CHAPITRE PREMIER
CÉRÉMONIES, RÉJOUISSANCES ET PARTICULARITÉS CURIEUSES OBSERVÉES A LA NAISSANCE DES MONARQUES DANS L'ANTIQUITÉ
Personnages mythiques ou légendaires. — Sur la naissance de. certains personnages mythiques ou légendaires, Ps anciens racontaient nombre de fables ; nous en avons cité quelquesunes dans notre Obstétrique mythologique (1); d'ailleurs, tous ces héros sont de même authenticité que le Roquetaillade et le Croquemouche dont parle Rabelais, nés, l'un du talon de sa mère, l'autre de la pantoufle de sa nourrice.
Les légendes latines étaient moins riches que la mythologie hellénique en récits de ce genre ; il n'y a rien d'extraordinaire dans la naissance gémellaire de Romulus et de Rémus ; on ne peut remarquer que la qualité du père, un dieu, et celle de la nourrice, une louve (fig. 1) (2).
(1) Voir Les accouchements chez tous les peuples.
(2) Cette légende est calquée sur celle de Cyrus. « L'Astyage d'Hérodote, écrit Michelet, craignait que sa fille Mandane ne lui donnât un fils. L'Arnulius de Tite- Live craint que sa mère Ilia ne lui donne un arrière-neveu. Tous deux sont également trompés. Romulus est nourri par une louve, Cyrus par une chienne.
Tous les écoliers connaissent la contestation qui s'éleva entre les deux frères. « Ils étaient jumeaux, et la prérogative de l'âge ne pouvait décider entre eux. Ils remirent donc aux divinités tutélaires de ces lieux le soin de désigner, par des augures, celui qui
Fig. 1. — Rémus et Romulus allaités par une louve, d'après un camée antique.
devait donner son nom et des lois à la nouvelle ville, et se retirèrent, Romulus sur le mont Palatin, Rémus sur l'Aventin, pour y tracer l'enceinte augurale. Le premier augure fut, dit-on, pour Rémus ; c'étaient six vautours ; il venait de l'annoncer, lorsque Romulus en vit le double, et chacun fut salué roi par les siens ; les uns tiraient leur droit de la priorité, les autres du nombre des oiseaux» (1).
Les Spartiates eurent recours à un autre moyen, plus naturel, pour découvrir l'aîné des deux jumeaux qu'Egine avait mis au monde, et en faire un roi. Leur mère, voulant les voir tous les deux sur le trône, se refusa de déclarer celui qui était né le premier. Mais on considéra comme l'aîné celui qu'Egine avait l'habitude d'allaiter le premier. Les anciens pensaient que cette
(1) Tite-Live, I.
préférence maternelle s'observait même chez les femelles des animaux ; Elien la signale chez la truie (1).
Onéirocritie tocologique. — On sait que l'histoire grecque est farcie de songes, tout comme le répertoire de nos tragédies classiques. A propos de Cyrus, Hérodote, interprété par le vieux Pierre Saliat, nous raconte ce qui suit : « Astyage eut une fille nommée Mandane, de laquelle il eut une vision endormant, et lui sembla qu'il la voyoit uriner en si grande abondance qu'elle emplissoit toute la ville d'Ecbatane, et de là venoit arroser et inonder toute l'Asie. Il proposa cette vision à aucuns mages et interprètes des songes, et fut effrayé de ce qu'il apprit d'eux... Mandane ayant épousé Cambyse (2), la première année de leur mariage, Astyage eut une autre vision, et songea qu'il voyoit sortir des parties honteuses de sa fille une vigne qui s'épandoit par toute l'Asie. Il proposa, comme dessus, la chose aux interprètes des songes , et les ayant ouïs, envoya quérir sa fille qui étoit en Perse, et qui ja étoit enceinte. Elle venue, il la fit garder soigneusement, délibérant faire mourir ce qui étoit autour d'elle, à cause que les mages lui avoient dit que le fils de sa fille quelque jour régneroit en son lieu. » Une fille dont le pouvoir hydraulique l'emporte sur celui de Gargantua et de sa jument, une fille faisant concurrence au Médoc et au Clos-Vougeot ! Il y avait, en effet, de quoi s'émouvoir. Astyage « ne s'endormit pas là-dessus » ; mais chacun sait comment il fut trompé par Harpage.
Agaristé, mère de Péri clés, crut, dans un songe, qu'elle accouchait d'un lion. Morphée voulait-il, comme le pense Plutarque, la prévenir que son fils, par un chef énorme, serait semblable à la
(1) L'histoire d'Ecosse présente une contestation semblable à celle de Rémus et de Eomulus. Le duc d'Alban prétendait au trône, alléguant qu'il était l'aîné comme étant venu au monde le premier ; mais son frère ne reconnut pas son droit d'aînesse et le duc obtint par les armes ce que sa nature lui contestait ; c'était déjà la première application de la fameuse devise « la force prime le droit ». Il eut le sceptre, par violence, comme Jacob avait eu, par ruse, la bénédiction.
(2) Le fécond Cambyse eut, de sa femme Roxane, un enfant sans tête, un monstre acéphale. Les mages, consultés sur ce prodige, prédirent à Cambyse qu'il n'aurait pas de successeur né de lui.
Héliodore cite une autre anomalie à propos de Persina, reine d'Ethiopie. « Elle cônceut, dit Ambroise Paré, du roy Hydustes, tous deux Ethiopiens, une fille qui estoit blanche et ce par l'imagination qu'elle attira de la semblance de la belle Andromeda, dont elle avoit la peinture devant ses yeux pendant les embrassements desquels elle devint grosse. » Nous donnons plusieurs exemples semblables dans notre Génération humaine et nous reconnaissons que ces cas, assez fréquents, Bont parfaitement explicables... par l'intervention d'un tiers complaisant.
bête que les Arabes surnomment le seigneur à la grosse tête ? Voulait-il lui indiquer qu'il aurait la puissance des lions ?
Des songes précèdent aussi la naissance d'Alexandre. Avant même que son mariage avec Philippe fut consommé, Olympias, la mère du conquérant, avait songé que la foudre lui était tombée dans le ventre ; mais peut-être n'y avait-il là qu'une allusion indiscrète à son futur époux. Plus tard, Philippe eut un songe à son tour; écoutons le Plutarque d'Amyot : « Philippus songea qu'il scelloit le ventre de sa femme, et que l'engraveure du scel dont il le scelloit, estoit la figure du Lion (1). Si interprétèrent les autres devins que ce songe l'admonestoit qu'il devoit soigneusement avoir l'œil sur sa femme ; mais un Aristander Telmesien respondit, que c'estoit à dire que sa femme estoit enceinte : pour ce, dit-il, qu'on ne scelle point un vase où il n'y a rien dedans, et qu'elle estoit grosse d'un fils qui auroit cœur de Lion. »
Les contes sur la naissance d'Alexandre sont infinis : « On dit aussi que, comme elle dormoit en son lict, on aperceut un grand serpent (2), estendu tout au long d'elle, qui fut cause principale, à ce qu'on présume, de refroidir l'amour que luy portoit et les caresses que lui faisoit son mari, de manière qu'il n'alloit plus si souvent coucher avec elle, fust ou pour ce qu'il eust peur qu'elle ne luy fist quelques charmes et quelques sorcelleries, ou qu'il se reputast indigne d'avoir sa compagnie, ayant opinion qu'elle fust aimée et possédée de quelque Dieu ». Un lion et un serpent! A Alexandre, plutôt qu'à M. Jourdain convient le turc de Cléonte : Oustin yoc catamalequi basum base alla moram, que le ciel vous donne la force des lions et la prudence des serpents !
Quoi qu'il en soit du saurien qui se glissait impudemment à la place du roi Philippe, Alexandre, tout disciple d'Aristote qu'il était, se déclarait volontiers fils de Zeus Ammon; et Olympias, qui savait fort bien n'avoir jamais « eu compagnie » que d'un macédonien borgne ou, à l'occasion, de quelque robuste soldat de la garde, se moquait du grand homme. Alexandre commençait une lettre en ces termes : Le roi Alexandre, fils de Jupiter Ammon, à Olympias, sa mère, salut. Olympias répondait : Tu m'obligeras,
(1) Alexandrie fut appelée Léontopolisà cause de ce cachet imprimé sur le ventre d'Olympias.
(2) Il paraît qu'autrefois les environs de Pella, capitale de la Macédoine, étaient remplis de serpents gigantesques mais inoffensifs : ce Us dormaient auprès des enfants sans leur faire aucun mal et même tétaient les femmes qui voulaient bien s'y prêter ». C'est, sans doute, un serpent de cette espèce qui, trouvé dans le lit d'Olym pias, donna lieu à la fable de la naissance miraculeuse d'Alexandre.
mon fils, de garder le silence, de ne pas me dénoncer à Junon ; cette déesse m'accablera de sa vengeance, si elle apprend que j'ai été sa rivale (1). Qui fut sot ? Malheureusement pour la cervelle du conquérant, la platitude des courtisans était ingénieuse à servir la folie du maître.
Alexandre était né le jour même où brûla le temple d'Ephèse : « Une faut pas, disait Hégésias de Magnésie, s'esmerveiller comme Diane laissa alors brasier son temple, pour ce qu'elle estoit assez empêchée à entendre, comme sage-femme, à l'enfantement et à la naissance d'Alexandre : mais il est bien vray que tous les Prestres, Devins et Prophètes qui lors estoienten Ephese, estimansquecest embrasement du temple estoit certain présage de quelque autre grand inconvénient, s'en coururent comme forcenez par la ville, battans leurs visages, en criant que ce jour là il estoit né quelque grand malheur et quelque grande peste pour l'Asie » (2).
Ce n'est point tout : le latiniste J. Freinshemius, dans ses Suppléments à Quinte-Curce, s'estplu à relever tous les prodiges qui accompagnèrent la venue au monde d'un héros si fameux : coïncidences extraordinaires, éclats de tonnerre, coups de foudre, vols d'aigle, tout y est.
Les Romains, esprits terre-à-terre, n'eurent pas de ces belles imaginations ; les Fabius, les Paul-Emile naissent sans plus de façon que le dernier centurion de leurs armées ; la mère de Cicéron le met au monde sans douleur, et, sur la naissance du divin orateur, voilà tout ce que nous conte Plutarque.
Si, d'après Virgile, des prodiges ont annoncé la mort de Jules César, pas un n'a signalé sa naissance (3). Les empereurs, grands et petits, bons et mauvais, naissent tous avec une banalité désespérante. Quand Néron vint au monde, son père Domitius, qui se connaissait et qui connaissait sa femme Agrippine, se contente de dire : « De nous deux il ne peut naître qu'un monstre » (4). Pourtant quel beau motif de songe : un prince assassin de sa femme et de son frère, parricide, incendiaire et artiste ! Et ensuite, dans Suétone, rien sinon un méchant horoscope de Vitellius ; l'Histoire Auguste ne nous donne qu'un songe : quand Faustine, la femme indigne du philosophe Marc-Aurèle, était enceinte de Commode et de son frère, elle crut, durant son sommeil, enfanter
(1) Aulu-Gelle, XIII, i.
(2) Plutarque, trad. Arnyot.
(3) On a dit, il est vrai, qu'il demeura près d'une année dans le sein de sa mère.
(4) Suétone.
deux serpents dont l'un était d'une férocité redoutable. Le père de Pertinax, un honnête marchand de bois, était trop mince personnage pour avoir un songe ; mais à l'heure où naissait le futur empereur, un jeune poulain monta sur le toit, puis en tomba et s'assomma. Inquiet, le père alla trouver le chaldéen du voisinage qui promit à l'enfant de magnifiques destinées ; le marchand de bois retourna chez lui, haussant les épaules et regrettant son argent.
Philologie et gastrotomie. — Si l'on en croit Pline le Naturaliste, c'était un heureux présage que de venir au monde par l'opération césarienne. Que l'enfant s'en trouvât bien, peut-être ; mais la mère ? Naquirent de cette façon : Scipion l'Africain, les Manlius des guerres Puniques et le premier des Césars. Ce détail nous amène à rechercher s'il y a quelque rapport entre ce nom fameux et l'adjectif qui, joint au substantif opération, désigne vulgairement la gastrotomie appliquée à l'extraction des fœtus.
D'après Spartien (1), certains étymologistes dérivaient le nom des Césars du mot cœsa qui signifiait éléphant en mauritanien, à moins que ce ne fût en punique ; d'autres le rattachaient à csesaries (2), belle chevelure, ou à l'adjectif cœsius, gris bleu, en parlant des yeux. Il est beaucoup plus vraisemblable que ce cognomen, comme celui de cseso, fut tout d'abord donné à des enfants que l'on tirait du sein de leur mère par une incision, dite plus tard césarienne [csedere, csesus). Pline se range à cette opinion : primus Csesarum a cseso matris utero dictus. Nous remarquons en passant que plusieurs écrivains ont appliqué fort légèrement ce passage à Caius Julius Csesar, le conquérant des Gaules. Bayle, après Zonaras, les a critiqués ; mais Bayle a tort d'invoquer comme raison ce fait qu'Aurélie ne mourut que durant la guerre contre les Gaulois ; Aurélie n'aurait-elle pu survivre à l'opération ? Il était plus simple de faire remarquer que le père et l'aïeul du dictateur portaient le même surnom que lui. Sur cette question, l'on peut consulter le très docte Jean Mathias Glardorpius, en son traité De familiâ gentis Julise ; c'est très savant et extraordinairement ennuyeux.
Sur Agrippa et sa femme Julie. — Si l'enfant extrait par
(1) Histoire Auguste.
(2) Le surnom eût été ironique pour le grand César, le polissoji chauve, comme l'appelaient ses soldats.
l'opération césarienne avait chance d'être heureux, toutes les infortunes attendaient ceux qui se présentaient par les pieds ; le surnom d'Agrippa (1) leur venait de cette particularité : Agrippa ut œgre partus, dit Pline, étymologiste aussi ingénieux que notre Ménage. Vipsanius Agrippa, le gendre d'Auguste, aurait seul échappé à la loi commune. Et encore que d'accrocs à son bonheur ! Il fut épargné par la guerre, mais souffrit longtemps de nous ne savons quel mal aux pieds et mourut dans la force de l'âge ; il fut gendre de celui qui gouvernait le monde entier, mais le monde entier, et peut-être celui qui le gouvernait, le sganarellisèrent. Sa femme fut, on le sait, une fieffée et rusée coquine, plus impudente que les chiennes de nos carrefours ; au moins celles-ci, comme toutes les « bestes n'endurent jamais sus leurs ventrées le masle masculant », tandis que Julie, à qui l'on demandait pourquoi, malgré d'innombrables infidélités, tous ses enfants ressemblaient à Agrippa, répondit : « Eh ! je ne prends de passagers qu'une fois la barque pleine » (2). Ce qui justifie l'opinion de Laurent Joubert qui avance « qu'une femme est toujours de bon appointement, et se trouve, en tout temps, preste de bien faire, voire fust-elle grosse jusqu'à la gorge ».
Avec une épouse de telle humeur, Agrippa fit-il mentir la croyance populaire ? Un descendant d'Agrippa par les femmes, l'aimable Néron, se présenta de même façon à sa naissance. Il se tua, et c'est la meilleure action de sa vie.
Naissance de Tibère ou l'auguste couveuse. — Livie, étant enceinte de Tibère, désirait ardemment un fils ; pour savoir si ses vœux seraient accomplis, elle plaça un œuf dans son sein ; lorsqu'elle était obligée de le quitter, elle le confiait aune nourrice. L'augure fut heureux ; elle eut un coq de son œuf et un enfant mâle de son mari.
Remarquons que ce même Tibère aurait dû à sa nourrice un de ses moindres défauts. Il était ivrogne au point que les soldats,
(1) Quand une femme enceiDte de deux jumeaux se délivrait de l'un par une fausse couche et conduisait l'autre à terme, on donnait à ce dernier le nom de
Vo2)isciis. Ces cas de superfétation, admis par les anciens, ne sont pas reconnus exacts par les modernes. Le sens étymologique du mot est inconnu.
(2) La nièce et concubine de Domitien fut d'ailleurs la victime de ses débordements : elle mourut d'un avortement qu'elle avait l'babitude de provoquer au début de ses fréquentes grossesses. Marion de Lorme, qui avait suivi le même exemple, eut le même sort: en voulant arrêter le cours de sa dernière grossesse, elle prit une trop forte dose d'antimoine et mourut empoisonnée.
qui déjà charmaient volontiers les loisirs de garnison par la culture du calembour, avaient changé son som de Caius Tiberus Nero en Caldius Biberius Mero, quelque chose comme l'Échauffé Biberon Sans-Eau. On sait que les anciens accordaient au lait le pouvoir de communiquer au nourrisson les qualités ou les vices de la nourrice. C'est en vertu de ce préjugé, qu'ils attribuaient au lait de la louve la tendance au vol de Romulus et de Rémus ; ils expliquaient de même la férocité de Caligula et la cruauté de Néron (1).
Sur Antoninus Diadumenus . — Nous avons cité ailleurs (2) le cas du fils que l'impératrice Cesonia Celsa donna à l'empereur Macrin.
Les grands dignitaires voyaient dans la coiffe qui le couvrait le présage d'une haute destinée. Or il arriva qu'après la mort de son père, il fut proscrit et mis à mort. Il est possible que, cette fois encore, l'exception confirme la règle, mais c'est un terrible exemple à citer contre le préjugé qui regarde « la coiffe » comme un porte-bonheur.
Une belle-sœur abominable. — L'empereur Constance, fils de Constantin, dit le Grand, avait pour femme Eusébie ; la sœur de son mari, Hélène, avait épousé Julien, cet homme d'esprit que des imbéciles appellent l'Apostat. Eusébie était jalouse de la fécondité d'Hélène et Ammien Marcellin, historien véridique., assure que l'impératrice gagna la sage-femme qui devait accoucher sa belle-sœur et lui fit promettre de faire mourir l'enfant, en coupant trop court le cordon ombilical, prsesecto plusquam convenerat umbilico. Etait-ce bien la peine d'être la bru de celui qui établit le christianisme sur le trône des Césars ?
Coutumes observées chez les Romains.— Ala naissance de leurs enfants, les Empereurs romains, avec l'assentiment du Sénat, (SENATVS CONSVLTV) (S. C), faisaient frapper des médailles commémoratives et donnaient'des réjouissances publiques. Une médaille antique (fig. 2, 3) représente, au dire de Thomas Bartholin, l'allégresse du peuple à l'un des accouchements de Faustine, femme d'Antonin le Pieux (3). Les médailles destinées à célébrer
(1) D'après le mot de son père (V. p. 5, note 4), la cruauté de Néron n'aurait été qu'un fait d'hérédité.
(2) V. L'histoire des accouchements.
(3) L'abbé Séguin pense que cette scène représente la naissance de Jupiter : ce
ces naissances étaient ordinairement dédiées à Junon Lucine (fig. 4, 5), à laquelle on donnait les traits de la souveraine ;
Fig. 2.
Fig. 3.
souvent elles indiquaient le nombre des enfants (1). Cette particularité s'observe surtout sous le règne de Marc Aurèle, pour célé-
Fig. 4.
Fig.
brer les exploits de sa trop féconde et volage épouse, Faustine la
Dieu est promené en maillot au milieu des Curetés et des Corybantes, chargés par Rhéa de jouer du tympanum et de la flûte pour empêcher Saturne d'entendre les cris de l'enfant.
(1) Cette coutume s'est perpétuée en Italie et de là s'est propagée dans les autres nations de l'Europe ; nous en retrouverons de nombreux exemples en France.
jeune. Sur l'une de ces médailles (fig. 7) se trouvent les jumeaux Commode et Antoninus Geminus ; sur d'autres, on voit trois (fig. 5), quatre (fig. 8) et même six enfants (fig. 9) : ces derniers représentent trois garçons, L.Verus Csesar avec les jumeaux dont nous venons de parler et trois filles, Lucilla, Fadilla etFaustina.
Quelquefois on érigeait des statues avec des inscriptions votives, ou bien on élevait des temples ; Tacite nous apprend, dans le XVe livre de ses Annales, qu'une fille étant née à Néron, on éleva un temple à la déesse de la Fécondité. C'est aussi à l'occasion de
cette naissance, que le Sénat offrit au temple de Jupiter Capitolm deux statues en or, représentant la Fortune. Suétone, voulant établir le lieu natal de Caligula, fait mention d'un autel qui était encore dressé dans l'endroit, avec l'inscription suivante : OB AGRIPPINiE PVERPERIVM.
La famille des Césars avait coutume de mettre les princes qui venaient de naître dans une écaille de tortue, pour y être lavés.
« Or le petit Albinus étant né, raconte Capitolinus (1), un pêcheur apporta à son père une tortue de grandeur énorme. Le père qui était un homme instruit, prit cela pour un présage ; il fit vider la tortue et ordonna qu'on lavât l'enfant avec de l'eau chaude dans cette écaille ».
(1) Histoire Auguste.