‹ Les Actes des ApôtresChapitre 153 sur 358 · VALEUR HISTORIQUE DES ACTES DES APOTRES. CCLXXXIII · texte numérisé non relu

VALEUR HISTORIQUE DES ACTES DES APOTRES. CCLXXXIII

VI. Le discours au peuple de Jérusalem, xx, 3-21 et le discours à Agrippa,

xxvi, 2-23, sont tous les deux une apologie de Paul et ils sont adressés à des auditeurs juifs; on ne peut donc pas s'étonner s'ils présentent les mêmes caractères. Ce sont les mêmes faits rapportés, mais présentés différemment. On a même nié l'authenticité de ces discours sous prétexte de divergences entre les divers récits de la conversion de Paul, comparés aussi au récit du ch. 1x. Nous avons déjà montré (1) que ces divergences n’atteignent en rien la valeur historique de ces trois récits, Act. 1x, 3; χχιι, 3; xxvi, 12. Cf. Excursus : La conversion de Paul.

Les deux discours sont bien adaptés à la situation. Paul avait à se défendre contre ceux qui l’accusaient d’être un violateur de la Loi. Il répond en rappelant ce qu'il avait été et en racontant comment il avait été converti par Jésus lui apparaissant sur le chemin de Damas. Ce rappel que fait Paul de son étroit pharisaïsme et de son zèle pour la Loi qui le poussèrent à persécuter avec acharnement les disciples de Jésus est bien dans la manière de l’Apôtre qui’avait l’habitude de rappeler à ses lecteurs ce qui pouvait les flatter ou leur être agréable. Dans l’épitre aux Galates, r, 13, 14, il a d’ailleurs parlé ‘aussi de son zèle pour les traditions de ses pères et de la persécution à outrance qu'il fit subir à l'Église de Dieu.

On a mis en doute la parole de Jésus à Paul : Il t'est dûr de regimber contre des aiguillons, oxAnodv σοι πρὸς χέντρα λαχτίζειν, xxvI, 14, sous prétexte que cette sentence se retrouve en termes à peu près identiques dans Eschyle, Agamen-

non, 1624 : πρὸς κέντρα μὴ λάχτιζε et dans Pindare, Pythiques, IT, 173 : Ποτὶ χέντρα.

δέ τοι λαχτίζεμεν. Nous reconnaissons que nous avons là une expression proverbiale, bien connue dans l'antiquité puisque nous la trouvons encore dans Térence, Phormion, 1, τι, 28 : Nam quae inscitia cst adversum stimulum calces; dans Aristide, dans Libanius, dans Ammien Marcellin, etc. On ne voit pas pourquoi Notre-Seigneur ne se serait pas exprimé de cette façon qui répondait bien à la disposition d'esprit de Paul.

Le discours aux Juifs de Jérusalem a été prononcé en araméen et nous en avons ici une traduction qui ne peut offrir aucune expression caractéristique de Paul, mais plutôt des expressions et des termes particuliers à Luc, tels que les suivants : ἀνὴρ ᾿Ιουδαῖος, ἀκούειν avec deux génitifs, ἀνατρέφω, παρὰ τοὺς πόδας, ἄχρι θανάτου, τὸ πρεσδυτέριον, ἐξαίφνης, Ex τοῦ οὐρανοῦ, τί ποιήσω, ἀπὸ τῆς δόξης, σύνειμι, εὐλαδής, κατὰ τὸν νόμον, αὐτὴ τῇ ὥρᾳ, ἀναστάς, etc. On y relève cependant des termes employés tout à la fois par Luc et par Paul : ἀπολογία, δπάρχειν, ἐπιστολή, φῶς, δόξα, “ἔρχεσθαι πρός, ἐκ τοῦ στόματος, ἐπικαλεῖσθαι τὸ ὄνομα, ὑποστρέφω εἰς, προσεύχεσθαι, τὸ ἱερόν, ἐξέρχεσθαι ἐκ, πιστεύειν ἐπί, xyeiv τὸ αἷμα, ete. καὶ νῦν se retrouve plusieurs fois dans les discours de Paul, Act. xx, 22, 25; xxvi, 6; xvi, 37; xun1, 11; dans l’épiître aux Philippiens, 1, 20, 30. Signalons aussi des aramaïsmes, ὅτι ἐγὼ ἤμην quhoxituv χαὶ δέρων χατὰ τὰς συναγωγὰς τοὺς πιστεύοντας ἐπὶ σέ, XXII, 19; et Ÿ 20, καὶ αὐτὸς ἤμην ἐφεστὼς χαὶ συνευδοχῶν τῇ ἀναιρέσει αὐτοῦ, καὶ φυλάσσων τὰ ἱμάτια τῶν ἀναιρούντων αὐτόν.

VII. Dans le discours de Paul devant Agrippa on rencontre huit expressions caractéristiques de Luc et quatorze caractéristiques de Paul et non de Luc (2).

(1) Histoire des livres du N. T., t. III, p. 120. (2) Observations de R. H. CHARLES dans Cambridge biblical Essays, p. 419, London, 1909,

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RRQ LEE SE SO SE dati ΤῊΣ ὙΠΟ ΠΥ d'A ον τς

CCLXXXIV ἴ INTRODUCTION.

Deux termes ἡγεῖσθαι et καταντῶν ont été employés par Paul et par Luc; ils sont. ici comme dans Paul, mais non dans le même sens que dans Luc. Bon nombre de termes de ce discours se retrouvent chez les deux écrivains : ἀπολογεῖσθαι; προγινώσχειν, νύχτα χαὶ ἡμέραν, οἱ ἅγιοι, ἐξουσία, τοὺς σὺν ἐμοὶ πορευομένους, ἐπιστρέφειν πρὸς τὸν Θεόν, 6 σατανᾶς, ἄφεσις ἁμαρτιῶν, ὃ ἔξω, etc. Le style est plus littéraire que celui des autres discours de Paul. Cela proviendrait-il de ce que l’Apôtre a voulu s'adapter à la haute culture de ses deux auditeurs, Agrippa et Festus? C’est ce que suggère Blass : « Oratio haec magnopere elaborata, condicioni rerum et. moribus personarum accommodatissima, flumine et fervore eloquentiae praestans (1). » Paul emploie, xxvi, 4, la forme classique ἴσασιν du verbe οἶδα, au lieu de οἴδασιν, la forme vulgaire et ionienne, qu’on trouve dans le Nouveau Testament, sauf ἴστε dans //ébr. xu, 17 et Jeg. 1, 19. Mais Paul connaissait cette conjugaison classique de οἶδα, puisque dans l'épître aux Éphésiens, v, 5, il a. employé ἴστε au lieu de οἴδατε.

Nous avons peu d'observations à faire sur les quelques paroles d’encourage-

ment que, d’après les Actes, Paul dit aux marins du bateau qui le transportait à Rome, au moment où tous croyaient qu'ils allaient faire naufrage, xxvrr, 21-26, 33, 34, et non plus sur les deux discours que l'Apôtre adressa aux Juifs de Rome, xxvirr, 47-21 et 25°-30.

- VIII. Les paroles de Paul aux marins sont toutes de circonstance et ne contiennent aucun enseignement, sauf l’allusion au Dieu auquel appartient l’Apôtre et qu'il sert. Il est à croire que Luc n’a pas reproduit littéralement les paroles de Paul, car on trouve dans ces quelques lignes de nombreuses expressions qui lui sont familières : καὶ τὰ νῦν, εὐθυμεῖν, ἀποδολή, πλήν avec le génitif, et ici seulement ἄσιτος et διατελεῖν, etc.; peu d'expressions lui sont communes avec Paul, sauf celles-ci : πειθαρχεῖν, ὕόρις, ζημία, καὶ ἰδού, εἶναί τινος, διά, πιστεύω τῷ Θεῷ. L'expression, ÿ 23 : τοῦ Θεοῦ... ᾧ καὶ λατρεύω rappelle Rom. 1, 9 : ὃ Θεὸς, ᾧ λατρεύω,

IX. Dans le premier discours aux Juifs de Rome Paul rappelle brièvement. pourquoi il a été arrêté et en a appelé à César : il est prisonnier à cause de l'espérance d'Israël. Dans ces quelques paroles l’Apôtre expose sa situation et cherche à prouver aux Juifs qu’ils sont solidaires avec lui, puisqu'il est lié d'une chaîne à cause de l'espérance qui leur est commune à eux et à lui. Tout le récit est historique : on comprend que Paul, dès son arrivée à Rome, ait appelé auprès de lui les principaux parmi les Juifs afin de les convaincre de son innocence et de prévenir toute influence défavorable de leur part sur l'issue de son procès devant César. On sait que les Juifs jouissaient d'une certaine influence à la cour impériale et qu’ils avaient à Rome des communautés indépendantes, qui avaient chacune leur γερουσία (2). L'exposé que fait Paul de sa situation est conforme à ce que les Actes ont raconté précédemment. Les Romains avaient reconnu quil n'y avait rien en lui qui méritât la mort, et voulaient le relâcher, mais les Juifs s'y opposèrent. [1 semble qu'il y a sur la question de la libération de Paul et de son appel à César un désaccord entre ces paroles de

(1) Acta Apostlolorum, Ὁ. 263, en note; Gütlingen, 1895. (2) Sanûrer, Die Gemeindeverfassung der Juden in Rom in der Kaiserzeit, Leipzig, 1897.

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