I. — Accidents dus à l’oxyde de carbone
L'oxyde de carbone se trouve toujours dans les fumées dégagées par un foyer incandescent et en quantité d'autant plus grande que l'accès d’air au foyer est moindre, et que par suite, la combustion est moins complète.
C’est un gaz inodore, incolore et sans saveur, caractères qui le rendent particulièrement dangereux.
Au foyer domestique, les poêles et cheminées ordinaires, si le tirage est défectueux ou ralenti artificiellement, peuvent répandre dans l’atmosphère de la demeure de très grandes quantités d'oxyde de carbone, et d'innombrables accidents ont été causés ainsi. La combustion des vieilles poutres, placées dans les cheminées, dégage une quantité d'oxyde de carbone suffisante pour être mortelle. Le gaz d'éclairage, contenant 7 à 8 p. 100 d'oxyde de carbone, dissémine partout ce produit dangereux ; un robinet à gaz laissé ouvert, une conduite imparfaitement étanche, la rupture d’un tuyau en caoutchouc, sont autant de causes d’accidents.
Dans l’industrie, l’oxyde de carbone existe partout et à tout moment. Kober et Hayhurst ont dressé une liste qui ne comporte pas moins de 24 sources possibles d'oxyde de carbone. Nous reproduisons cette liste significative avec le numéro 13 bis, ajouté par le Professeur Nicloux :
19 Soudure à acétylène ;
29 Gaz d'échappement des automobiles ;
3° Gonflement et dégonflement des ballons ;
4° Bateaux de guerre. Gaz des tourelles de cuirassés pendant l’action. Air des chambres de chauffe ;
5° Fonderies pendant la fusion et la coulée des masses de métal ;
69 Brasseries lorsque les gaz de la combustion passent à travers le malt ;
7° Industrie du celluloïd ; 8° Distillation du coaltar ;
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9° Travaux dans l'air comprimé, dans les tunnels ou caissons particulièrement après les explosions provoquées ;
10° Explosifs dans les mines et dans toute autre place où ils sont employés ;
119 Manufactures de chapeaux de feutre ;
129 Gaz des incendies atteignant pompiers et agents de police ;
13° Industrie du vêtement partout où sont employés des fers chauffés au gaz;
13° bis Industrie du blanchissage, ou plus exactement du repassage mécanique au moyen de cylindres chauffés intérieurement par le gaz ;
140 Industrie métallurgique, fer, acier, industries connexes, maîtresses conduites de gaz, valves, etc. ;
15° Fours à plâtre;
160 Mines de charbon. Après explosion de grisou, de poussières de charbon, emploi d’explosifs ;
17° Vapeurs émises par des surfaces peintes au plomb, probablement lorsque les symptômes sont tels que mal de tête, vertige et efforts de vomissements ‘se développant peu de temps après s’y être exposé ;
18° Phosgène et industrie des matières colorantes ;
19° Industrie du phosphore ;
20° Imprimerie dans l'emploi des linotypes ;
21° Industrie de la soude ; procédé Leblanc ;
22° Soudure ;
23° Industrie de l’acide sulfurique ;
24° Industrie textile là où une température élevée est nécessaire,
On remarquera que, dans cette énumération, la grande industrie du gaz d'éclairage et du gaz à l’eau ne figure pas.
Nous ne pouvons pas insister sur tous les cas spéciaux de provenance de l’oxyde de carbone, et nousnous bornerons à envisager les grandes industries dans lesquelles l’oxyde de carbone est le plus répandu. Ainsi, nous parlerons successivement de l’oxyde de carbone dans les hauts fourneaux, dans les cokeries et gazogènes, dans les mines, dans les fumées de locomotives et dans les gaz d'échappement des automobiles.
a) L’oxyde de carbone dans les hauts fourneaux. — Tes gaz qui s'échappent des hauts fourneaux contiennent de 25 à 30 p. 100 d'oxyde de carbone. Toutes les conduites efférentes des hauts-fourneaux renferment ce gaz dangereux en grande quantité; aussi les accidents sont-ils fréquents et se produisent facilement.
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La remise à feu d’un fourneau est particulièrement dangereuse, parce que des émanations de gaz peuvent se produire par les joints de maçonnerie, des blindages et des clapets des conduites. Le nettoyage et les réparations des conduites, ainsi que toutes manipulations sur elles, fournissent le plus grand nombre d’accidents.
Nous avons l’occasion de rapporter l'observation d’un accident survenu lors du nettoyage d’un ventilateur d’épuration, et une autre ou l'accident est dû à l’échappement d'un jet de gaz pendant la fermeture d’un clapet sur une conduite.
Dans notre observation N° II nous voyons un ouvrier mourir intoxiqué par les gaz pendant le nettoyage d’un four, arrêté et isolé depuis 20 jours.
De tels faits démontrent d’une façon éloquente l’existence continuelle du danger d'intoxication par l’oxyde de carbone au contact des hauts fourneaux.
Observation N° I. — (Intoxication de 4 ouvriers lors du nettoyage d’un ventilateur d'épuration, 2 morts.)
W... J..., âgé de 31 ans, était occupé à la réparation d’une voie de pont roulant, non loin d’un ventilateur d'épuration de gaz de hauts fourneaux, dans lequel étaient descendus deux ouvriers, F... et J.... En dépit des précautions prises pour empêcher le gaz de pénétrer dans le ventilateur, le chef-ouvrier M..., qui surveillait le travail, s’aperçut tout à coup d’une poussée imprévue de gaz. « J'ai crié à ceux qui étaient dans le ventilateur de se sauver, rapporte-t-il. Je me penchais pour les aider, mais à ce moment-là je tombais sur le rebord du ventilateur et j'ai vu F... tomber au fond du ventilateur, puis j'ai été emporté et je ne sais plus ce qui s’est passé. » Il fut emporté, en effet, par quelques cuvriers et revenait à lui spontanément.
L'ouvrier W..., accouru sur ses cris, descendit dans le ventilateur et, n’écoutant que son courage, réussit à en retirer l’ouvrier F... qui fut sauvé par la respiration artificielle,
En se penchant pour sauver la seconde victime, W... fut asphyxié à son tour et « s'écroula comme une masse ». Il fut impossible de le rappeler à la vie ainsi que le second ouvrier J... qu'il avait tenté de sauver de la mort.
Observation No II. — (Mort d’un ouvrier par oxyde de carbone, autopsie, examen du sang au laboratoire.)
L'ouvrier Z..., 24 ans, était occupé depuis trois jours avec le maçon H... à l'enlèvement de poussières de la partie inférieure des dominos en briques du four N, ... du haut fourneau N.... Ce fourneau était arrêté et isolé depuis 20 ‘ours. Un moment donné H... sortit pour prendre l'air
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en demandant à Z... de l'accompagner. Celui-ci répondit qu'il préférait se reposer au chaud à l’intérieur du four. Quand H... revient dix minutes plus tard, il trouve Z... couché dans le four et inanimé. Z.. fut immédiatement sorti par H... et un autre ouvrier. On le soumit à la respiration
artificielle avec de l'oxygène (Pulmotor), mais on ne put le rappeler à.
la vie.
Du sang fut prélevé à l’autopsie et envoyé au laboratoire de méde-
cine légale où il fut examiné par notre maître. le Professeur Chavigny.
Voici le résultat de cet examen :
« Un premier examen extemporané du sang au petit spectroscope
à main a établi que les deux bandes du spectre ne pouvaient pas être réduites par l'addition, dans la solution, de sulfhydrate d’ammoniaque. €ette constatation imposait de faire une analyse plus complète en vue de déterminer
le coefficient d'intoxication.
C'est ce qui a été fait au cours des iours suivants. L’extraction des
gaz du sang a montré que le coefficient d'intoxication s'élevait au chiffre
de 0,80.
Il y a lieu de remarquer que ce chiffre est extrêmement élevé et doit
correspondre à une intoxication massive par l’oxyde de carbone. » Observation N° III. — (Accident dû à l'oxyde de carbone : 4 victimes
dont un mort.) Quatre ouvriers étaient occupés à fermer un clapet d'une conduite
d'épuration d’un haut fourneau à N... Un jet de gaz s’échappant soudainemènt, tous les quatre tombèrent asphyxiés d’un seul coup. On pratiqua immédiatement la respiration artificielle. Trois d’entre eux furent ranimés ainsi et pouvaient gagner leur domicile après une demi-heure. Chez le quatrième, tous les moyens employés restèrent sans résultat. La mort avait fait son œuvre.
b) L’oxyde de carbone dans les coheries et gazogènes. — Dans les cokeries et gazogènes, toutes les conduites et les chambres d'épuration contiennent une forte quantité du gaz dangereux. Le gaz du coke en renferme 25 p. 100, le gaz à l’eau 30 à 40 p. 100 et le gaz d'éclairage ordinaire jusqu’à 17 p. 100. Toutes les opérations comme : allumage, aérage, réparations, remplacements, ouvertures de valves, etc. peuvent donner issu à des gaz et produire ainsi des. asphyxies. 3
c) L'oxyde de carbone dans les mines. — Haldane en Angleterre a fait une longue étude des gaz qui peuvent prendre naissance dans les mines. Il insiste surtout sur l’importance de l’oxyde de carbone.
Les gaz dégagés par la déflagration du grisou, gaz que Haldane appelle «after damp », renferment une forte proportion d'oxyde de carbone. Beaucoup de mineurs qui ne