‹ Les accouchements à la courChapitre 7 sur 26 · SI · texte numérisé non relu

SI

Après lecture do ce morceau, dont le dernier couplet charma le Roi et la Reine, on se rend facilement compte que l'inspiration n'en a rien de populaire; c'est quelque bel-esprit qui se sem encanaifi'^ pour la circonstance.

MOYEN AGE ET TEMPS MODERNES

leur industrie; et on lésa vus imaginer, dans ces occasions, des facéties divertissantes. Tantôt c’est un ramoneur caché dans une cheminée à la prussienne que quatre de ses camarades portent sur un brancard, et qui, mettant tout à coup la tête hors du tuyau, harangue de cette manière le roi de France. Il lui dit qu’il préserve des incendies les maisons de sa bonne ville de Paris. Tantôt les porteurs de chaises promènent une figure colossale, dont

Fig. 27. —

I-es harangèresde Paria félicitent le roi de la naissance du Fac-similé d’une gravure de l’époque.

Dauphin, en 1781.

la robe est parsemée de flenrs de lys, et qui tient et caresse entre ses bras robustes un nourrisson, à qui elie appiique de très gros baisers. Mais les poissardes ont le privilège d'être introduites jusque dans la galerie et de complimenter le roi particulièrement-

sÛr.fd-' (flg. 27). On leur donne en!

rchéf rT™ et e’est un des premiers officiers

splendide . l'onneurs. Le repas est

Ajoutons que dans les représentations gratuites, données à la

suite de la naissance d’un prince (1), les poissardes occupaient la loge de la reine, les charbonniers celle du roi. « Au premier accouchement de Marie-Antoinette, la loge du roi étant occupée quand les charbonniers arrivèrent pour voir représenter Zaïre, ils le trouvèrent très mauvais. On reconnut la légitimité de leurs réclamations et on les fît asseoir sur le théâtre, toujours du coté du roi. Avant et après le spectacle, les fîgurants se joignirent à leurs danses et à celles des dames de la halle, et les comédiens vinrent leur verser eux-mêmes à boire. A la Comédie italienne, les danses publiques sur la scène, après le spectacle, furent plus animées encore, ainsi que les distributions de comestibles et de boissons faites par les acteurs. Clairval, qui avait représenté Henri IV, fut baisé par toutes les poissardes qui voulurent absolument danser avec lui » (2),

La Révolution supprima ces réjouissances généthliaques ; l’empire les ramena et les gouvernements qui suivirent héritèrent de la tradition. Mais quoi? C’étaient toujours les fêtes de l’ancienne monarchie, avec des ballons en plus (3), des discours de M. le Préfet, et, vers les derniers temps, un affreux vacarme d’orphéonistes hurlant une cantate ridicule.

Nous citerons cependant quelques souvenirs de l’excellent Regnier (4), de la Comédie-Française, sur la façon dont fut célébrée au théâtre la naissance de quelques héritiers présomptifs : « Mon début remonte à 1811, l’année de la comète! Et c’est à la naissance du roi de Rome que je dois le premier rôle qu’il m’ait été donné de jouer. J’avais quatre ans alors. Un long espace de temps devait séparer mon second rôle de ma première création. Voici, au reste, ce prologue de ma vie d’acteur. Le 20 mars 1811, l’impératrice Marie-Louise venait d’accoucher d’un garçon. Cent un coups de canon tirés sur l’esplanade des Invalides annonçaient â la France que Napoléon avait un héritier. On courait (dit le Journal de V empire du 21 mars) au-devant les uns des autres en s’embrassant, en criant : «Vive l’Empereur ! » De vieux soldats versaient des larmes de joie. « C’est un garçon! » criait-on dans les rues, dans les carrefours, partout. — « C’est un garçon!» chan-

(1) La première représentation gratuite fut donnée i\ l’Opéra, ir)62, snr l’ordre de Mazarin, i\ l’occasion de la naissance du duc de Rourgogne.

(2) Voir Fournier. Lor. cit. ^

(3) A la naissance du roi de Rome, M>"« Blanchard monta en ballon et reiwnrtit jiartout, dans son voyage aérien, des feuilles de papier sur lesquelles étaient imprimés ces mots : Le roi de Borne est né.

(4) Mes débuts, article du journal le Temps, i\ la date du 19 décembre 1885.

MOYEN AGE ET TEMPS MODERNES

tait-on dans les théâtres. — Lajoie était immense, les vœux de la nation étaient comblés, la France était enfin assurée de vivre, elle et sa descendance, sous la dynastie des Napoléon !

« Neuf ans plus tard, le 29 septembre 1 820, cent un coups de canon étaient salués encore du cri enthousiaste : « C’est un garçon ! » Ce jour- là j’étais avec la foule dans les Tuileries. Quand le vingtdeuxième coup apprit au public que l’enfant nouveau-né était du sexe masculin, je mêlai ma joie à la joie générale, ce coup de canon me garantissait une prolongation de huit jours de vacances en l’honnéur de l’heureux accouchement de S. A. R. Madame la duchesse de Berry. L’héritier qu’elle venait de donner aux Bourbons affermissait à jamais sur le trône leur dynastie. Les poètes, qui, comme on le sait, sont des prophètes, Lamartine, Victor Hugo, l’annonçaient sur leurs lyres et le peuple, s’associant à leurs prophéties, chantait à tue-tête, au gratis donné par la Comédie-Française, ce couplet ajouté au rôle de Michaud dans la Partie de chasse de Henri IV:

Chantons l’antienne Qu’on chant’ra clans mille ans!

Que Dieu maintienne Au trôn’ ses descendants Jusqu’à tant qu’on tienne La lune avec les dents !

« Enfin, à quarante-cinq ans de distance, j’ai encore entendu cent un coups de canon, suivis toujours du cri délirant : « C’est un garçon ! » et il ne manquait pas de gens pour assurer que l’ère des révolutions était cette fois bien close, et que le 16 mars allait assurer à jamais le trône à la dynastie napoléonienne. On sait ce que le sort réservait à ces princes venus au monde au milieu de

allégresse de tout un peuple: l’exil dès l’enfance et la mort à 1 étranger !

la première de ces trois naissances, celle de i»I , Rougemont, un homme d’esprit rallié quelques années plus ard au parti royaliste, avait composé une pièce intitulée: VOhnnpe, ou Pans, Rome et Vienne. C’était la glorification de Napo-

annaVS!'r''f et père ; à la dernière scène U ''''' ’’ qu’entouraient la Sagesse, la Force et

un enfant et important personnage, on cherchait

tel naturpiW ? ^ "'î’ T ^ ^^^e rebondie,

ellement que doit les engendrer un héros. Ma mère me

trouva le physique du rôle, et à en juger par un portrait qu’a fait de moi à cette époque un graveur de quelque célébrité, Couché fils, on peut croire qu’elle ne se faisait pas trop d’illusion. On m’accepta: quand on m’apprit ce qu’on allait faire de moi, j’envoyai au diable tous mes joujoux, heureux, c’est le cas de le dire, comme un roi.

« Commencement du plaisir ; on m’essaye mon costume : c’était une tunique blanche, brodée d’étoiles d’or, elle remplaçait ma chemise qu’on m’enleva; ce détail, je ne sais pourquoi, me ravit.

Sur mes épaules on attacha un long mantean de pourpre frangé d’or, puis on me posa sur la tête une couronne à pointes de fer, celle, me fit-on remarquer, qui était gravée sur les pièces de dix sous, la couronne d’Italie! Je me trouvais superbe ! J’étais transporté. A une répétition, on m’expliqua les intentions de mon rôle ; je devais me tenir debout sur un grand fauteuil de velours qui figurait mon trône; on m’exerça à avoir le poing fermé sur lahanche, et à tenir, haut et fier, mon sceptre de la main droite; j’exécutai tout cela, paraît-il, de façon à faire dire que j’étais intelligent. Le jour de la représentation, le moment de paraître en scène arrivé, on me campe sur le fauteuil, immédiatement je me mets en posture, le poing au côté et je lève mon sceptre. « Trop tôt, ' me crie-t-on, tu vas te fatiguer ; attends le lever du rideau. » Je ■

ne veux rien attendre, j’étais entêté, j’étais roi et je tiens mon ^

sceptre haut et fier, comme on m’a appris. La toile se lève, la con- ^

testation durait encore. Bientôt ce qu’on avait prévu arrive, mon i

bras refuse le service, et, fatigué, retombe en laissant échapper i'

le septre. Près du roi, placée comme son égide, était Minerve, ar- '

mée d’une lance, et la tête ornée d’un casque d’or. Le rôle était :i

joué par ma mère. Minerve fronce le sourcil et m’envoie un regard ?

sévère. Je ne m’étais pas montré à la hauteur de mon rang; je prétends réparer ma faute, etlorsquedeux dames d’honneur, deux figurantes, s’approchent pour m’aider respectueusement à des- ) cendre de mon trône, je m’indigne de leurs soins, je ne veux pas j. être traité en petit garçon, et je tiens à prouver que je suis assez grand pour descendre tout seul. Elles insistent, je me débats, mes pieds s’embarrassent dans les plis de mon manteau royal, les |

gradins du trône, trop liant pour mes petites jambes me font tré- -

bûcher, et, au milieu des éclats de rire, le roi de Rome dégringole »

et roule tout de son long par terre. Minerve, c’est-è-dire ma mère. 5

très émue, court à moi, m’essuie le nez et la bouche, et m’amène ^ rouge de honte devant la rampe. Le trou du souffleur était occupé

MOYEN AGE ET TEMPS MODERNES

par un nommé Garnier, dont j’ai pu, beaucoup plus tard, apprécier au Théâtre-Français le talent tout spécial. Ce Garnier était unede mes connaissances ; heureux dans mon malheur de rencontrer son visage ami, je lui envoie de la voix et du geste un : « Bonjour Garnier. — \ eux-tu bien te taire ! » me crie-t-il furibond de sa voix creuse, la voix des bons souffleurs. Rabroué de la sorte, je n’avais qu’â me tenir coi, et je m’y résignais, humilié, mortifié, mal à mon aise, quand tout à coup j’éprouve une démangeaison cuisante, occasionnée par les étoiles d’or dont ma tunique était lamée, et qui irritaient par leur envers mon épiderme sans défense. Je me frotte \igoui eusement, le public de se remettre à rire. « Malheureux enfant, me dit ma mère d’une voix étranglée en arrêtant avec impatience les mouvements désordonnés de mon bras, finiras-tu ? » La démangeaison était trop forte, je continue à me gratter plus fort,

et tout en pleurant, je réponds à tue-tête : « Je ne peux pas j’ai une puce !» i ’ j

Médailles commémoratives (1). — Les anciens frappaient des médailles en l’honneur de leurs grands hommes ; en France,

I IG, 28. N&issîincu du Giund DauphiOj l(î61

on suivit cet exerajile à l'occasion de la naissance des princes ou

en 1394 (fîg. 49). Cet usage ne semble être devenu liabituel qu’à partir de Henri IV qui célébra ainsi la naissance de Louis XIII.

Fig. 30, 31. — Naissance du duo d’Anjou, 1G83.

Le sujet gravé de ces médailles est, le plus souvent, allégorique ; parfois, l’artiste reproduit le portrait du nouveau-né ; dans d’autres

Fio. 32, 33- — Naissance du duo do Borry, 1686.

cas, il donne celui des enfants précédents (fig. 31,33) (1). Quelques médailles ont été frappées à l’occasion de la grossesse des souve-

(1) Les cours étrangères frappèrent aussi des médailles commémoratives en des occasions semblables ; nous en connaissons d’Angleterre, d’Autriche, des anciens états italiens, de Belgique, etc.

MOYEN AGE ET TEMPS MODERNES

ruines, mais elles sont fort rares ; en France, nous ne connaissons que celles qui se rapportent aux gestations de Marie-Élisabeth,

Fig. 34, 35. — Naissance du duo de Chartres, 1840.

en 1571, et de Marie de Médicis, en 1601 ; nous les trouverons plus loin (fîg. 54) (I).

Fie. 3G, 37. — Naissauce do Louis XIV, 1038 (2).

Fig. 38, 39. — Naissauce do Monsieur, frère de Louis XIV, 1640.

(1) Le docteur H. Storer, dans une étude, d’ailleurs fort incomplète et remnlie d erreurs, sur les médaillés se rapportant à l’obstétrique, en cite uie qui aurait aé ai pee pendant la gestation de Marie Leeziuska. en 1742 ; mais la^ Monnaie de ^12) uVv'î impossible de la rencontrer ailleurs.

U légende tome un distique, l'hexninètre sut la faee et le peniamètre au reveîs ;

OVI PAÏER ÆÏBENAS POSï SECVLA ÏEADAÏ HABENAS QVIQVE EEGAS OEBEM CVM SENIOEE SENEX

Outre les médailles, on frappait aussi des jetons, surtout sous Louis XIY (fig, 36 à 39).

Baptême, trousseau, nourrice. — Les princes du sang étaient ondoyés au moment de leur naissance, dans la cliambie même où ils venaient de recevoir le jour. Ils n étaient, le plus souvent, baptisés qu’à douze ans, et, depuis 1 installation de la cour à Versailles, toujours dans la chapelle du château.

On peut supposer que le trousseau d’un Dauphin était assez

F.ü. 40. - Marle-Thérèso cl le Dauphin en maillot, d'aprts uno gravure du temps.

rnmnlet • longtemps avant l’accouchement, on exposait la laptte inv^veux des curieux: consolation pour les malheureuses qui étaient menacées d’accoucher dans la rue. L’accoutrement t un poupon royal était au moins curieux, si l’on juge par 1'^.

Ile Vépoque (fig. 40) qui représente le Dauphin, fils de Loi . . ,

Sot férémouie ; une autre S---

fntiir T nuis XV, en costume de mut (fig. *ii). Des eniau

tapissés et fortement rembourres, dailleui s 1 q

MOYEN AGE ET TEMPS MODERNES

mains de la teneuse (fîg. 42) ou de la promeneuse (fig. 43) que pour passer dans celles de la remiieuse (fîg. 44) ou de la nourrice (fîg. 45).

fait connam. "r

Prmce français. . La nourrice t’^stro âgée de 22 an avo,r un la.t de trois mois ; être d'untenrpérrnfsang i av

les cheveux noirs ou d’un châtain brun ; avoir une constitution forte et robuste ; être assez grasse ; avoir un bon appétit ; et n’être délicate ni sur le boire, ni sur le manger ; être gaie et de bonne humeur ; avoir toujours le mot pour rire ; n’être sujette à aucune incommodité ; ne sentir mauvais ni de la bouche, ni des aisselles, ni des pieds ; n’avoir point de dents cariées et les avoir toutes ; avoir la peau blanche et nette ; enfin avoir tous les signes d’une

Fig. 42. — La TeiieuBO du duc do Bourgogne.

bonne santé. 11 fallait de plus qu’elle fût assez jolie; gracieuse dans son parler; bien forte dans sa taille; ni trop grande ni tiop petite, ni bossue, ni boiteuse, et qu’elle n eût aucun accent pro- ^ noncé. Mais ce qu’on exigeait surtout c’était que la gorge fut bien - ; faite et contint suffisamment de lait. Quant au lait, on n’avait pas * alors les moyens que l’on possède actuellement poui juger de sa bonté, et l’on s’en rapportait à son aspect et â son goût. »

Rois de la première race. — Nous avons peu de renseigne* ments sur la naissance des rois mérovingiens. Notons seulement, g

MOYEN AGE ET TEMPS MODERNES

en passant, le développement physique exagéré et la dangereuse surexcitation des sens qu’on remarque chez la descendance de Brunehaut. Son petit-fils, Thierry II, fut père à quatorze ans. Que pouvaient être les enfants d’une telle race ? Des êtres épuisés en venant au monde.

Quelques détails nous sont parvenus qui ne sont que des contes bleus. Ainsi, le compilateur byzantin George Cedrenus assure que

LKa ACCOUCUHMBNTS A LA COÜK.

soit par son mari, elle conçut et enfanta un fils appelé Mérovée, du nom duquel les rois des Francks furent depuis nommés Mérovingiens ». Desmarets de Saint-Sorlin a ramassé cette fable pour son

Fio. 44. — La Rcmueuse du duc de Bourgogae.

poème de Clovis; chez lui, l’héroïne de l’aventure s’appelle 11degonde et n’est encore que la fiancée de Clodion .

Dès ses plus tendres ans, docte en 1 art de nager,

elle se jette à la mer pour sauver son futur époux qui va périr. Elle va l’atteindre,

Quand un monstre, du creux de hliuinide élément.

Soufflant de ses naseaux deux sources élancées Et baissant on courroux deux cornes renversées,

Fait voir son vaste corps et surprend tous les sens,

Pousse avec bruit les Ilots émus et blanchissans.

Vers les Amans s’avance et, soudain, les sépare...

MOYEN AGE ET TEMPS MODERNES

Conclusion :

Alors la Renommée, ou fausse ou véritable, Respand qu'uu Dieu surpris de la rare beauté, Sous ce taureau marin couvrit sa Déité,

Et le fils qui nasquit dans la neuviesme lune Fut révéré des Francs comme le fils de Neptune. Ce fils fut Mérovée...

Les Francs connaissant et révérant Neptune ! Et, malheureuset. les vers de Desmarets valent sa mythologie

femrd“ü“hfrv7r

d’avoir accouché de trm’l i faussement par sa helle-mère

14 14- eut i'ZlZ jSnêifn? r ce m". Mi".

l’accouchement ; elle est curieuse et se retrouve assez souvent dans nos vieilles représentations :

Page 1