‹ Les AccidentsChapitre 2 sur 20 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Les effets nocifs que produit l’inhalation de certains gaz sont de connaissance très ancienne. Galien avait parfaitement reconnu le danger que présentent les vapeurs dégagées des foyers incandescents ; Lucrèce écrivait (li. VI) :

Carbonum gravis vis atque oder insinuatur ........

En 1842, F. Leblanc, par une série d'expériences minutieusement conduites, prouve la toxicité de l’oxyde de carbone. Il caractérise ainsi le facteur essentiel des accidents dus aux «vapeurs du charbon». Après lui, CL Bernard fait connaître la combinaison que forme l’oxyde de carbone avec l’hémoglobine du sang, et il indique les moyens de caïactériser cette combinaison. Les auteurs modernes comme Gréhant, Balthazard et Nicloux, ont décelé les lois de fixation de l’oxyde de carbone sur l’hémoglobine, et son élimination ; ils ont pu fixer ainsi un traitement rationnel.

D'autres gaz qui, au début, produisaient des accidents uniquement dans les laboratoires de chimie, sont rentrés dans le domaine industriel. Pendant la Grande Guerre, l'étude des effets nocifs, imputables aux gaz employés comme moyen de combat, a subi une vive impulsion.

Nous nous sommes proposé de faire, dans cette thèse, une étude d’ensemble des accidents dus aux gaz, tels qu'ils peuvent se présenter dans l’industrie actuelle.

Nous avons eu l’occasion d'observer, lors de notre séjour à l'Hôpital des Mines de la Société Houillère de Sarre et Moselle, des accidents de cette sorte, et nous avons constaté les nombreuses difficultés qu’ils peuvent faire surgir, soit pour le médecin qui est en contact directavecles centres industriels, soit pour l'expert et le médecin-légiste, dont l'intervention est souvent réclamée. Nous avons été frappé en outre par la constante préoccupation des administrations industrielles désireuses d'éviter ces accidents. Si, malgré tout, les acci-

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dents sont fréquents, cela tient à l'extrême diversité de leurs conditions et à la variété des agents en cause. Mais, trop souvent aussi, intervient la méconnaissance du danger menaçant, et par suite aussi la négligence des mesures prophylactiques.

I1 nous a semblé utile de nous limiter dans ce travail à l'étude des accidents imputables aux seuls gaz qui se rencontrent de façon usuelle en industrie. Aïnsi nous passerons sous silence les accidents dus à l'hydrogène sulfuré, accidents qui ont été souvent décrits et dont la fréquence va en diminuant. Nous passons sous silence aussi des gaz tels que le chlore et l’acide cyanhydrique ; ceux-c1 n’ont un intérêt que dans des industries chimiques, par trop spécialisées. Ainsi délimitée notre étude s'étend aux accidents dus à l'oxyde de carbone, aux vapeurs nitreuses et à l'hydrogène arsénié.

Nous insisterons-à propos de chacun de ces gaz sur les conditions de production des accidents, sur l’action des gaz sur l'organisme et sur les symptômes qui traduisent cette action. Nous ferons état de quelques observations intéressantes et inédites. Nous avons été nous-même témoin de deux de ces observations ; quelques unes sont dues à la bienveillance de notre maître, le Professeur Chavigny ; d’autres enfin nous ont été communiquées par les services indus- FTICIS LE)

Les questions de prophylaxie et de traitement feront chacune l’objet d’un chapitre spécial. Nous relaterons dans ces chapitres les moyens prophylactiques et thérapeutiques reconnus les plus efficaces à l'heure actuelle. Nous montrerons, comment par leur application méthodique et rigoureusement surveillée, il sera possible de diminuer à la fois le danger et le nombre des victimes dû aux gaz dans l’industrie.

(") Je veux parler spécialement des documents dus aux bons soins de Monsieur le Colonel Deville, Directeur-Gérant de la Corporation des Mines et Usines Métallurgiques à Metz, Monsieur le Colonel Hubert, chef du Service Technique, et Monsieur Rausch, Chef du Contentieux.

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