DES ACHÉMÉNIDES
Inscriptions de Suez.
En 1800 3 M. de Rozière^ ingénieur en chef des mines^ partit de Suez, avec le général Boyer, pour faire une reconnaissance dans le désert. A six heures et demie de marche, à partir des lagunes qui terminent la mer Rouge, dans la direction du nord, en inclinant un peu vers l'est^ il trouva, sur un monticule voisin des ruines d'un canal antique, des blocs de granit couverts d'inscriptions en caractères cunéiformes avec des figures en bas-relief; mais, pressé par le départ des troupes et craignant de tomber entre les mains des Arabes, il se contenta de rapporter quelques caractères dans
lesquels on a reconnu dès l'origine le nom de Darius (i). L'inscription était assez étendue, il ne nous en reste que ces mots :
« Darius roi grand. »
Des découvertes récentes nous ont démontré que cette stèle n'était pas isolée, et qu'il en existait sur plusieurs points. Malheureusement elles ont été brisées, et M. Mariette n'a guère pu recueillir que des débris (2).
Ces stèles étaient rédigées en quatre langues. Elles contenaient, d'un côté, les textes perse, médo-scythique et assyrien; de l'autre côté, le texte égyptien. D'après les fragments qui ont pu être étudiés, ce dernier texte devait être plus étendu que les deux autres.
Le côté qui renfermait les textes en caractères cunéiformes contenait en haut deux figures d'homme tenant la main sur trois cartouches. Dans l'espace que laissent ces cartouches sur la pierre on lit, à droite, un texte perse assez bien conservé, à gauche un texte médo-scythique tfès-mutilé, et au-dessous un texte assyrien dont il ne reste que quelques lettres suffisantes pour témoigner de son existence. Ces trois textes répétaient la même légende ainsi conçue :
« Darius le grand roi, roi des rois, roi des pays, roi de cette vaste terre, Achéménide. »
Au-dessous et sur toute la largeur de la stèle se développaient les inscriptions proprement dites. Le texte perse occupait douze lignes dans la partie supérieure ; il est en partie conservé et il a été très-heureusement restitué par M. Oppert (3). Les textes médo-scythique et assyrien ont disparu.
(i) De Rozière, Description de V Egypte t t. I, p. 265; — Grotefend, dans les Mines de VOrient, vol. VI, n** 3, p. 262; — Rawlinson, dans le Journal ofthe R. A, S,, vol. X, p. m, p. 3i3.
(2) Voyez la notice de M. Mariette sur la stèle de Chalouf, Revue archéoUy 1866, t. Il, p. 433.
(3) Mémoire sur les rapports de V Egypte et de V Assyrie, p. 1 24 et 125.
Voici la traduction de cette inscription, d'après la restitution de M. Oppert; nous la désignons par les lettres 5^ :
Inscription Sz.
c Ormuzd est un grand Dieu. Il a créé le ciel là-haut; il a créé cette terre ici-bas; il a créé l'homme; il a donné à l'homme le bonheur ; il a fait Darius roi ; il a conféré au roi Darius une souveraineté immense, incomparable.
(K Je suis Darius le grand roi, le roi des rois, le roi des pays oti on parle tant de langues, le roi de cette vaste terre, qui commande au loin et auprès, fils d'Hystaspe, Achéménide.
c Darius le roi déclare : Je suis Perse. A Taide de la Perse^ j*ai conquis l'Egypte. J'ai ordonné de creuser un canal à partir du fleuve nommé le Nil, qui coule en Egypte, jusqu'à la mer qui est en communication avec la Perse; puis ce canal fut creusé ici, comme je l'avais ordonné. Mais alors je dis ceci : Allez, à partir de Bira jusqu'au littoral, et détruisez une partie du canal. Voilà ma volonté. »
Le texte hiéroglyphique était beaucoup plus étendu, il se terminait par ces mots que M. Mariette lit ainsi :
<K (A fait le roi) Darius vivant a toujours plus que ses ancêtres; jamais une fois chose pareille n'avait été faite auparavant. »
Ce texte renfermait une énumération des provinces de Darius dans le genre de celle que nous connaissons déjà^ car les fragments permettent de reconnaître au deuxième rang le nom de Babel; suivent quatre noms illisibles^ puis un nom perdu qui précède les quatre derniers, et alors on lit : Katpatki (la Cappadoce), Nahos (probablement les Éthiopiens), Melka (les Myciens), et enfin Hindoui (l'Inde).
Vases Égypto-Perses.
Les monuments de l'occupation perse en Egypte, de même que les monuments de l'occupation égyptienne dans la Haute-Asie, ont un intérêt considérable, il nous suffît de signaler ici leur importance épigraphique. On sait que les travaux de lecture et de déchiffrement des écritures de l'Egypte et de l'Assyrie ont eu lieu par des travaux indépendants et simultanés; or il est du plus haut intérêt de voir avec quelle merveilleuse sagacité on est arrivé à lire deux textes jadis incompris et qui corroborent aujourd'hui la méthode et les résultats auxquels on est arrivé par des moyens divers.
Vase de Xerxès.
Il existe à Paris, à la Bibliothèque nationale, un vase en albâtre sur lequel, à côté d'un cartouche égyptien renfermant un nom royal, on lit une inscription en caractères
cunéiformes qui reproduit, dans les trois langues des inscriptions achéménides, le nom du souverain inscrit dans le cartouche. Ce monument, signalé pour la première fois par le comte de Caylus, a été depuis Tobjet de nombreux et intéressants travaux (i).
Le cartouche égyptien a été déchiffré par les égyptologues, en appliquant aux caractères qu'il renfermait les valeurs auxquelles on était arrivé par des procédés indépendants de ceux qu'on employait pour la lecture des textes en caractères cunéiformes, et on a constaté que ce cartouche renfermait le nom de a Xerxès ». Voici maintenant la traduction des inscriptions en caractères cunéiformes :
« Xerxès roi grand. »
Les monuments de cette nature devaient être assez nombreux; M. Newton en a découvert un semblable dans les fouilles qu'il avait entreprises au Mausoleum, et qui reproduit pareillement le nom du roi perse dans les quatre langues, tel que nous venons de le signaler.
(i) Conf. Caylus, t. V, pi. 3o; — Grotefend, New Beitrage, s. i5, taf. II, n® 3; — Heeren, vol. II, p. 23o-34o; — Lassen, Zeitschrift^ p. 146; — Rawlinson, Journal of the R. A. S., p. 339; — Benfey, Die Pers, KeilinSy p. 66; — Oppert, Inscript, des Achém,, p. 287; — Spiegel, Die Alt Persisch. Keilins, p. 62.
Vase d'Artaxerxès.
La bibliothèque de Saint-Marc, à Venise, possède également un vase égypto-perse avec une inscription quadrilingue. Cette inscription paraît avoir été signalée pour la première fois par labbé Giacchetti. M. A. de Longpérier a publié sur ce monument, qu'il attribue au règne d'Artaxerxès I*^, une intéressante notice dans la Revue archéologique de 1844. Le cartouche égyptien renferme en effet le nom d'Artaxerxès.
Depuis cette époque, Sir H. Rawlinson a publié la traduction du texte perse, d'après une copie qui lui avait été envoyée par Sir Gardner Wilkinson. Les autres inscriptions ne renferment pas de difficulté (i).
Ces inscriptions sont ainsi conçues :
« Artaxerxès le grand roi. »
(i) Conf. de Longpérier, Revue archéologique, octobre 1844 , t. VIII, p. 5o3, et la notice de M. Letrône dans le numéro suivant; — Sir H. Rawlinson, Journal o/the R. A. S , vol. X, p. m, p. 346; — Benfey, Die Persich, Keilins, p. 67; — Oppert, Inscript, desAchém,, p. «88; — Spiegel, Die Alt Persisch, Keilins, p. 64 ; — Westergaard, dans les Mém, de la Société des ant. du Nord, 1844, P* 4^9 et 420.
INSCRIPTIONS UNILINGUES
A. Inscriptions perses.
Nous avons déjà eu l'occasion de signaler quelques inscriptions perses qui n'étaient pas accompagnées de leur traduction.
Ainsi, nous avons vu à fiisitoun une table supplémentaire, rédigée évidemment après coup, pour raconter les révoltes de la Susiane et la conquête de la Scythie. A Persépolis, deux inscriptions perses de la grande muraille n'ont pas leur pendant dans les inscriptions médo-scythiques et assyriennes qui les accompagnent^ de même que quelques inscriptions médo-scythiques ou assyriennes n'ont pas leur correspondant perse. Ces exceptions sont rares, et, en général, les trois versions semblent liées par une habitude constante qui fait le caractère le plus saillant de l'ensemble des inscriptions acbéménides.
Cependant, si les rois avaient consacré cette forme pour
écrire leur histoire, il serait téméraire d'affirmer que, dans ces temps si prodigues de l'écriture monumentale, la Perse n'ait pas eu, comme l'Assyrie, l'Arménie, la Susiane, des inscriptions unilingucs; mais les spécimens que nous en avons sont fort rares ; il nous reste à les signaler ici.
C'est d'abord une inscription en sept lignes de quelques lettres, inscrite sur le registre d'un cylindre en cornaline rouge conservé au Musée britannique.
Cachet d'Arsace,
Cette inscription est ainsi conçue (i) ;
u Le nommé Arsace, fîls de Atbiyabusanes. »
Le second monument est un cylindre en silex blanchâtre, récemment acquis parle Musée britannique, et qui provient de la collection Raifé. M. Gosset, gendre du savant collectionneur, a bien voulu nous communiquer le cliché du dessin que nous reproduisons ici.
(i) Benfey, Die Penisck. Keilins, p. 69; — Oppert, Inscript, des Achém., p. 3o5; — Lajrard, Nineveh and Babyi., p. 607; — Spiegel, Die AU Persisch. Ketlins, p. 66.
Le sujet représente un Dieu assyrien, Samdan, combattant un taureau dressé, derrière lequel on aperçoit un lion debout. Les figures sont d'un travail babylonien; mais, dans l'antiquité, une partie des figures a été effacée pour faire place à une inscription en trois lignes de caractères cunéiformes perses ainsi conçue (t) :
« Nandakhya le (ils de Thadath. »
Cachet de Nandakhya,
Nous devons ajouter & ces rares spécimens des textes perses unilingues deux întailles sur cornaline rouge de la collection de M. le comte A. de Gobineau (2). Le sujet représente deux rois(?) qui, par leur costume, semblent appartenir aux rognes des derniers Arsacides. Les légendes qui les entourent sont en caractères perses et permettent de lire
Sur l'un :
Vasdasba.
Sur l'autre :
Dara Vusdaçpaya.
(i) Lenormant, Catalogue de la collect. A. Ratfé, p. 69. (2) Traité des écritures cunéiformes, I. I, p. 198 et 337.
Il y a entre ces deux légendes un rapport au moins apparent qui nous fait songer à Hystaspe et à Darius^ fils d'Hystaspe; mais le costume des personnages, le travail des intailles et les données épigraphiques qui résultent de l'examen des inscriptions s'opposent à cette assimilation, que d'autres circonstances encore doivent faire écarter.
S'il n'est pas possible de dire aujourd'hui jusqu'à quelle époque l'écriture en caractères cunéiformes perses a été en usage, il est certain que l'emploi de l'écriture assyrienne, dont les plus nombreux spécimens appartiennent à une époque antérieure à l'occupation perse, s'est prolongé bien au delà des Achéménides. C'est ce qui va résulter de la production de quelques textes qui nous restent à faire connaître.
B. Inscriptions Assyro- Perses.
Il existe, en effet, une série d'inscriptions unilingues en caractères cunéiformes qui se rattachent à l'histoire de la Perse et qui sont écrites en assyrien, c'est-à-dire dans la langue et avec les caractères des textes de la troisième colonne des inscriptions achéménides.
Après les conquêtes de Cyrus, dans la Babylonie et dans l'Assyrie, la langue des vaincus n'a pu disparaître, et elle est restée la langue usuelle dans laquelle les transactions de la vie privée ont continué à être rédigées. Or, il existe un grand nombre de textes de cette nature qui appartiennent à différentes époques et qui nous feront connaître un jour les détails de la vie privée de l'Assyrie. Nous ne nous occuperons ici que de quelques documents qui appartiennent à l'époque achéménide.
Ces documents sont écrits sur des espèces de gâteaux
d'argile, d*une dimension variable depuis deux jusqu'à dix centimètres en carré; l'écriture a été tracée avec un style triangulaire sur l'argile encore tendre, et le style a donné au trait l'aspect cunéiforme qui caractérise cette écriture; puis le gâteau d'argile ainsi gravé a été soumis à une cuisson qui en a fait une brique inaltérable. Le contenu de ces inscriptions présente, à cause des termes techniques qu'elles renferment, de grandes difficultés d'interprétation. En général, ce sont des actes de vente ou d'achat concernant des esclaves, des grains, des moissons, des champs; on trouve quelquefois des baux, des actes d*emprunt, des constitutions de gages mobiliers ou immobiliers, c'est-à-dire alors de véritables hypothèques. Ces contrats sont signés des parties et des témoins de l'acte ; ils portent leur cachet, et, à défaut de cachet, un coup d'ongle qui remplace la signature de la partie trop pauvre pour avoir le luxe d'un cachet ou trop ignorante pour tracer sa signature.
Ce qui a surtout frappé dans ces textes et ce qu'il a été facile de déterminer dès le début des recherches, c'est le nom du souverain sous le règne duquel l'acte a été rédigé. Les rois de Perse portent dans ces écrits le titre de a rois de Babylone et des nations »; enfin^ ils sont datés du jour, du mois et de Tannée du souverain. On comprend, dès lors, l'intérêt historique qui se rattache à ces documents (i).
Il nous suffit d*en citer quelques spécimens. Voici d'abord la traduction d'un contrat assez compliqué et que nous rapportons dans son entier :
Contrat de prêt,
« Sept drachmes d'argent, montant de la créance de Mardouk-habal-ousour, fils de Mitia, fils deSigoua,surMardouk-
(i) Conf. Oppert, Les Inscriptions commerciales en caractères cunéiformes {Heyue orientale et américaine y octobre 1861).
habal-ousour^ créancier de Rimout-Nabou, fils de Mitia« fils d'Ilani-tabni.
« Il (Mardouk-habal-ousour) remboursera, dans le 4* mois, la somme de sept drachmes d'argent et touchera le montant
de deux jours de travail (?), et Mardouk-habal-ousour
qu*il peut faire valoir sur Nabou-ahi-idin et Rimout-Nabou, et Nabou-ahi-idin et Rimout-Nabou rachèteront la dette par leur travail.
« Sont témoins :
tt Mardouk- labar-ipous , fils de Nabou - ipis - ipous , homme.....;
« Nabou-nadin, fils de Nadin, homme suiti^ écrivain ;
« Kibir-din (?) fils de Khoudanya, fils de Bel-habalousour.
a Orchoé, le 22* jour du mois adar (22 février) de la 2* année de Cyrus (536), roi de fiabylone, roi des nations.)»
Une pièce, publiée par Grotefend, est datée de la ville de Hanasat, le 17" jour du 7® mois (17 septembre) de la io« année de Darius (5i3).
Un document qui porte un coup d'ongle à la place de la signature de fiel-Ballit est daté du 5 cislef (5 décembre) de l'an 10 de Darius (5 12).
Une autre pièce, publiée par Grotefend, est datée de la 17® année de Darius (5o6).
M. Oppert a recueilli, à Babylone, deux documents datés de Babylone et portant, Tun la date de la 34* année (488), l'autre la date de la 35* année (487) de Darius.
Une brique, publiée par Grotefend, est datée du 3® mois
de la 3® année d'Artaxerxès. Mais ici il est impossible de préciser, par les circonstances de Pacte, auquel des Artaxerxès il se réfère, de sorte que la date est incertaine.
M. Oppert cite, dans sa notice, à laquelle nous nous référons, un contrat de vente d'une maison entre les nommés Bel-sunu, fils de Bel-ousoursu, créancier, d'une part; et, d'autre part,Koudouroun et Nidenta-bel, fils de Bel-ahi-eden, débiteurs d'un talent d'argent , daté de Tannée 40® d'Artaxerxès, par conséquent de l'année 426 avant Jésus-Christ si c'est d'Artaxerxès-Longue-Main, ou de l'an née 364 si c'est d'Artaxerxès-Mnemon qu'il s'agit.
Dans ces documents rien n'est à négliger : la signature des témoins^ la nature du coptrat, tout peut être un indice précieux pour fixer une date indécise ou pour éclairer un point de l'histoire dans laquelle chaque jour d'étude apporte des renseignements nouveaux.
On trouve également des documents analogues sous le règne des Séleucides. Ils sont datés d'Orchoé et se réfèrent, par le système de notation des dates, à une ère qui n est pas encore déterminée,
Cinq tables d'intérêt privé, datées d'Orchoé, portent les mentions suivantes :
L'an 60, sous le règne d'Antiochus.
L'an 64 de Séleuchus.
L'an 68 de Séleuchus.
L'an 80 ^ . . d'Antiochus.
Enfin, une tablette appartient au règne de Démétrius
Les découvertes ultérieures feront connaître Tère, dont le point de départ peut être déjà circonscrit dans des limites assez restreintes par les mentions qui accompagnent ces actes.
— iSg —
Maintenant que nous pouvons embrasser d'un même coup d'œil les documents qui depuis le dernier siècle sont venus éclairer cette partie de Thistoire de TOrient, il nous est facile de saisir les faits qui s*en dégagent et de comprendre les principes au nom desquels ils ont été accomplis.
A un moment, qu'il est donné de préciser, la Perse a tout à coup grandi, et bientôt elle a imposé son Influence à la civilisation du monde.
Le principe qu'elle représentait alors était, au milieu des principes théocratiques de TOrient, un principe différent de ceux qui avaient fait vivre jusqu'alors les peuples de la Haute-Asie ; il s'appuyait sur un dogme dont les développements antérieurs attestaient déjà la vitalité. Son origine remonte à une époque pour laquelle les dates font encore défaut ; il a eu son berceau dans des contrées plus septentrionales que celles de la Perse^ telles que nous pourrions aujourd'hui en fixer les limites, dans des pays oU le plus long jour d'été est égal aux deux plus courts jours d'hiver (i). D ailleurs, son prophète, Zoroastre, est né à Balk, et les auteurs grecs qui nous ont transmis son nom, d'accord sur ce point avec les traditions orientales, l'appellent tour à tour le Bactrien, ou TOrmazdéen, sans rien préciser sur l'époque à laquelle s'est accomplie sa mission déjà antique dans leurs souvenirs.
Quand des renseignements précis nous permettent decom-
(i) Conf. A.-Duperron, Boundehesch, ch. xxv. — Un tel état de choses ne peut avoir lieu que par le 49® degré 20 de latitude, où le plus long jour de Tannée est de 16 heures 20 minutes, et le plus court de 8 heures 10 minutes.
pléter les données des historiens grecs, nous voyons que le plus grand des Achéménides^ Darius, était Mazdéiesnan ou Ormazdéen, comme tous les princes de sa famille. Ses inscriptions, celles de ses successeurs, commencent toutes par une formule pour ainsi dire sacramentelle, qui suffit pour établir ce fait de la manière la plus positive.
N'est-ce pas au nomd'Ormuzd que les Achéménides poursuivent leurs conquêtes, étendent leur empire jusqu'à ce qu'ils n'aient plus pour frontières que des peuples inconnus, et qu'ils menacent la Grèce? Si des insurrections partielles déchirent encore leurs États, c'est à la faveur d'un autre principe; c'est au nom de l'indépendance des provinces qui voulaient recouvrer leur ancienne autonomie et se séparer de l'empire. Mais quand une nouvelle insurrection éclate en Perse à l'instigation des Mages, elle est bientôt réprimée^ et Darius transmet son trône à ses fils, sans qu'on songe à contester les titres légitimes qu'ils avaient à représenter les destinées de l'Iran.
Cependant, lorsque les faits se furent éloignés, lorsque la dynastie de Darius s'éteignit à son tour, lorsque l'empire des Perses s'écroula sous les armes d'Alexandre, le culte d'Ormuzd resta le culte de la Perse, et le peuple lisait encore tout bas ces inscriptions qui lui rappelaient sa grandeur et sa foi, tandis que les soldats grecs, qui ne pouvaient les comprendre , les regardaient avec étonnement en passant sur cette route que les Perses vainqueurs avaient si bien connue deux siècles auparavant.
Les traditions des Achéménides n^étaient pas éteintes sous les Sassanides. Ces rois portent^ comme les Achéménides, le titre de Mazdéiesnans, et ce fut au nom des anciens rois de l'Iran que la Perse entra alors dans une nouvelle période de grandeur pour s'éteindre bientôt, il est vrai, au moment de l'invasion musulmane.
Mais alors un principe nouveau s'implanta sur un sol épuisé
par tant de générations glorieuses ; les Sémites se mêlèrent à l'élément arien au point de Tétouffer, et la Perse marcha sous l'égide de Mahomet vers des destinées nouvelles. L'invasion fut immense, la substitution fut complète : de l'arbre primitif il n'est resté que le tronc dénudé. Pour que la sève se portât tout entière dans la tige nouvelle , on a élagué les vieux rameaux : mœurs, croyances, souvenirs, tout a disparu. Aussi, quand plus tard la Perse a voulu reprendre sa vie, quand elle eut secoué le joug du califat, il n'est pas étonnant qu'elle n'ait pu retrouver son passé. Les chroniqueurs orientaux ne recueillirent alors que de vagues réminiscences qu'il fut impossible de mettre d'accord avec les récits de ceux qui avaient conservé les traditions primitives.
Ce fut dans le milieu du VII® siècle de notre ère que le culte d'Ormuzd cessa d'être le culte national de l'Iran. La Perse fut envahie par les Arabes qui lui imposèrent la religion de Mahomet. Le sort de ce malheureux empire fut décidé dans une grande bataille (646 de J. C.) qui fut livrée au village de Nahavand, à cinquante mille environ de l'antique Ecbatane. L'armée des Perses fut détruite, et lesded- }erd, le dernier des rois mazdéiesnans, fut contraint d'abandonner son royaume. Il parvint à se cacher pendant quelque temps, mais il périt victime de la trahison d'un meunier qui vendit aux musulmans le secret de sa retraite.
Les vaincus embrassèrent ou subirent la plupart le culte nouveau; il arriva ce qui arrive toujours dans de pareilles circonstances : les plus riches ou les plus attachés à leur religion s'exilèrent, emportant avec eux leur foi et le souvenir d'une patrie qu'ils ne devaient plus revoir. Ils se retirèrent dans le Kohistan^ oîi ils vécurent environ cent ans; ils descendirent ensuite à Ormas, et de là firent voile pour l'Inde.
Plusieurs siècles s'écoulèrent sans événements remarquables, mais le nombre des Perses diminuait de jour en jour. Vers l'an 900 d'Iesdedjerd (1450 de J. C), lorsque le ma-
hométisme pénétra dans Tlnde, ils s'unirent au rajah de Sandjan pour combattre le sultan. Quatorze cents Perses^ rassemblés de toute part, vouèrent leur vie au rajah et lui assurèrent la victoire ; mais leur chef, Ardésbir, périt dans une bataille : sa mort les obligea de fuir en emportant avec eux le Feu sacré, et les descendants de Darius, proscrits sur une terre étrangère, ont été mendier l'hospitalité des peuples qu'ils faisaient trembler jadis. Cependant ces fiers exilés se distinguent encore facilement au milieu de la population indienne : leur figure accuse cet air de famille dont on retrouve le type sur les murs de Persépolis; mais ils se font surtout remarquer par leurs croyances religieuses. Leur foi n'a point été ébranlée par les traditions séculaires de l'Inde; ils n'ont point accepté le culte de Brahma , de Si va ou de Vishnou ; ils n'ont point adopté la réforme bouddhiste. Enfin, chassés de leur patrie par l'invasion arabe, ils n'ont point subi l'islamisme sur la terre d'exil : aussi toutes ces religions les poursuivent des noms injurieux que- les sectes fortes prodiguent aux sectes opprimées : ce sont des idolâtres qu'ils appellent des Guèbres ou des Parsis.
Depuis quelques années, la condition des Parsis de Plnde s'est considérablement améliorée; leur nombre semble avoir une tendance à augmenter. On en compte bien près de cent cinquante mille qui habitent en général Bombay et quelques villes du Gujerat ; ils ont fondé des établissements à Calcutta et se sont mis en rapport avec tous les comptoirs de l'Inde. Sous l'influence protectrice delà civilisation occidentale, représentée pour eux par le gouvernement de l'Angleterre, ils marchent vers des destinées meilleures.
L'un d'eux, auquel la reine d'Angleterre a conféré le titre de baronnet, sir Jamsetjee Jeejeebhoy, s'est fait connaître moins par son immense fortune que par l'emploi qu'il savait en faire. Je pourrais citer d'autres familles de Parsis qui marchent également vers la fortune, et qui ne semblent vou-
loir atteindre à l'importance de celle de leur noble coreligionnaire que pour l'imiter dans ses bienfaits. Aujourd*hui lesParsis de Plnde viennent en Europe étudier leurs livres, dont ils gardaient le secret naguère; et ces livres, éclairés par les commentaires des savants de TOccident, semblent reprendre une vie nouvelle dans les mains de ceux qui les ont si bien conservés.
II n*en a pas été ainsi des Parsis qui sont restés dans l'Iran. Après la mort d'Iesdedjerd, lorsque Tempire du califat se fut bien établi, lorsque les proscriptions eurent fait justice de tout ce qui était riche, influent, attaché au culte d'Ormuzd, et que la peur eut converti le plus grand nombre, l'islamisme régna alors sans partage, il ne resta plus que quelques Parsis trop pauvres pour valoir la proscription, trop ignorants pour qu'on pût songer à les convertir : on les laissa vivre; on leur abandonna un coin de terre dans une province marécageuse et malsaine, dans le Kirman, à lezd, où ils traînèrent une misérable vie. Aucun événement remarquable n'a signalé pendant douze siècles leur soumission; de temps à autre ils échangèrent quelques lettres avec leurs frères proscrits, et cette correspondance forma le recueil des Ravaëts, recueil précieux qui constate l'identité des livres conservés dans l'Inde et dans la Perse.
Aujourd'hui, à lezd et dans vingt-quatre villages environnants^ oti les Parsis sont exclusivement confinés, il y a environ six mille Mazdéiesnans; sur ce nombre, on compte vingt familles de marchands qui possèdent tout au plus une modeste aisance; le reste gagne misérablement sa vie à la culture de la terre. Au Kirman le nombre des Parsis ne paraît pas excéder quatre cent cinquante; enfin, on en trouve une cinquantaine à Téhéran. Les plus pauvres sont employés comme jardiniers dans le palais du schah. Ces Parsis ont, il est vrai, quelques temples du Feu, des livres de liturgie; mais leur culture intellectuelle est à la hauteur de leur mi-
sère. M. Westergaard, qui parcourait la Perse en 1844, passa huit joursà lezd, il y trouva seize ou dix-sept livres en tout. Au Kirman, il ne découvrit que deux copies du Vendidad.
Comment ces hommes se sont-ils perpétués jusqu'à nos jours? Si le mahométismea été impuissant pour étouffer leurs croyances, ce n'est pas cependant leur énergie qui les a fait vivre, ni leur intelligence, ni leur fortune. Rien de tout cela ne leur est échu en partage dans leur patrie : le dogme qu'ils représentent vit en eux, malgré eux ; il vit par lui-même, poussé par une force supérieure qu'il ne nous est pas donné de sonder, mais qui les soutient depuis douze siècles en dépit des persécutions, en dépit de leur ignorance.
Et maintenant, si nous jetons un dernier regard sur le sol de la Perse, nous voyons d'abord à la surface une population hétérogène : des musulmans fidèles ou dissidents, des juifs, des chrétiens catholiques ou schismatiques, produits nécessaires des invasions successives qui se sont tour à tour étendues sur ces contrées, et qui ont plus ou moins étouffé la race aborigène ; puis nous découvrons bientôt dans les couches inférieures un petit nombre d'individus auxquels on donne, comme une injure, le nom de Guèbres, puis plus bas encore des tribus sédentaires qui cultivent péniblement le sol auquel ils sont éternellement fixés et des tribus nomades qui parcourent le désert en chassant devant elles de misérables troupeaux. Et pourtant c'est aux mains des Guèbres que nous trouvons les livres auxquels la Perse avait foi dans ses jours de grandeur^ et c'est dans les déserts que nous retrouvons son histoire écrite par ses rois.