‹ Les acariens parasitesChapitre 11 sur 18 · C. Setiferus (Mégn · texte numérisé non relu

C. Setiferus (Mégn

Ecaudatus (Mégn.)

Nous ajouterons peu de chose, au point de vue de la description de ces parasites, aux caractères dislinctifs des genres et des espèces que

SARCOPTIDES PSORIQUES

nous venons de donner, forcé que nous sommes à nous restreindre à cause du caractère de Résumé que doit revêtir cet ouvrage. Nous allons

Fig. 30. — Sarcoptes scabiei, femelle.

maintenant parler de leur rôle le plus brièvement possible.

Sarcoptes scabiei (Latr.) 3oet3i). Le Sarcopte scabiei ressemble à une petite tortue microscopique, c'est-à-dire qu'il a un corps orbiculaire, plat en dessous, un peu bémisphérique en dessus,

Mégnin — Acariens parasites 9

130 FAMILLE DES SAHCOPTIDES

à téguments symétriquement striés, la face supérieure et les côtés présentant des sillons qui divisent le corps en cinq segments incomplets; quatre paires de grandes soies et douze paires d'aiguillons à pointe mousse ; le milieu de la face dorsale est recouvert de petites papilles coniques et dures, plus nombreuses chez la femelle que chez le mâle. Le rostre est relativement court, aussi large que long et muni de chaque côté de joues qui doublent les palpes adhérentes dans presque toute leur

Fig. 31. - Sarcoptes scabiei, mâle, étendue. Les pattes,

courtes, sont terminées par une paire de crochets robustes, inégaux, et par un ambulacre à ventouse porté par un pédoncule simple ; un fort crochet existe aussi au coude du 2e article et en dessous.

Les femelles ont de 3 à 5 dixièmes de millimètres de long. Outre une plus grande taille, de près du double, elles se distinguent des mules par leurs 4 pattes postérieures toutes incomplètes termi-

SAHC0PT1DUS PSOR1QUES 10.1

nées par de longues soies, comme nous l'avons déjà dit.

Les mâles ont de 2 à 3 dixièmes de millimètres de long et se distinguent des femelles par leur 4° paire de pattes complète et par la présence de l'organe génital sous l'abdomen ; en dessus il présente aussi des plastrons caractéristiques : un cépkalo-lhoracique, beaucoup plus grand que celui de la femelle, et une paire noto-gastrique, latéraux et symétriques.

Outre les mâles et les femelles, on rencontre dans la même société des nymphes semblables aux femelles mais plus petites, dans l'abdomen desquelles on ne voit pas d'oeufs ; des larves encore plus petites que les nymphes mais n'ayant qu'une paire de pattes postérieures, incomplètes, et terminées par une longue soie ; enfin des œufs ovoïdes, presque aussi grands que les larves, libres au milieu des croûtes ou dans des sillons sous épidermiques et à différents degrés d'incubation.

Le Sarcoptes scabiei présente plusieurs variétés, dont l'une se rencontre sur l'homme et les autres sur les grands mammifères ; elles ne se distinguent guère que par la taille et par une forme un peu plus allongée et des téguments plus colorés chez les grandes variétés.

132 FAMILLE DES SARCOPTIDÉS

En allant des plus petites variétés aux plus grandes, nous avons distingué :

i° Une variété hominis

dont la femelle a omm,3o de long, sur omm,26 de large et le mâle // omm,20 // omm,i6 //

Nous avons rencontré la môme variété chez des petits chiens d'appartement galeux et très fréquemment chez des furets galeux, et récemment par M. Raillet sur un lapin galeux.

2° Une variété ovis, dans la gale du rnuseau du mouton

dont la femelle a omm,3 lij de long, sur omm,3o de large et le mâle // omm,22 // omm,i6 //

3° Une variété hydrochœri sur un cabiai galeux.

dont la femelle a omm,357 de long, sur omm,3o de large et le mâle // om«>,22 // omm,i6 //

4° Une variété caprœ sur une chèvre galeuse

dont la femelle a omm,3/|5 de long, sur omm,3o de large et le mâle // omm,243 // omra,io. II-

5° Une variété vulpis sur les renards galeux

dont la femelle a oram,4o de long, sur omm,3i de large et le mâle // omm.24 // omn>,i8 //

6° Une variété lupi sur les loups galeux

dont la femelle a omra,4° de long, sur omm,28 de large et le mâle // omm)2- /; omm,2i //

SARCOPTIDES PSORIQUES lOÛ

7° Une variété cameli sur les chameaux, la girafe, les lamas et les bubales dont la femelle a 0^,44 de long, sur o'™, 33 de large et le mâle il o™™,^ " omm,i6 II,

8° Une variété equi, sur des chevaux galeux, dont la femelle . a o«"»,48 de long, sur o™°,35 de large et le mâle 11 omm,i7 11 omm,i9 //

90 Une variété suis sur les sangliers galeux

dont la femelle a on>m,5o de long, sur omm,36 de large et le mâle // o™«n,3a // o™"»..29 //

La variété hominis du Sarcoptes scabiei est la plus anciennement connue, mais la détermination exacte de son rôle est relativement récente. Pendant longtemps on a ignoré la nature exclusivement parasitaire de la gale, bien que le Sarcopte ait été connu des médecins arabes dès le xne siècle., et que dès 1620, grâce à l'invention du microscope, des figures plus ou moins grossières du Sarcopte aient été dessinées par Hauptmann, Etmuller etCestoni. Bien que cette notion fût restée à la connaissance des zoologistes, les médecins n'avaient pas vu l'étroite relation qui existe entre le Sarcopte et la gale. En 1812, un pharmacien de l'hôpital Saint-Louis, Galès, attira de nouveau l'attention sur lui en montrant un Acarien qu'il extrayait des pustules de la gale et

£3« . FAMILLE DES SAUCOPTIDKS

qu'il disait être lo Sarcopte vu par les anciens naturalistes, ce que l'on crut pendant quinze ans ; mais Raspail ayant démontré que le prétendu Sarcopte retrouvé par Gales n'était autre que le Tyroglyphe de la farine, l'existence du Sarcopte fut de nouveau mise en doute jusqu'en i834» époque où l'étudiant corse, Renucci, montra le moyen d'extraire le Sarcopte de l'extrémité des sillons. Depuis, tout le monde a pu le trouver, mais son véritable rôle n'a bien été établi que par Ch. Robin (1860), Bourguignon et Delafond faisant encore, en i852, une distinction entre la gale et la psore, etDevergie lui-même regardant le Sarcopte comme un produit et non la cause de la gale.

« Chez l'homme, dit le D1' Mailhelard, le sillon du Sarcopte se rencontre le plus souvent aux mains, dans les espaces interdigités, sur les surfaces latérales des doigts, sur les poignets, sur la verge, le scrotum, chez l'homme, et sur le mamelon chez la femme. Il représente une petite ligne ordinairement courbe et de dimensions variables, dimensions qui peuvent atteindre de 3 millimètres à 3 centimètres, rarement plus ; c'est une traînée indiquant que quelque chose a passé par là, et qui ressemble parfaitement à la lésion qui résulterait d'un trait irrégulier fait

SÀRC0PT1DES PSORIQUES 135

sur l'épiderme avec une pointe d'épingle. Sa couleur est généralement noire chez les personnes malpropres, grises chez celles qui ont l'habitude de se laver souvent les mains. La courbure décrite par le sillon ressemble généralement à un c ou à un s ; il est rarement droit. Le sillon présente deux extrémités, l'une, plus large est ouverte, l'autre plus étroite est fermée et terminée par un point blanc, c'est le Sarcopte, mais c'est une femelle en train de pondre et qui dans son travail de mineur a semé des œufs tout le long du sillon. »

Le sillon est généralement dans le voisinage d'une pustule à la surface de laquelle il passe souvent; pour en extraire l'Acarien. il faut introduire avec précaution une aiguille dans le sillon à quelque distance du point blanc et la pousser lentement jusque sous le Sarcopte qui s'y cramponne et que l'on peut alors porter sur une lame de verre dans une goutte d'alcool que l'on y a déposée d'avance. On fait ensuite une préparation à la glycérine et on peut l'examiner au microscope à un grossissement de 5o à 100 diamètres (pour les détails d'organisation il faut 3oo diamètres).

Les Acariens, que l'on trouve dans les sillons sont toujours des Sarcoptes femelles. Les

136 FAMILLE DES SARCOPTIDÉS

mâles (*) très peu nombreux, ne s'y rencontrent jamais ; ils sont vagabonds, parcourent la surface du corps sans se fixer sur un point et ne creusent pas de sillons ; on ne les trouve que sous les croûtes ou dans les rainures de l'épidémie où ils se réfugient. Les larves et les nymplies sont vagabondes comme les mâles ainsi que les jeunes femelles non fécondées. On a dit que les mâles s'introduisaient dans les sillons pour féconder les femelles, mais c'est une erreur ; ce n'est que quand la femelle est fécondée qu'elle commence à creuser son sillon et alors elle n'a plus aucun rapport avec le mâle : elle est fécondée pour toute son existence, qui se termine quand elle a pondu une cinquantaine d'oeufs.

L'incubation des œufs et le développement des jeunes Sarcoptes est très rapide : en moins de huit jours, la nouvelle génération est apte à la reproduction ; cette multiplication considérable explique la rapide propagation de l'affection psorique dont ces parasites sont la cause, soit sur le même corps humain, soit sur d'autres corps en contact avec celui qui est infecté. C'est par les individus vagabonds, c'est-à-dire par les mâles,

(') Le mâle du Sarcopte Scabiei de l'homme n'a été découvert qu'en 1851 par le Dr Lanquetin.

SARCOr-TIDES PSORIQUES loi

les larves, les nymphes et les jeunes femelles que la contagion s'opère d'un individu à un autre, surtout quand ils sont couchés dans le même lit, ou qu'une personne succède à un individu galeux dans un lit qu'il a contaminé.

Quand la gale a la forme sarcoptique et s'accompagne d'une couche épaisse de croûtes comme dans la gale dite norvégienne, il n'y a plus de sillons visibles et on procède alors, pour la recherche des Sarcoptes comme chez les animaux atteints de gale sarcoptique.

Chez les animaux atteints de gale sarcoptique, cette gale a toujours la forme eczémateuse et, tant à cause de cette forme qu'à cause du revêtement pileux de la peau, il n'y a jamais de sillons visibles. Voici comment on procède pour récolter les sarcoptes qui sont toujours logés profondément, ce qui rend cette récolte toujours assez difficile au début de l'affection, alors qu'ils sont encore rares; plus tard ils abondent à tous les âges et à tous les sexes : il faut gratter les croûtes jusqu'au sang au début et même enlever l'épiderme, puis on étale ces croûtes sur une lame de verre légèrement chauffée afin de donner de la vigueur et de l'agilité aux parasites cachés dans les croûtes, ils s'en dégagent plus facilement et on les voit apparaître plus prompte-

138 FAMILLE DES SÀRCOPTIDES

ment dans les clairières que le hasard a ménager s au milieu des croûtes étalées, ou que l'on a ménagées intentionnellement. Avec un grossissement assez faible (oculaire i et objectif 3 de Nacbet) et à la lumière directe, on voit les Sarcoptes suffisamment agrandis pour qu'on puisse les reconnaître facilement, surtout quand on les voit se mouvoir. Alors, avec un peu d'habileté il est facile de les faire se cramponner h la pointe d'une aiguille et de les transporter sur une lame de verre propre sur laquelle on a déposé au préalable une goutte d'alcool dans laquelle on le baigne complètement; puis on termine la préparation en la recouvrant d'une lamelle munie d'une goutte de glycérine. Alors on peut examiner les Sarcoptes et les étudier complètement avec les objectifs 5 et 6 de Nachet. L'espèce est facile à reconnaître avec les indications et les figures que nous avons données ; les dimensions et les formes plus ou moins allongées font reconnaître la variété.

Bourguignon, qui avec Delafond, avait été le premier à reconnaître l'existence du Sarcoptes Scabiei chez les animaux, mais n'en avait pas distingué les diverses variétés, croyait que la gale sarcoptique était toujours communiquée à l'homme par des animaux galeux, tandis que

S VRGOPTIDES PSOniQUES 10 J

M. Hardy et ses élèves regardent le Sarcoptes scabiei comme d'origine toujours humaine.

La vérité est entre ces deux opinions : il est très vrai que là gale ordinaire de l'homme est causée par une variété de sarcoptes scabiei qui est propre à l'homme, hien qu'on la rencontre quelquefois sur le chien à qui le premier la communique vraisemblablement, ou c'est l'inverse. Mais d'autres variétés du sarcoptes scabiei, peuvent aussi, exceptionnellement, s'acclimater sur l'homme et provoquer le développement d'une gale très différente de sa gale habituelle. C'est ce qu'ont démontré les faits et des expériences.

RobertFauvet, vétérinaire à Rome (l) Grognier, professeur à l'école vétérinaire de Lyon (2), Hurtrel d'Arboval (3), Lavergne, chef de service à l'Ecole vétérinaire de Toulouse (4), Delafond, professeur à Alfort ont rapporté des faits évidents de contagion de la gale sarcoptique du cheval à l'homme et Gerlach a réussi expérimentalement à acclimater les Sarcoptes scabiei, variété equi sur

(1) Hurtrel d'Arboval. Bict. vêt. Paris, iSa/,, art. Gale.

(2) Hurtrel d'Arboval. Dict. vêt. Paris, i82't,art. Gale. (:>) Hurtrel d'Arboval. Dict. vêt, Paris, 1824, art. Gale. (4) Journal des vétérinaires du Midi. Toulouse, i838. (■) Bourguignon et Delafond. Traité delà Psore, Paris.

1*U FAMILLE DES SARCOPTIDÉS

l'homme ('). Les autres variélés des Sarcoptes scabiei, h l'exception de la variété lapi et peutêtre de la variété cameli déterminent des éruptions psoriques sur la peau de l'homme, sur la forme et les caractères desquels on n'a encore que peu de renseignements ; voici les renseignements que l'on possède à cet égard.

Gerlach, dans son ouvrage sur la gale (2) cite plusieurs auteurs, entre autres Gemmeren, Bontekœ, etHeckmeyer, qui ont vu la gale du porc et du sanglier se transmettre à l'homme, mais l'éruption disparaissait spontanément au bout de quelques jours.

En 1867, Delafond rencontra un cas de gale chez un porc du cours d'opérations à l'Ecole d'Alfort, causée par un sarcopte qu'il regarda comme le même que celui de l'homme, mais que nous avons reconnu être la variété suis, à l'examen même des préparations microscopiques que nous tenons de ce maître. Delafond contracta, dit-il, lagaleau contact du porc en question, mais il s'en guérit facilement par quelques frictions locales anti-psoriques.

En 1 863, le même auteur communiquait à la

(1) Gerlach, Krâtze und Randa, Berlin 1807.

(2) Gerlach, loco citato.

SARC0PT1DKS PSORIQUES 1*1

Société de Biologie, en collaboration avec Bourguignon, une note sur la découverte, chez le cbien, d'un sarcopte en tout semblable à celui de l'homme lequel donna à Delafond une gale qui ne différait en rien de la gale humaine ordinaire, dont il guérit avec quelques soins.

En Angleterre, une chèvre d'origine persane, galeuse au point d'être complètement dépouillée et d'avoir la couronne des onglons détachée, communiqua la gale à quinze chevaux avec lesquels elle cohabitait ainsi qu'à deux hommes qui les soignaient (').

Un vétérinaire suisse, Wolbraff, a été témoin d'une gale épizootique qui sévissait sur les chèvres, en i852, dans la vallée de Prattigau, dans le canton des Grisons. Elle affectait d'abord la tête, les oreilles, le nez, les lèvres, puis s'étendait au cou, au tronc, ensuite aux extrémités; elle se communiqua à toutes les autres espèces domestiques et même à l'homme (2).

L'arrivée d'un dromadaire galeux au Jardin des Plantes de Paris, en 1 843, donna à P. Gervais, professeur à cet établissement, l'occasion d'étudier le sarcopte cause de la maladie, qu'il regarda

(!) Le vétërinarian. London, i85i.

(2) Repertorium cler Thierheilkunde. Stuttgard, i853.

142 FAMILLE DES SAHCOl'TIDlîs

comme une espèce différente de celui de l'homme, mais qui n'en était qu'une variété, comme nous nous en sommes assuré depuis. L'affection du dromadaire se transmit à des gardiens de la ménagerie et la gale ainsi contractée présenta, outre 'l'éruption caractéristique, un prurit d'une violence extrême, plus insupportable que celui de la gale ordinaire, prétendaient-ils. Cette affection fut jugée assez grave pour qu'on abattît immédiatement le dromadaire afin d'éviter la contagion Les relations des vétérinaires et des médecins de notre armée d'Afrique, où la gale est assez fréquente chez les dromadaires, sont d'accord pour constater cependant que cette gale se transmet rarement aux hommes.

En 1 855, un directeur de ménagerie, M. Borelli, sa fille et un gardien du nom de Cyprien, contractèrent une gale qui leur fut communiquée par des lions, des hyènes et un ours qui leur étaient arrivés galeux; cinq lions et deux hyènes succombèrent et l'ours guérit spontanément. L'affection fut très grave chez les personnes affectées et il fallut un traitement énergique pour les en débarrasser^ Ce fait concorde avec des expériences qui nous sont propres et qui prouvent que' le

(') Annales des sciences naturelles. Paris, \H!(.\.

SARC0PT1DES PSOR1QUES 1*0

Sarcoptes scabiei variété lupi s'acclimate avec une Irès grande facilité sur des espèces animales d'ordres très différents et amène le développement d'une gale très grave débutant comme la gale ordinaire, mais revêtant bientôt un caractère d'intensité et de gravité telle qu'elle constitue une variété particulière de gale que l'on a nommée gale norvégienne.

C'est aussi ce qui arrive quand le Sarcoptes scabiei variété equi trouve cbez l'bomme un terrain bien préparé, ainsi que le prouve un fait récent (mai 1892) dont nous avons été témoin à l'hôpital Saint-Louis.

Le 14 mai 1892, M. le Docteur E. Besnier nous faisait appeler pour voir un malade entré depuis deux jours dans son service, et affecté d'une maladie de peau extraordinaire, dans les croûtes de laquelle on avait trouvé des sarcoptes, et pour voir si celte espèce parasite ne se rapportait pas à quelque espèce ou variété appartenant aux animaux. Après l'examen du malade et la récolte de sarcoptes avec lesquels nous fîmes une préparation pour l'étude, voici la note que nous rédigeâmes pour M. E. Besnier :

« A la vue du cas de gale réellement extraordinaire de l'homme couché au n° i3 de la salle Alibert, j'ai été frappé de la physionomie de cette

144 FAMILLE DES SARCOPTIDES

affection si complètement semblable à la gale sarcoptique du cheval, ou des grands ruminants bubale, lama, ou girafe, que j'ai été à même d'observer soit au Muséum, soit à la ménagerie Bidel ; les parties pileuses, sourcils, barbe, cheveux, présentaient des croules en placards épais de près d'un centimètre sur certains points, présentant une analogie complète avec les croûtes de la gale des animaux en question, datant de trois ou quatre mois. — On sait que la gale ordinaire de l'homme ne gagne jamais la tête. — Et toutes les parties nues du tégument étaient couvertes de papules rouges du volume d'un grain de millet et se touchant, se qui faisait que la peau du malade était rouge comme celle du homard et comme chagrinée dans toute son étendue.

« J'ai trouvé sous ces croûtes et dans leur épaisseur, de nombreux sarcoptes des deux sexes, avec leurs nymphes, leurs larves et leurs œufs, très abondants dans certains points et divagant comme dans la gale des animaux.

« Ces sarcoptes appartiennent à une variété de Sarcoptes Scabiei beaucoup plus grande que la variété ordinaire de la gale humaine, la femelle mesure près d'un demi-millimètre de long et le mâle omm, 28 ; de plus le tégument présente à la

SARCOPTIDES PSOR1QUES 145

face inférieure du corps près des commissures de l'oviscapte, chez, la femelle, des taches fauves circulaires groupées par trois qui n'existent pas chez le sarcopte de l'homme et que l'on rencontre presqu'exclusivement chez le sarcopte du cheval ; de plus, les plastrons grenus céphalo-lhoraciques et noto-gastriques,sont roux et apparents comme dans cette dernière variété. En un mot je conclus que le malade offre un exemple remarquahle d'acclimatation, sur son tégument, du Sarcoptes Scabiei variété equi, ce qui explique la forme insolite de son affection psorique.

« L'homme qui la présente est un conducteur de chevaux de halage faisant un service le long de l'Oise. Les chevaux sur lesquels il montait souvent, étaient, nous a-t-il dit après avoir été questionné sur ce point, affectés, de démangeaisons continuelles qui les invitaient à se gratter très fréquemment avec leur collier. Son contact avec ses chevaux pendant des journées entières a été la cause du développement de son affection.

Sarcoptes minor (Furst.) (fig. 3a) Ce sarcopte, peut être appelé le Sarcopte des Rongeurs et si on le trouve aussi acclimaté sur le chat et le coati, c'est que certainement les premiers l'ont communiqué aux seconds.

Ce Sarcopte diffère du Sarcoptes Scabiei par

Mrgnin — Acariens parasitos 10

FAMILLE DES SARC0PT1 DJCS

une plus petite taille, par un corps plus rond non segmenté, par un anus dorsal au lieu d'être marginal et par l'absence de papilles aiguës remplacées par des lignes ondulées concentriques ayant l'anus pour centre. Rostre et membres semblables. Mêmes proportions relatives entre la femelle pondeuse, le mâle, la nymphe, la larve et l'œuf.

Le Sarcopte minor, tout en étant psorique, c'est-à-dire à salive venimeuse comme le précédent et déterminant aussi le développement d'une gale eczémateuse chez les animaux sur lesquels il pullule, a des mœurs un peu différentes ; la femelle ne creuse pas de sillons ou galeries sous épidermiques, mais elle se creuse une sorte de nid ou loge circulaire sous l'épiderme, où elle reste tapie immobile, pondant ses œufs et y déposant ses déjections {firj. 32). Au début de l'affection chaque loge qui contient une femelle de Sarcoptes minor apparaît comme un tout petit bouton bien rond,hémisphériqueetdur; on les voit bien surtout au pourtour du pavillon de l'oreille des surmulots chez lesquels elle est fréquente, et, au moment où elle débute, ces boutons s'enlèvent facilement avec la pointe d'un scalpel qui soulève à la fois contenant et contenu dont on fait facilement une préparation micros-

SAUCOPTIDES PSORIQUES 14?

copique; à 100 diamètres on voit alors sous la pellicule enlevée et imbibée de glycérine alcoolisée, le Sarcopte miuor femelle entouré d'un groupe 'd'oeufs à des degrés divers d'incu-

Fitj. 32. — Sarcoptes minor, femelle sur son nid.

bation et de nombreux fèces sous forme de petits cvlindres très courts et bruns.

Quand la gale que cause ce Sarcopte est avancée, les boutons initiaux ne sont plus distincts; la surface malade est dépilée et couverte d'une couebe de croûtes plus ou moins épaisses; les

148 FAMILLE DES SAHCOPTIDÉS

oreilles sonL recoque vil lées et complète ni déformées chez le chat et chez le rat.

Le Sarcoptes minor présente deux variétés distinctes surtout par leur taille relative.

i°Le Sarcoptes minor variété gliricole ou des Rongeurs

dont la femelle a omm,3o de long, sur omm,i\ de large et le mâle // om,n,i8 // o'nm,i5 //

vit sur les rats et les souris chez lesquels elle affectionne la conque auriculaire et s'étend rarement aux autres régions, et sur le lapin dont elle envahit tout le tronc en débutant généralement par le museau.

2° Le Sarcoptes minor variété cati

dont la femelle a oram,i6 de long, sur omm,i3 de large et le mâle // omm,i2 // omm,og //

vit sur le chat en envahissant ordinairement la tète et les oreilles qu'elle dépouille entièrement avant de s'étendre au reste du corps.

M. G. Colin l'a rencontré aussi sur le coati.

Cet Acarien détermine des prurigos sur le cheval et sur les personnes en contact avec les chats galeux, mais ne s'acclimate pas définitivement sur d'autres êtres que sur les rondeurs et les petits carnassiers chats et coatis.

Beaucoup d'observateurs ont pourtant pris ces

SARCOPTIDES PSORIQUES 1*»

éruptions de prurigos, pour de la vraie gale, communiquée, par exemple, par le chat : Ainsi Hertwig en i834 a rapporté le fait d'une gale générale communiquée à une servante qui faisait coucher un chat galeux dans son lit pour se chauffer les pieds. Dans la même année, un autre auteur allemand racontait le fait d'une jeune fille qui avait contracté une éruption à la poitrine pour y avoir fait reposer un chat galeux. Redemacher a vu la gale du chat se transmettre à une vache sur laquelle un chat galeux avait l'habitude de se coucher, puis à une servante qui soignait la vache, et enfin à toute la famille du propriétaire de l'animal.

Gerlach, professeur vétérinaire à Hanovre, voulant se rendre compte de la réalité de ces assertions, institua des expériences pour les vérifier: il inocula, à quelques-uns de ses élèves avec des sarcoptes du chat. Cette inoculation fut suivie de démangeaisons et d'une éruption qui s'éteignit spontanément chez un élève au bout de quinze jours, chez un autre au bout de dix jours et chez un troisième au bout de trois semaines.

Ainsi donc, d'après les expériences de Gerlach, le Sarcopte Minor ne s'acclimate pas définitivement sur l'homme et n'y pullule pas.

C'est ce qu'une observation récente a aussi dé-

ISO

FAMILLE DES SAnCOPTIDES

montré à M. le Professeur Quinquaud, médecin de l'hôpital Saint-Louis : Appelé à donner ses soins à une jeune fille qui avait depuis plusieurs mois un prurigo de forme insolite et très tenace surles bras, etétonné de la persistanced'une affection, ordinairement bénigne, qui résistait à tous les soins, il eut l'idée de demander si la jeune personne n'avait pas été en contact avec des animaux, il lui fut répondu qu'elle avait un chat qu'elle affectionnait beaucoup et qu'elle portait souvent dans ses bras; le chat examiné fut reconnu galeux, on s'en débarrassa immédiatement et le prurigo de la jeune fille disparut au bout de quelques jours avec quelques soins.

Nous avons aussi des raisons de croire que, sur les grands herbivores, le Sarcoptes mxnor ne s'ac- . climate pas plus que sur l'homme : nous avons vu un cheval sur le dos duquel un chat galeux se couchait fréquemment devenir aussi la proie de violentes démangeaisons qui cessèrent facilement quand une fois on eût sacrifié le chat.

Sarcoptes mutans (Rob.) (firj. 33) C'est l'Acarien psorique des oiseaux. Il est bien commun chez les oiseaux de basse-cour, sous les écailles de leurs pattes sous lesquelles il s'abrite, et il y détermine une gale qui soulève ces écailles et produit des accumulations de croûtes rendant ces membres tout

SARCOPTIDES PSORIQUES

dilïormes et comme couverts de couches de plâtre (fig. 34). Cette gale se répand quelquefois sur les

Flf/. 33. — Sarcoptes mutant, — A femelle face supérieure. H ia nièmn faee inférieure. — G le inàle. — D une larve liexapodo, — E rostre — mm mundibuleB. — pp palpes. — JJ joues. — E une patte antérieure du mâle. — F une patte antérieure de la femelle.

parties nues de latôte, sur la crête, où l'oiseau se l'inocule lui-môme en s'y grattant avec ses pattes.

On a voulu faire de ce Sarcopte le type d'un genre spécial sous le nom de Dermatoryctes mulans Ehlers, ou de Knemidoko'ptes vivïparus

152 FAMILLE DES SARCOPTIDKS

Furstenberg. Le premier de ces noms pourrait à

Fig. 34. — A patte de poule saine. — B patte de poule affectée de gale causée par le sarcoptes mutans.

. SA.RCOPTIDES PSORIQUES 153

la rigueur être adopté, car cet Acarien présente des différences anatomiques dans le squelette qui justifient cette création; mais le deuxième nom ne peut être admis car il indiquerait un parasite spécial aux jambes, et, comme nous le disons ci-dessus, il vit tout aussi bien sur les parties nues de la tête.

Ce sarcopte est remarquable par les différences que présente la femelle avec le mâle et les autres individus plus jeunes.

Ces derniers sont beaucoup plus petits et ont toutes leurs pattes complètes, tandis que la femelle est énorme, sphérique, complètement immobile et enchatonnée dans les tissus rendus malades par sa présence et sans doute aussi par ses sécrétions. Devenue ainsi immobile lorsqu'elle est arrivée à la dernière phase de son existence, la femelle perd ses ambulacres à ventouses et ses pattes sont réduites à l'état de moignons composés de 5 articles très courts dont le terminal est armé de deux petits crochets ; ces changements sont l'origine du nom de l'espèce. Cette femelle a toujours le corps gonflé et distendu par 5 ou 6 œufs ou par des larves car cette espèce est vivipare.

La femelle en question a à peu près un demimillimètre de diamètre; le mâle a omm,25 de

1J* FAMILLE DES SARCOPTIDES

long sur o""", i5 de large et la larve, un peu plus petite que le mâle, ne s'en distingue guère que par l'absence de la 4e paire de pattes et des organes génitaux. Le mâle et la larve sont très agiles, contrairement à la femelle qui est impotente {fig. 33 C, D).

Sarcoptes mutans, variété levis. (fig. 35) Sur le corps des volailles et des oiseaux de parquets, comme les Fasianidés, se rencontre un Acarien qui anatomiquement ne se distingue pas du précédent. Seulement ses téguments sont lisses, régulièrement striés au milieu de la face dorsale comme chez le mâle et les nymphes de la variété type, et ne présentent pas, comme chez la femelle ovjgère de la variété précédente, dans cette région, de tubercules plats, irréguliers, qui interrompent les lignes de stries, et qu'elle n'acquière qu'une fois enchatonnée au milieu des croûtes où elle reste immobile, — de là le nom de levis qui veut dire lisse, donnée à la seconde variété.

Le mâle et les larves de cette variété ne se distinguent pas de ceux de la variété type, seulement la femelle a les pattes postérieures armées de longues soies. Elle est aussi plus agile, bien qu'on la trouve ordinairement cantonnée à la base des plumes du tronc où elle détermine une

SARC0PT1DES PSORIQUES

affection psorique caractérisée par la formation de croûtes et par une vive démangeaison.

Les gales que causent le Sarcoptes mutans et

FUj. 35. — Sarcoptes mutans, variété levis.

le Sarcoptes levis se traitent par les solutions ou pommades sulfureuses comme les gales causées par les précédents sarcoptes, Elles ne sont transmissibles qu'entre oiseaux.

FAMILLE DES SARCOPTIDES

Genre Psoroptes. — Le genre Psoroptes a été créé par Paul Gervais en 1841 pour i'Àcarien psorique du cheval le plus anciennement connu, après que ce savant eut constaté que des différences caractéristiques le séparaient des Sarcoptes avec lesquels on l'avait jusqu'alors confondu. Plus tard, Gerlach nomma le môme Acarien Dermatodecie, nom qu'adopta Delafbnd, malgré le droit de priorité qu'avait le premier nom, et F urstenberg créa, sans plus de nécessité, pour le même parasite, un troisième nom, celui de Dermatokopte. Ch. Robin répara ces fautes en rendant à cet animalcule son premier nom de Psoroptes.

Ce genre n'a qu'une seule espèce dont les caractères spécifiques sont en même temps, patconséquent, des caractères génériques. Celte es pèce, qui s'est d'abord appelée Psoroptes equi a été nommé avec juste raison Psoroptes communis, parce qu'elle vit non-seulemnnt sur le cheval, mais encore sur le mouton, sur le bœuf et sur le lapin.

Psoroptes communis (fig. 36). Cet Acarien est le plus grand des Acariens psoriques, il atteint près d'un millimètre de longueur sans les pattes :. il a le corps sub-rectangulaire, et un rostre bien allongé, très saillant, armé d'une paire de mandi-

SAUCOPTIDES PSOR1QUES

10ft FAMILLE DES SARCOPTIDÉS

bules en pince dont chaque mors est un stylet barbelé; les pattes sont très épaisses, surtout les antérieures qui sont grandes, terminées par un fort crochet à la base duquel est articulé un ambulacre à ventouse pédonculée en forme de pavillon de trompette et dont le pédoncule est triarticulé. Les pattes postérieures sont droites, grêles, sans crochets, très inégales, la quatrième paire plus petite, rudimentaire chez le mâle, complète seulement chez la femelle ovigère qni a la troisième paire sans ventouse, terminée par deux longues soies. Le mâle se distingue déplus de la femelle par son extrémité postérieure qui est bi-lobée, chaque lobe portant quatre soies, et par la présence d'une paire de ventouses copulatrices et des organes génitaux.

Cet Acarien cause chez le cheval la gale du fond de la crinière que l'on connaît vulgairement sous le nom de roux-vieux et qui se répand sur le corps en forme de larges plaques herpétiques couvertes de croûtes grossières. Chez le bœuf, le buffle et le mouton, la même espèce parasite détermine une gale qui débute au milieu du dos ou au garrot et marche aussi de haut en bas par larges plaques bien délimitées qui s'agrandissent progressivement.

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SARCOPTIDES PSORIQUES loi)

Chez le lapin c'est dans l'intérieur de la conque auriculaire qu'il établit ses colonies lesquelles quelquefois restent en quelque sorte extérieures; d'autres fois amènent la destruction du tympan, et une otite interne mortelle.

La gale causée par le Psoropte n'est pas transmissible à l'homme.

Chorioptes ouSymbiotes. — Ce genre est voisin du genre Psoroptes ; il s'en distingue en ce que les Acariens qui le composent sont plus petits de près de moitié, ont le rostre beaucoup moins saillant se rapprochant de celui des Sarcoptes, et qu'ils ont les pattes plus grêles, terminées aussi par un crochet, mais dont l'ambulacre est constitué par une large ventouse en cloche portée par un pédoncule très court et simple.

Le genre renferme trois espèces : Le C. ou S. spathiferus (Mégnin) le S. seliferus (Mégnin) et le S. ecaudatus (Mégnin).

Le Symbiotes spathiferus (Mégnin) (fig. '.)-) se rencontre en parasite chez le cheval, chez le bœuf, chez la chèvre et chez le mouflon, chez lesquels il détermine une gale qui débute toujours par les extrémités inférieures et marche d'arrière en avant et de bas en haut.

Ce Symbiotc se dislingue des autres espèces en ce que le corps du mâle se termine postérieu-

FAMILLE DES SARCOPTIDES

rement par'deux lobes abdominaux coupés car-

Fig. 37. — Symbioles spathiferus.

rément et portant quatre longues soies dont deux

SARC0PT1DES PSORIQUES

rondes et deux élargies en forme de spathe et se recouvrant.

Le Symbiotes seti férus (Mégnin) se distingue du précédent en ce que les lobes abdominaux du mâle sont arrondis au lieu d'être carrés et portent trois grandes soies rondes. Il vit en parasite sur le renard et sur la hyène sur lesquels il détermine une gale spéciale qu| marche aussi de bas en haut et d'arrière en avant.

Le Symbiotes ecaudatus (Mégnin) (fig. 38) se distingue des précédents en ce que le mâle est dépourvu de lobes abdominaux saillants qui caractérisent les précédents : le bord postérieur de son corps est arrondi, échancré au milieu et chacune des éminences latérales simulant des fesses porte un groupe de trois longues soies, la médiane la plus longue.

Cet acarien fait sou habitat du conduit auditif du chien, du chat et du furet. Chez les deux premiers de ces animaux il cause par sa présence et ses titillations une irritation et une exacerbation nerveuse qui se traduit par des accès de fureur ou de véritables symptômes épileptiques ; nous avons décrit une maladie contagieuse qu'il provoque chez les chiens courants réunis à plusieurs dans un chenil, affection

M lin N IN

— Acariens parasites

11)2 FAMILLE DES SARCQPTIDÉs

que nous avons nommée : Epilepsie contagieuse des chiens de meule.

Les affections causées par les Symbiotes, pas

Fig. 38. Symbiotes ecaudalus.

plus que celles causées par les Psoroptes, 06 sont Iransmissibles à l'homme.

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