LES PHARISIENS
Il est parlé souvent des Pharisiens dans le Nouveau Testament, ‘dans Josèphe, mais surtout dans la Mischna, la Gemara et les Midrashîm. Le terme « Pharisien », en hébreu DY112, perousim, en araméen “w12, perisin, vient du participe passif Ὁ 3 paràs, séparer; les Pharisiens étaient donc les séparatistes. Ont-ils été appelés ainsi parce qu'ils évitaient les choses impures qui pourraient les souiller, ou parce qu'ils se séparaient de ceux dont le contact les souillerait? Leur nom exprime probablement les deux idées. En effet, éviter le contact des choses impures entraîne l'éloignement des personnes qui peuvent être une cause de souillure. Nous voyons toujours les Pharisiens cherchant à se séparer du vulgaire et surtout des païens. C’est ainsi d’ailleurs que.la tradition ecclésiastique ἃ compris la signification de ce terme : ORIGÈNE, an Mt., xur, 2 : Dividunt seipsos quasi meliores a multis... qui interpretantur divisi et segregail: ÉpiPHanr, Contra haer., xvi, 1 : ᾿Ελέγοντο δὲ Φαρισαῖοι διὰ τὸ ἀφορισμένους εἶναι αὐτοὺς ἀπὸ τῶν ἄλλων. JÉRÔME, A: Lucif. 23 : Pharisaeiï a Judaeis divisi, propter quasdam observationes superfluas, nomen quoque a dissidio susceperunt. Cf. Hom. Clém., xx, 28; OrIGÈNE, in Joan. vi, 13; Pseuno-TErTuL- LIEN, Contra haer. à la fin du De praescript. Le Talmud explique de même l’étymologie de ce terme; cf. Buxrorr, Lexicon chald. talm. et rab., sub voce. Il n'est pas à croire que le Pharisiens se soient eux-mêmes appelés « les séparatistes » ; c’est un nom qu'ont dû leur donner leurs ennemis. Il est probable que ce sont les Pharisiens que nous voyons apparaître pour la première fois au temps
(1) Les travaux sur les Pharisiens et les Sadducéens sont très nombreux : on les trouvera.
catalogués dans E.: ScHürEer, Geschichte des jüdischen Volkes im Zeitalter Jesu Christ, Le Aufl. 2 B. p.447. À consulter aussi : W. O. 5. OEsTERLEY, The Books of the Apocrypha, their origin, teaching and contents, London, 1914. W. Bousser, Die Religion des Jadentums im neut. Zeitalter, Berlin, 1903; E. Sraprer, La Palestine au temps de J.-C., p. 259 ss. ; J. FELTEN, Neutestamentliche Zeitgeschichte, I, p. 872 55. Les articles du Dictionnaire de la Bible de Vicouroux; HasriNGs” Dictionary of the Bible, Dictionary of Christ and Gospels ; Dictionary of the Apostolic Church; CHEYNE, Encyclopædia biblica.
FAST ΨΥ a Las are M LE GAS eut Υ τς ἢ ὑὸς δος,
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des Macchabées, sous le nom de häsidim, les hommes pieux. Eux-mêmes s’appelaïent entre eux häbérîm, les associés ou les compagnons. Leur condition et leur manière de vivre justifient cette étymologie.
Les Pharisiens formaient parmi le peuple juif une congrégation nettement distincte du peuple du pays, ‘am ha’rez, Joskpne, Ant. jud, xvu, 2, 4. Au temps d'Hérode, ils étaient environ 6.000; ils formaient, comme on l’a dit : Ecclesiola in ecclesia. Ils se séparaient donc même de leurs congénères, parce que ceux-ci étaient incapables d'observer minutieusement les prescriptions de la Loi écrite et orale; ils évitaient tout contact avec eux de peur de se souiller. Ne pouvant se soustraire à tout commerce avec le peuple, ils avaient établi des 1015 qui réglaient leurs rapports avec leurs compatriotes. Un des reproches les plus fréquents des Pharisiens à Jésus fut sa familiarité et son commerce avec les pécheurs et les publicains, We. 1x, 9-13; Mc. τι, 14-17 ; Le. v, 27-32; vnr, 36-50.
Les Pharisiens n'étaient pas cependant, à proprement parler une secte religieuse. Ils pratiquaient le même culte que celui de leurs compatriotes; ils
adoraient dans le Temple et fréquentaient les synagogues. Leurs doctrines sur M
la Loi, sur l’immortalité de l’âme, sur la résurrection; leurs espérances messianiques étaient — si l’on en excepte les Sadducéens — celles du reste du peuple.
Ils exerçaient d’ailleurs une forte influence sur celui-ci, dont ils étaient les guides respectés. Diverses causes expliquent cette influence. Ils avaient plus d'égards pour le peuple que les Sadducéens; comme juges ils étaient plus doux que ceux-ci; ils partageaient et même ils excitaient la haine nationale contre les - Romains; leurs doctrines, leur scrupuleuse observation de la Loi, leur vie extérieure digne et sévère leur attiraient la faveur du peuple. Ils entretenaient
d’ailleurs soigneusement leur popularité.
ο΄ Oesterley, Books of the Apocrypha, p. 131, propose une autre étymologie du terme « Pharisiens ». Il fait observer que les Pharisiens étaient le parti popu= laire chez les Juifs et qu’ils répétaient souvent : « Ne te sépare pas de la congrégation », et reprochaient aux Sadducéens d’être des séparatistes. Il est donc plus PL que leur nom signifie l'interprète, celui qui explique. Josèphe, Guerre Juive, 11, 8, 14, assure que les Pharisiens sont ceux qui paraissent expliquer la Loi avec exactitude. De plus, dans la littérature rabbinique la racine p-r-sh est constamment employée dans le sens d'expliquer, d'exposer, d'interpréter. Cette explication ne paraît pas avoir reçu l'approbation des spécialistes. Le sens de « séparatistes » est trop bien appuyé dans la tradition.
Voici l'essentiel sur l’histoire des Pharisiens. Il faut en rechercher l'origine ;
dans les Assidéens, Hasidim, les protestataires contre l'introduction en Israël des idées et des coutumes grecques. Ils furent surexcités par les tentatives d’Antiochus Épiphane, 175 avant J.-C., pour helléniser le peuple juif. L'hellé« risme fit des progrès considérables, non seulement dans l'aristocratie sacerdotale et chez les prêtres d'ordre inférieur, mais aussi chez le peuple, à Jérusalem, surtout parmi la jeunesse. L'esprit de séparation et de réaction contre l'étranger s'était déjà fait jour aux temps de Zorobabel et d'Esdras. Néhémie avait exhorté les Israélites à se séparer des habitants du pays, païens et Juifs infidèles. On ne peut dire cependant que les Pharisiens existaient déjà à cette époque. Il suffit de chercher leur origine dans cet état d'esprit ; c’est des Assidéens que sortirent les Pharisiens. Cohen, Les Pharisiens, t. 1, p. 106, croit que les Assidéens furent
continués par les Esséniens et les Pharisiens : « Une fraction (les Assidéens) restant fidèle à la tradition naziréenne, se réfugia, contre les orages de ces temps malheureux, dans un ascétisme obstiné. L'autre fraction (165 Pharisiens) — et ce fut la plus nombreuse — se séparant de ses frères en doctrine et les laissant dans la retraite, marcha en avant d’un pas résolu, aspirant ouvertement à diriger dans les voies nouvelles le judaïsme réformé. »
C’est au temps de Jean Hyrcan, 135-105 avant J.-C., que nous voyons apparaître les Pharisiens comme un parti formé en opposition avec celui des Sadducéens. À ce moment, ils se mettent en opposition contre les rois Asmonéens. Il est vrai que le récit de Josèphe ou celui du Talmud de Babylone sur les raisons de cette opposition est probablement une légende, mais elle a eu pour fondement la désapprobation des actes des Asmonéens par les Pharisiens. Sous Alexandra, femme d'Alexandre Jannée, ils sont en faveur, mais ils abusèrent de leur pouvoir et ils furent une des causes qui provoqua l'intervention des Romains en Palestine, 63 av. J.-C.
À la suite de la conquête romaine, les Pharisiens et les Sadducéens, de partis politiques se transformèrent surtout en partis religieux, et c’est sous ce dernier aspect que nous les voyons représentés dans les évangiles et dans les Actes des apôtres. Notons cependant que, sous Hérode le Grand, 6.000 Pharisiens qui avaient refusé de prêter le serment de fidélité à ce roi furent, les uns mis à mort, les autres, frappés d'une forte amende.
Au temps du Nouveau Testament les Pharisiens nous apparaissent uniquement comme un parti religieux. Unis aux scribes, pour la plupart d'ailleurs pharisiens, ils attaquent violemment les actes et les enseignements de Jésus. Leurs attaques sont racontées en détail dans les évangiles : Mc. τι, 6 5.; Mt. 1x, 11 ; 1x, 14; χν, 1 55.; χα, 1, 8, 9, 14; Jn. v, 10 ss., etc. Jésus leur répondait et les traitait d’hypocrites. M4. νι, 2, 5, 16; xv, 7; Mc. vu, 6, de sépulcres blanchis, Mt. xxx, 27; de rejetons de vipères et de serpents, M4. χιι, 34; de guides aveugles, Mt. xv, 14. Ils mettaient ses disciples en garde contre l'esprit des Pharisiens, M1. 16, 6, 11 5. Mc. vin, 15. Jésus cependant engageait ses disciples à observer tout ce que disaient les Pharisiens et les scribes, mais à ne pas imiter leur conduite, Mt. xxrrr, 2 5. L'opposition entre Jésus et les Pharisiens était doctrinale sur quelques points, mais au fond il y avait entre eux opposition sur la façon d'interpréter et de pratiquer la Loi.
Ce qui caractérise en premier lieu les Pharisiens, c’est leur observance scrupuleuse de la Loi mosaïque. D'après Josèphe, Guerre juive, τ, 5, 2, ils interprétaient exactement la Loi et l’observaient avec scrupule, Ant. jud., xvrm, 1, 8. Ils tenaient pour obligatoires non seulement la Loi écrite, mais aussi la loi orale, les traditions des Pères, cb. xx, 10, 6. Les évangiles nous donnent les mêmes renseignements, Mt. xv, 2; Mc. vin, 3. La tradition des Pères est même plus obligatoire que la Thora, Mc. vir, 8; Sanhedrin, x1, 3; nous avons des exemples de cette observation de la tradition orale dans les purifications des mains et des ustensiles, Mc. vir, 1-5; Le. κι, 38 5.) dans les jeûnes. Mc. 11, 18; dans la stricte observation du sabbat, Mc. τι, 23 ss. Les écrils juifs subséquents rendent le même témoignage. De tous les documents 1] ressort que la moralité des Pharisiens était surtout extérieure. Ce qui se déduit nettement des évangiles, c’est l’orgueil et l'hypocrisie des Pharisiens. On a soutenu que les évangiles les
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avaient accusés à tort d'hypocrisie, mais le Talmud lui-même s'accorde avec les
évangiles sur ce point. Il y a, dit le traité des Berakoth, trad. Schwab, p. 171, sept pharisiens ; le septième seul agit par amour.
Quant aux doctrines, les Pharisiens étaient presque irrépréhensibles; ils enseignaient la survivance des âmes, celle des méchants comme celle des bons, Joskpue, Ant. jud. xvinr, 1, 3; ils croyaient à l’existence des anges et des esprits, Act. χχπι, 8. De plus, ils enseignaient la résurrection des corps, mais des justes seulement, Guerre juive, τι, 8, 14. Remarquons cependant que, si nous acceptons le témoignage de Josèphe sur ce point, ils enseignaient plutôt la métempsychose des platoniciens (mais non pas celle des pythagoriciens), que la résurrection du même corps que l’on avait eu en cette vie : ψυχὴν πᾶσαν
\ ΕΣ 1 NI 2 d -Ὁ ἊΣ 3 -- 7 \ CE 7 De Q/ ,ὕ μὲν ἄφθαρτον μεταύδαίνειν δὲ εἷς ἕτερον σῶμα τὴν ἀγαθῶν μόνην, τὰς δὲ τῶν φαύλων ἀϊδίῳ τιμωρίᾳ
χολάζεσθαι. Guerre juive, τι, 8, 14. Il semble cependant que cette vue n’est pas exacte, car elle est en opposition avec celle des rabbins postérieurs qui enseignent nettement la résurrection du même corps que l’on a eu dans cette vie, Midrash, Kohelet, 114, 3. Les méchants sont châtiés dans l'autre monde, mais ils ne ressuscitent pas. Enfin, les Pharisiens, tout en admettant dans les actions humaines l'influence de Dieu, l’action de sa providence, croyaient qu’elles dépendent aussi du libre arbitre de l’homme, Josèpne, Guerre juive, τι, 8, 14.
À leur croyance à la résurrection se rattachaient leurs espérances messianiques. Les Pharisiens attendaient le royaume de Dieu sur la terre, duquel ils seraient seuls membres, eux, les saints. Le Messie, fils de Dieu, serait le vice-roi de Dieu dans le royaume messianique; il délivrerait les Juifs du joug de l'étranger; il chasserait les pécheurs de l'héritage de Dieu. Il règnerait sur Israël, à Jérusalem, qui serait purifiée et sainte comme aux jours anciens. Les Gentils lui seraient soumis. Le royaume messianique est donc purement terrestre. [Il comportait des félicités terrestres, Ant. jud. xvar, 2, 4.
Si nous étudions la conduite des Pharisiens envers l’Église naissante nous constatons que l’opposition de ceux-ci contre Jésus ne paraît pas s'être poursuivie contre la communauté chrétienne de Jérusalem. Ils n'avaient d'ailleurs pas de reproches à faire aux premiers fidèles : ceux-ci fréquentaient le Temple et observaient fidèlement la Loi; leurs doctrines sur la résurrection des morts était celle des Pharisiens. Jésus d’ailleurs avait eu déjà des amis parmi les Pharisiens : Simon le pharisien, Nicodème, Joseph d’Arimathie et d’autres probablement qui n'osaient pas se déclarer ses disciples. Ce fut un pharisien, Gamaliel qui, dans le Sanhédrin, proposa une transaction en faveur des apôtres, v, 34 ss., tandis que les Sadducéens avaient pris l'initiative des mesures de rigueur, Act. v, 17, 18. Paul se glorifie d’être pharisien, #6. xxur, 6; il appuie sa défense devant le
tribun Lysias sur les Pharisiens et ceux-ci le soutiennent contre les Sadducéens, |
ἰδ. xxur, 6-10; xxvr, 5. C’est pourtant Saul, le pharisien, qui poursuivit le plus violemment les fidèles, Gal. τ, 13, 14.
ΤΊ semble qu'un bon nombre de Pharisiens se convertit à la croyance de Jésus Messie, cb. xv, 5. « Il est à croire, dit le P. Prat., Dict. de la Bible de Vicouroux, t. V, col. 214, qu’une partie de l’église-mère de Jérusalem se recruta au sein des Pharisiens. Ainsi s'explique l'attachement aux pratiques de l’ancienne Loi qui la caractérisa si longtemps, δ. τι, 46, 47; nn, 1; xxr, 20, etc. Ce fut un très grand danger pour l'Eglise au berceau. On s’aperçut bientôt que les Pharisiens,