‹ Les accouchements à la courChapitre 11 sur 17 · LA MÈRE · texte numérisé non relu

LA MÈRE

Dame, aidez-vous au milieu de vos maux cruels ; Si vous en souffrez davantage Prenez en vous de la force et du courage, Puisqu'il le faut.

LA DEMOISELLE

Très chère dame, il faut Que vous souffriez encore un peu.

Au moment où vous y penserez le moins, Dieu vous fera si grand bien, Qu'heureusement il vous délivrera, J'en suis certaine.

Osanne accouche de trois fils; la méchante belle-mère les fait disparaître et leur substitue trois chiens. Le roi veut tuer sa femme, mais Notre-Dame fait si bien que, plus tard, Thierry apprend la vérité et retrouve sa femme et ses enfants.

Une autre vieille pièce (1), dont le sujet est la conversion de Clovis, nous fait assister à la naissance de Clodomir :

(1) C'est encore un Miracle de Notre-Dame par Monrnerqué et Fr. Michel.

LA DAMOISELLE

Chiere Dame, trop nialement Jevousvoy souvent muer couleur :

Aucun mal avez ou doleur, Si com je pens.

CLOTILDE

Ysabel, m 'amie, je sens Par les rains, sachiez, tel angoisse Qu'il m'est avis c'on les me froisse Et que le dos par my me fent ; Ausi de mon premier enfant, M'avint, m'amie.

LA DAMOISELLE

Dame, ne nous décevez mie ; La ventrière mander vueilliez, Que je tien que vous traveilliez D'enfant, sans doubte.

CLOTILDE

Je ne scé se ce seroit goûte ; Mais, voir, je sui mal atournée.

Ha, mère Dieu, vierge honnourée !

Secourez-moy.

LA DAMOISELLE

Pour certain, ma dame, bien voy Que traveilliez ; je vois bonne erre Envoiez la ventrière querre.

— Puisque je vous truis ci, Robert, D'aler querre soiez appert Katherine, la sage-femme ; Et que tantost vieogne à ma dame, Ceci li dites.

ROBERT

Ne cesseray s'en seray quittes, Et la vous menray ains que fine.

Là la voy aler. — Katherine, Parlez à moi.

LA DEMOISELLE

Chère dame, d'une manière mauvaise Je vous vois souvent changer de couleur, Vous éprouvez du mal ou quelque douleur, A ce que je pense.

CLOTILDE

Isabelle, mon amie, je sens Par les reins, sachez-le, une telle souffrance Qu'il me semble qu'on me les froisse Et que mon dos se fende par le milieu ; De même de mon premier enfant Il m' advint, mon amie.

LA DEMOISELLE

Dame ne nous trompez pas ; Veuillez mander la sage-femme Car je tiens que vous êtes en mal D'enfant, à n'en pas douter.

CLOTILDE

Je ne sais si c'est cela ; Mais, vraiment, je suis en mauvais état. Ah, mère de Dieu, vierge honorée !

Secourez-moi.

LA DEMOISELLE

D'une manière certaine, madame, je vois bien Que vous êtes en travail; je vais bien vite Envoyer chercher la sage-femme.

— Puisque je vous trouve ici, Robert, Hâtez-vous d'aller chercher Catherine la sage-femme,

Et qu'elle vienne sur-le-champ auprès de ma dame, Dites-lui.

ROBERT

Je ne m'arrêterai que je ne m'en acquitte, Et je vous l'amènerai avant dem'arrêter. Je la vois qui va là bas. — Catherine, Parlez-moi,

KATHERINE LAVENTRIÈBE

Voulentiers, biau sire, par foy !

Que me voulez ?

ROBERT

Il faut qu'k la roïne alez :

Je vous vien querre à grant besoing.

Venez-vous-en ce n'est pas loing.

Ma suer, jusques là vous menray.

Entrez ceens ; cy vous lairay, M'amie chière.

LA VENTRIÈRE

Diexy soit ! Qu'est-ce ? quelle chière, Ma chière dame !

CLOTILDE

Je sens de paine assez, par m'ame !

M'amie, en moy n'a ris ne jeu, Aidiez-moy, doulce mère Dieu, Par vostre grâce.

LA VENTRIÈRE

Ma cbière dame, en po d'espace Serez de voz griefs maux délivre.

Ne dites pas que je soie yvre ; Souffrir encore un po vous fault.

Je voy que serez sans deffault Délivre en l'eure.

CLOTILDE

Diex ! quant sera-ce ? trop demeure Ceste alejance à moy venir.

Vueille vous de moy souvenir, Vierge Marie.

LA VENTRIÈRE

Maishui ne vous debatez mie, Dame : voz grans maux sont passez, Demandez quel enfant avez, Si ferez miex.

Page 1