‹ Les Actes des ApôtresChapitre 255 sur 358 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

xv, 1. Or quelques-uns étant descendus de la Judée enseignaient aux

frères en disant : Si vous n'avez pas été circoncis selon la coutume de Moïse, |

Pierre pour l’apostolat de la circoncision m'a donné aussi sa force pour les Gentils, et ayant reconnu la grâce qui m’a été donnée, Jacques et Céphas et Jean qui passent pour les colonnes, donnèrent la maïn à moi et à Barnabé [en gage] d'union, de façon

que nous fussions pour les gentils, et eux pour la circoncision; nous devions seu-

lement nous souvenir des pauvres, ce que j'ai toujours eu à cœur de faire (Traduction du P. Lagrange).

Il ressort de la comparaison de ces deux récits, Actes et Galates, que les Actes n'ont pas l'épître aux Galates pour source, ainsi que l’établissent quelques divergences de détail, que nous relèverons dans le commentaire. Sur la discussion de cette question, cf. CamerzyNecx, VANDER HBEREN, p. 262 ss. |

XV, 1-3 : Discussions À ANTIoCHE.

ÿ 1) Καί τινες κατελθόντες : τινες, Luc emploie ce terme général probablement parce qu'il ignorait les noms de ces gens-là; τινες implique une nuance de mépris. Ce sont ces faux frères intrus que Paul, dans l’épître aux Galates, m1, 4, accuse de s'être glissés parmi eux pour espionner la liberté que nous avons en Christ Jésus. κατελθόντες ἀπὸ τῆς Ἰουδαίας. Encore ici, Luc se sert de termes vagues. Ils viennent de Judée, dit-il, et non pas de Jérusalem; le nom général est ici pour la capitale du pays. Il est possible cependant que quelques-uns aussi de ces gens soient venus d’autres villes de la Judée. Au ÿ 24, les apôtres qualifient ces τινες de ἐξ ἡμῶν, quelques-uns des nôtres, par conséquent quelques-uns de la communauté de Jérusalem, mais non quelques-uns envoyés par les apôtres : οἷς où διεστειλάμεθα, auxquels nous n’avions donné aucune mission, ajoute-t-il. Il ne faut donc pas comparer ces gens avec ceux qui vinrent de la part de Jacques à Antioche, Gal. τι, 12 : πρὸ τοῦ γὰρ ἐλθεῖν τινας ἀπὸ Ἰαχώδου : les deux textes font allusion à des événements différents. Parmi ces τινες, saint Epiphane, Haer. 28, 1 savait qu'il y avait Cérinthe qui aurait été l’instigateur des troubles d’Antioche. Le texte occidental caractérise ces τινες. Après Ἰουδαίας, l'Harkléenne, 8 614 ajoutent : τῶν πεπιστευκότων ἀπὸ τῆς αἱρέσεως τῶν Φαρισαίων, de ceux ayant cru de la secte des Pharisiens; cette addition est probablement une suggestion issue du ÿ 5 : τινες τῶν ἀπὸ τῆς αἱρέσεως τῶν Φαρισαίων πεπιστευχότες.

χατελθόντες : qui étaient descendus de la Judée, ἃ Antioche, sous-entendu. Ils vinrent à Antioche parce que c’était la ville, où pour la première fois on avait introduit d'une manière générale, dans la communauté chrétienne, des gentils non circoncis, et surtout parce que les gentils non circoncis y étaient nombreux, χι, 20; xxt, 24-26. Ici d'ailleurs se trouvait Paul que l’on savait avoir prêché l'Évangile aux gentils sans les astreindre à la circoncision — ἐδίδασχον à l’imparfait, pour marquer peut-être Les efforts continués de ces gens pour contraindre les frères à accepter leur enseignement. Ils

n'étaient pas venus à Antioche par hasard mais dans le but d'Anne les doctrines judaïsantes.

ὅτι, récitatif, marque la transition du soie indirect au style direct; cf. x1v, 22; transition qui donne de la vivacité au récit. ἐὰν μὴ : cf, vin, 81. Après περιτμηθῆτε, D Sah. Harkl, (mg) ont χαὶ τῷ ἔθει Moüoéws περιπατῆτε. — Après Μούσέως, les Constitutions apostoliques, vi, 12, 2, ajoutent : xat τοῖς ἄλλοις ἅπασιν ἔθεσιν οἷς διετάξατο περιπατῆτε et la Didascalie syrienne, 24; après περιπατῆτε : καὶ ἀπὸ τῶν ἐδεσμάτων καὶ πάντων τῶν ἄλλων πραγμάτων

à CAEN TRE νος σα δ 2]

SD er ἥει

ἐὰν μὴ περιτμιηθῆτε τῷ ἔθει τῷ Μωύσέως, où δύνασθε σωθῆναι. 2. γενομένης δὲ

στάσεως χαὶ ζητήσεως οὐχ ὀλίγης τῷ [Παύλῳ nat τῷ Βαρνάῤᾳ πρὸς αὐτούς, ἔταξαν

ἀναθαίνειν [Ἰαῦλον καὶ Βαρνάῤαν χαί τινας ἄλλους ἐξ αὐτῶν πρὸς τοὺς ἀποστόλους € 4 ms 4 x 3 χαὶ πρεσδυτέρους εἰς Ἱερουσαλὴμ. περὶ τοῦ ζητήματος τούτου. 8, οἱ μὲν οὖν προπεμ-

χαθαρισθῆτε, toutes additions qui sont des périphrases complétives. — τῶ ἔθει, datif de manière; τῷ Μούσέως, l’article placé devant Moïséw; fait fonction d’adjectif démonstratif ; Cf. vi, 14 ἔθος. marque une coutume nationale, une loi, une institution et n’implique pas

᾿ς seulement la circoncision, mais toutes les observances de la Loi mosaïque, ce qui est

indiqué aussi par l'addition du codex de Bèze et de l’Harkléenne (si vous ne marchez pas selon la coutume de Moïse). οὐ δύνασθε σωθῆναι; vous ne pouvez être sauvés, c’est-àdire vous ne pouvez entrer dans le royaume messianique, cf. 11, 46 ; 1v, 12; χι, 14. Les Juifs en général tenaient la circoncision pour nécessaire au salut. Cet enseignement détruisait le fondement même du Christianisme, basé sur la foi en Jésus-Christ, venu dans ce monde pour racheter l’homme du péché par sa mort. Les Juifs astreignaien t le chrétien à une loi dont Jésus-Christ nous avait délivrés.

Ÿ 2) γενομένης οὖν στάσεως nat ζητήσεως οὐχ ὀλίγης τῷ Παύλῳ at τῷ Βαρνάδᾳ πρὸς αὐτούς : littéralement, une polémique et une discussion non petite étant donc arrivées à Paul et à Barnabé contre ceux-ci. De l’enseignement de ces gens il résulta des dissensions et des discussions. στάσεως signifie, intransitivement, action de se lever d'où révolte, discorde, faction, sédition, opposition de vue entre divers partis, controversia, Bzass ; cf. Prov., xvi, 16. L'opposition de vue se produisit surtout dans la communauté. ζητήσεως : de cette opposition de pensées qui produisit un état particulier résultèrent

des recherches, des enquêtes sur la question soulevée par ces gens, de là discussion

τῷ Παύλῳ χαὶ τῷ Βαρνάόᾳ, avec Paul et Barnabé; οὐχ ὀλίγης, litote, 8 fois dans les Actes, " non petite, c'est-à-dire grande : πρὸς αὐτούς, contre ceux-ci, les Juifs judaïsants. οὐχ ὀλίγης

se rapporte à στάσεως et à ζητήσεως ; l'adjectif n'est pas répété parce que les deux noms

sont de même genre. Blass modifie le texte de la façon suivante : ἐγένετο δὲ (vel οὖν) στάσις χαὶ ζήτησις οὐχ ὀλίγη, maïs l’ablatif absolu du texte de nos éditions est d’un aussi bon grec que celui-là, qui n’a d’ailleurs aucune autorité textuelle pour lui.

Τὸ 68 Vig. ont omis καὶ ζητήσεως, regardé probablement comme synonyme de στάσεως. Au lieu de πρὸς αὐτούς, D a σὺν αὐτοῖς. D Harkl, (mg) Gig. ajoutent : ἔλεγεν γὰρ ὁ Παῦλος μένειν οὕτως καθὼς ἐπίστευσαν, διισχυριζόμενος ; car Paul leur disait de rester comme ils

“avaient cru, c’est-à-dire de ne rien changer à la règle de vie qu'ils avaient adoptée en

devenant chrétiens (et) il insistait fort. Cf. I Cor. vn, 17. Cette addition est une explication de la situation,

Notre texte assez bref peut être expliqué de La façon suivante : l’enseignement des judaïsants sur la circoncision causa une opposition de la part de Paul et de Barnabé, d’où résulta une discussion entre ceux-ci et ces gens, rives — πρὸς αὐτούς indiquent bien l'opposition et la discussion entre les deux adversaires : attende epitasin (le nœud de l'intrigue) qua eos restitisse et iudaizantes oppugnasse effertur. Kwagensauer. Loisy a traduit : « Et une agitation s'étant produite, ainsi que discussion assez vive de Paul et de Barnabé avec eux. » — Il ne semble pas que les chrétiens d’Antioche aient pris part à la discussion. Le texte de la Vulgate : facta ergo seditione non minima Paulo

“et Barnabae adversus illos, ne nous paraît pas clair, quoique littéralement traduit du

grec.

ἔταξαν, sous-entendu ἀδελφοΐ, Ÿ 1, c'est-à-dire les frères d'Antioche, ou peut-être les προφῆται, xii1, 1, chefs de la communauté, établirent ἀναδαίνειν Παῦλον καὶ Βαρνάδαν χαὶ τινας ἄλλους ἔξ αὐτῶν : ἀναθαίνειν, intransitivement, monter; les frères décidèrent que Paul et

vous ne pouvez être sauvés. 2. Mais une agitation s'étant produite et une assez vive discussion de Paul et de Barnabé contre eux, il fut décidé que Paul et Barnabé et quelques autres d’entre eux monteraient à Jérusalem vers les apôtres et les anciens au sujet de cette question. 3. Après avoir été

Barnabé monteraient; ou transitivement, faire monter, les frères décidèrent de faire monter Paul et Barnabé à Jérusalem. χαΐ τινας ἄλλους ἐξ αὐτῶν : et quelques autres d’entre eux. Parmi ces quelques autres il y avait Titus que mentionne Paul dans l’'épître aux Galates, 11, 1, 3; si Luc ne le nomme pas, c’est qu’il ne joue aucun rôle dans son récit. La Vulgate clémentine ἃ traduit: Quidam alii ex aliis, expression difficile à expliquer, à moins de supposer que ex aliis vise les τινες du Υ 1. Si legimus alii ex aliis, ita possumus interpretari quosdam etiam ex iudaizantibus esse missos, ut ibi suam proponerent causam (Lap. Beel.). Ceterum per se patet non omnes iudaizantes ex Ierusalem Antiochiam profectos esse. Unde qui iudaizantium partes agerent in lerusalem, non deerant, uti apparet ex ὃ 5, 7 et Gal. τι, 4, 5. Sed etiam quosdam ex illis fudaizantibus profectos esse, vel sua sponte, ad rem urgendam nemo negaverit, Kwa- BENBAUER. Maïs ex aliis peut-être lu ex illis avec plusieurs manuscrits de la Vulgate et Wordsworth, White. πρὸς τοὺς ἀποστόλους χαὶ πρεσδυτέρους εἷς ᾿Ιερουσαλήμ. περὶ τοῦ ζητήματος τούτου : La décision de cette question est remise aux apôtres et aux presbytres de Jérusalem. L'église d’Antioche reconnaissait l'autorité de l'église mère de Jérusalem. Comme exerçant l'autorité à Jérusalem les presbytres sont nommés xr, 30 et sont unis aux apôtres, xv, 4, 6, 22, etc. ζήτημα, 5 fois dans les Actes et jamais dansiles autres livres du N. Τ. cf. PLarow, Leg. 1, p. 6380* : ἡμεῖς δέφαμεν εἶναι τὸ περὶ νόμους ζήτημα τῶν εὖ ζητούντων.

Le codex de Bèze et l’'Harkléenne (mg) présentent la situation tout autrement. ἃ la Ὁ

place de ἔταξαν, ils ont : οἱ δὲ ἐληλυθότες ἀπὸ Ἱερουσαλὴυν. παρήγγειλαν αὐτοῖς τῷ Παύλῳ καὶ Bapvä6a καὶ τισιν ἄλλοις ἀναθαίνειν πρὸς τοὺς ἀποστόλους καὶ πρεσδυτέρους εἰς Ἱερουσαλήμ. ὅπως χριθῶσιν ἐπ’ αὐτοῖς πεοὶ τοῦ ζητήματος τούτου ; et ceux qui étaient venus de Jérusalem leur prescrivirent, à Paul et à Barnabé, et à quelques autres de monter vers les apôtres et les presbytres à Jérusalem : afin qu’ils fussent jugés par eux sur ceci (cette affaire). La situation est totalement changée : les judaïsants ont le rôle principal; Paul et Barnabé un rôle secondaire. Les rôles sont intervertis. Ce sont les judaïsants qui

commandent à Paul et à Barnabé d'aller à Jérusalem vers les apôtres et les presbytres

pour que ceux-ci les examinent (165 jugent) sur cette question. Il est difficile de tenir ce texte pour l'original; il n’entre pas dans le cadre de l'exposé et paraît provenir d’un rédacteur judaïsant.

Dans l’épître aux Galates 11, 1, Paul nous apprend qu'il est monté à Jérusalem pour obéir à une révélation, ἀνέδην δὲ χατὰ ἀποχάλυψιν, tandis que Luc attribue l'envoi à Jérusalem de Paul et de Barnabé aux frères d’Antioche. Il n’y a pas contradiction entre les deux récits. Luc, en historien, s’est placé au point de vue extérieur. Paul donne le motif intérieur qui l’a dirigé; peut-être aurait-il regardé cette délégation de l’église d’Antioche comme contraire à l'autorité de son apostolat s’il n'avait eu une direction d'en haut. Il est possible aussi que l’église ait envoyé Paul et Barnabé à Jérusalem sous l'impulsion de l'Esprit-Saïint, comme au ch. χπὶ, 1. Enfin, Paul a pu demander à Dieu s’il devait accepter [ἃ mission qui lui était imposée et la réponse ἃ pu être affirmative.

Ÿ 3) οἱ μὲν οὖν προπεμφθϑέντες ὁπὸ τῆς ἐχχλησίας : oi μὲν οὖν, suivant l’usage attique, unit ce qui précède à ce qui suit. Pendant que οὖν récapitule le motif du voyage présenté ÿ 15, μέν indique que les apôtres utilisèrent ce voyage encore pour d'autre but, B. Weiss; cf. v, 41; vint, 255 1x, 81; xvi, 5. προπεμφθέντες, participe aoriste passif de προπέμπω, envoyer.

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