COUR DE FRANCE
Étiquette obstétricale. — Nous donnerons d’abord quelques renseignements sur le cérémonial observé à la cour de France lors de l’accouchement des reines et des princesses du sang.
La reine approchant de son terme, on préparait, près de sa chambre ordinaire, une autre chambre où devait avoir lieu la délivrance. Dans cette seconde chambre, on exposait des reliques de sainte Marguerite et l’on dressait comme deux tentes : l’une, plus grande, était destinée à contenir les témoins convoqués à la naissance des enfants de France et, en général, tous les assistants ; l’autre, plus petite, entourée de la première, était destinée à la reine, au roi, à l’accoucheuse et aux aides ; on y disposait deux lits, le lit de travail et celui où devait reposer la nouvelle accouchée.
ün a longtemps conservé dans le garde-meuble royal le lit de travail qui a servi aux reines Anne d’Autriche, Marie-Thérèse et à la Dauphine, Anne de Bavière; il avait trois pieds de large et était composé de deux matelas séparés par une planche pour empêcher le siège de s’enfoncer dans un creux. On étendait sur ces matelas deux draps et une couverture : un double traversin était placé sous les épaules et la tête ; enfin, le lit était complété par deux chevilles d'un pied de long, fixées l’une à droite et l’autre à gauche, que la princesee devait saisir pendant les douleurs, et par une barre pour servir d’appui à ses pieds pendant le travail.
Après la délivrance, la reine était transportée sur le lit voisin ■et sa lectrice veillait à ce qu’elle ne s’abandonnât pas au sommeil. Au bout de six semaines, la nouvelle accouchée étendue sur une chaise longue, recevait, pendant trois jours, les personnes présentées à la cour.
Le cérémonial était à peu près le même pour toutes les princesses du sang.
MOYEN AGE ET TEMPS MODERNES
Réjouissances publiques. — La naissance d’un garçon était
Fie. ÎO, 21. Médailles frappées à l’occasion du banquet donné à l’Hôtel do Ville pour la naissance du dauphin, on 1729. ’
annoncée aux populations par cent-vingt coups de canon (1) ; celle d’une fille par une salve de vingt-quatre coups seulement. A la naissance des dauphins, les cloches sonnaient pendant trois jours et trois nuits (2) ; outre ces décharges d’artillerie et ces sonneries, on célébrait des fêtes publiques dont le fond invariable consistait en feux de joie, illuminations, fusées volantes, feux d’artifices, orchestre en plein air, danses en place de Grève, représentations gratuites avec l’inévitable cantate (3), fontaines de vin, banquets
(1) Sous la restauration, on économise la poudre officielle et on se contente d’une sah'e de vingt-quatre coups de canon pour un prince et de douze pour une princesse. A la naissance du duc de Boi’deaux, ou fredonne dans les rues un refrain qui rappelle cette coutume :
C’est un garçon ! J’ai dans mon allégresse Compté deux fois douze coups de canon.
Dans tout Paris, on s’agite, on s’empresse.
Chacun s’aborde, et dit avec iATesse :
C’est un garçon !
On est plus généreux sous l’empire : on octroie cent un coups de canon au roi de Rome et autant au prince impérial. Pour célébrer cette dernière naissance, MM. Clair- A'ille et Siraudin improvisèrent un ü-propos-vaudeville en un acte, assez inepte, qui fut représenté sur le théâtre du Palais-Royal et qui portait pour titre : 101 coups de canon.
(2) A la naissance de Louis XIV, on fit sonner même les cloches du Palais et de l’Hôtel de Ville, qu’on ne mettait presque jamais en branle.
La déli\Tance de la duchesse de Berry devait être annoncée â Bordeaux, si la nou- A'elle parA^enait le jour, par des salves d’artillerie, et par le bourdon de l’Hôtel de Ville, si elle arrivait la nuit : quinze Amléespour la naissance d’un prince, trois A'olées pour celle d’une fille.
(3) La première représentation gratuite fut donnée i\ l’OiAôra en 1661, i\ l’occasion de la naissance du Grand Dauphin, fils de Louis XIV.
Comme exemple de cantate officielle, nous citerons l’une des moins mauvaises, celle que Désaugiers composa â l’occasion de la naissance de « très haute et très puissante princesse Louise-Marie-Thérèse d’Aidois » et qui fut chantée à l’Opéra, le 22 septembre 1819, en présence de l’heureux père, le duc de Berry :
O mon pays. A, ton bonheur.
Comme autrefois, le ciel préside.
Vois ce berceau consolateur Où des Français l’espoir réside.
Objet riant, doux appareil.
Une princesse a pris naissance.
L’aurore annonce le soleil ViA-e le Roi I Viv'e la France !
En attendant un héritier Des mâles vertus de son père,
Qu’on aime ù voir multiplier Le portrait charmant de sa mère !
Chez les Bourbons, preux et Fi-ançais,
La beauté naît de préférence.
moyen AGE ET TEMPS MODERNES
(fig. 30, 21), distributions d’argent, de cervelas et de saucisses.
Seb. Mercier, dans son curieux Tableau de Paris, fait bavarder comme suit un groupe de commères, toutes joyeuses de l’aubaine que la naissance d’un prince peut leur apporter: « Un prince estnéd’bier! Nous aurons des feux d’artifice. — Non, dit une autre, on mariera six cents filles. — Descendons, disait la troisième, on va répandre du vin dans la place et faire sauter sur nos têtes des cervelas et des petits pains. La plus jeune disoit: « On dansera ce soir en place de Grève ». La cinquième: « Est-ce qu’il n’y aura pas une amnistie, pour que je revoie mon frère le déserteur qui est un si bel homme? — Est-ce qu’on ne délivrera pas tous les prisonniers pour dettes? «disoit la dernière. L’idée des fusées volantes, de la bombance grossière, des violons aigres perchés sur des tréteaux, des illuminations, le tintamarre des cloches, voilà ce-qui occasionnait leurjoie désordonnée ».
Citons, parmi ces fêtes, quelques-unes des plus remarquables (1).
Quand, après une longue stérilité, Anne d’Autriche met au monde celui qui devait être Louis XIV, la joie parut être sans bornes. « 11 y avait des lanternes de couleur aux fenêtres de l’Hôtel de Ville et de presque toutes les maisons, et, devant les terrines de graisse à lumignons allumés, on avait disposé, dans beaucoup de rues, de grandes feuilles de papier huilé avec des figures appropriées à la circonstance » (2).
Les jésuites avaient disposé mille flambeaux sur leur mur, deux mille dans leur cour. Le lieutenant civil Laffemas éleva devant
son hôtel un théâtre décoré de figures symboliques et emblématiques.
Mais les héros suivent de près.
Vive le Roi ! Vive la France !
Lys éclatant de majesté,
Le sol sacré de la patrie A tressailli de volupté,
Voyant sa tige refleurie.
Ah ce premier de tes présents De plus d’un autre est l’assurance.
Produis une fleur tous les ans,
C’est pour le Roi. C’est pour la France !
(2) Mémoires de Briennn.
Ce qui fut bien plaisant Fut Monsieur La Rallière :
Ce brave partisan Fit faire une barrière
De douze à quinze muids, où tout le monde S’alloit abreuver à la ronde Et s’amusoit à tirer la bonde (1).
« Et toutefois, non content de cela, dit la Gazette de septembre 1638, il se promena une grande partie de la nuit avec deux carrosses pleins de violons,'hauts-bois et musiciens, suivis d'un chariot chargé de trois muids de vin en bouteilles et de viandes et pasticeries, dont il faisoit présent à tous les paysans, et en laissa chez plusieurs de ses amis. »
Les habitants de Paris descendirent faire leurs repas sur la place publique et y tinrent table ouverte :
Au milieu du ruisseau Estoit la nappe mise,
Et qui bu voit de l’eau Estoit mis en chemise.
Ce n’estoit rien que feux, jeux et lanternes,
Et l’on couchoit dans les tavernes;
Et, si je ne dis vray, qu’on me berne (2).
Il est né, le grand roi; le peuple mange, il jeûnera assez plus tard (3).
A la naissance du Grand Dauphin, fils de Louis XIV, on tira, sur la place de Grève, un magnifique feu d’artifice dont les fusées, « par un effet des plus industrieux aussi bien que des plus agréables,
(1) St-Amant. Chanson sur la naissance de Louis XIV.
(2) St-Amant. Chanson citée.
(3) Dans des stances qu'il composa sur la naissance du fils de Louis XIII, Maître
Adam, le menuisier de Nevers, semble avoir prophétisé que l’enfant s’appellerait, un jour, le Roi-Soleil. Au début de son galimatias, le Virgile au rabot s'adresseau« Père de la lumière », et, après dix vers d'invocation, continue en ces termes : j
Le sujet que je prends est d’un si haut mérite, ;
Que je n’en puis assez admirer la splendeur, ,
Et tout ce qu’eu ton cours ta flamme ressu>cite, i
Doit servir quelque jour de prix à fcv grandeur ; j
Ce dauphin dont le ciel comble notre espérance, |
Qui coûte tant d’autels et de vœux à la France j
Est de mes passions l’objet impérieux : j
Prodigue moy tes fruits que la nature enserre, |
Et ne t'offense j?as si je lui donne en terre j
La mesine dignité gue tu tiens dans les cietur. J
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semèrent, en or, les airs de petits dauphins, parmi un nombre infini d’étoiles et d’autres artifices qui, par leur lumière et leur tin-
tumarre éclairoyent et chantoyent leur triomphe en faisant part au ciel des réjouissances de la terre ».
Quand vintau monde le DucdeBourgogne,petit-fîlsdeLouisXIV,
les illuminations (1) et le feu d’artifice (fig. 22) furent splendides, l’indigestion formidable.
« Ala naissance de M. le duc de Bourgogne, disent les Mémoiî’es de l’Abbé de Choisy, on devint presque fou. Chacun se dormoit la liberté d’embrasser le roi. La foule le porta depuis la surintendance, où Madame la Dauphine accoucha, jusqu’à ses appartements. Il se laissoit embrasser à qui vouloit. Le bas peuple paroissoit hors de sens ; on faisoit des feux de joie, et tous les porteurs de chaise brûlaient familièrement la chaise dorée de leur maîtresse. » L’abbé remarque que la joie avait été beaucoup plus modérée à la naissance de Monseigneur le Dauphin. Victor Fournel cite un trait particulier à l’allégresse des suisses de la garde. « On les vit danser, au nombre de plus de deux cents, devant les portes du palais, et, après avoir épuisé tout le bois à brûler dans leurs feux de joie, jeter successivement au brasier des poutres destinées à faire des planchers, les bâtons de la chaise du duc d’Aumont et jusqu’à leurs paillasses (2). Le roi, apercevant tout ce désordre, voulut qu’on les laissât faire, « pourvu, ajouta-t-il, qu’ils ne nous brûlent pas ».
Une notice de M. J. -A. Le Roi, publiée dans le tome I des Mémoires de la. Société des sciences morales de Seine-et-Oise^ nous donne tout le détail des réjouissances qui eurent Versailles pour théâtre. Cette ville était alors remplie d’un grand nombre d’ouvriers attirés par les travaux immenses que faisait exécuter le roi. On
(1) « Les bourgeois du pont Notre-Dame le firent illuminer, pendant trois jours, avec des lustres et des girandoles de cristal, garnis de bougies dont la lumière était réfléchie par quantités de miroirs. Le même soir, la galerie du Louvre fut illuminée par un si grand nombre d’hommes, qu’en un quart d'heure elle parut tout en feu. » Edm. Neukomm. Fêtes et Spectaeles du vieux Paris.
(2) L'indifférent Lafontaine s’avisa de vouloir, lui aussi, témoigner de son allégresse; il composa deux ballades, aussi médiocres l’une que l'autre. Combien il avait été mieux inspiré dans son élégie à Madame Fouquet sur la naissance deson dernier fils. Le début du morceau est charmant :
Vous avez fait des poupons le héros.
Et l’avez fait sur un très bon modèle.
Il tient déjà mille menus propos ;
Sans se méprendre, il rit à la plus belle.
C’est, ce dit-on, la meilleure cervelle De nourrisson qui soit sous le soleil :
Pour bien teter il n’a pas son pareil ;
Il fait en tout sou jugement paraître Quelqu’un m’a dit qu’il sera du Conseil (Sans y manquer) du Dauphin qui va naître.
On sait que Lafontaine était profondément attaché à Fouquet et à sa famille ; des Dauphins venus et à venir, nous soupçonnons qu’il ne se souciait guère.
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leur fit distribuer du vin en grande quantité à l’Etape (1), et dans les ateliers. Il se forma des danses où se trouvèrent mêlés ensemble, peuple, officiers et grands seigneurs. A peine ces manifestations de la joie publique eurent-elles commencé, qu’on vit couler des fontaines de vin de chaque côté de la première grille du château, ainsi que dans l’intérieur des cours. Devant chaque hôtel de ministre, l’on avait établi des feux et des distributions devin.
« Ces réjouissances durèrent plusieurs jours avec les mêmes transports. C’était à qui varierait chaque fois les illuminations et les artifices. Tant que durèrent les fêtes, la Pompe fut magnifiquement illuminée, et tous les feux dont brillait Versailles, se reflétant sur l’or couvrant le château (2), imprimèrent à la ville une physionomie toute magique.
« Pendant les deux ou trois premiers jours qui suivirent celui de la naissance du duc de Bourgogne, tout le chemin de Versailles fut couvert depeuple venant témoigner sajoie par ses acclamations. Après avoir vu le roi, on allait voir le nouveau-né, et la maréchale de la Mothe était fréquemment obligée de le montrer à tout ce peuple accouru pour contempler un instant son visage.
« Sauf les grands seigneurs, les habitants de Versailles étaient alors composés de paysans, d’ouvriers et de gens de bas étage, attirés par les travaux que faisait faire le roi et par les privilèges qu’il accorda aux premiers propriétaires de la ville. Les marguilliers de la j>aroisse, se considérant comme les représentants des bourgeois de la ville, ne voulurent pas laisser passer une occasion si favorable de se distinguer ; ce qui amena une scène assez plaisante. Ils allèrent trouver Bontemps, premier valet de chambre du roi et alors gouverneur de Versailles. Ils lui représentèrent que, dans une circonstance aussi solennelle, ils ne pouvaient se dispenser de porter au roi les félicitations des habitants de Versailles, et le piièient de les présenter a Louis XIV. Bontemps en parla au roi qui voulut bien les recevoir, et leur assigna une heure pour le lendemain. A l’heure indiquée, Bontemps, comme gouverneur de Versailles, avait cru devoir se mettre à la tête de la députation.
les introduisit dans le salon où se trouvait le roi. Mais à peine y furent-ils entrés, que, sans donner à Bontemps le temps de pro-
gris dl^la marchands en
■>“ 't <!«• «il» <1» ministres
noiicer la formule d’usage : « Sire, voici les bourgeois de Versailles que je présente à Votre Majesté » ; l’un des marguilliers, nommé Colette, épicier de profession, chargé de faire le compliment, enthousiasmé sans doute par la présence du roi, se mit à chanter à pleine gorge ; Domine salvum fac regem, auquel les marguilliers, électrisés à leur tour par la voix de lutrin de leur orateur, répondirent: Et exaudinosin die qua invocaverimus te. Louis XIV ne s’attendait pas à un pareil discours. Il ne put conserver sa gravité et se mit à rire ainsi que tous les seigneurs qui l’entouraient. Mais Bontemps, peu flatté du rôle que venaient de lui faire jouer les marguilliers, leur fit de vifs reproches et les poussa hors du salon, d’où ils se retirèrent un peu confus de leur réception.
« A l’occasion de cette naissance, on chanta plusieurs Te üeum en musique à Versailles. La plupart des maîtres en avaient composé, et le roi voulut bien les entendre dans sa chapelle.
« Louis XIV avait dispensé les différents corps de l’État des compliments d’usage ; quant aux ambassadeurs et aux ministres des princes étrangers, il leur accorda l’audience qu’ils lui demandèrent à cette occasion. Elle eut lieu dans le grand appartement de Versailles, avec les cérémonies accoutumées. Tous les corps de la garde du roi étaient en haie. Les ambassadeurs entrèrent par le grand escalier. Le roi était assis sur son trône d’argent ; il avait auprès de lui, d’un côté, le duc de Bouillon, grand chambellan, le duc de Créqui et le prince de Marsillac ; de l’autre, le duc d’Aumont, le duc de Saint- Aignan et le marquis de Gesvres. Une foule de courtisans les environnaient. Le duc de Luxembourg, capitaine des gardes de quartier, allait recevoir les ambassadeurs à la porte de la salle des gardes. Le roi écouta leur compliment avec gravité, et leur répondit avec une grande affabilité. Ils allèrent ensuite chez le Dauphin, le duc de Bourgogne et Monsieur. Madame la maréchale de La Mothe répondit pour le petit prince.
« Toutes ces audiences durèrent cinq heures, après lesquelles ces messieurs furent reconduits avec les mêmes cérémonies. Ils n’eurent audience de la reine et de Madame que l’après-dînée, parce qu’elles n’en donnaient jamais le matin. »
La province fit comme Paris et Versailles. M. J. Lapaume(l) a publié et traduit un poème en roman dauphinois, dans lequel un poète anonyme raconte et décrit ù M‘‘® *** les réjouissances publi-
(1) Anthologie nouvelle on Uecueil complet dc.<< poésies gyatoises den bords de l'Jscrc, tome IV.
ques, par lesquelles Grenoble célébra la naissance du duc de Bourgogne. La fête dura tout une semaine (I).
A huit heures du soir, samedi commença ;
De cent cloches le bruit jusqu’au Ciel s’élança.
Le lendemain Mgr de Grenoble,
Crossé, mitre, paré de son plus bel habit,
Pontiflcalemeut la grande messe a dit
Après la messe, procession
Cependant au dehors, tout le long des quartiers,
Se rassemblaient sans bruit tous nos gens de métiers...
Marchant dévotement, sans rire ni parler,
(Chose rare pourtant) on les vit défiler
Les Pieds-Déchaux suivaient comme les autres moines.
Les abbés, les curés, les prêtres, les chanoines...
Avant le Parlement, se carrait d’un air fier L'officier du Prévôt suivi du cavalier...
Les huissiers du palais, dont les robes traînaient,
Leurs verges dans la main à pas comptés marchaient.
Au retour de la procession, dîner de soixante couverts à l’évêché, puis illuminations. Le lundi, à midi, autre dîner à l’Arsenal, au bruit du canon; après le repas, un Te Deuin, puis une revue, enfin un feu de joie, à la suite duquel un huissier imposa silence et
Sur le champ, l’avocat, en homme de crédit.
Perché dessus son banc, à haute voix a dit :
Vous savez, braves gens, que notre Fran.ce,
Du Dauphin Monseigneur célèbre la naissance !
Puis, nouvelles illuminations et bal magnifique :
Les gens de qualité, comme en plein carnaval.
Quand le jour se leva déguerpirent du bal.
Le mardi matin, l’Évêché fit servir un déjeuner plantureux à sept cents convives qui, de plus, reçurent chacun trois sous en présent. Puis toute la ville se rendit sur les bords de l’Isère ; au milieu de la rivière, on avait dressé un édifice.
plus longue durée : la naissance du duc de tives et dont les dét-dU?^ ' Î'T publiques qui durèrent 24 journées consécu- Diseur invnn I .' . trom ent dans une i>ièce de vers aussi rare que curieuse ■
. onte po jonee. Ai D/jon sr cen che Antlmnc Uarjô, 1G82.'
Dessus de grands bateaux, pour un feu d’artilice.
Momus est épouvanté par le bruit des lances à feu et des serpenteaux ; Jupiter, prévenu, met le nez à la fenêtre, tressaute et ordonne d’aller quérir Eole ; aussitôt
Tous les vents déchaînés, sortant de leurs cavernes.
Eteignirent les feux, les lampions, les lanternes.
De son côté, M. l’intendant donna, le mercredi, festin, illumina- ' ■ tions, comédie et bal. Jeudi, spectacle gratis ; de longtemps le théâtre ne verra tel nombre 'j
.... D’écoliers, de clercs, de revendeuses, I
De coupeuses de gants et de pauvres piqueuses. i
Vendredi et samedi, relâche ; le dimanche suivant, bal public, ] en plein air : j
Flore, Artémis, Vénus, les Ris, les Jeux, les Grâces, |
Parcouraient le bosquet, le jardin, les terrasses.
Lors de la naissance du duc de Bretagne, premier flls du duc de Bourgogne, les bourgeois de la rue Saint-Jacques bâtirent une espèce de Gargantua qui, chargé de bouteilles, les distribuait aux passants, au moyen d’un ressort qui lui faisait allonger et ployer; le bras. A celle du Dauphin, fils de Louis XV et de Marie Leczinska, le bon peuple de Paris eut à se réjouir, par ordonnance du prévôt : des marchands et arrêt du Parlement. « Les maisons des échevins étaient illuminées avec lampions et lustres; chaque soir elles avaient ‘ deux tonneaux de vin à leurs portes. Le duc de Gesvres, gouver-neur de Paris, venait tous les jours à la ville en grande pompe, y avec quatre caresses de suite, sa maison et ses gardes, jetant ! beaucoup d’argent au peuple. Samuel Bernard (1) fit tirer un feu^: d’artifice sur la place des Victoires. Le gros Thomas (2), fameux.
(1) Célèbre linaucier du temps.
(2) Le Gros-Thomas alla eu cérémonie complimenter le roi et la reine. Au-dessoti.s . <rune gravure qui repi'ésente notre opérateur se rendant il Versailles, on lit quel«pi'«' lignes de texte qui donnent une idée de la magnificence de ce singulier personnage;^ <( Le superbe cheval qui avoit l’honneur de porter rincompai-able Thomas étoit orné^ d’une i)rodigieuse quantité de dents enfilées les unes avec les auti'es. Un valet .avoir soin de le traîner par la bride, de peur (pie la joie et les acclamations du jamplc n«-, le fissent sortir du sérieux (pn convient tl une pareille cérémonie. Les ajustemens du ' Gros Thomas étaient nouveaux et e.xtraordinaires. Son bonnet d’argent massif etd'uii travail achevé, avoit il son sommet un globe surmonté d’un co<i chanhuit. Le bas de ce couvre-chef étoit terminé par un retrouey au luilieu duquel on voyoit les armes de France et de Navarre, et sur le côté gauche un soleil et ces mots : Necplvribus imjfur. .Son habit d'écarlate fait il la turc étoit giirni de dents, de mâchoires et pior-
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charlatan du Pont-Neuf, arracha les dents gratis pendant quinze jours et voulait donner un festin en plein air, que la police dut interdire. Le dimanche, 1 1 septembre, il y eut une procession générale de tous les chapitres qui se rendirent d’abord à Notre-Dame, puis dans la cour du Palais, au bas de la Sainte-Chapelle; elle fut suivie d’une procession de chaque paroisse et communauté « en sorte qu’on n’entend que chanter dans les rues ». Le mercredi 7,
Fig. 23. - Le gro. Thomas sur le Pont-Neuf, d’après une ancienne estampe.
immense cortège, assister à un e Deum, au bruit des décharges de l’artillerie et de lamousquetene, et il avait parcouru la ville pour jouir du spectacle magique des illuminations qui, particulièrement dans la rue Saint-HoLré faisaient une perspective incomparable » (1) ’
D’après les ordres du roi d’Espagne et sur les dessins de Ser.
splendide fut tiré entre le Pont-Neuf et e Pont-Royal. L'hétel de Bouillon futilluminé jusqu’au aS su e combles une tour lumineuse faisait allusion au^ tours I cas t.llo et portatt le chiffre de Philippe V. Un dauphirentom.?d"
mais qwi représentoit un soleil
f pieds. Sa suiie étaii To.npcïf
drapeau qui marehoieut devant lui: [ ses Ss i’i et clun porte-
»ier,etc.» totus, il avoit un tisauier et un pâtis-
(i) V. Fournel. Ouvrage cité.
LM accouciuaiiiSTS a l.i cour.
lis, se faisait remarquer sur la porte principale de l’hôtel. On lui avait appliqué ce vers d’Ovide :
O Sacra progenies digna parente tuo (1).
Quand Marie-Antoinette donna naissance à sa fille Marie-Thérèse-Charlotte, le 20 décembre 1779, elle célébra, avec une générosité délicate, cet heureux événement. Des aumônes furent distribuées en abondance et l’on délivra tous les prisonniers détenus pour « mois de nourrice », après avoir payé cette dette d’allaitement. « La reine, dit un journal du temps. Le véritable messager boiteux de Berne, avait demandé, que cent mariages de filles pauvres et vertueuses avec d’honnêtes artisans remplaçassent la pompe, plus éclatante qu’utile, des anciennes réjouissances (2). En conséquence, l’archevêque de Paris, ayant réparti avec les curés de sa métropole le nombre de ces mariages proportionnellement sur chaque paroisse, et les pasteurs, ainsi que leur chef, heureux de contribuer à cette bienfaisance publique, ayant fait leur choix dans les vues sages de l’auguste bienfaitrice, tout s’est trouvé prêt pour le 8 février. Le roi et la reine sont venus en grand cortège à l’église Notre-Dame ; ils ont traversé la baye des heureux que la piété bienfaisante de la reine avoit faite. Sa Majesté avoit ordonné qu’on déposât entre les mains des curés 500 livres pour la dot de chacune des filles ; et cet argent doit être employé à l’achat d’une maîtrise, ou atout autre moyen de subsister. Les maris et les femmes avaient reçu un habit complet et de couleur uniforme. La reine s’est engagée de plus à payer les mois de nourrice du premier enfant qui naîtra de chacun de ces mariages, en promettant, pour les mères, qui allaiteront leur nourrisson, une layette et un tiers de plus du prix, qui seroit donné à une nourrice. ...Sa Majesté la reine a fait encore ajouter à ce premier spectacle, déjà si intéressant, celui de deux époux mariés depuis 50 ans, qui étaient entourés de leurs enfants, petits-enfants, et arrière-petitsenfants, et devant obtenir les mêmes faveurs que les jeunes époux. »
Voilà qui valait mieux que des ribotes de vin bleu et des indigestions de charcuterie, des banquets dont « l’abjection et la misère étaient les convives ».
(1) Ed. Neukomin. Loc. oit.
(2) La ville de Paris suivit cet exemple au baptôme du duc de Bordeaux : elle maria et dota seize jeunes filles qui furent conduites à l’église par les maires des douze arrondissements. On leur donna pour pièce de maringe la belle médaille en argent gravée pour le baptême du duc (fig. 26, 26).
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Plus tard, en 178J, quand la reine eut, parla naissance d’un
•dauphin (1), exaucé le vœu delà France, «les fêtes, écrit M- Camd. T,e lecueil Clairambault-Maureras, récemment pubUé par M. Eaimié, contient
pan, furent aussi brillantes qu’ingénieuses ; les arts et métiers de Paris dépensèrent des sommes considérables pour se rendre à Versailles, en corps, avec leurs différents attributs ; des vêtements frais et élégants formaient le plus agréable coup d’œil ; presque tous avaient delà musique en tête de leurs troupes : arrivés dans la cour royale, ils se la distribuèrent avec intelligence et donnèrent le spectacle du tableau mouvant le plus curieux. Des ramoneurs, aussi bien vêtus que ceux qui paraissent sur le théâtre, portaient une cheminée très décorée, au haut de laquelle était juché un des plus petits de leurs compagnons ; les porteurs de chaise en avaient une très dorée dans laquelle on voyait une belle nourrice et un petit Dauphin ; les bouchers paraissaient avec leur bœuf gras ; les pâtissiers, les maçons, les serruriers frappaient sur une enclume (1), les cordonniers achevaient une petite paire de bottes pour le Dauphin ; les tailleurs un petit uniforme de son régiment; etc. Le roi resta longtemps sur son balcon pour jouir de ce spectacle. L’enthousiasme fut si général que la police ayant mal
plusieurs pièces composées à l’occasion de la naissance de ce prince. Certaines comme le Lys de Versailles ou le Dialogue gtaysan sont de plates flagorneries ; dans quelques autres, la joie paraît équivoque. L’une d’elles s’écrie, non sans mélancolie :
Que chacun se mette en train.
Versons des tonneaux de vin.
Quoique d’argent nous n’ayons guère.
Le Dauphin nous le rendra bien,
Car il en aura le moyen.
Ou ce sera Monsieur son père.
Il y a peu de sincérité dans cet espoir. Un autre poète de circonstance se réjouit franchement, mais pour des raisons qui n’ont rien de dynastique :
Ah 1 que j’aime le Dauphin,
Son nom rime assez au vin ;
Nous en faut-il davantage ?
Pom‘ lui rendre notre hommage !
Lampons, camarades, lampous....
En septembre il a paru,
C’est le mois du bois tortu ;
Il portera bonne chance,
Au vignoble de la France 1 Lampons, etc.
(1) Ce corps d’état eut l’attention d’oflfrir à son collègue eu serrurerie, Louis XVI , une serrure finement ciselée dont le roi chercha à découvrir le secret. S. M.p.irvin a le trouver et, au moment où elle ouvrit la serrure, elle fut agréablement d’en voir sortir un Dauphin en acier. Louis XVI exprima sa satisfaction au corps i serruriers, en lui offrant trente louis de sa poche indépendamment de l’argentque a gouvernante des enfants do France fut chargée de distribuerù toutes les corporations.
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surveillé l’ensemble de cette réunion, les fossoyeurs eurent l’imprudence d’envoyer aussi leur députation et les signes représentatifs de leur profession. Ils furent rencontrés par la princesse Sophie, tante du Roi, qui en fut saisie d’effroi et vint demander au Roi que ces insolents fussent à l’instant chassés de la marche des corps et métiers qui défilaient sur la terrasse. Les dames de la halle vinrent complimenter la Reine et furent reçues avec le
Fig. 25, 26. — Médailla commémorative de la naissance et du baptême du duc de Bordeaux,
gravée par Tiolier.
cérémonial que l’on accordait à cette classe de marchandes. La princesse de Chimay fut, à la porte de la chambre de la Reine, recevoir trois femmes qui furent introduites auprès du lit ; l’une d’elles harangua Sa Majesté : son discours avait été fait par M. de la Harpe et était écrit dans un éventail sur lequel elle jeta plusieurs fois les yeux, mais sans aucun embarras ; elle était jolie et avait un très bel organe. La Reine fut touchée de ce discours et y répondit avec une grande amabilité... Les' chansons des poissardes furent nombreuses et quelques-unes assez bien faites.... (1). Les
(1) Voici un spécimen de cette poésie pseudo-populaire : LA NAISSANCE DU DAUPHIN
fii l’Roi z’est not’ père à tous,
La Reine z’est aussi not’ mère, Mes gas, réjouissons-nous,
A viant d’nous bailler un p’tit frère, A sra pas du pied qui s’mouchera, Messieurs l’s Anglais, vous verrez ça.
I 8 ra biau comme sa maman, Com’eP sera sensible,
Com’ son ]>apa bienfaisant.
De Henri s’ra l’ portrait visible.
Chantons du soir au matin :
Vive l’Danpbin ! Vive l’Dauphin I
gardes du corps obtinrent du Roi la permission de donner h la Reine un bal paré dans la grande salle de l’opéra de Versailles. Sa Majesté ouvrit le bal par un menuet qu’elle dansa avec un simple garde nommé par le corps, auquel le Roi accorda le bâton d’exempt. La fôte fut des plus brillantes; tout était alors joie, bonheur et tranquillité. » Quelques années plus tard, les fossoyeurs chassés devaient prendre une terrible revanche.
Nous venons de voir, dans M”® Campan, les artisans de tout métier reçus à Versailles. Le Tableau de Paris (1) nous donne des détails plus complets sur la part singulière que prenaient aux réjouissances qui nous occupent certaines corporations, portefaix, crocheteurs, porteurs de chaise et porteurs d’eau, ramoneurs de cheminée, poissardes : « Ils vont à Versailles pour avoir audience et s’arrêtent dans la Cour de marbre : c’est de là qu’ils complimentent le roi sur son balcon ; ils tiennent en main le symbole de
Le ciel devait ce prépent,
Aux vertus, aux vœux d’ia uière :
Il a fait en les combinant,
Le bonheur d’Ia France entière.
Mon Dieu 1 le joli refrain :
Vive l’Dauphin ! Vive TDauphin !
Qu’il vh'e, ce cher enfant,
Pour l’amour, pour la victoire !
D’ia dernièr’ goutt’ de mon sang, Je voudrais cimenter sa gloire, Que le diab’ m’emporte à l’instant, Si j’en dis un mot plus qu'j'n’sens.
Fallait entendre not’ prélat, Annoncer s’te bonne nouvelle, Tuchou comme il défila.
Son éloquente Kyrielle ;
Pour son Roi, com’ pour son Dieu,
Il est tout d’flamme, il est tout d’feu.
.V chanter dépareillé sujet,
Y a ben pus d' plaisir que d'peine.
Pour me payer d’ees couplets, K’vous gênez donc pas, belle Reine;
Ils sont, à la rime près.
Dans le cteur de tous les Français.
Tatudienne queu sabbat.
Faisaient Messieurs d’Aquitaine 1 Ils étaient aussi gais Kl,
Qu’ s’ils euss’ combattu dans la plaine, Ils chantaient tous le refrain :
Vivel’Dauphin 1 Vive l’Dauphin !
Si vous croyez, malgré ça.
Nous d’voir queuq’ reconnaissance.
Faites encor’ un p'tit ga,
Madame, et j'vous baill’rons quittance ; Quand on fait d'si genti,
R’rait péché de se ralenti.
Pour moi je ne savais pas trop.
Si j’devais pleurer ou rire.
Mon pauv’ cœur allait l’galop ; J’étais content ; j’ ne pouvais le dire.
Quand l’sentiment est trop fort.
Ça m’eoup' le sifflet tout d’abord.
Ne craignez point, cher papa,
De voir croître vot’ famille,
Le bon Dieu z’y pourvoira ;
Fait's en que Ver.«aille en fourmille, Y eût-il cent Bourbons chez nous, Va du pain, du laurier pour tous 1
Mais vous vouliez eun’ chanson, Il faillit bain voua la faire,
J’vous tiens quitt’ pour la façon ; Mes amis, il n’en coûte guère.
Pour (lire du soir au matin.
Vive l’Dauphin 1 Vivel’Dauphin 1 (1) Mercier. TahJrav de Parh.