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CHAPITRE Il

L'Intoxication par les vapeurs nitreuses.

Les vapeurs nitreuses capables de produire des accidents asphyxiques sont constituées par un mélange de bioxyde d'azote (NO) et de peroxyde d’Azote (NO®).

Le bioxyde d'azote est un gaz peu stable, et, par oxydation au contact de l’air contenu dans les poumons, il se transformerait en peroxyde d'azote. Cependant, quelques auteurs, par des artifices d'expérience, sont arrivés à le respirer eux-mêmes (Humphry Davy) ou à le faire respirer par des animaux. Ils ont établi qu’il possède une grande toxicité pour l'organisme ; la mort serait rapide et précédée de convulsions.

Le peroxyde d’azote est un corps liquide jusqu’à la température de + 260 et solidifiable à — 12°. I] est jaune à l’état liquide et d'autant plus jaune que la température est élevée. A l’état gazeux, il a une couleur brune, qui varie également suivant la température. En présence de l’eau, il est décomposé et transformé en acide nitrique et en bioxyde d'azote qui reste à l’état gazeux. Ce caractère joue un rôle important dans la pathogénie de l’intoxication.

Taylor fut le premier à citer plusieurs exemples d'accidents provoqués par inhalation de vapeurs nitreuses. Tardieu en 1879 cite le cas d’un accident survenu dans une fabrique d’acide sulfurique, et qui a provoqué la mort de deux ouvriers. « Ces hommes avaient été chargés de nettoyer des chambres de plomb qui n’avaient pas été suffisamment aérées, et s'étaient trouvés exposés à des vapeurs nitreuses ». Le même auteur cite encore une expertise médico-légale chez un ouvrier travaillant dans une fabrique de maroquin ; sa mort était due à une intoxication par le peroxyde d'azote. Il le démontra à la suite de recherches de laboratoire très minutieuses.

A Lie

Dujarric, Achard et Leclercq ont étudié l’action des vapeurs nitreuses qui se dégagent par l'explosion des projectiles de guerre.

Haldane et Irvine ont insisté sur la grande fréquence des intoxications par les vapeurs nitreuses, dues à l'usage d’explosifs dans les mines. Ce genre d’accidents relativement peu connu en France est pourtant loin d’être rare chez nous; nous le prouvons en relatant les observations, au nombre de six, qui se sont présentées à nous dans un espace de

temps très court.

Des expériences faites à la station d’essai de Montluçon ont montré que le bioxyde d'azote a pu être identifié de façon constante dans les produits de l’explosion de la dynamite. Le pourcentage de 15 à 30 p. 100 de bioxyde d'azote, trouvé lorsque le coup se produisait sans travail effectif, était encore de 4,5 p. 100, quand le coup tiré produisait un travail mécanique de valeur proche du maximum possible.

Dans l’industrie, dans les mines surtout, l’intoxication par les vapeurs nitreuses a comme cause principale l'usage de certains explosifs spéciaux. Ceci se confirme par nos obser-

vations.

Observation N° IV. — (Observation personnelle faite à l'Hôpital des Mines à Freyming (Moselle). Autopsie, examen de laboratoire.)

H..., boute-feu, âgé de 49 ans, était occupé le 13 août aux travaux de tir à la dynamite, de huit heures du matin jusqu'à deux heures de l'après-midi, dans une mine de charbon, à 260 m. de la surface et à une distance de 300 m. du puits. Il termina son poste, malgré des maux de tête et des picotements de la gorge qu'il ressentait dès la quatrième heure du travail. En fin de poste, il se dirigea vers le puits et fit part de son oppression à deux ouvriers rencontrés et qui faisaient le même chemin. Il leur signala aussi que depuis deux heures, il manquait de plus en plus d'air et qu'il ne pouvait presque plus travailler. Sa marche était lente et mal assuréé. À cent quarante mètres à peine de son chantier, H... s’écroula et perdit connaissance pendant un moment. Ses deux compagnons le firent transporter au puits et à jour, où il reprenait connaissance et se trouvait mieux. L'air frais, disait-il, lui valait cette amélioration. Ne voulant aller à l'hôpital, il fut transporté à son domicile. Son état allait cependant en s’aggravant et à trois heures et demie, nous fûmes appelés auprès de lui. Nous étions en face d’un homme présentant des signes évidents d’une asphyxie avancée. Le visage était bouffi et bleu ; la respiration très bruyante ; les extrémités froides, le pouls rapide et à peine perceptible. Le malade répondait dfficilement aux questions posées. Il se trouvait dans une profonde asthénie. A la percussion du thorax, tympanisme très prononcé ; à l’auscultation, des râles généralisés à toute l'étendue des deux poumons.

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