‹ Les accouchements à la courChapitre 12 sur 17 · CATHERINE LA SAGE-FEMME · texte numérisé non relu

CATHERINE LA SAGE-FEMME

Volontiers, beau sire, par ma foi !

Que me voulez-vous.

ROBERT

Il faut que vous alliez auprès de la reine ; Je viens vous chercher pour un pressant besoin. Venez-vous-en : ce n'est pas loin.

Ma sœur, jusque-là je vous mènerai, Entrez-la; je vous laisserai ici, Ma chère amie.

LA SAGE-FEMME

Dieu soit céans ! Qu'est-ce ? quelle mine, Ma chère dame !

CLOTILDE

Je souffre beaucoup, sur mon âme !

Mon amie, je n'ai envie ni de rire ni déjouer. Aidez-moi, douce mère de Dieu, Par votre grâce.

LA SAGE-FEMME

Ma chère dame, en peu de temps Vous serez délivrée de vos maux cruels. Ne dites pas que je suis ivre ; Il vous faut souffrir encore un peu Je vois que vous serez sans faute Délivrée à l'instant.

CLOTILDE

Dieu ! quand sera-ce ? Il tarde trop A venir ce soulagement.

Veuillez vous souvenir de moi, Vierge Marie.

LA SAGE-FEMME

Ne vous tourmentez pas davantage, Dame vos grands maux sont passés.

Demandez quel enfant vous avez, Vous ferez mieux.

CLOTILDE

Puisqu'enfant ay, loué soit Diex, Quoy que j'aye eu grant destresce !

M^amie, dites-me voir, est-ce Ou fille ou filz ?

LA VENTRIÈRE

Seur soit vostre cuer et fiz Que c'est un fiz, ma chière dame.

Diex li octroit de corps et d'âme Amendement.

CLOTILDE

Faites, couchiez-me appertement ; Et puis ce fils emporterez, Et crestienner le ferez, Que je le vueil.

LA DAMOISELLE

Nous ferons du tout de votre vueil En l'eure et de voulenté fine, Prenez contre moy, Katherine, Et dedans son lit la mettons.

De elle maishui ne nous doublons.

Puis que couchiée est et couverte Pensons chascune d^estre apperté De faire à cest enfant donner Baptesme et li crestienner :

Il est raison.

LA VENTRIÈRE

Si soit fait sans arrestoison.

Nous ij. alons m'en au moustier.

Porter le vueil : c'est mon mestier Et mon office.

LA DAMOISSELLE

De ce ne vous tiengpas à nice,

Tant dis que ma dame repose,

Délivrons nous de ceste chose

Faire briefment.

CLOTILDE

Puisque fai un enfant, Dieu soit loué, Quoique j'aie eu bien du mal.

Mon amie, dites-moi la vérité, est-ce Une fille ou un fils ?

LA SAGE -FEMME

Que votre cœur soit sûr et convaincu Que c'est un fils, ma chère dame.

Que Dieu lui accorde du corps et de l'âme La santé !

CLOTILDE

Allons, couchez-moi tout de suite ; Puis vous emporterez ce fils, Et vous le ferez baptiser, Car je le veux.

LA DEMOISELLE

Nous ferons en tout votre volonté Sur l'heure et de tout notre cœur, Prenez contre moi, Catherine, Et mettons-la dans son lit !

Maintenant n'ayons plus de crainte pour elle, Puisqu'elle est couchée et couverte, Pensons chacunea être prompte A faire donner a cet enfant Le baptême et a le rendre chrétien :

C'est raison.

LA SAGE-FEMME

Qu'il soit fait ainsi sans retard.

Nous deux allons nous-en a l'église.

Je veux le porter: c'est mon métier Et mon office.

LA DEMOISELLE

Je ne vous en blâme pas.

Tandis que ma dame repose, Accomplissons sa volonté Promptement.

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