LA VENTRIÈRE LA SAGE-FEMME
Dame, je l’accors : allons m'ent Dame, j’y consenè ; allons nous-en Au moustier droit. A l'égliss tout droit.
N’y a-t-il pas un certain charme dans ce réalisme naïf et bavard, dans la vulgarité même de cette scène très vivante et très vraie, où, sous un nom de reine, le trouvère a mis sur les tréteaux la drapière du coin ou la chaussetière d’à côté ?
La reine Pédauque. — Une légende raconte que la reine Berthe, la reine Pédauque ou Pied-d’oie, accoucha d’un oison et voici comme : Le roi Robert avait épousé sa cousine, issue de germain, avec le consentement des évêques. Elle était sur lepoint de donner un héritier au trône lorsque le pape Grégoire V, élevé tout récemment au pontificat, déclare le mariage incestueux , épouser avec dispense sa cousine, sans rien envoyer à la cour de Rome, quel crime abominable ! Le concile assemblé à ce sujet décrète la séparation des époux et leur inflige une pénitence de sept ans ; les évêques qui ont donné la dispense, sont frappés d’interdiction. Le bon roi Robert refuse de se soumettre aux décisions de Rome; il est excommunié (1), son royaume mis en interdit; ses sujets l’ont en une sainte horreur. Un jour, étant allé prier à la porte d une église, un moine, suivi de deux femmes du palais, lui présente, sur un plat de vermeil, un monstre qui avait le col et la tête d’un canard : « Voyez, lui dit-il, les terribles efi’ets de votre désobéissance ; la reine Berthe vient d’accoucher de ce canard ». Ce spectacle fut décisif, ne voulant pas avoir un palmipède pour héritier, il répudia sa chère et bien aimée Berthe, pour épouser Constance, fille de Taillefer, comte de Toulouse (2). On cite souvent ce fait comme exemple de l’influence que les perturbations morales de la mère peuvent exercer sur le produit de la conception.
Naissance de Saint-Louis. Les fonts nairaculeux. Une nourrice jalouse — Poissy, fameux de nos jours par ses mar-
m Dans le texte du décret d’excommunication se trouve ce pass.age : « Qu ils
bien, et leur, entant, t que leur, inteelln. .e répandent
comme ceux de l’impie Arius ! »
(2) De Saignes. Erreurs et prtjugcs.
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chés et par sa prison, était célèbre, au moyen âge, par la naissance (1) et le baptême de St-Louis. Sur les vitraux du baptistère
Fio. 46. - Blanche de Castille, d’après les monuments de la Monarchie française do Montfaucon.
OÙ fut présenté le saint roi, on voyait la reine Blanche de Castille avec ce quatrain :
Saint Louis fut un enfant de Poissy,
Et baptisé eu la présente église j.
Les fonts en sont gardés encore ici.
Et honorés comme relique exquise (2).
(I) On raconte que l’épouse de saint Louis ne donna un lo
l abbave'^’]’‘'v^' avoir fait un pèlerinage à la fameuse fontaine de Sai^VlMbau^t de 1 abbaye de Vaux-de-Cernays, qui passait pour guérir la stérilités On nn. ^ , chaîne du PeM-Trianon un tableau repr&euSt" e suS ^
Dulaure. BeseriiJtion des environs de Paris.
Collin de Plancy raconte que la raclure de ces fonts était un spécifique admirable contre la fièvre.
Saint Louis est le seul roi de France qui n’eut pas de nourrice (1).
A ce propos, Antoine Varillas, qui d’ailleurs a souvent fait de l’histoire un roman, raconte l’anecdote suivante : « La reine Blanche voulut être la nourrice de son fils, et comme il est bien malaisé de s’exempter d’être jaloux de ce que l’on aime beaucoup, elle ne put souffrir que saint Louis prit d’autre lait que le sien. Un jour que la reine était dans la plus grande ardeur d’un accès de fièvre qui dura extraordinairement, une dame de qualité qui, pour lui plaire ou pour l’imiter, nourrissait aussi son fils, voyant le petit Louis pleurer de soif, s’ingéra de lui donner la mamelle. La reine, au sortir de son accès, demanda son fils et lui présenta la sienne ; mais le petit Louis n’en voulut point, soit qu’il fut pleinement rassasié, soit qu’un lait brûlé le rebutât après en avoir pris autant de frais qu’il lui en fallait. Il n’était pas difficile d’en deviner la cause; et la reine la soupçonna d’abord. Elle feignit d’être eii peine de remercier la personne à qui elle était redevable du bon office rendu à son fils durant son mal, et la dame, croyant faire sa cour, avoua que les larmes du petit Louis l’avaient si sensiblement touchée qu’elle n’avait pu s’empêcher d’y mettre remède. Mais la reine, au lieu de repartir, la regarda d’un air dédaigneux, et, entrant avec force son doigt dans labouche de l’enfant (fig. 47), le contraignit de vomir le lait qu’il avait pris. Cette violence donna de l’étonnement à ceux qui le virent; la reine pour le faire cesser dit : « Je ne puis endurer qu’une autre femme ait droit de me disputer la qualité de
mère ».
Un évêque facétieux. — Marguerite de Provence, femme de saint Louis, eut à ses premières couches une fille. On craignait que le roi n’en fût affligé et on hésitait à lui porter la nouvelle. Guillaume d’Auvergne, évêque de Paris, se chargea de le consoler par un raisonnement spécieux et faux, comme la plupart des raisonnements scolastiques. Voici, d’après le dominicain Etienne de Bourbon, en quels termes il s’exprima: « Domine, gaudea.tis,quhi afferovobis boves minores, quia hodie lucrataestcoronaFi'ancie unum rcgem; quia habetis unam filiam, per maritagium cujus habebitis unumregnum, et, si haberelis fdium, daretis ei comiialum magnum ». Sire, réjouissez-vous, et je ■sous amène les
(1) Voir la note de la page IG.
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veaux gras, car aujourd’hui la couronne de France a bénéficié d’un roi ; il vous est né une fille par le mariage de laquelle vous acquérerez un royaume, tandis que si vous aviez un fils, vous auriez à
Kio. 47. La reine ülanclio fait vomir son enfant qui venait do prendre le soin d’une dame
de la cour.
lui donner un grand comté ». Et par ces paroles, l’évêque rendit te roi tout joyeux, Isetifîcavit eum.
Un accouchement pendant les croisades. — La reine Marguerite, avait suivi son mari dans cette folle équipée que l’histoire appelle la septième croisade. Au moment des désastres, elle était enceinte et les infidèles la tenaient assiégée dans Damiette.
« Troiz jours devant ce que elle accouchast, li vindrent les nouvelles que le roy estoit pris ; desquiex (1) nouvelles elle fu si elïrée(2) que, toutes les foiz que elle se dormoit dans son lit, il li sembloit que toute sa chambre feust pleinne des Sarrazins, et s escrioit : « Aidiés, aidies ! (3) ». Et pour ce que l’enfant ne feust périz, dont elle estoit grosse, elle fesoit gésir devant son lit un chevalier ancien de l’aage de quatre-vins ans, qui la tenoit pai la main ; toutes les foiz que la royne s'escrioit, il disoit : « Dame, n’aiés garde (4) car je suis ci ». Avant qu’elle feust accouchiée, elle fist wuidier hors toute sa chambre (5), fors que le chevalier, et s’agenoilla devant li et li requist un don ; et le chevalier li octroia par son serment, et elle li dit ; « Je vous demande, fist-elle, par la foi que vous m’avez baillée, que si les Sarrazins prennent ceste ville, que vous me copez la teste avant qu’il me preignent ». Et le chevalier respondi : « Soiés certainne que je le ferai volontieis , car je l’avoie jà bien empensé (6) que vous occiroie, ayant qu ils nous eussent pris. La royne accoucha d’un filz, qui ot à nom Jehan ; et l’appelloit l’en Tristan (7), pour la grant douleur là ou
il fu né » (8).
Avortement de Marie de Luxembourg. - Sait-on que c’est à des planches mal clouées ou vermoulues que les Valois durent leur avènement au trône de France? En effet, 1 ancienne
(1) Desqiielles.
(2) Effrayée.
(3) A l'aide, aie secours.
(4) N'aye% crainte. x 7 „
(5) Elle fit sortir tous ceux qui étaient dans sa chambre.
(7) Les^naniS Su7nt Ïritew; c’est évidemment Tristan qu’U faut lire. Cette naissance est rappelée dans la Branche aux loyaux lignages :
Lo voir dict do cello deslroca, L’onfaota à très grani Irisloce, Et vouai quo noo li itiU an,
Sans rappel nul, Johan Tristan.
La vérité dite sur cette détresse, (la reine) l’ei\fanta en grande que, sans aucune appellation autre, on l'appelat Jehan Tristan. (8) Mémoires du sire de Joinville,
tristesse et voulut
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Chronique de Flandre rapporte que Marie de Luxembourg, femme de Charles IV, le Bel, se transportant à Montargis, le fond de son chariot céda, elle-même tomba et se blessa si dangereusement
Fig. 48. - Marguerite do Provence, d’après les Monuments de la monarchie
Monlfauoon.
française do
qu’celle en mourut, après avoir accouché ; le petit Capétien qu’elle mit au monde avant terme suivit sa mère au tombeau.
Naissance de Michelle de France (I). — C’est à la sance d’une fille de Charles VI que le boulevard Saint-Michel doit son nom. En effet, ce roi eut une fille qu’on appela Michelle En 1 honneur de cet événement, la porte de Fei , que le vut
LSS ACCOtJCHESlENTïj A LA COUII.
gaire appelait à’Enfer, fut placée sous la protection de Saint- Michel et l’archange fut le parrain de la porte et du faubourg qui s’étendait au delà (1). Les numismates connaissent une médaille frappée à cette occasion (fig. 49). De face, elle représente Charles VI et, au revers, une porte de ville, munie de deux tours ; on y
lit la légende suivante ; pvblicæ vtilitatis gratia restavrata ET ARCHANGELO MiCHAELi DiCATA (restaurée dans un but d utilité publique et dédiée à Saint-Michel archange).
Prétendue supposition de Charles VIII. Suhant Bernard de Girard, seigneur du Haillan, historiographe de France, Charles VIII aurait été fils d’une des maîtresses du roi, et non de Charlotte de Savoie, l’épouse légitime. Cette supposition aurait eu pour but d’enlever toute espérance au duc de Guyenne, frère puîné de Louis XI, dont les menées devenaient inquiétantes.
11 n’y a là, sans doute, qu’un conte inventé par un cadet ambitieux et déçu. Quoi qu’il en soit, une médaille fut frappée en 1 honneur de cet événement, en 1470 (fig. 50).
Grossesse illusoire de Marie d’Angleterre. -- On sait que les femmes ont souvent des grossesses illusoires; ce fut le eus de Marie d’Angleterre, troisième femme de Louis XII, en 151i.Cette
(1) La porte St-Michel fut démolie en 1684.
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reine, féconde au moins d’imagination, prétendait même percevoir les mouvements de l’enfant. C’était le troisième essai du père du peuple, qui, peu satisfait de cette paternité vague, aurait voulu un héritier. Mais il mourut sans avoir cette satisfaction (1) et laissa la succession du trône à un neveu.
Voici ce que Brantôme raconte au sujet de cette grossesse illusoire ou simulée : « Ce dit-on pourtant, que la dite Reine fit bien ce qu’elle put pour vivre et régner Reine Mère, peu avant et après
Fig. 50.
la mort du roy son mary : mais il luy mourut trop tost; car elle n eut pas grand tems pour faire cette besogne, et nonobstant faisoit courir le bruit, après la mort du Roy, tous les jours, qu’elle etoit giobse . SI bien que ne l’estant point dans le corps, on dit quelle s’enfloit par le dehors ayec des linges peu à pef et nue venan le terme, elle avolt un enfant supposé, que deroit avoir une autre femme grosse, et le produire dans le tims de l’accouchement. Mais Madame la Régente, qui estoit une Savoyenne qui bçavoit que c est défaire des enfans, et qui voyoit qu’ily alloittron
de bon pour elle et pour son fils, la m bien eLlaiL et vi ter Z médecins et sages-femmes, et par la veue et descouverte de Ls linges et drapeaux, qu’elle fut descouverte, et faillie en son des sein, et point Reine Mère, mais renvoyée en son pays. »
™ Claude
Thomine Boudeville
Le récit de Mézerai est plus simple : « Après la mort de Louis XII, dit cet historien, on crut que Marie d’Angleterre étoit grosse, mais on fut incontinent assuré du contraire par le rapport qu’elle en üt elle-même ».
Un calembour. — En 1517, Claude donna au roi François I" un fils qui reçut le nom de son père. Clément Marot s’empressa, dans une ballade, de jouer sur le titre de Dauphin que portait l’héritier présomptif. Cette poésie de cour n’a pas grand naturel, mais elle échappe, tout au moins, à la platitude ordinaire du genie.
Neptune veut
Rendre la mer de la Gaulle haultaine Calme et paisible ainsi qu’une fontaine,
Et, pour oster matlielots de souffrance.
Faire nager en ceste eau claire et saine Le beau Daulphintant désiré en France.
Mais les nymphes ont beau s’en mêler, les vents ne souffler plus « sinon à doulce alaine », les tempêtes s’évanouir : il ne nagea pas longtemps, le beau Dauphin, mais très vite se noya.
Les grossesses de Catherine de Médicis et le médecin Fernel. — Henri II, époux de Catherine deMédicis, était atteint d’hypospadias, vice de conformation de l’ouverture de l’urètre. Or, nous lisons dans Louis Dorléans, au livre intitulé la Pla.nte humaine, l’anecdote suivante, empruntée d’ailleurs a la I le des
médecins illustres de Castellanus . i, i
« Henri II ne pouvant point avoir d’enfant, fit appeller plusieuib
médecins habiles de la Faculté de Médecine de Pans, sèrent de donner leur secours : l’on proposa h ernel ; le Roi le I t venir, et lui demanda en riant, en présence de la Reine, il po voit bien faire des enfants à la reine. Fernel répondit que c etoit à Dieu à les donner, à Sa Majesté à les faire et à lui ^ lespréceptes de l’art, par lesquels on pouvoit y parvenu. ^ tenis après la Reine devint grosse, et s en étant appeiçue, elle envoya dix mille écus; et quand elle accoucha, autant, avec ui buffet d’argent : elle en faisoit autant chaque couche ”•
Ce Fei nel, en sa qualité de médecin royal, ait donne des conseils aux deux époux, c’est probable ; que ses conseils aient été suivis de succès, le résultat le prouve. Mais préciser davantage,
affirmer, comme Varillas par exemple, que Fernel ait voulu que
augustes conjoints profitassent de la période menstruelle, c’est pousser jusqu’au roman l’amour du détail. Fernel, peut-être, n’aurait pas été arrêté par le préjugé, général à son éjDoque, que les enfants conçus durant la menstruation avaient la lèpre 5 mais 1 lantius, son élève et son biographe, le seul qui aurait pu rece-
voir scs conAdenccs, ne fail aucune allusion à ce fait; sur ce P nt, tous les auteurs sont muets avant Varillas. N'est-il nas
plT4- défaut
payés à chaque couche de Cathe-
nance de HeS^ ordon-
enii II, signée à Fontainebleau, le 26 d’août 1556, et ce
document (1) fait mention d’une gratification qui doit être payée à Fernel à propos d’une couche de la reine, survenue le 29 juin
précédent : , ^ •
« Extrait d’un roole de plusieurs parties et sommes de deniers
que le Roi a commandé estre payées par maitre Raoul Moreau, thrésorier de son épargne, aux personnes pour les causes contenues
audit roole. »
Au recto est écrit ce qui suit ; • j j-i.
« A maître Jehan Fernel, conseiller et médecin ordinaire dudit
Seigneur, la somme de deux mille trois cents livres tournois, dont ledit Seigneur lui a fait don, en faveur des bons et agréables services qu’il lui a ci-devant et de long-temps faits en sondit état, fait et continue chacun jour, et espère ledit Seigneur qu il fera ciaprès ; même pour le faire ressentir du soin et vigilance qu il a eu au traitement de la Roy ne pendant la maladie qu elle a eue a sa dernière couche, ayant, durant ledit temps, esté et derneuré continuellement près de sa personne, et ce outre et ^
gaiges, et les autres dons et bienfaits qu il a eus d icelui Seipe .
^ Nous sommes loin des dix mille écus ; après cet accouchemen , où elle mit au monde deux filles, dont l’une mourut aussitôt et l’autre vécut vingt-huit jours, Catherine eut encore nombre d enfants. La cour aurait-elle été plus généreuse encoie a la naissance de Charles IX et d’Henri 111 ? En tout cas, il nous semble que Fernel n’avait pas à se plaindre.
Naissance de François II. Quelques gentillesses de Cour — En 1544, dans le temps où Henri était encore Daup im, il eut de Catherine de Médicis François, duc de Bretagne, plus tard rm sous le nom de François II. L’entant s’était tmt attendre Henri II nous l’avons dit, était atteint d hypospadias. n en i Üa cou;, et sans discrétion. Oyez plutôt l'effronté Bran orne :
« Sur ce i’ay ouy faire un conte, que, lorsqu il (François II) fut
né, il y eust une dame de la Cour, ffalf
5SH5 S: !: sb;
I, , L’origin.1 coûtait da» le Cabinet de SatotMartin.des.Ohan.ps, n- 390, 3- liasse.
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et que pour ce la semence n’alloit pas bien droict dans la matrice,
Fio. 52. — Calhorino de Médicis.
ce qu. empeschoit fort do concopvoi,-; mais, après ,uo cest enfant
fut né, on dit qu’il ne tenoit plus à M. le Dauphin : et par ainsy ceste dame ayant expliqué son placet à M. le Dauphin, tout fut tourné en risée, et dict qu’il avoit rendu l’abbaye Saint-Victor vacante, faisant allusion d’un mot à l’autre, que je laisse imaginer au lecteur sans que j’en fasse plus ample explication »(1).
L’année 1544 fut marquée par trois éclipses de lune et une de soleil, sur quoi, Melin de Sainct-Gelays, qui alors était le poète favori de la Cour, écrivit le sonnet suivant :
Un grand devin, tost^près la naissance Du nouveau duc, à l’oracle s’enquit Pourquoy le jour qu’entre nous il nasquit,
De neige il cheust en tous lieux abondance.
(( Pour vous donner, dit le Dieu, congnoissance Qu’onques nul jour estre tant ne requit Marqué de blanc, pour devoir et acquit D’éterniser si grande esjouissance. »
— Qui te fit donc, ô Phœbus, dit le prestre,
Perdre en ce mois ta lueur coutumière.
Puis te coucher alors qu’il vouloit naistre ?
— Besoing n’aviez de ma clarté première,
Dit Apollo, venant à comparoistre Nouveau soleil et plus grande lumière. »
Ce n’était pas assez pour l’enthousiasme de Sainct-Gelays. Dans une autre pièce, il voit déjà l’héritier d’Henri II arrachant la Palestine aux infidèles ! . at ^ .
C’est en cette même année, 1544, que mourut Clement Marot . Le poète, alors disgracié, traduisit librement, en l’appliquant au nouveau-né. l’églogue à Pollion, où Virgile célèbre la naissance d’un enfant dont la venue devait régénérer le monde. Les vers de Marot ne font pas trop mauvaise figure à coté du fameux Sicelides musœ ; mais le pronostic s’appliquait mal à celui qui devait etre
le roi sans vices et sans vertus (2).
L’horoscope latin du même personnage, inséré par ih. de ueze, dans ses Juvenilia, manque encore plus d’à-propos, s il est possible :
(T) siècle, les poètes les plus
Belleau Bnïf, pavaient par des flatteries poétiques de ce genre la "1"?
leur accordaient les grands. Ces pièces n’ont rien d'intéressant, m comme forme ni
comme détails anecdotiques.
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Fertur in Alcmenes veuturus Juppiter olim Brachia, ter noctis continuasse vices, Nempe quod in magni divinos Herculis ortus Nox, hyberna licet, non foret unasatis.
Sic, princeps Henrice, tuo cum e semine vellent Alcidem Gallis gignere fata suum,
Fig. 53. — Elisabeth d'Autriclio, d’après Clouet.
Unius in prolis conceptum currere messes Jusserunt, magna cum ratione, decem.
Scihcet haud aliter prorsus quampluribus annis Formari tantus debuit iste puer.
Et (si fas homini res est aperire futuras,
Nec dici Vatum numen inane decet)
Que déni plures ternis sunt noctibus anni,
Hoc tuus hic infans Hercule major erit.
« On raconte qn’autrefois Jupiter, pour venir dans les bras d’Alcmène, fit durer une nuit autant que trois. C’est que pour la divine naissance du grand Hercule, une nuit, même une nuit d’hiver, ne suffisait pas seule. De même, Henri, les destins voulant de ton sang faire sortir l’alcide de la France, ont justement ordonné que, pour la conception de ce seul enfant, il s’écoulât le temps de dix moissons. 11 fallait en effet plusieurs années, pour qu’un tel fruit se formât; et si l’homme peut prédire l’avenir, si se n’est pas vainement que les poètes sont appelés prophètes, cet enfant dépassera Hercule autant que dix années dépassent trois nuits. »
Voici le portrait que Michelet, d’après les textes contemporains, nous donne de ce vainqueur d'Hercule : « Pâle et bouffi, i gardait ses humeurs, ne mouchait pas ; bientôt il moucha par les oreilles et dès lors il ne vécut guère». Marie Stuart, une forte rousse, grande mangeuse, le hâta par ses appétits charnels.
Sur la naissance de Madame de France fille de Charles IX. — On sait que si Charles IX eut un batard de sa maîtresse Marie Touchet, il n’eut que des filles ^ Elisabeth d’Autriche, sa femme légitime. A la naissance de 1 une d eües, un poète, qui se désigne sous les initiales I. S. P., composa unhymm dont voici quelques vers :
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Fie. 56. — Louise de Lorraiac-, d’après Clouet.
Et sur ce poinct à nostre Royne arrive D’enfantement l’angoisseuse douleur,
Ja elle crie, et se perd sa couleur,
Puis elle implore à son secours Lucine : Haste toy donc, ô Junon, médecine De tel tourment, afin de secourir Mère et enfant, ne la laisse mourir :
Elle n’est point de la race d’Alcmène Qui feist tromper ta gravité divine Par Galathis : lo, ïo ! Voicy.
Son tourment cesse avecques le soucy
Quel prenoit pour si grande destresse : lo, ïo ! Voicy ja la princesse,
Qui vient jouyr heureuse du beau jour Que nous tenons ; la voila ja autour Du rond tetin de sa nourrisse belle Sucçant lelaict de sa lèvre jumelle.
Dieu gard la fille au Roy le plus puissant !...
Une médaille fut frappée en 1571, à l’occasion de la grossesse d’Elisabeth d’Autriche (fig. 54) et une autre célébra la naissance de Madame Marie Elisabeth de France, l’année suivante (fig. 55) (1).
La favorite et la femme de Henri III. — Marie de Clèves, princesse de Condé, maîtresse de Henri HT, mourut presque
subitement le 30 octobre 1574. Il est vraisemblable qu’elle succomba à une suite de couches, après avoir mis au monde une fille, Catherine de Bourbon. Comme son amant voulait l’épouser contre les volontés de la reine-mère, on attribua cette mort rapide à un empoisonnement, tandis que le roi était à Lyon. En apprenant cette nouvelle, Henri « tomba à la renverse et resta froid et aussi
immobile que s’il eut été mort ».
L’année suivante, il épousa Louise de Lorraine. La naissance
nwp re-ÎBtre de l’épargne de Charles IX, pour 1672, contient Pacte suirant : (i A Ysabeau Beaudoin, sage-femme de la Royne Elisabeth d Autriche, 16 ses services et bon debvoir qu’elle anroit faict il 1 endroit de la personne de . .
dame le jour de son accouchement... le surplus de laquelle somme montant pareille somme de 1,250 lui sera payée en l’année prochaine. »
MOYEN AGE ET TEMPS MODERNES
d(' Louise avait coûté la vie cà sa mère, Marguerite d’Egmont ; elle-même ne fut guère plus heureuse. Elle n’eut qu’un enfant, et il ne vint pas à terme. Suivant Dreux du Radier, Catherine' de Médicis et Madame de Nemours eurent la curiosité de faire examiner le sexe de l’avorton; on trouva que c’était un fils. Cette lausse couche de Louise et la stérilité qui suivit furent attribuées
Fie. 50. - Jeanne d’Albrot, d’après Clnuet.