CHAPITRE XIII VALEUR HISTORIQUE DES ACTES DES APOTRES
Voulant écrire une histoire, celle de la naissance du christianisme et de son développement à travers le monde romain, l’auteur des Actes a dû, à un certain degré, s'inspirer des méthodes historiques en usage chez les Grecs et chez les Juifs.
L'historien grec se servait de sources diverses : de pièces d’archives, des
mémoires des contemporains et des acteurs des événements ou de leur propre participation à ceux-ci et enfin des historiens antérieurs. Son but, en écrivant,
était divers : il voulait instruire le lecteur, l’intéresser, mais souvent aussi son
but était apologétique, il voulait glorifier les actions de ses personnages. Il exerçait un certain contrôle sur ses sources, mais il était peu sévère sur la critique historique des faits. Ce qu’il recherchait surtout c'était la beauté de la forme; il ne copiait pas littéralement ses documents, mais il les refondait pour leur imprimer la marque de son style et de sa langue.
Tout au contraire, l'historien juif utilisait aussi des sources nombreuses, des pièces d’archives, des documents historiques, surtout les écrits des historiens antérieurs, mais il reproduisait ses sources plus où moins telles quelles; il ne les refondait pas pour les conformer à son style; il les adaptait seulement au but qu'il poursuivait.
L'écrivain des Actes parait avoir suivi surtout les méthodes des historiens grecs. Il utilise des sources orales ou écrites, mais il ne les reproduit pas littéralement; il les refond à un certain degré pour les adapter à son style et au but qu'il veut atteindre. Ceci ressort des études déjà faites sur la langue et les
sources des Actes.
Aucun critique n’a souterfu que les Actes des apôtres étaient un livre dépourvu de toute valeur historique; certains récits, surtout ceux que relate le Journal de voyage, sont acceptés à peu près par tous comme historiques, sauf pour quelques faits, principalement les prodiges. La discussion porte sur l’ensemble du livre, sur quelques événements particuliers et sur les discours rapportés dans les Actes. C. Baur et l’école de Tübingen avaient soutenu que les faits avaient été sinon inventés dans leur entier, du moins dénaturés et arrangés dans un but de conciliation entre les disciples de Pierre et ceux de Paul; ce point de vue a été abandonné dans ce qu’il avait d'exagéré, mais on soutient encore aujourd'hui, Schmiedel (2) entre autres, que les faits ont été aménagés et même
défigurés dans un but tendancieux; ils sont là pour démontrer une thèse. Jülicher
abandonne en partie cette opinion, mais rejette la valeur historique des Actes
(1) A. WiIGkENHAUSER, Die Aposlelgeschichte und ihr Geschichiswert, Münster, 1921. (2) Encycl. biblica, Acts of the Apostles, col. 39 ss.