LES ASSURANCES PRIVÉES ET LES OUVRIERS
L'Enquête parlementaire de 1884 jette une lumière absolument vive sur les sentiments qui animent les salariés les plus intelligents à Tégard de l'assurance ouvrière.
Sur la question qui lui est posée par M. le député Brugnot, M. Delmas, président du syndicat des ouvriers charpentiers : « C'est encore un vol manifeste. Pour avoir des rentes avec les Compagnies d'assurances, il faut être tué Si le gouvernement venait nous dire : vous aurez tant par accident, nous compterions sur sa promesse et je donnerais volontiers deux sous par jour. Mais les donner a des hommes qui m'exploitent, qui me volent. Non. » Il ajoute que la retenue obligatoire no lui parait pas porter atteinte à la liberté de l'ouvrier (p. 11).
M, Boulé, président de la Chambre syndicale des tailleurs de pierre : « Nous demandons qu'à l'avenir il y ait une loi qui oblige les patrons à faire la même retenue, mais que les patrons, au lieu de verser ces retenues a la Caisse d'assurances, les versent à la Caisse syndicale ». Comme justification des abus commis par l'assureur, il cite l'exemple d'une Compagnie offrant en échange d'une retenue quotidienne de 2 ^^/^ un capital de 1,000 fr. à une veuve et à ses deux enfants (p. 17).
« Malheureusement, dépose la Société coopérative des ouvriers puisatiers et terrassiers, quand nous sommes blessés, les patrons ne veulent pas le reconnaître, il faut plaider » (p. 51).
Les mêmes difficultés sont signalées par le syndicat des ouvriers couvreurs, plombiers, zingueurs et gaziers (p. 54\
— Z). Que pensez-vous de l'établissement d'une Caisse Natio- Dr. fr. 16 B.
nale qui, sans poursuite, sans procès, payerait une indemnité déterminée aux ouvriers victimes des accidents?
— /?. Ce serait la plus belle fondation qu'on pourrait faire.
Cependant, le syndicat se déclare partisan de la liberté du versement de la cotisation.
Pour le syndicat des entrepreneurs de démolitions « il n'est pas toujours facile d'arriver à Tamiable; la Compagnie fait le procès sous le nom des patrons )>.
Le syndicat des scieurs de long (p. 252) proteste contre les trafiquants de chair humaine... « tout le corps est détaillé, coté et tarifé au juste prix! » En acquittant une prime de 50 à 60 centimes par semaine pour trois ou quatre jours de travail, il a droit à 2 fr. 50 par journée de maladie et à une indemnité, une fois aliénée, de 1,000 fr.
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