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I. Accidents imputables à l'hydrogène arsénié

L'hydrogène arsénié est un gaz incolore à odeur alliacée très pénétrante. Il se développe par l’action d’un acide sur des métaux contenant de l’arsenic. La chaleur décompose l'hydrogène arsénié avec production d’un précipité métallique. Ainsi, si on fait passer le gaz par un tube en verre chauffé, 1l se dépose en arrière de l’endroit chauffé un miroir métallique d’arsenic. C’est le principe sur lequel est construit l’appareil de Marsh, appareil très sensible, permettant de déceler les moindres traces d’arsenic.

Les premiers accidents connus dûs à l’hydrogène arséniée se sont produits dans les laboratoires de chimie ou de pharmacie, là, où on fabrique ce gaz pour des recherches scientifiques.

Dans l’industrie, des accidents se sont manifestés au cours de la fabrication d'hydrogène par action de l'acide sulfurique ou chlorhydrique sur le zinc. Le zinc contient presque toujours des traces d’arsenic et, dans la plupart des cas, ce fut le contact d’un de ces acides avec le zinc impur qui produisit le gaz toxique et provoqua les accidents. Geigy cite, à côté de 16 cas survenus dans des laboratoires de chimie, 22 observations d’accidents survenus dans l’industrie, soit métallurgie, soit industrie des colorants.

Nous avons l’occasion de rapporter un cas récent observé en industrie métallurgique. Cette observation est intéressante en ce qu’elle montre l'importance et l'intérêt d’une expertise minutieuse dans tout accident permettant d’attribuer la mort à l'inspiration de gaz nocifs.

Observation N° X. — (Autopsie, recherche au laboratoire de l’agent toxique. Cette observation a été publiée dans les Annales de Médecine Légale, décembre 1927, page 65.)

L... Ch..., Âgé de 26 ans. Une citerne en tôle contenant de l'acide sulfurique avait été vidée, pour en enlever un dépôt de boue de quarante

ne Me

à cinquante centimètres d'épaisseur. Les trois clapets de ce réservoir ont été ouverts le 17 février 1927 à 16 h. 30. Dans l’après-midi du 18 février, l’ouvrier R... sous la surveillance du chef d'équipe P... a procédé à l'enlèvement des boues de quatorze heures à seize heures trente. Il avait été muni d’une ceinture de sauvetage dont l’ouvrier L... maintenait la corde. Après avoir travaillé quelques minutes à l’intérieur, il revenait se reposer à l’air pur. L’enlèvement des boues terminé, R... reprit son travail habituel. A seize heures quarante-cinq, L... accepta de rincer le réservoir. Pendant ce travail, le chef d'équipe tenait la corde de la ceinture de sauvetage. Le rinçage a été terminé à dix-sept heures cinquante. L... est sorti cinq fois prendre l’air. Il a eu ensuite l’autorisation de rentrer chez lui, mais, ne se sentant nullement indisposé, il reprit son travail habituel. Ce n’est qu’à dix-huit heures qu’il commença à se plaindre. Malgré les recommandations de ses chefs, il ne voulut pas aller à l’hôpital et quitta l’usine à vingt-deux heures. Le lendemain dans l'après-midi, vingt heures après le séjour dans la citerne, L... est amené à l'hôpital. Il n’a pas été observé d’autres symptômes qu'un æœdème aigu du poumon. La mort est survenue dans la matinée du 20 février, soit quarante-huit heures après le nettoyage de la citerne, L’ouvrier R... ayant été employé au même travail que L... a présenté des troubles gastro-intestinaux et des symptômes de bronchite. L’autopsie de L... fut pratiquée seulement quatre jours après le décès et un envoi fut adressé à notre maître, le Professeur Chavigny : du sang du cœur, un morceau de foie, de reins et de poumon. Il n’était constaté aucune lésion macroscopique en dehors d’un œdème et une congestion pulmonaire. Une lettre accompagnant l’envoi notifiait qu’une recherche avait révélé, dans les boues de la citerne, où était survenu l’accident, des traces d’arsénic. (Proportion de un gramme pour mille)

Une longue et minutieuse recherche toxicologique fut faite par le Professeur Laborde et voici les parties essentielles du rapport de l’expertise :

«Il est possible, probable même, que les boues contenaient des matières organiques et des parcelles de métaux et ont réagi sur l'acide sulfurique arsénical pour provoquer la formation d'hydrogène arsénié ou arséniure d'hydrogène. Mais aucune vérification expérimentale n’a été possible : les boues, en effet, n’ont pas été conservées et d’autre part, aucun prélèvement d’air n'a été opéré dans la citerne, aux fins d'analyse. »

Ce gaz (l'hydrogène arsénié) est donc un poison très énergique ; mais, de même que pour la plupart des poisons, il y a des différences individuelles en ce qui concerne la sensibilité de l'organisme, et le fait qu'un autre ouvrier, ayant exécuté le même travail que l’ouvrier décédé, n’a été affecté que de légers troubles digestifs et pulmonaires, ne suffit pas à écarter l'hypothèse d'un empoisonnement mortel par l'hydrogène arsénié.

Mais on pouvait aussi envisager que l’ouvrier eût trouvé la mort à la suite de l’absorption d’un poison autre que l'hydrogène arsénié.

Dès lors, une recherche méthodique s’imposait (suit l'exposé de la marche de la recherche. Les substances ont été réparties en trois parts égales. La recherche des hydro-carbures effectuée sur la première part aboutit à des résultats négatifs. Le seconde partie fut distillée pour la recherche des poisons volatils, recherche qui donna un résultat négatif

également. Sur le résidu de la distillation fut pratiquée la recherche des poisons minéraux à l’aide d’un appareil de Marsh).

« Dans cette expérience, un anneau s’est formé à un centimètre environ de la partie chauffée du tube abducteur. Cet anneau chauffé légèrement et traité par un courant d'hydrogène sulfuré s’est transformé en une substance jaune (sulfure d’arsenic). Traité par de l’acide azotique, l’anneau a disparu et a donné une solution dont il a été fait deux parts : l’une a été évaporée à sec ; le résidu à été additionné de réactifs Bougant (hypophosphite de sodium et acide chorhydrique) et chauffé au bain-marie dans un tube à essai ; après deux heures et demie de chauffe, une coloration brune a apparu et il s’est formé un précipité brun noir. C’est de l’arsenic.

«L'autre partie de la solution azotique a été évaporée avec précaution. Le résidu de l’évaporation a été additionné d’une petite quantité d’ammoniaque et évaporé à nouveau ; l'addition à ce dernier d’une goutte d’une solution d’azotate d'argent à fait apparaître une coloration rouge brique ; c’est de l’arséniate d'argent.

Toutes ces réactions apportent la preuve que l’anneau formé dans l'appareil de Marsh est bien de l’arsenic.

Le dosage de l’arsenic n’a pas été effectué, mais, d’après le volume du précipité de sulfure d’arsenic, d’après la couleur et l’épaisseur de l’anneau obtenu, d’après aussi la faible quantité de viscères qui m'aveit été remise, il est permis d’affirmer que la quantité d’arsenic existant dans le sang et dans les viscères est, bien que faible, de beaucoup supérieure à la quantité d’arsenic normale.

Les matières examinées renferment donc de l’arsenic.

Des essais faits séparément sur le sang et les viscères m'ont permis de constater que tout l’arsenic se trouve localisé dans le foie. Les reins, les poumons et le sang n’en contenaient point ou n’en contenaient que de faibles traces.

Quelle est l’origine de cet arsenic?

Il peut provenir de médicaments arsénicaux ou arsénifères ; bien qu'on ne possède à cet égard aucun renseignement, cette hypothèse est plausible.

Mais il est possible que cet arsenic provienne de l’inhalation du gaz hydrogène arsénié. En effet, dans l’organisme, ce gaz se transforme en acide arsénieux, et ainsi quelques bulles gazeuses inspirées peuvent provoquer la mort d’un adulte: par suite, la quantité de l’arsenic trouvée en pareil cas ne saurait être que faible et très faible.

Le dosage de l’arsenic ne peut donc, à lui seul, permettre de se prononcer.en toute certitude sur l’origine de l’arsenic trouvé dans les viscères, ni de conclure à une intoxication mortelle par l’hydrogène arsénié.

Mais, à défaut de preuves d’ordre chimique, l'étude de l’action de l'hydrogène arsénié sur le sang était susceptible de donner des indications.

Dans cette action, trois faits importants sont à retenir :

10 L'hydrogène arsénié transforme l'hémoglobine du sang en

méthémoglobine.

29 L’hydrogène arsénié inspiré diminue notablement le nombre

des globules rouges.

EN

3° Le sang est hémolysé, c’est-à-dire que l’hémoglobine du sang

est libérée et passe en dissolution dans le sérum sanguin.

L'état de putréfaction du sang ne m'a pas permis de vérifier s’il y a eu hémolyse.

Par contre, en examinant le sang au spectroscope, j'ai constaté la présence de la méthémoglobine.

Et, d'autre part, la numération des globules rouges accuse à peine trois millions de ces globules par millimètre cube de sang, alors que le sang normal en renferme cinq millions par millimètre cube.

D'après ces observations, il semblerait que de l'hydrogène arsénié a été inhalé par l’ouvrier décédé, et que le décès a été provoqué par l’absorption de ce gaz. »

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