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26. Or, étant arrivé à Jérusalem, il tâchait de se joindre aux disciples: et tous avaient peur de lui, ne croyant pas qu'il fût un disciple. 27. Alors Barnabé l'ayant pris avec lui 16 conduisit aux apôtres et leur raconta com-
l’égard des apôtres de Jérusalem. Ici encore « la physionomie des deux récits n’est pas la même, parce que les narrateurs avaient des buts différents, maïs les faits concordent » {LAGRANGE).
Etant arrivé, παραγενόμενος — mot fréquent dans Luc — à Jérusalem, ἐπείραζεν, il essayait, il tentait de se joindre étroitement, χολλᾷᾶσθαι, aux chrétiens de Jérusalam, pour faire partie de la communauté qui a dû se reformer après la persécution. χολλᾶσθαι, coller, souder, s'emploie pour exprimer une union étroite, intime, cf. x, 28; Mi. xx, 5; Le. xv, 15; 1 Cor. νι, 16. ἐπείραζεν est à l’imparfait pour marquer la durée de la tentative de Saul. χαὶ πάντες ἐφοδοῦντο αὐτόν : χαί n’est pas adversatif, mais rappelle l'échec de la démarche de Saul. Tous avaient peur de lui, ne croyant pas qu'il fût un
disciple. On a fait remarquer que cette frayeur des chrétiens de Jérusalem, cette
hésitation à tenir Saul pour un disciple paraît peu vraisemblable s’il est vrai que Saul ait prêché la foi à Damas pendant plusieurs années. Il y avait trop de rapports d’affaires ou d'amitié entre Damas et Jérusalem pour que les chrétiens de cette ville n'aient pas appris la conversion de Saul et sa conduite à Damas. Il faudrait supposer alors, comme Loïsy, que cette conversion de Saul était toute récente et que la nouvelle n’en était pas encore parvenue à Jérusalem, Mais le récit des Actes peut être justifié tel qu’il est. Et d'abord, la persécution de Saul contre les chrétiens avait été si violente qu’elle avait laissé une forte empreinte sur les fidèles ; ils pouvaient bien s’en souvenir après trois ans. Saul ne pouvait s'attendre à être reçu par ceux-ci à bras ouverts; la conduite des Hiérosolymitains était dans le cours ordinaire des choses. Il est possible aussi que ceux-ci n'aient pas connu la conversion de Saul. Celui-ci passe peu de temps à Damas, car il s'était retiré en Arabie. De plus, il est possible aussi
qu'à ce moment-là il y eut peu de rapports entre les chrétiens de Jérusalem et ceux de
Damas, assez peu nombreux et cela d'autant plus que vers l’an 36, la guerre existait entre le roi Arétas et Hérode Antipas, ce qui devait interrompre les relations entre les deux villes. Les chrétiens de Jérusalem ont pu cependant connaître vaguement ce qui s'était passé à Damas. Enfin, il n’est pas dit, dans les Actes, et cela est décisif, que les chrétiens ignoraient la conversion de Saul, mais qu'ils ne croyaient pas qu'il fût un disciple. Ils craignaient donc que sa conversion ne fût pas réelle, sincère.
ὺ 27) Alors intervint Barnabé, qui fut vraiment le fils de la consolation, ef. 1v, 86.
Gomment il avait connu Saul, nous ne le savons pas. On ἃ supposé qu'il avait été le :
compagnon d’études de Paul aux pieds de Gamaliel, ou bien dans les écoles de Tarse. Barnabé était natif de l’île de Chypre, située en face de Tarse. Il est possible qu'il y ait eu des rapports antérieurs entre Barnabé et Saul ou entre les parents de ceux-ci. Il est possible aussi que Barnabé, helléniste, ait été chassé de Jérusalem par la persécution et soit allé à Damas et que là il ait vu Saul converti qui lui aurait appris les détails de sa conversion. Ces entretiens auraient pu avoir lieu tout aussi bien à Jérusalem. Saul en y arrivant lui aurait fait ses confidences, et Barnabé aurait eu confiance en lui.
ἐπιλαθόμενος, participe aoriste moyen, se saisissant de lui, αὐτοῦ sous-entendu. Au moyen, ἐπιλαμθάνομαι gouverne le génitif, BLass-DerruNNER, p. 1702; αὐτόν ne peut donc être son complément; il est celui de ἤγαγεν : la Vulgate a régulièrement traduit : Barnabas autem apprehensum illum duxit ad apostolos. πρὸς τοὺς ἀποστόλους : pour expliquer le succès de l'intervention de Barnabé en faveur de Saul il faut se rappeler que celui-là était en grande considération auprès des fidèles et spécialement auprès
SO ER ς΄ πος.
παρρησιαζόμενος ἐν τῷ ὀνόματι τοῦ Κυρίου. 29. ἐλάλει τε nat συνεζήτει πρὸς τοὺς Ξξ \ ΄ » Η
Ελληνιστάς" οἱ δὲ ἐπεχείρουν ἀνελεῖν αὐτόν. 30. ἐπιγνόντες δὲ οἱ ἀδελφοὶ χατήγαγον 9e Ἢ ἐς K V4 AT V2 RUN , ΠΣ μ
αὐτὸν εἰς Καισαρίαν, nat ἐξαπέστειλαν αὐτὸν εἰς Τ᾿ αρσόν.
des apôtres à cause de son zèle et de sa générosité. Ceux-ci lui confièrent plus tard une mission de confiance et le chargèrent de les représenter à Antioche, xt, 22. Barnabé conduisit Saul aux apôtres. Or, dans son épître aux Galates, 1, 18, 19, Paul dit qu'il est resté quinze jours auprès de Céphas (Pierre) et qu’il ne vit aucun autre
apôtre, si ce n’est Jacques, le frère du Seigneur, Luc pouvait done dire que Barnabé
a conduit Saul vers les apôtres, puisqu'il en a vu deux. De plus, ces deux apôtres étant les plus proéminents; Pierre, le chef des apôtres et Jacques, le frère du Seigneur, on comprend que Luc ait écrit que Saul fut conduit aux apôtres : la tête est prise ici pour le corps tout entier. Il est vrai que la phrase de Paul, ἕτερον δὲ τῶν
ἀποστόλων οὐχ εἶδον, εἰ μὴ Ἰάχωθον τὸν ἀδελφὸν τοῦ Ἰζυρίου, est assez amphibologique et que le
sens de εἰ μή a été très discuté; il en est qui déduisent de cette conjonction que Jacques n’était pas apôtre, Lagrange, épître aux Galates, p. 18, n’admet pas cette déduction et croit que Jacques était apôtre : εἰ μή ne doit pas être traduit par « mais seulement », mais par « si ce n’est. » Il ne faut donc pas traduire : « Je n’ai vu aucun autre apôtre, j'ai seulement vu Jacques », mais : « Je n’ai pas vu d’autre apôtre en dehors de Pierre, si ce n’est Jacques ». — A. Malvy, Recherches de Science religieuse, IX° année, p. 122, 1918, n’est pas de cet avis : Jacques n’est pas l’un des Douze. Il est apôtre de rang secondaire, comme ceux dont il est parlé dans le N. T., Act. χιν, 14; peut-être Rom. xvi, 7; et dans la Didachè, χι, 3-6. Il eût suffi, dit-il, pour mériter ce titre d’apôtre qu'il eût vu le Seigneur ressuscité. Or, cette apparition du Seigneur à Jacques a été mentionnée par Paul, I Cor. xv, 7, où cependant il semble séparé des autres apôtres. D'ailleurs, Jacques était un des frères du Seigneur et nous savons que ceux-ci formaient un groupe séparé de celui des apôtres, Actes, 1, 14.
διηγήσατο, aor. moyen de διηγέομαι, raconter, exposer en détail; terme familier à Luc et fréquent dans les Septante et les classiques. Les apôtres connaissaient peut-être vaguement ce qui s'était passé à Damas. Barnabé le leur exposa en détail et d’une façon précise. Quelques critiques, Loisy en particulier et B. Weiss, ont cru que Saul et non Barnabé était le sujet de διηγήσατο. C’est donc Saul qui aurait exposé aux apôtres ce qui lui était arrivé, mais la construction et le sens de la phrase s'opposent
à cette interprétation. B. Weiss demande pourquoi Barnadé présente Saul aux
apôtres et non à la communauté chrétienne. Nous n'avons aucune réponse à lui
donner.
πῶς εἶδεν τὸν Kuotov : afin de recommander Saul aux apôtres, Barnabé leur raconte
comment celui-ci avait vu le Seigneur. Aucun des trois récits de la conversion de
Saul ne dit en propres termes que celui-ci a vu le Seigneur, mais cela ressort des paroles d’Ananie, x1, 17 et de xxvir, 14, ὅτι ἐλάλησεν αὐτῷ, cf. 1x, 5, 6. Barnabé raconte aussi comment il avait parlé avec assurance, hardiment au nom de Jésus. IL avait peut-être entendu à Damas la prédication de Jésus; il ne dit rien du voyage en Arabie parce que probablement Saul n’y avait pas prêché. ἐπαρρησιάσατο, aor. moyen de παρρησίαζομαι, parler en toute liberté, avec franchise; ce verbe est employé 7 fois dans les Actes et 2 fois dans Paul : il est classique. La Vulgate, fiducialiter egerit, a interprété et non traduit ce verbe. ἐν τῷ ὀνόματι Ἰησοῦ : la prédication de Saul s’appuyait sur le nom de Jésus; celui-ci était le fondement de sa prédication. Dans cette phrase, le sujet des verbes est changé sans que rien ne l'indique, sauf le sens
ment sur le chemin il [Saul] avait vu le Seigneur, qu’il lui avait parlé et comment à Damas il avait parlé avec assurance au nom de Jésus. 28. Et 1] était avec eux, allant et venant dans Jérusalem, parlant en toute assurance au nom du Seigneur. 29. Et 1] parlait, et discutait avec les Hellénistes, mais ceux-ci cherchaient à le mettre à mort. 30. Les frères, l’ayant appris, l’emmenèrent à Césarée et l’envoyèrent à Tarse.
Βαρνάδας est le sujet de διηγήσατο᾽: Σιαῦλος de εἶδεν, de ἐπαρρησιάσατο et de ἦν; ΙΚυρίος de ἐλάλησεν.
Υ 28) Accepté par les apôtres, Saul était avec eux, εἰσπορευόμενος χαὶ ἐχπορευόμενος, entrant et sortant, c’est-à-dire allant et venant; expression hébraïque, I Sam. xvur, 13, fréquente dans les Septante, indiquant le commerce familier de Saul avec les apôtres, cf. 1, 21; J/n. x, 9. La construction périphrastique marque que l’action, commencée dans le passé, continuait. εἰς Ἱερουσαλήμ. se rapporte probablement à εἰσπορευόμενος χαὶ ἐχπορευόμενος, plutôt qu'à παρρησιαζόμενος, ce qui signifie que Saul était en accord avec les apôtres non seulement en particulier, maïs que leur accord se montrait en public, ets Ἱερουσαλήμι; εἰς, leçon de ABCELP doit être retenu, au lieu de ἐν leçon de H; il est justifié ici par les deux verbes de mouvement. Belser croit que sk indique que Saul se mouvait dans Jérusalem et dans les environs en toute liberté. Mais s’il en était ainsi Luc aurait ajouté, comme xxvi, 20, εἰς πᾶσαν τὴν χώραν τῆς ᾿Ιουδαίας. D'ailleurs,
Paul, Gal. 1, 22, écrit qu’il était inconnu aux églises de Judée.
Υ 29) Parlant en toute assurance au nom du Seigneur, Saul discutait, συνεζήτει, contre les Hellénistes. IL s’adressait spécialement aux Juifs Hellénistes, parce qu'il était “4 comme eux, Juif de la Diaspora et parlait le grec. C’étaient les mêmes probablement avec lesquels il avait lutté contre Étienne. La Vulgate, sauf les MM. Amiat. Demid. et autres, Gig. p. Jérôme, a loquebatur quoque gentibus et disputabat cum graecis. Aucun manuscrit grec ni aucune version n'a loquebatur cum gentibus. Qui sont ces gentes ? D’après la Vulgate Saul aurait donc parlé aux gentils, mais d’où a-t-elle tiré cette leçon. Le Graecis de la Vlg s'explique par ce fait que le latin n’avait pas de Pi mot pour traduire exactement Ἑλληνισταί; elle l’a toujours traduit par graeci, Le codex ni À ἃ Ἕλληνας au lieu de Ἑλληνιστάς de tous les autres manuscrits grecs.
Ces discussions de Saul avec les Hellénistes ont bien pu avoir lieu pendant l’espace des quinze jours que celui-ci passa à Jérusalem, Gal. 1, 18; il n’est pas nécessaire de croire qu'elles eurent lieu seulement le samedi, à la synagogue. B. Weiss voit dans Gal. 1, 23, une confirmation indirecte de cette activité de Saul à Jérusalem. LS
Furieux de la désertion de Saul, les Hellénistes, ses compatriotes et anciens core-
ligionnaires, tentaient, ἐπεχείρουν, de le mettre à mort, ἀνελεῖν. Aïnsi se réalisait la τ prophétie de la vision dans le Temple de Jérusalem, xxl1, 18 : οὐ παραδέξονταί σου μαρ-τυρίαν περὶ ἐμοῦ. ἐπεχείρουν, employé par Luc seul, 1, 1; Act. xix, 13, imparfait de ἐπιχειoéw, mettre la main à ou sur, entreprendre, tenter, s’efforcer de; il est employé dans le même sens qu'ici par les médecins, cf. Hosarr, p. 87, par Josèphe, contra Apionem, IT. Il est à l’imparfait pour marquer que les Hellénistes avaient cherché dans le passé l'opportunité de le tuer et qu’ils continuaient; il ne semble pas qu’ils aïent tenté aucun acte, bien que l’imparfait indique un commencement d’exécution du projet. Les Hellénistes essayèrent contre Saul ce qu’ils avaient réussi à faire contre Étienne.
Ÿ 30) Les disciples, ayant appris le complot des Juifs, conduisirent Saul à Césarée. ἐπιγνόντες, participe aor. 2 de ἐπιγινώσχω, reconnaître, découvrir, remarquer; la prépo-
91. Ἢ μὲν οὖν ἐχχλησία χαθ᾽ ὅλης τῆς ᾿Ιουδαίας nai Παλιλαίας nat ΣΙαμαρίας εἶχεν ἰ ς τὴ ς ς ς εἶχ
sition ἐπί marque une connaissance approfondie, une information plus certaine; fréquente dans Luc. οἱ ἀδελφοί : les chrétiens de Jérusalem, qui maïntenant tiennent Saul pour un frère et veulent le sauver de la fureur des Hellénistes. Ils savaient ce . dont ceux-ci étaient capables, cf. νι, 12, 13; vi, 54 ss. Saul consentit à partir de . Jérusalem, car il avait, lors d’une vision dans le Temple, reçu de Dieu l’ordre de quitter Jérusalem parce que les Juifs ne recevront pas son témoignage sur lui, XXII, 17. 18.
Wendt soutient que ce récit n’est pas historique sous prétexte qu'il est en oppo- | sition avec l'affirmation de Paul, Gal. 1, 22 : Ἤμην δὲ ἀγνοούμενος τῷ προσώπῳ ταῖς ἐχχλησίαις τῆς ᾿Ιουδαίας. Ces églises de La Judée doivent être distinctes de celle de Jéru- salem, qui certainement connaissait Saul, qui l'avait persécutée. Ce terme à Ἰουδαία n’inclut pas nécessairement Jérusalem, cf. Mt. 1v, 25; Jn. in, 22; Act., 1, 8; vin, 1; x, 39; xxvi, 20. « L’apostolat de la Judée dont Paul parlait au roi Agrippa, xxvi, 20, ne * contredit pas ce qui est dit ici, Gal. τ, 22, car l’époque n’en est pas déterminée, non plus que dans le texte, Rom. xv, 19, où Jérusalem est plutôt un point de départ exclu. » LacranGe. Paul a peut-être voulu dire aux Galates qu'il était inconnu aux églises de Judée, composées de chrétiens juifs. Il était surtout connu des chrétiens hellénistes et pouvait être inconnu aux chrétiens juifs. xarfyayov de χατάγω, conduire de haut en bas, de Jérusalem, 775 m. d'altitude, à la côte de la mer; employé par Luc comme terme nautique. εἰς ἸΚαισαρίαν, à Césarée maritime, où séjournait le procurateur de Judée. Ce n’est pas Césarée de Philippe, au nord de la mer de Galilée, comme on l’a supposé. Après Katozpiav E 180 Pesch. Harkl. Sah. Gigas ajoutent διά (omis par 180 Gig.) νυχτός, nocte, e; per noctem, p : addition
qui répond probablement à la réalité. ἐξαπέστειλαν, de ἐξαποστέλλω, transporter, faire partir. Ce terme peut signifier un voyage par terre ou par mer. L’affirmation de Paul aux Galates, 1, 23 : J’allai ensuite dans les contrées de la Syrie et de la Cilicie, semble
indiquer que le voyage se fit par terre et que, passant par la Syrie, Saul s’est rendu
en Cilicie. Il paraît plus probable que le voyage se fit par mer; c'était le moyen le
plus sûr d'échapper aux embüches des Juifs. Mais Paul ἃ pu aller de Césarée à
Antioche de Syrie par mer et de ἰὰ à Tarse, Cilicie, par la route de terre. Ainsi s’expliqueraient les paroles de Paul. On peut supposer d’ailleurs que ce passage de
l'épitre aux Galates ne vise pas ce voyage, mais la conduite subséquente de Saul qui | aurait évangélisé les régions de la Syrie et de la Cilicie : l’ordre est plutôt géogra-
phique ou administratif qu’historique. Blass croit que l’ordre a été interverti par
incurie. « Pour retrouver l’ordre des Galates on ἃ fait remarquer qu'il avait pu suivre la côte parterre, en passant par la Syrie. Mais de Césarée à Tarse, le voyage
par mer est indiqué, et Paul ne fait pas ici un itinéraire. S'il nomme la Syrie
… la première, c’est comme la province principale et le principal théâtre de son apos-
à tolat. » LAGRANGE.
: εἷς Ταρσόν : Saul passa quatre ou cinq ans à Tarse et pendant ce temps-là il évangélisa la Cilicie ; c’est lui qui probablement a fondé les églises de Cilicie, dont il est parlé, xv, 23, 41.
Tarse, capitale de la Cilicie, était bâtie sur les rives du Cydnus, dans une plaine fertile, à 18 k. environ, au nord de la mer Méditerranée et à 50 k. du Mt Taurus. La grande route commerciale de l’Euphrate, à travers les cols de l’Amanus, joïignait la
route d’Antioche par les Portes syriennes à 81 k. environ de Tarse, et aboutissait à
Tarse, puis de là tournait brusquement vers le nord, passant à travers les Portes
ciliciennes et arrivait sur les hauts plateaux de l'Asie mineure. Tarse était ainsi au
confluent des routes de terre et de mer de l'Orient à l'Occident et devint le lieu de
31. L'Église dans toute la Judée, la Galilée et la Samarie avait la paix,
rencontre des déux civilisations. Peut-être fondée par les Assyriens, elle était très
ancienne, puisqu'elle est mentionnée sous le nom de Tarzi par Salmanasar, sur l’Obélisque noir de Nimroud, vers 860 avant J.-C. Du pouvoir des Perses, elle passa à celui des Grecs, puis de Rome. Au re" siècle de notre ère, elle était très florissante et pos-
sédait une Université, qui rivalisait avec celles d'Athènes et d'Alexandrie; elle
l’emportait même sur celles-ci, au dire de Strabon, par son zèle pour l'instruction. L'école stoïcienne y était en grand honneur. Elle fut dirigée au τοῦ siècle par deux philosophes, Athénodore, précepteur d'Auguste et par Nestor, précepteur de Marcellus et peut-être de Tibère. Marc Antoine avait déclaré Tarse civitas libera et immunis et Auguste avait confirmé ces privilèges. La population grecque était divisée en tribus, φυλαί, observant chacune leurs rites religieux. Le dieu de la cité paraît avoir été, de temps immémorial, Sandan, qui fut, aux temps hellénistiques, identifiés avec Héraclès. Il se distinguait d’un dieu suprême qu’on voit identifié à l’'Ormazd des Perses et au Zeus des Grecs. Le culte de Dionysos et ses mystères étaient pratiqués en Cilicie, au re siècle et Le culte de Mithra y était connu avant notre ère. On trouveraune étude sur l’état de la culture intellectuelle de Tarse au temps d’Auguste, au point de vue religieux et philosophique dans H. Bônuie, Die Geisteskultur von Tarsos im angusteischen Zeitalter, Gôüttingen, 1913. Les Juifs devaient eux aussi former une φυλή; ils avaient été établis à Tarse au temps d’Épiphane IV, 170 av. J.-C. et avaient reçu de ce roi les mêmes droits de citoyens, ἰσοτιμία, que les Grecs. H. Bôhlig, dans l’ouvrage que nous venons de citer, nous dit ce qu'était la juiverie à Tarse, son origine, ses conditions de vie, sa situation politique, ses rapports avec Jérusalem. Les Juifs de Tarse étaient plus larges d'esprit que ceux de Jérusalem; ils n'avaient pas la haine de Rome et au point de vue de la Loi ils étaient moins stricts. Ce n’est pas, dit Loisy, Revue d'histoire et de littérature rel., 1913, p. 490, dans la tête d’un Juif palestinien qu’aurait pu germer la pensée d’une antinomie entre la foi et la Loi, la notion dé la valeur purement
économique de la Loi, discipline du peuple providentiellement chargé de garder la
vérité de Dieu; mais c’est un Juif dæla Dispersion, qui trouvait naturel d'admettre le salut des païens craignant Dieu. » Ce n’est pas Jérusalem, conclut Bôdhlig, c'est Tarse qui est la patrie des idées juives de Paul.
- Tarse, actuellement Tersus, est une petite ville de 10.000 habitants. Les ruines de l’ancienne ville sont ensevelies dans le lit de la rivière Cydnus.
1x, 91-χι, 18 : ACTIVITÉ DE PIERRE — ΙΧ, 31-35 : GUÉRISON D'AINÉAs.
Ainsi qu’il a l'habitude de le faire, cf. 1v, 32-34; v, 14-16, etc., après une période écoulée et avant le commencement d’une autre, Luc trace un tableau de l’état de l'Eglise qui établit sa situation après les troubles causés par le meurtre d’Etienne et
les persécutions de Saul. L'Église entre dans une période de paix et de prospérité. Ὁ
Cette période de calme est peut-être due au fait de la conversion de Paul. Le principal excitateur de la persécution ayant fait défaut, celle-ci s’apaisa. Il est probable d’ailleurs que les Juifs avaient en ce moment d’autres soucis que de s’occuper des disciples du Christ. Vers l’an 39, Caligula venait d’ordonner d'installer sa statue dans le temple de Jérusalem. Le procurateur Petronius devait, à la tête de deux légions, faire exécuter cet ordre. Les Juifs surexcités mettaient tout en œuvre pour s'opposer à ce sacrilège. La mort de Caligula, en 41, mit seule fin à cet incident.
Ÿ 31) Ἢ μὲν οὖν ἐχχλησία : μὲν οὖν est une particule de transition, reliant ce qui précède à ce qui suit, et de plus implique une insistance sur ce qui va se passer. Luc vient de
χει δος RENDENT RE PR NICE LE