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CHAPITRE PREMIER

HISTOIRE DE LA CRITIQUE DES ACTES DES APOTRES

Nous n'avons pas à retracer dans le détail les points de vue qu'ont soutenus sur les Actes les critiques et les exégètes catholiques, Beelen, Bisping, Patrizzi, van Steenkiste, Camerlynck, Kaulen, Fouard, Le Camus, Vigouroux, Felten, Knabenbauer, Rose, Belser, Schäfer, Brassac, Jacquier, pour ne citer que les critiques de notre temps; s'ils diffèrent sur quelques questions, spécialement sur la date de la composition des Actes, sur le but que s’est proposé l'auteur en écrivant son livre, sur les sources diverses qu'il a employées, sur le texte

original des Actes, tous s'accordent sur les points suivants :

La. le médecin et le compagnon de Paul, est l’auteur du Journal de voyage,

c'est-à-dire des pages où l'écrivain parle à la première personne du pluriel, les

passages en « nous », comme ayant assisté aux événements qu'il raconte; pour les autres parties de son livre il a utilisé des renseignements oraux ou écrits qu'il a reçus des témoins des événements. Luc est donc l’auteur du livre des

Actes. Tout dans cet écrit, récits et discours, est d’une pleine valeur historique.

L'auteur a exposé les faits tels qu'ils se sont passés, tels que des témoins autorisés les lui avaient appris, et son livre est un rapport véridique de la naissance

et du développement de la communauté chrétienne à Jérusalem, de l'extension ‘du christianisme à travers le monde païen par la prédication apostolique repré-

sentée surtout par les apôtres, Pierre et Paul. Les faits n'ont pas été défigurés, ni dans leur substance, ni dans le détail pour démontrer une thèse quelconque, pour faire ressortir un état de choses spécial; Luc est un historien loyal et impartial. Tels sont les points de vue qu’à la suite des exégètes catholiques nous avons essayé d'établir.

Les protestants orthodoxes, Blass, Lechler, Nôüsgen, Baumgarten, Bonnet, Barde, Barth, Feine, Zahn; les critiques anglicans, Hackett, Gloag, Plumptre, Ramsay, Chase, Knowling, Headlam, Rackham, Lumby, Burnside défendent, à peu de choses près, les mêmes points de vue.

D'après J. W. Hunkin qui a analysé et caractérisé les travaux des exégètes anglais sur les Actes depuis Pélage et le Vénérable Bède jusqu’à nos jours (1), voici les points sur lesquels s'accorde la grande majorité des savants britan-

(1) Foaxes JacxsON, KinsOPp Lake, The Beginnings of Chrislianity, The Acts of the Apostles, Vol. 11, p. 396-433.

XVI INTRODUCTION

niques : 4° Les Actes sont un produit non du second siècle mais du premier; 2 il y a une très forte probabilité que l'écrivain des sections en « nous » est l’auteur tout à la fois des Actes et du 1119 évangile; 3° il possède un grand nombre d'informations exactes sur les voyages de Paul, quelques-unes même de première main; 4° quelles que soient les sources employées dans les premiers chapitres des Actes, ces scènes des jours primitifs sont bien choisies et concordantes et donnent une peinture de la marche des événements qui est en définitive correcte dans ses lignes générales.

De leur côté les critiques libéraux ou rationalistes ne soutiennent pas ces mêmes . thèses; s’ils s'accordent sur quelques points, chacun présente une thèse plus ou moins différente principalement sur l’auteur de l'écrit, sur le but, que s’est proposé l'écrivain, sur les sources qu'il a employées, sur la valeur historique des Actes, dont le texte primitif a, d'après eux, été retravaillé, modifié et complété. Pour la plupart de ces critiques les Actes sont un écrit tendancieux, qui avait pour but d'établir une thèse. Nous allons passer en revue les diverses hypothèses, sauf celles sur les sources, et sur le texte des Actes, que nous mentionnerons dans les chapitres où sont traitées ces questions. Assez souvent les opinions des critiques dépendent du but qu'ils ont assigné au livre des Actes

et vice versa, nous sommes donc obligé de relever conjointement les opinions émises sur ces diverses questions : but fixé aux Actes et composition du livre, sa valeur historique, son auteur. | En effet, si l’on veut comprendre la raison d’être du livre des Actes, la structure du récit, la mise en œuvre des matériaux que l’auteur avait à sa disposition, il est nécessaire de déterminer le but que s’est proposé l’auteur en écrivant son récit. Il n’a pas voulu donner un récit sans couleur d’un aussi grand nombre de faits que possible, mais il s’est servi de l’histoire pour établir sa propre interprétation des faits.

Les critiques ne s’acccordent pas sur le but eee ’est proposé Luc en écrivant son livre; ils pensent tous, cependant, qu’il n’a pas voulu seulement raconter les faits, mais qu'il les ἃ choisis et disposés dans un but bien défini. Avant de

déterminer ce but et de traiter les questions connexes, remarquons ceci : Que ce soit du fait de l’auteur ou de la pénurie des documents ou des souvenirs, les Actes ne peuvent être tenus pour une histoire des origines du christianisme au sens strict du mot. Il y a trop de lacunes entre les faits racontés; des événements importants sont laissés de côté ou racontés en quelques mots, tandis que des faits de minime importance sont relatés dans le plus grand détail. Il est donc probable que nous avons dans les Actes un recueil des faits que l’auteur a pu rassembler. Les avons-nous tous? C’est ce que nous ne pouvons savoir. ΤΙ semble qu'il a choisi les faits qui répondaient à son but et qu'il les a disposés suivant le but qu’il voulait atteindre. Voyons maintenant les solutions qui ont été données à ces diverses questions.

Déjà, au 1v° siècle, Théodore de Mopsueste, 350-429, dans un prologue aux Actes des apôtres, que von Dolschütz (1) lui attribue, se demandait quel est le but, σκοπός, des Actes. D'après lui, c'est la présentation des merveilleuses

(1) À hitherlo unpublished Prologue to the Acts of the Apostles (probably by Thedore of Mopsuestia) : The American Journal of Theology, Vol. 11, Ὁ. 353, Chicago, 1898.

HISTOIRE DE LA CRITIQUE DES ACTES DES APOTRES. ΣΌΝ

ordonnances et dispositions du Saint-Esprit, ταῖς ἀπορρήτοις οἰκονομίαις τε χαὶ διατάξεσι τοῦ ἁγίου πνεύματος, par lesquelles fut rendu possible le passage du christianisme des Juifs aux gentils et en même temps la délivrance complète de La Loi de l'A. T. Cette transition ne pouvait être accomplie par une rupture complète avec la Loi, mais le commentateur explique exactement que Dieu fit usage de divers moyens pour l'y amener précisément, suivant l'exposé de l’auteur des Actes lui-même, lequel est le bienheureux Luc, μακάριος Λουκᾶς.

Passons à des écrivains de date plus récente. Baumgarten a développé une idée émise par Eichhorn et adoptée ensuite par de nombreux critiques, à savoir que les Actes auraient pour objet principal de montrer la marche triomphale du christianisme depuis Jérusalem jusqu'à Rome. Michaelis (1), Griesbach (2), Schneckenburger (3) pensent que l’auteur des Actes a voulu revendiquer pour Paul contre les judaïsants sa qualité d'apôtre et la légitimité de son ministère auprès des gentils. Schleiermacher (4), Credner (6), Schwanbeck (6), expli-

quent la nature et le caractère des Actes par les différents documents que

l'auteur a employés. Citons encore les travaux de Mayerhoff (7), et de Schrader (8); celui-ci prélude d’une certaine façon aux théories de l’école de Tübingen.

Nous exposons plus en détail le système de l’école de Tübingen, à cause de l'influence qu’il a exercée sur la critique des Actes, au temps où il fut formulé

et qu'il exercé encore sur quelques points, bien que ses hypothèses principales |

soient actuellement périmées. Plusieurs de ses idées sont encore exploitées par la critique moderne.

Ses représentants principaux ont été Baur (9), Schwegler (10), Zeller (11), Hilgenfeld (12), Volkmar (13), Hausrath (14), Holsten (46) et d’autres encore, acceptant plus ou moins les diverses parties du système.

Jugeant que, par l'étude littéraire des Actes, l’on n'aboutirait à aucun résultat

positif, le protagoniste de l’école de Tübingen, Ch. Baur s’est placé surtout au point de vue historique dans son jugement sur le but et la valeur historique des Actes. La formule classique de la théorie de l’école de Tübingen a été émise par un disciple de Baur, Eduard Zeller dans une série d’études, publiées dans les Theologische Jahrbücher, de 1848 à 1851, et réunis en volume en 1851.

(1) Einleitung in das Neue Test., Gôttingen, 1788.

(2) De consilio quo scriptor in Actibus concinnandis duclus fueril, Tenae, 1798.

(8) Ueber den Zweck der Apostelgeschchichten, Bern, 1841.

(4) Einleitung in das Neue Testament, 1845.

᾿ (5) Einleitung in das Neue Testament, 1836.

(6) Ueber die Quellen der Apostelgeschichte, 1847.

(7) Einleilang in die petrinischen Schriften nebst einer αὐλοί, über den Verfasser der Apostelgeschichte, 1835.

(8) Der Apostel Paulus, 1836.

(9) Paulus, sein Leben und Werken, Stuttgart, 1845.

(10) Das nachapostolische Zeitalter in den Hauptmomenten seiner Enbichione , Tübingen,

(11) Die Apostelgeschichte nach ihrem Inhalt und Ursprung krilisch untersucht, Stuttgart, 1854. ;

(12) Einleitung in das N.T., re 1875.

(13) Jesus Nazarenus und die erste christ. Zeit, Zürich, 1882.

(14) Neutestamentliche Zeilgeschichte, Leipzig, 1868-1873.

(15) Zum Evangelium des Paulus und Petrus, Rostock, 1867.

ACTES DES APOTRES. ὃ

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