‹ Les Actes des ApôtresChapitre 16 sur 358 · DV ETI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

DV ETI INTRODUCTION

D'après les divers tenants, Baur, Schwegler, Zeller, suivis par Hausrath (1), Samuel Davidson (2), Hilgenfeld (3), W. R. Cassels (4), Scholten (5), Holtzmann (6), Havet (7), Volkmar (8) et d’autres, il existait dans l’Église primitive deux partis, le parti pétrinien et le parti paulinien. L'auteur du livre des Actes . qui a composé son travail vers le milieu du n° siècle, présente un récit artificiel où les faits ont été choisis, dénaturés, altérés ou inventés de toutes pièces pour démontrer qu’il n’y avait pas eu à l’origine de divergences entre Paul d’une part et Pierre et les premiers apôtres d’autre part. La thèse est posée ainsi : L’histoire de Pierre et de Paul est présentée en deux séries qui se répondent paral- lèlement; à Pierre est attribué ce qui était la caractéristique de Paul, et à

Paul les caractéristiques de Pierre. En un mot, le caractère et l’histoire des

deux apôtres sont défigurés. L’antagonisme entre Paul et les premiers apôtres est passé sous silence ou tout à fait atténué.

En effet, dit-on, Pierre et Paul possèdent tous les deux le don de communiquer le Saint-Esprit par l'imposition des mains, vin, 17; x, 44; x1x, 6. Ils accom- plissent tous les deux le même nombre de miracles, semblables ou analogues; il n’est aucun des miracles attribués à Pierre et relatés dans la première partie des Actes, qui, dans la seconde partie, ne soit accompli par Paul. Pierre ouvre sa carrière miraculeuse par la guérison d'un boiteux « dès le ventre de sa mère »,

ur, 2-7; Paul, de même, xiv, 8-10. La scène du paralytique de Lydda, 1x, 33,

correspond à celle du fiévreux de Malte, xxvuir, 8; la résurrection de Tabitha, 1x, 40, à celle d’Eutyque, xx, 10-12. Si l'ombre de Pierre rend la santé aux malades sur lesquelles elle passe, v, 15, les linges qui ont touché Paul jouissent du même privilège, xix, 12. L'un et l’autre chassent les démons, v, 16 et xvr, 18, réduisent les magiciens à l'impuissance, γα, 20; Χαμ, 11; χιχ, 13 et frappent les coupables de peines corporelles avec un égal pouvoir, v, 1 ss. et χιιι, 11. Le respect qui leur est témoigné, est semblable : Pierre est adoré comme Dieu par Corneille, x, 25 et Paul par les habitants de Lystres, x1v, 11, et tous les deux repoussent ces hommages par la même considération, à peu près par la même phrase, x, 26; xiv, 14, Dans la persécution, le ciel leur accorde des faveurs pareilles : Pierre est arraché à sa prison par un ange, ΧΙ, 7; Paul est délivré presque de la même manière, xvi, 26. Les souffrances de l’un et de l’autre pour la foi sont elles-mêmes égalisées : Pierre est frappé de verges par ordre du Sanhédrin, v, 40; Paul, de même à Philippes, par ordre des duumvirs, xvi, 22.

Il semble même que l’auteur des Actes, pour maintenir la balance exacte entre les deux apôtres, a passé de parti pris sous silence la plus grande partie des souffrances que Paul a endurées. Où trouvons-nous même une allusion à ces dangers courus, que Paul a énumérés d’une si éloquente manière dans sa seconde lettre aux Corinthiens, xr, 23-27? Il serait possible, à l'aide des épitres, de citer encore d’autres souffrances que Paul eut à supporter et dont Luc ne

(1) Neutestamentliche Zeilgeschichte, 1868, T. IV, p. 256.

(2) An Introduction te the study of the New Testament, 1868, 11, p. 275 os. (3) Einleilung in das N. T., 1875, p. 574 58.

(4) Supernatural Religion, 1874, 111, part I.

(5) Das paulinische Evangelium, 1881, p. 254 ss.

(6) Zeitsch. f. wiss. Theologie, 1882-1883.

(7) Le Christianisme et ses origines, 1884, 1V, ch. 1v.

(8) Paulus von Damascus bis zum Galalerbrief, 1887, p. 23 55.

HISTOIRE DE LA CRITIQUE DES ACTES DES APOTRES. XIX

parle pas : 1 Cor. 1v, 9; xvr, 95 IT Cor. τ, 8, 9; xt, 7; Galates, 1v, 13, 14.

De plus, dit-on encore, l’histoire et le caractère des deux apôtres sont défigœurés, Pierre, d'après les Actes, est le créateur de la mission chez les païens ; ilest le premier organe des principes pauliniens les plus universalistes. C’est lui qui, le prémier, introduit les païens dans l'Église chrétienne, x, et proclame l'universalité du salut pour les Juifs et les paiens, xv, 11. C'est lui qui déclare, lors de la conférence de Jérusalem, l'impuissance de la Loi pour le salut de l'homme et l'efficacité de la grâce du Seigneur Jésus, xv, 10, 11. Paul, au contraire, est dépeint, dans les Actes, comme un fidèle observateur des lois mosaïques; il fait circoncire Timothée; il s’astreint aux observances légales et il vient à Jérusalem aux principales fêtes juives; il pratique même les œuvres surérogatoires de la Loi : il fait des vœux, se joint à des naziréens. Ses discours ne présentent, sinon en un passage, rien qui rappelle ses doctrines particulières ; ils pourraient être mis dans la bouche d’un judaïsant modéré. Paul enseigne le monothéisme et la pure morale juive, la messianité de Jésus-Christ, sa résur-| rection, le repentir, et le jugement futur ; son discours à Antioche de Pisidie, ΧΙ, 16-41, est presque une reproduction des discours de Pierre et d'Étienne; il accepte les dogmes et les espérances des Pharisiens, xxrr1, 1-6; ΧΧΙΝ, 14, 15; χχνι, 57; xxvur, 20. Il déclare d’ailleurs n’avoir aucune faute à se reprocher ni contre le peuple juif ni contre les coutumes des pères, et n'avoir jamais péché contre la Loi. Présentées ainsi, la physionomie et la vie de Paul sont tout à fait défigurées. Ce n’est plus l’Apôtre de la liberté en Jésus-Christ, que nous avons ici, mais un fidèle observateur de la Loi de Moïse. Cette opinion que Luc a défiguré le personnage de Paul est encore soutenue de nos jours par Bacon (1) qui affirme que celui-ci a voulu prouver que Paul dépendait pour son apostolat des apôtres de Jérusalem. Il ne fait rien, dit-il, sans avoir leur approbation, et son apostolat lui vient bien des hommes et par un homme. — Enfin, ajoute-t-on, toutes les fois qu'il y eut conflit entre les apôtres et Paul, entre les chrétiens judaïsants et Paul ou ses disciples, les Actes affaiblissent la gravité des divergences, atténuant les faits ou bien les passant sous silence. Ils n’ont rien dit de la discussion d'Antioche entre Pierre et Paul, rien non plus des résistances que Paul eut à vaincre dans les églises de Corinthe et de Galatie, rien des difficultés que soulevèrent contre Paul les envoyés de Jacques. En fait, si l’on n'avait pas les épîtres de Paul, on pourrait croire que, dès le commencement, l'entente a été complète entre Paul et les premiers apôtres. La tendance irénique du livre se trahit donc à chaque page. Ce n’est pas la conclusion à laquelle est arrivé H. Windisch dans The Beginnings of the Christianity, τα, p. 348. On ne peut soutenir d'après lui, que le but de l'auteur a été d'appuyer les plans d’un parti.

La thèse de l’école de Tübingen a été rejetée par les critiques conservateurs

Neander (2), Lechler (3), Thiersch (4), Baumgarten (5), Lange (6), Lekebusch (7)

(1) Professor Harnack on the Lukan Narrative : The Am. Journal of Theology, 1909, p. 67. (2) Geschichte der Pflanzung und Leitung der christ. Kirche durch die Apostel, 1847.

(3) Das apost. und das nachapostolische Zeilaller, 1851.

(4) Die Kirche im apost. Zeilaller, 1852.

(5) Die Apostelgeschichte, 1852.

(6) Das apostolische Zeitalter, 1853.

(7) Die Composition und Entstehung der Apostelgeschichle, 1854.

À Ἦ mon XX INTRODUCTION. 4

et par des critiques rationalistes. D'après Bruno Bauer (1), le conflit entre Paul j et les judaïsants était éteint depuis longtemps quand l’auteur des Actes ἃ écrit». : et les deux portraits irréconciliables, le Paul des épiîtres et le Paul des Actes sont le produit de la fantaisie de l’auteur. Les inexactitudes historiques du récit s’expliquent par la reproduction des idées et des vues de l’époque où l’auteur écrit. Sur certains points Ed. Reuss (2) s'inspire des théories de l’école de Tübingen, mais il admet que le livre des Actes est historique dans son fond, tout en le tenant pour un ouvrage didactique et polémique, destiné à montrer l'accord des apôtres sur la question de l’observance de la Loi mosaïque. « Le but de l’auteur des Actes n’a pas été de raconter une simple histoire, mais en même temps de présenter cette histoire comme plaidant hautement en faveur des tendances. d'union et de conciliation, en face desquelles s’agitaient alors des théories . extrêmes, diamétralement opposées : l’une, d’origine plus récente, et bientôt. aussi plus dangereuse, qui était hostile à tout ce qui tenait à la Loi mosaïque, me se fait guère encore remarquer dans le cadre du récit; l’autre plus ancienne,” et commençant déjà à perdre du terrain, qui ne voyait le salut que dans la stricte observation de cette même Loi, y occupe une place tellement large, qu'il, faut bien admettre que l’auteur a dû y voir l'élément dominant, la force motrice . des événements. » L'auteur des Actes n’a pas su se dégager de ce point de vue. ὦ] rassemble tous les faits propres à mettre en évidence l’accord des chefs sur la question qui divisait les communautés chrétiennes, à savoir l’universalité du salut et l’admissibilité des païens incirconcis dans l'Église chrétienne. Dès

Ξ l'origine, quelques-uns de ceux-ci furent convertis et on se demanda à quelle. condition il fallait les admettre. ἢ y eut un compromis dont les règles posées / au concile de Jérusalem furent l’expression, L'auteur, étant historien, a présenté

sa thèse sous forme de récits et l'a personnifiée en deux hommes, Pierre et Paul, qui représentent les deux tendances, l'esprit des premières communautés

4 et celui des communautés issues du paganisme. De l’histoire de ces deux per-

ἐς sonnages il ressort que ces deux tendances, divergentes mais non opposées,

s'unissent dans les mêmes résolutions. Les deux chefs sont mis sur le même

pied et Paul est apôtre au même titre que Pierre.

40 Reuss croit que pour composer son récit le rédacteur a mis à profit des rensei-

gnements recueillis de côté et d'autre, des souvenirs déjà un peu incohérents,

qu'il aurait ensuite soudés ensemble par des formules de transition ou de très

courts résumés. La forme sous laquelle nous sont parvenus les discours des

Actes est certainement l'œuvre du rédacteur de ce livre. En général, ils répon-

‘dent bien à la situation et expriment le caractère d'une individualité marquée;

quelques-uns ne sont guère que des lieux communs. Quant à la non-identité du

rédacteur du livre et de l'écrivain du Journal de voyage, elle peut être soutenue

avec quelques chances de succès, ou du moins quelque apparence de plausibilité.

— Cela nous paraît bien difficile, vu la façon dont les passages en « nous » sont étroitement mélangés au récit. Reuss admet que l’auteur des Actes est Luc,

qui a écrit son livre après l'évangile, lequel a été écrit après la destruction de

(4) Die Apostelgeschichtle, 1850.

(2) Histoire de la théologie chrélienne au siècle apostolique, T. Ier. L'Église apostolique, Strasbourg, 1864; Hisloire apostolique (Actes des apôtres, Paris, 1876).

Page 1