‹ Les Actes des ApôtresChapitre 217 sur 358 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Or, il y eut en ce jour-là une grande persécution contre la com-.

Paul a complété ses études (1) ». Si cet auteur nie que Saul avait été instruit à l’école de Gamaliel et par conséquent qu'il ait été pénétré de l’esprit des rabbins de Jérusa- lem, c’est qu’il veut arriver à démontrer que Paul a été imprégné de l'esprit plus libéral et plus ouvert aux influences des religions gréco-orientales du judaïsme de la Dias- ἢ pora et préparé par conséquent à accepter les idées des Juifs hellénistes d’Antioche sur la Loi et sur Jésus Seigneur. C’est en s'appuyant sur ces données qu’il explique, ainsi que nous le verrons plus loin, la conversion de Saul. ͵ « L'influence de la culture grecque sur l’esprit de Paul est superficielle; il aura le génie de l'utiliser, mais sans cesser d'être lui-même, c’est-à-dire un hébreu élevé par Gamaliel. » Barirror. « Il existe, dit Headlam, une certaine école qui voudrait expliquer à tout prix beaucoup des écrits de Paul comme le produit de l'influence hellé-

nique. Pareille théorie, je crois, doit être carrément rejetée. Il est vrai que Paul écrit

en grec. Il est vrai que des influences helléniques ont agi sur le judaïsme à partir de la propagation de l’hellénisme en Orient par la conquête d'Alexandre. Il est clair qu'un homme intelligent et ouvert comme Paul ne pouvait pas circuler dans le monde gréco-romain sans être affecté par ce milieu; mais aucune de ces influences n’a touché le cœur de sa pensée; en aucun cas elles n'ont pénétré sous la surface. Saint Paul était au fond un juif et un pharisien. Son esprit avait été formé dans les écoles rabbiniques. Or, le pharisaïsme s’était développé en antagonisme de l’hellénisme et du judaïsme helléniste, »

Ainsi que nous l'avons déjà dit, l'influence grecque fut assez restreinte sur l'esprit de Paul; sa dialectique n’a rien de commun avec celle d’Aristote; il suit les méthodes de raisonnement des rabbins. Il est douteux que les doctrines spécifiquement grecques et à plus forte raison les enseignements des religions de mystères aient pénétré dans la pensée de l’Apôtre. Qu'il ait des doctrines communes avec la philosophie grecque, nous le reconnaissons, mais elles lui venaient d’ailleurs, en particulier de l'A. T. Qu'il ait eu une terminologie qu’on retrouve en partie dans celle des religions de mystères, cela provient de l'usage de la même langue chez Paul et dans ces religions (2). L'influence la plus profonde fut celle qu’exercèrent sur l'esprit de Paul l'A. T. et la théologie juive de son temps. Les doctrines de l’Apôtre ont leur source première et principale dans l’A. T. expliqué par les rabbins, mais elles furent développées par son expérience religieuse, principalement par sa conversion, par la réflexion et enfin par la révélation spéciale que lui fit Jésus-Christ (3).

6° SECTION, vit, 1-3. — LA PERSÉCUTION DE LA COMMUNAUTÉ DE JÉRUSALEM.

ÿ 1.) ‘Eyévero δέ : expression familière à Luc; ἐν ἐχείνῃ τῇ ἡμέρᾳ : emphatique; ἐχείνη placé devant ἡμέρᾳ détermine nettement que la persécution commença ce jour-là même. Il ne faudrait donc pas traduire : en ce temps-là, comme occasionnellement dans Jn. χιν, 20; xvi, 25, 26. La persécution contre les fidèles fut la suite ou l'extension du tumulte causé par la lapidation d'Étienne. De plus, si le Sanhédrin ἃ rendu contre Étienne une sentence légale, ceux qui lui étaient associés ne pouvaient continuer

(1) Le Christianisme antique, p. 86. Paris, 1921.

(2) E. Jacourer, Les mystères paiens et saint Paul : Dictionnaire apologélique de la foi catholique, Paris, 1919, p. 982 ss.

(3) Cf. ΣΝ subies par saint Paul, dans /istoire des livres du N. T., I, p. 37-51.

᾿: prison. Ch. 1x, 26, Saul cherche à Jérusalem ἃ

[ Ἱεροσολύμοις" πάντες δὲ] διεσπάρησαν χατὰ τὰς χώρας τῆς Ιουδαίας nat Σιαμιαρίας πλὴν τῶν ἀπο ον λῶν: 2. συνεχόμισαν δὲ τὸν Στέφανον ἄγδρες ebhabets nai ἐποίησαν χοπετὸν μέγαν ἐπ᾽ αὐτῷ. 3. Σιαῦλος δὲ ἐλυμαίνετο τὴν ἐχχλησίαν χατὰ τοὺς οἴχους

leur propagande et auraient subi le même sort que lui s'ils ne s'étaient dérobés aux poursuites en quittant Jérusalem. Après διωγμός, D Flor. Sah. ajoutent θλίψις, probablement par assimilation avec Mt. x, 21; cf. 1 Thess. 1, 4. Zahn croit que ce mot n’est pas inutile.

ἐπὶ τὴν ἐκκλησίαν τὴν ἐν Ἱεροσολύμοις : L'Église était jusqu’à présent limitée à Jérusalem. Le texte indique qu'il y aura désormais des églises en dehors de cette ville. Wendt observe que cette localisation paraît superflue. D'après lui, elle proviendrait d’une source, où elle était nécessaire parce qu'il y était parlé de persécutions en d’autres | lieux. En fait, Jérusalem est nommée ici comme le centre de la dispersion des fidèles, dont il va être question.

᾿ πάντες δέ : ce terme hyperbolique, familier à Luc, ne doit pas être pris au sens absolu; il signifie le plus grand nombre. Cf. ΜΈ. 1, 5; Mc. τ, 83. Ce sont les hellé- nistes qui s’enfuirent. Il y eut encore des chrétiens à Jérusalent, puisque, Υ 3, ilest dit que Saul ravageait l’ Église, entrant dans les maisons et jetant hommes et femmes en à se joindre aux disciples. Ch. χι, 2, Pierre se justifie devant les fidèles de Jérusalem de sa conduite à l'égard de Cornélius. Ilest possible, il est vrai, pour les deux derniers cas, que la communauté de Jérusalem se soit reformée ou qu'une partie des fidèles soit revenue à Jérusalem. Les Juifs étaient très nomades. Baumgarten, Apost. History, 1, Ὁ. 169, 170, donne à πάντες un sens tout à la fois littéral et restreint. D'après lui, les dispersés indiqués dans le verbe διεσπάρησαν auraient été, non pas tous les fidèles de Jérusalem, mais tous les participants à une assemblée, réunie en ce moment pour intercéder auprès de Dieu en faveur d'Étienne. La foule surexcitée aurait envahi le local où ces disciples priaient, et les aurait chassés en ce jour même; ἐν ἐχείνῃ τῇ ἡμέρᾳ devant également être pris au sens littéral. Cette hypothèse ne résout pas la question. Pourquoi ces seuls chrétiens ont-ils été contraints de Ss’enfuir et comment leur départ explique-t-il que seuls les ΠΕ τος sont restés à Jérusalem ? — διεσπάρησαν, 80}. de διασπείρω dans Luc seulement.

χατὰ τὰς χώρας, fréquent dans Luc, équivaut à χώμας, bourgs, villages. χώρα est proprement un champ qui est labouré; par extension, il désigne les habitations des . champs. Les fidèles s'étaient enfuis dans les villages de la Judée et de la Samarie, plutôt que dans les villes, pour échapper plus facilement aux poursuites du Sanhédrin.

τῆς ᾿Ιουδαίας χαὶ Σαμαρίας : Luc marque ici un nouveau développement de l'Église chrétienne, lequel répond à l’ordre donné par Jésus à ses apôtres, 1, 8. Saint Chrysostome, Hom. xvur, fait remarquer : Οὐχ ἄρα μάτην ἔλεγον ὃ ὅτι οἰχονομίας δ διωγμὸς ἦν. La persécution devint lé moyen par lequel se propagea l'Évangile. Σαμαρίας : cf. vint, 5. La barrière entre Juifs et Samaritains avait été abaïssée par l'ordre de Jésus, 1, 8. Les fidèles allèrent aussi dans l’île de Chypre, en Phénicie, à Antioche, x1, 19.

πλὴν τῶν ἀποστόλων, à l'exception des apôtres. Ce membre de phrase semblerait indiquer que πάντες doit être pris au sens absolu, mais il est plutôt à croire que Luc a voulu seulement spécifier que tous les apôtres étaient restés à Jérusalem. Ils étaient les πρωταγωνίσται (Orcumentus) du Christ, et, comme tels, ils devaient tenir ferme dans la persécution, bien qu'ils fussent les plus visés par le Sanhédrin. Il est probable d’ailleurs, comme nous l'avons dit, que la persécution ait sévi surtout contre les Hellénistes, partisans d’Étienne et qui, comme lui, paraissaient vouloir se dégager de la Loi mosaïque, et que les apôtres, aimés du peuple et se conduisant en Juifs, stricts

munauté qui était à Jérusalem : et tous furent dispersés dans les cantons de la Judée et de la Samarie, sauf les apôtres. 2. Des hommes pieux ensevelirent Étienne et firent sur lui une grande lamentation (deuil). 3. Mais 588] ravageait l’église ; entrant dans les maisons et trainant hommes et femmes, il les faisait jeter en prison.

observateurs de la Loi, aient été ménagés, ainsi que les chrétiens hébreux. Il est difficile d'admettre que les apôtres aient pu rester seuls à Jérusalem, si tous les autres fidèles en avaient été chassés. Une tradition ancienne et tenue pour authentique par Harnack, Die Chronologie, 1, p. 243, rapportait que le Christ avait ordonné à ses apôtres, lors de son ascension, de ne pas quitter Jérusalem avant douze ans, ΕΒ ΒΕ, Hist. eccl. V, 18, 14. Clément d'Alexandrie, Strom. VE, 5, 43, limilait la prédication des apôtres non à Jérusalem, maïs à Israël : μετὰ δώδεχα ἔτη ἐξέλθετε εἰς τὸν χόσμον. Cf. Kerygma Petri.

Après ἀποστόλων D! Flor. Gigas Sah. Aug. ajoutent οἵ ἔμειναν ἐν Ἱερουσαλήμ; addition complétive. Cf. Bezser, Beiträge, p. 49. Zahn est d'avis que ces mots ne sont pas superflus, parce que les autres auraient pu aller en d’autres villes.

On a supposé que, tout comme la lapidation d’Étienne, la persécution contre [65 chrétiens aurait été possible parce qu’elle eut lieu vers l’an 35-36 dans l'intervalle de temps qui s'écoule entre le départ de Pilate et l’arrivée de son successeur Marcellus. Mais eut-elle lieu en l’an 35? Nous n'avons aucune indication documentaire à ce sujet; on ne peut faire que des conjectures. Σ

A diverses reprises Paul a parlé de cette persécution contre les chrétiens, ce qui nous permet d’en donner le récit. Mais a-t-il fait mettre à mort ceux qu’il poursuivait? C'est peu probable; le Sanhédrin seul pouvait condamner à mort et encore avec l'agrément du procurateur. Il n’est nulle part parlé de semblable condamnation. Mais

il peut y avoir eu des meurtres illégaux, des morts qui ont été tenues pour morts

subites, dont ne se préoccupait pas l'autorité romaine.

Ÿ 3) δέ marque l'opposition entre la conduite de Saul et celle des hommes pieux qui ensevelirent Étienne. ἐλυμαίνετο, imparfait moyen, qui exprime la durée de l’action. λυμαίνομαι signifie endommager, abîmer, ravager, maltraiter d’une façon quelconque,

se dit d'une bête féroce ravageant les campagnes, Ps. Lxxix, 18 ou d’une armée

dévastant le pays; λυμαινόμαι a dû être suggéré à Luc par son usage médical, indiquant

les ravages causés dans un corps par la net Hogart, p. 211, 212. Saul se livrait à :

tous les excès de paroles et d'actes contre les fidèles : NA RE signifie traiter durement et aussi traiter honteusement. Paul dit de lui-même qu'il it autrefois βλάσφημον, καὶ διώχτην χαὶ ἄπει blasphémateur, persécuteur, insolent, I Tim. 1, 18. Dans l’épître aux Galates, 1, 13, il rappelle qu'il ἃ persécuté l'Église de Dieu : xa0’ ὑπερδολὴν ἐδίωχον τὴν Ἢ ΗΝ τοῦ Θεοῦ καὶ ἐπόρθουν αὐτήν. ἐπόρθουν ἃ le même sens que ἐλυμαίνετο.

χατὰ τοὺς οἴχους εἰσπορευόμενος, entrant dans les maisons, probablement dans celles qui étaient signalées comme des lieux d’assemblées chrétiennes; cf. τι, 46; v, 42. Ces mots caractérisent l’âpreté et la continuité de la persécution que menait Étienne. ( n’était plus dans le Temple ou les synagogues, c'est-à-dire publiquement que les disciples de Jésus étaient poursuivis, c'était jusque dans les maisons particulières. Trajan défendra plus tard ces recherches : Conquirendi non sunt, Puis, Æp. x, 97. La . préposition κατά, marque tout à la fois la direction et la succession : dans les maisons, une à une; ici κατά est distributif; il indique la façon dont la perquisition était conduite. σύρων, participe présent, indiquant la continuité de l'action, de σύρω, tirer,

Page 1