VALEUR HISTORIQUE DES ACTES DES APOTRES. CCLXXXV
l’Apôtre et ce qui est raconté, xxvi, 9, 10 : Paul en appela à César parce qu'il ne voulait pas être jugé devant Festus sur les accusations des Juifs. C’est bien cependant l’inimitié de ces derniers qui a été la cause principale des divers événements.
Nous ne relevons dans ce discours aucune expression spécialement paulinienne, mais plusieurs sont communes à Paul et à Luc : ἐναντίος, δέσμιος, ἀνακρίνω, ἀντιλέγω, ἀναγχάζειν, διὰ αἰτίαν, εἵνεκεν, ἅλυσις, ἐλπίς, avec le génitif subjectif. L’allusion que fait Paul à la chaîne dont il est lié trouve son rappel dans plusieurs passages des épîtres de la captivité, Æph. rx, 13 1v, 20; Philip. τ, 7, 13; II Tom. 1, 16. .
Le second discours de Paul est une citation du prophète Isaïe, qui rappelle la situation où se trouve l’Apôtre en face des Juifs : « Depuis le matin jusqu’au soir, il leur exposait le royaume de Dieu, rendant témoignage et leur persuadant, par la Loi de Moïse et par les prophètes, ce qui regarde Jésus. Les uns étaient persuadés par ce qu’il disait : mais les autres ne croyaient pas. Comme ils n'étaient pas d'accord entre eux, ils se séparèrent. » Paul leur redit alors la parole du Saint-Esprit à leurs pères, dont le cœur s’était endurci et qui n'avaient pas voulu se convertir. Et l’Apôtre conclut : « Sachez que-ce salut de Dieu a été envoyé aux païens et que même ils l'écouteront. » À diverses reprises, Act. xin, 46; xvrr, 6, Paul, devant l'obstination des Juifs à ne pas recevoir le salut que leur apportait Jésus, avait déclaré que désormais il irait vers Les païens. Notre- Seigneur lui-même avait annoncé que le royaume de Dieu serait enlevé aux Juifs et qu'il serait donné à une nation qui en produirait les fruits, 4. xxr, 43; que beaucoup viendraient de l’orient et de l’occident et seraient à table avec Abraham, Isaac et Jacob dans le royaume de Dieu, tandis que les fils du royaume seraient jetés dans les ténèbres extérieures, Mt. vur, 11; que l'Évangile du royaume serait prèché dans le monde entier pour servir de témoignage à toutes les nations, Mt. xxrv, 14. Paul conformait sa conduite et ses déclarations aux paroles de Notre-Seigneur, ce qui est une preuve de l'authenticité des déclarations qu'il ἃ faites à diverses reprises sur ce sujet. Qu'on remarque enfin combien celles-ci sont confirmées par l’enseignement de l’Apôtre dans l'épitre aux Romains, 1x-x1, sur la déchéance d'Israël et l'appel des païens au salut à cause de l'incrédulité des Juifs. Le terme τὸ σωτήριον, employé ici, se retrouve dans l'épitre aux Éphésiens, νι, 17.
Il y aurait enfin quelques observations à faire sur la lettre du tribun Lysias, qui en démontrent l'authenticité. Elle renferme deux affirmations destinées à justifier la conduite du tribun, mais qui ne répondent pas à l’ensemble des faits. Ce n’est pas quand il arracha Paul à la fureur de la foule juive, xxnrr, 27, mais plus tard, xxx, 28 qu’il apprit que celui-ci était citoyen romain. Il a voulu dissi= muler l’ordre qu'il avait donné de le battre de verges. De plus, xxx, 30, 1] ajoute qu'il a ordonné aux accusateurs de Paul de porter leur plainte devant le gouverneur. Or, cet ordre n’a pas été donné aux Juifs avant que la lettre ne fût écrite, puisque Lysias leur cachait l'envoi de Paul à Césarée.
Nous constaterons en terminant cet exposé de la valeur historique des Actes des apôtres que les critiques protestants ou rationalistes sont actuellement plus disposés à l’accepter que précédemment, tout au moins dans les parties principales de l’œuvre. Que l’on compare à ce sujet la dernière édition du commentaire