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VALEUR HISTORIQUE DES ACTES DES APOTRES. CCOXXT

sous prétexte qu'ils sont en opposition avec les épitres pauliniennes. D'après Harnack (1), la valeur historique des Actes est encore mise en doute par de nombreux critiques pour diverses raisons : Le livre serait relativement tardif et une compilation bariolée, à laquelle le rédacteur n'aurait eu qu'une minime ou une fâcheuse part. Le journal de route n'aurait pas été écrit par l’auteur, mais aurait été emprunté à une source, ou ne serait qu'une fiction littéraire. Les erreurs historiques seraient nombreuses ainsi-que les lacunes. Le portrait de Paul serait tendancieux ou trahirait l'ignorance de l'écrivain. Les récits des premiers chapitres sont de pure fantaisie : Pierre serait paulinien et Paul serait pétrinien. Harnack (2), lui-même reconnaît que Luc est un historien véridique, mais il lui reproche sa facilité à croire les guérisons miraculeuses et les prodiges spirituels et une certaine négligence et incorrection dans les détails, ainsi que sa propension à dramatiser les événements importants.

L'hypothèse qu'ont soutenue divers critiques, à savoir que les Actes sont composés de sources diverses complique la question; elle met en cause non seulement la rédaction définitive du livre, mais les matériaux qui ont servi à la composer. Nous avons résumé précédemment les conclusions de Harnack sur la valeur historique des diverses sources, orales et écrites, qu’il découvre dans les Actes. Nous ne croyons pas nécessaire de refaire cette enquête après lui. Si nous démontrons que le livre, tel que nous l’avons, possède une vraie valeur historique, nous aurons établi par là même le caractère des sources employées. |

Afin de présenter la question sous toutes ses faces et méthodiquement, nous étudierons séparément : I, les récits ; II, les discours contenus dans les Actes des apôtres. Pour chacune de ces parties ; 1° nous étudierons leur valeur historique d’une manière positive et 2° nous examinerons le bien-fondé des arguments apportés contre cette valeur historique. |

1° Arguments qui établissent la valeur historique des récits. — Pour établir qu'un livre contient des faits historiques, c'est-à-dire des faits dont 16 récit est conforme à la réalité, il faut comparer les récits de ce livre avec ceux d’autres livres relatant les mêmes événements; il faut confronter les données de ce livre avec tous les documents monumentaux de la même époque. Les livres ou les documents servant de termes de comparaison devront être authentiques, et on en aura déterminé le degré de valeur historique. Par exemple, on ne devra pas déclarer non historique un fait raconté dans les Actes, sous prétexte qu'il est en contradiction avec des faits racontés par Josèphe ou d’autres historiens. Avant de porter un jugement, on doit examiner avec soin quel est celui des deux récits qui est le plus conforme à l’ensemble des données historiques. En matière d'histoire, la valeur d'un témoignage isolé est proportionnelle à l'autorité de l'historien qui le transmet, et à sa concordance avec les faits contemporains. Nous devrions donc, tout d'abord, avant d'exposer notre thèse, faire l’histoire

(1) Die Apostelgeschichte, Ὁ. 9.

(2) Oo. cit., p. 18.

. CCXXIT INTRODUCTION.

* du r° siècle, et établir l'autorité des documents divers qui nous rapportent les événements de ce temps-là. Cet exposé nous entraïînerait trop loin; nous sup- poserons donc nos lecteurs instruits de ces questions, et nous nous contenterons de signaler les faits, lorsqu'il sera nécessaire.

Les documents écrits où monumentaux qui nous permettent de constater la valeur historique des Actes ne sont pas très nombreux; il est même certains faits qui n'ont d'autre témoignage que les Actes eux-mêmes et la tradition de l'Église. Sur la valeur de la tradition ecclésiastique, comme garant historique des Actes, il y aurait à se demander, à propos de chaque fait, si elle s’est établie en dehors du récit des Actes, ou bien si elle s'appuie sur le récit des Actes. Pour les faits où il sera démontré qu'elle est indépendante des Actes, son témoignage devra être accepté comme original; mais pour les faits mêmes où elle dérive des Actes, elle ἃ encore une valeur de confirmation, puisque les contemporains ont accepté et transmis comme vrais les faits racontés dans les Actes. Nous n'avons pas à prouver la valeur historique des Actes par la tradition ecclésiastique; c’est un fait acquis. Il suffira de citer à ce sujet le témoignage de saint

Irénée (1) : Est consonans et velut eadem, tam Pauli annuntiatio quam et Lucae de Apostolis testificatio. Mais, en dehors de ces faits, dont les Actes et la tradi-

tion ecclésiastique sont les seuls garants, il en est un certain nombre d’autres qui peuvent être contrôlés par les documents sacrés ou profanes.

Prouvons d’abord l'accord des Actes des apôtres avec les écrits sacrés. 1° Parmi ceux-ci nous mettrons en première ligne les épîtres de Paul, qui attestent la véracité historique de l’ensemble du livre et même des premiers chapitres des Actes, lesquels ont été le plus en butte à la critique rationaliste et accusés de n'être que la reproduction d’une vie légendaire de Pierre.

Ce témoignage des épiîtres de Paul en faveur de la véracité des Actes est

d'autant plus précieux qu'il semble bien que Luc n’a pas connu les épîtres de Paul (2). Cette affirmation paraîtra étrange à plusieurs, qui certainement ne pourront comprendre qu’un compagnon de Paul, tel que l’a été Luc, ait pu ignorer les lettres que son maître écrivait aux grandes communautés chrétiennes de Rome, de Corinthe ou de Galatie. Si les Actes avaient été écrits après l'époque où les épîtres ont été réunies en collection, le fait serait incompréhensible. L'auteur ayant entre les mains une pareille source d'informations n'aurait pu la négliger et la passer sous silence. Mais les Actes ont été écrits vers l’an 63; or, à ce moment, les épîtres n’existaient encore qu'à l’état dispersé et, aux yeux des contemporains, l’œuvre principale de Paul était son œuvre missionnaire, sa prédication et ses voyages. Comme il n’est pas à croire que Paul ait conservé un double de ses lettres, Luc n’a dù connaître que les épiîlres écrites par l’Apôtre

(1) Adv. Παρ)". II, 13, 3.

(2) Cette (hèse est soutenue par A. SABATIER : L'Auteur du livre des Actes des apôtres a-t-il connu el ulilisé dans son récit les épitres de saint Paul? 1889; R. Sreck, Theolog. Zeitschrift aus der Schweiz, 1890, p. 153; TH. ZAHN, Einl. 11. pp. 414-418, 429; WEnDTr, Die Apg. pp. 40-42. — Ont soutenu la thèse contraire : O. PrLeitperer, Urchristentum, 3N. Aufl. I. p. 532; H. J. Horrzmann; flandkomm. zum N.T., I. 2, Die Apg. Drit. Aufl., 1901, p. 10; H. Sonuzze, Theol. Stud. und Kritiken, 1900, pp. 119 ss. ΝΥ. SOLTAU, Zeilschr. für neul. Wiss., 1903, p. 133; VAN MANEN, Paulus, I, pp. 58-74; W. BRüCKNER, Prot. Monatsh., 1911, p.284; RAMSAY, Saint Paul the Traveller, p. 385.

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