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II. Action physiologique de l'hydrogène arsénié

Dans l'observation que nous venons de rapporter se trouvent mentionnés les effets principaux de l'hydrogène arsénié sur l'organisme. L’action principale de ce gaz se porte, comme nous le voyons, sur le sang.

Virchow signale le premier, en 1847, la transformation de l’hémoglobine en pigments biliaires dans le sang. De ce phénomène ‘on a tiré des conclusions importantes pour la possibilité de l'existence de l’ictère hématogène. On crut avoir trouvé la preuve que l’hémoglobine, devenue libre par destruction des globules rouges, pouvait se transformer en bilirubine dans le sang circulant. L’expérimentation de nombreux auteurs sur les animaux était dirigée par cet ordre d'idées. On observa les phénomènes analogues aussi bien chez les animaux intoxiqués intentionnellement, que chez l'homme victime accidentelle du gaz. Les modifications sanguines observées sont les suivantes :

Destruction des globules rouges et dissémination du pigment sanguin dans la circulation. Dans des cas graves d'intoxication chez l’homme même on a vu tomber le nombre des globules rouges jusqu’au-dessous de deux millions.

L'hémoglobine libérée colore le sérum sanguin et se distribue aux tissus.

C'est dans le foie qu’il se produit une transformation intense d’hémoglobine en pigments biliaires.

La bile devenant très épaisse, son écoulement par les voies biliaires est difficile, et il se produit de la retention et:de.l'ictère.

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Les pigments sanguins et biliaires circulant dans le sang arrivent au rein où, par élimination, ils passent dans les urines, Ce qui provoque une hématurie. et de la biliurie. Ils peuvent aussi produire des infarctus canaliculaires dans les reins et aboutir à une retention d’urines avec des symptômes d'insuffisance rénale : oedèmes, convulsions, urémie.

Au spectroscope, on peut constater dans le sang la présence de méthémoglobine. Ces constatations physiopathologiques sont très intéressantes pour la conpréhension des symptômes de l’intoxication par l'hydrogène arsénié.

III. Symptômes et diagnostic de l’intoxication par l'hydrogène aysénié.

L'intoxication par l'hydrogène arsénié ne se manifeste pas par des symptômes immédiats, L’odeur alliacée du gaz n'est le plus souvent pas perçue. Ce n’est qu'après une période de latence qui peut durer de une heure à six heures, que les accidents débutent.

L’indisposition commence par des nausées et une sensation de fatigue souvent accompagnée de céphalées violentes. L'état du malade s'aggrave progressivement. Il est pris de vertiges et de frissons, l’asthénie devient grave; des vomissements violents surviennent contenant des aliments, de la bile et quelquefois du sang. L’oedème pulmonaire a été fortement prononcé dans notre cas, au point d’être le principal symptôme. Il peut ne pas être aussi prononcé ou même manquer.

Bientôt, le signe le plus caractéristique de l'affection fait apparition ; c’est la coloration rouge des urines. Dans deux observations de Geigy, ce symptôme fut noté avant tous les autres. Il paraît donc que l’hémoglobinurie est très précoce. Dans les cas où on ne s'aperçoit de ce symptôme qu'après quelques jours, il est permis de penser qu'il existait bien plus tôt, mais qu'il n’a pas frappé particulièrement les observateurs non avertis. Dans le cas que nous rapportons, le médecin traitant interrogé par nous, nous a dit ne pas l’avoir observé. Il se peut qu'il n’ait pas existé, étant donné que le sujet atteint n’a guère eu une longue survie après

l’accident. L’hémoglobinurie traduit la destruction globulaire par l’action du poison.

Une autre manifestation de cette désagrégation globulaire est l’ictère. Les conjonctives et la peau se colorent d’une teinte qui peut varier du jaune brun au brun cuivré.

Les symtômes peuvent rester à ce stade pendant un temps plus ou moins long.

Dans les cas favorables, la coloration des urines s’atténue et devient normale. Il en est de même de la coloration de la peau. Un aspect cachectique et anémique et une certaine asthénie peuvent subsister pendant longtemps.

Dans les cas graves, l’asthénie et l’apathie-augmentent ; les urines deviennent rares ; des oedèmes, des convulsions et du délire ont été notés ; la respiration se ralentit et la mort survient. Cette évolution prend un temps plus ou moins long. Geigy a noté dans les trente-sept cas qu’il a publiés une moyenne de neuf jours. Dans les cas graves toutefois, la mort peut survenir dès le deuxième jour. Dans les cas qui traînent, une maladie ayant duré trente jours peut encore se terminer par la mort.

Nous voyons ainsi que l'aspect clinique de l’intoxication par l'hydrogène arsénié est très caractéristique et nous serions presque tentés de dire qu’il suffit de connaître l'affectation pour la reconnaître. Pour le diagnostic, l’étiologie est d’une grande importance. Mais par suite de la période latente du début prolongée et de la formation insidieuse de l’hydrogène arsénié dans les conditions très variables de l’industrie, cette étiologie est souvent déniée par le médecin non averti. Les plus graves conséquences peuvent s’en suivre pour le traitement.

CHAPITTE IV.

Prophylaxie.

Toute l'étude précédente montre le gros danger qu’offrent les gaz nocifs dans l’industrie, danger toujours croissant. Les- efforts unis des administrations industrielles et des chercheurs scientifiques se sont orientés vers la lutte contre l’oxyde de carbone. La fréquence encore grande des accidents dus à ce gaz et l’association d’autres gaz dangereux doivent tenir en éveil constant les industriels aussi bien que les médecins. Nous devons étudier de très près et faire étudier les cas nouveaux qui se produisent, nous rendre compte des conditions dans lesquelles ils se sont présentés, et des causes auxquelles ils sont imputables. Dans ces conditions, une lutte utile pourra être menée contre les gaz nocifs. Le but de ce travail réside dans ces considérations et nous ne pouvons nous passer d’une étude prophylactique. Nous envisagerons successivement :

les procédés préventifs généraux ; les appareils de protection spéciaux.

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