasite est repu, il se détache de luimême et toute trace de piqûre disparaît.

Les nymphes de la même espèce s'attaquent quelquefois aux chevaux montés qui parcourent les landes couvertes de bruyères ou de genêt et produisent une affection beaucoup plus grave que la piqûre des adultes. Cette nymphe (*) qui

(i) Nous avions pris d'abord cette nymphe pour un Ixode parfait d'une espèce nouvelle et nous l'avons décrite sous le nom d'Ixode pénétrant (Recueil vétérinaire, 1867). Depuis nous l'avons étudié plus à fond et reconnu son véritable état.

S6 FAMILLE DES LXODIDÉS

n'a que i ou 2 millimètres de long, ne se contente pas, dans certains cas, de planter son bec dans la peau — ce qui ne lui servirait pas à grand chose, en raison de sa brièveté, quand il s'agit d'une peau épaisse comme celle des extrémités du cheval ; elle se loge alors entièrement sous les téguments, s'y cache et provoque bientôt, par sa présence, l'apparition de grosses pustules qui sont de vrais petits furoncles et qui s'accompagnent d'une vive démangeaison. Nous avons observé un exemple de cette éruption furonculeuse provoquée par des nymphes d'Ixode réduve, à Versailles, en i864, sur un cheval d'un capitaine de dragons qui avait été suivre les chasses de Meudon ; l'extrémité de ses quatre membres était semée de nombreuses pustules sous la croûte de chacune desquelles se trouvait blotti le parasite en question. Le cheval fut guéri par l'extraction successive de tous les parasites.

Comme nous l'avons déjà dit les bœufs, dans les pâturages d'Auvergne, sont fréquemmen attaquées par les Ixodes ; il en est de même dans les pâturages du Midi ; mais nous n'en avons jamais vu sur les bœufs venant de Normandie, de l'Ouest ou de l'Est. En Auvergne c'est particulièrement V Ixodes reduvius qui s'attache aux bœufs ; sur ceux du Midi nous avons trouvé

ACTIO>i DES IXODES 57

VIxodes scapulatits et surioui V Ixodes 2^hcm3eus ou Dugesii. Ces parasites, — nous ne parlons que des femelles fécondées, — s'attachent aux aînés et se laissent choir dès qu'ils sont complètement gonflés de sang. Les bœufs n'y font pas attention et ces parasites ne sont jamais assez nombreux pour faire du mal.

Dans nos colonies d'Outre-mer, les Ixodes paraissent beaucoup plus nombreux. Nous avons rencontré plusieurs grandes espèces sur les bœufs algériens amenés à l'abattoir militaire de Vincennes : ce sont V/xocles j^gyptius, V Ixodes Alger iensis et V Ixodes Dugesii en compagnie de Vixodes reduvius. Très souvent ces quatre espèces étaient réunies sur le même individu et de véritables essaims se voyaient fixés aux aînés et dans les parties inférieures et postérieures du ventre. Ces parasites ne paraissent pas faire souffrir les animaux qui ne cherchaient pas à s'en débarrasser, et nous n'avons jamais remarqué que leur santé en ait été influencée, car ils arrivaient à Paris, gras et bien portants.

tl paraît cependant que dans leur pays d'origine les Ixodes ne sont pas toujours inoffensifs : M. H Lucas a vu, dans le cercle de La Calle, en Algérie, en i845, des bœufs tellement couverts de ces grandes Ixodes qu'ils en devenaient étiques

FAiMlLLE DES IXODIDES

et finissaient par périr d'épuisement. De nos jours le fait ne se remarque plus et les vétérinaires de la colonie n'ont jamais signalé d'accidents dus à ces parasites. Il n'y avait peut-être qu'une question de coïncidence entre la présence des Ixodes et l'état d'étisie des bœufs qui les portaient et qui avait frappé M. Lucas.

A la Guadeloupe, les Ixodes sont encore plus nombreux qu'en Algérie et ils constituent dans notre colonie des Antilles un véritable fléau : M. Blondelle, vétérinaire principal de la Colonie, est venu, un jour, en causer avec nous et avoir notre avis sur le meilleur moyen de détruire ces parasites : Tl paraît qu'à la suite de leurs piqûres se développent des plaies qui deviennent promptement ulcéreuses sous l'influence du climat torride de l'Ile, et que la vie des animaux est fréquemment compromise. Nous pensons que s'il survient des plaies à la suite des piqûres des Ixodes, cela tient à la manière de les détacher violemment ; on les arrache avec des couteaux de chaleur, de véritables racloirs et il est évident qu'avec ce procédé, ce n'est que le corps de l'Acarien qu'on fait tomber, et son rostre reste toujours dans la peau ; il faut ensuite, comme dans le cas d'une épine, un véritable travail de sui)puration éliminatoire pour le faire tomber;

ACTION DES IXODES

de là des plaies d'autant plus nombreuses que le nombre des parasites est lui-même plus considérable, et les accidents consécutifs à ces plaies.

Un badigeonnage de benzine en forçant les parasites à se détacher spontanément et à aller mourir par terre éviterait les conséquences fatales qu'entraîne après lui l'arrachage brutal, et amènerait insensiblement la cessation du fléau.

Une autre cause de la formation de ces plaies, c'est qu'il est probable que les nymphes de l'Ixode de la Guadeloupe, ont des mœurs analogues à celle de notre Txode réduve à l'égard du cheval et qu'elles s'introduisent entièrement sous la peau, ce qui amène la formation de pustules furonculeuses que l'animal écorche par le grat tage, ce qui produit les plaies en question.

Outre les lotions de benzine aux endroits attaquées par les Ixodes, il y aurait avantage à acclimater dans l'Ile delà Guadeloupe le Piquebœufs du sud de l'Afrique, espèce d etourneau exotique (Buphaga a/ncana), qui débarrasse les animaux des contrées ou il vit, soit des larves d'oestres qui vivent sous leur peau, soit des Ixodes qui y sont fixés, de la même manière que l'étourneau vulgaire débarrasse nos moutons aux pâturages, des mélophages où autres insectes qui les tourmentent, et cela au grand plaisir du

FAMILLE DES IXOUIDES

petit ruminant qui laisse complaisamment faire le mangeur de parasites.

Un .petit faucon de l'Amérique du Sud rend le même service aux bœufs des Pampas.

Les moutons sont rarement attaqués par les Ixodes, cependant nous avons reçu du département de l'Aisne une assez abondante collection d'Ixodes réduves récoltés sur ces animaux. Mais il en est autrement dans l'Afrique française, dans les Flandres belges, dans l'Herzégovine et le midi de la Russie. Des moulons de ces différents pays arrivés à l'abattoir militaire de Vincennes, nous ont montré quelquefois de véritables essains de ces parasites attachés aux aines et aux aisselles, parties dépourvues de laine, Les espèces que nous avons ainsi récoltées étaient principalement Vlxodes reduvius ; puis venaient par ordre de fréquence, Vlxodes Dugesii, Vlxodes Fabricii, Vlxodes scapulatus, Vlxodes marmoratus et Vlxodes ricinus. Comme pour les grands ruminants, nous devons reconnaître que les moutons qui les portaient s'occupaient peu de ces parasites qui ne paraissaient pas les tourmenter beaucoup. On a dit cependant que dans certains pays, en Belgique, par exemple, ils constituaient un véritable fléau pour les bétes à laine.

ACTION DES IXODES

Le moyen d'en débarrasser les moutons est le même que celui que nous avons indiqué pour les bœufs.

Les chiens et surtout les chiens de chasse, sont ceux de nos animaux domestiques qui sont le plus exposés aux atteintes des Lxodes et il est rare qu'un chien qui a fourragé dans les broussailles ou les roseaux pendant l'été et l'automne n'en rapporte pas quelques-uns attachés à ses téguments, soit aux pattes, soit sous le v^entrc,soit surtont aux oreilles ou autour de leur attache.

Toutes les espèces d'Lxodes indigènes s'attaquent aux chiens de chasse en France. Nous avons constaté que dans les roseaux, aux environs de Bourges, les chiens qui chassaient au marais revenaient fréquemment avec des Ixodes ricins femelles fichées dans leur peau et ces Ixodes femelles étaient fréquemment accouplées avec leur nvile, collé sous leur thorax comme un petit pou noir. Dans le Midi, aux environs de Béziers, nous avons recueilli sur les chiens de chasse l'Lxode réduve, l'Lxode de Fabricius, et l'Lxode plombé de Dugès ; dans la forêt de Fontainebleau c'était l'Ixode réduve, l'Ixode à épaulette, et l'Lxode porte-pince.

L'Ixode, qui a son rostre planté dans la peau d'un chien, tourmente très peu ce dernier qui

62 FAMILLE DES IXODIDES

n'y fait pas attention si on n'y touche pas, mais qui exprime par ses cris la douleur qu'il éprouve quand on les lui arrdche ; aussi y aurait-il avantage, à un certain point de vue, à n'y pas toucher, car le parasite se détache spontanément quand il est gorgé de sang, en ne laissant qu'une piqûre imperceptible qui se guérit spontanément et très rapidement. Mais il y a indication cependant à détruire le parasite avant que le chien ne mette les pieds au chenil ; en effet, les Ixodes que les chiens rapportent du bois et qui se détachent dans le chenil, sont des femelles fécondées qui donnent lieu à une progéniture de plusieurs milliers de larves ; le chenil en est infesté et ce n'est plus au bois que les chiens se couvrent de tiques mais dans leur propre habitation. On ne débarrasse un chenil de cette population malfaisante qu'en y dégageant de l'acide sulfureux, en y brûlant du soufre pendant deux jours, après en avoir bouché toutes les ouvertures.

On provoque la chute des Ixodes fixés dans la peau d'un chien en les touchant tous successivement avec une goutte d'essence de térébenthine, de benzine, ou de pétrole, ou encore avec le bout enflammé ou seulement à l'état de charbon incandescent d'une allumette. On peut en-

Page 1