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LES SADDUCÉENS

Les Sadducéens nous sont connus par les évangiles et les Actes, par Josèphe, par les écrits rabbiniques, Mischna, Tosefta, Sifre, Sifra, Mechilta, par les fragments Zadokites, récemment découverts dans la Genizah du Caire et par les Pères de l’Église. On n’est pas encore complètement d'accord sur l’étymologie du nom de Sadducéens. Pourquoi les a-t-on appelés Σαδδουκαῖοι, Nouveau Testament, Josèphe; Saddüqim, Mischna? L'opinion la plus commune et la plus probable est que Σαδδουκαῖος viendrait du nom propre Sadôq, Sadoc, que l’on trouve une cinquantaine de fois dans l'Ancien Testament, orthographié ordinairement Σαδώχ, mais une dizaine de fois Σαδδούκ. Mais quel est ce Sadoc? Quelques-uns ont pensé à un certain Sadoc, disciple d’Antigone de Socho, mais il est difficile de croire qu'un parti aussi ancien et aussi puissant ait été nommé d’après un Juif obscur qui n’a joué aucun rôle dans la vie juive et qui est connu seulement par un écrit du ν᾽ siècle ap. J.-C., le commentaire de Rabbi Nathan sur le traité AbotA. Il est plus probable que les Sadducéens se rattachent à Sadoc, grand prêtre au temps de Salomon, dont les descendants furent souvent grands prêtres et dont la famille occupait encore le souverain pontificat après le retour de l'exil. Ézéchiel, xL, 46; xzurr, 19; xziv, 15, etc., attribue les fonctions sacrées aux fils de Sadoc.

On comprend que les membres des familles aristoratiques qui, aux temps macchabéens et plus tard ont presque toujours occupé le souverain pontificat aient reçu le nom de fils de Sadoc, Sadducéens. — Saint Épiphane, Haer. xiv, et saint Jérôme, in Mt. mr, 23, dérivent Zaddouxatos de l’hébreu saddiq, juste; on a appelé Sadducéens, justes, ceux qui professaient une fidélité spéciale à la Loi, n’admettant qu’elle seule comme règle de la justice et ne tenant aucun compte des traditions. Mais étymologiquement saddiq donnerait saddiqim et Σαδδικαῖοι et non Saddüqim, Σαδδουκαῖοι. — L'opinion, émise par E. Cowley dans l’'Encyclopaedia biblica de Cheyrre, à l’article Sadducéen, que ce terme viendrait du persan Zandik, infidèle, est peu probable. Les Pharisiens auraient ainsi appelé leurs adversaires parce que ceux-ci frayaient avec les païens et introduisaient des coutumes étrangères.

Il est difficile de dire à quand remonte l’origine du parti sadducéen; il faut la rechercher dans la tendance que montrèrent certains Juifs à accepter les idées

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helléniques et à frayer avec les étrangers. Nous ne voyons apparaître les Sadducéens au plein jour de l'histoire qu'au temps de Jean Hyrkan, 135-105 av. J.-C. Les grands prêtres asmonéens étaient pharisiens et tinrent à l'écart des Sadducéens parmi lesquels se recrutaient précédemment les grands prêtres, mais Jean Hyrean embrassa le parti des Sadducéens et ses successeurs l’imitèrent, Ant. jud. xim, 10, 5, 6. Les Pharisiens redevinrent puissants sous Alexandra, veuve d'Alexandre Jannée et de nombreux Sadducéens furent mis ἃ mort. Au temps d'Hérode le Grand et des procurateurs romains, nous les

retrouvons en possession du souverain pontificat et s’accommodant au régime romain. Tous les prêtres cependant n'étaient pas sadducéens et bon nombre d’entre eux adhéraient au parti des Pharisiens.

Nous trouvons plusieurs fois dans le N. T. les Sadducéens, unis aux Pharisiens pour faire opposition à Notre-Seigneur, Mt. xvr, 1, et celui-ci enveloppe les uns et les autres dans la même réprobation, #6. 6-12; Mc. vin, 15. Au temple, les Sadducéens posent à Jésus une question captieuse sur la résurrection des morts et le Seigneur les confond par une réponse qui 165 atteint dans tous leurs enseignements, 772. xxu, 23 ss.; Mc. xu1, 18 ss.; Le. xx, 27 ss. La condamnation à mort de Jésus est surtout leur œuvre. Jean-Baptiste avait fustigé les Sadducéens en 165 qualifiant de « Race de vipères », M. mx, 7.

Les Sadducéens furent les adversaires acharnés de l'église de Jérusalem; ils reprochèrent surtout aux apôtres d'enseigner la résurrection des morts dans la personne de Jésus. Ils firent jeter en prison Pierre «et Jean .et les traduisirent

. devant le Sanhédrin, qui se borna à leur défendre de parler à personne au nom

de Jésus, Act. iv, 2; 10-21. Quelque temps après, le grand prêtre et tous ses

adhérents, qui forment le parti des Sadducéens, ordonnent l'arrestation de tous

les apôtres et leur comparution le. lendemain devant le Sanhédrin. Irrités par les paroles de Pierre, ils voulaient les mettre à mort; cependant, sur un ‘conseil judicieux du pharisien Gamaliel, ils renvoyèrent les apôtres après les avoir fait flageller, id. 17; 34-40. Les Actes parlent «encore des Sadducéens, lors de 18 comparution de Paul devant le Sanhédrin. Profitant de l’opposition qui existait. entre les Pharisiens «οὐ les Sadducéens, l’Apôtre déclare qu’il est pharisien et

qu'il est mis en jugement, parce que, comme ses frères, il enseigne la résur-

rection des morts. Aussitôt s’éleva une discussion furieuse entre les Pharisiens et les Sadducéens et le itribun Lysias ordonna à ses soldats d’arracher Paul des mains de ses ennemis, 26. xx, 30; xxum, 1-10. C’est la dernière [fois qu'il est parlé des Sadducéens dans le N. T.

Au point de. vue doctrinal les Sadducéens sont en opposition aveclesPharisiens sur des questions importantes. Les Pharisiens tenaient la Loi écrite et les tra= ditions des anciens comme règle de la Loi et de la conduite de la vie; les” Sadducéens acceptaient seulement la Loi écrite; il n'y a à observer que la Loi et il est honorable de contredire les maîtres de dla Sagesse, Ant. jud. x, 40, 6; xvin, 1, 4. Quelques Pères ont pensé que les Sadducéens ne tenaient que le Pentateuque comme divre sacré. C’est peu probable, car nous voyons les Pharisiens citer des textes des prophètes dans 165 discussions avec les Sadducéens, sans que. ceux-ci aient protesté, Sanhédrin,, 11, 2.

Les Sadducéens ne croyaient jpas à la Providence .de Dieu; ils miaient quel Dieu fût pour quelque chose quand.on faisait le mal ou-quand on.s'en .abstenait.

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[ls disaient qu’il dépendait de l’homme de choisir le bien ou le mal et que chacun allait à l’un ou à l’autre selon son gré, Guerre juive, 1x, 8, 14. Il est probable que sur ce point Josèphe n'a pas exprimé exactement la doctrine des Sadducéens. Comment ceux-ci, acceptant les livres de la Loi comme règle de croyance, auraient-ils pu nier l’action de Dieu dans le monde, lorsque celle-ci est écrite à chaque page de la Bible? Lorsqu'ils se rangeaient à l'avis de Gamaliel, Act. v, 40, c'est donc qu'ils croyaient à l'intervention de Dieu dans les affaires humaines, puisqu'ils ne voulaient pas lutter contre lui. Il est possible que les Sadducéens aient insisté sur la liberté de l'homme dans les actions de la vie.

Ils niaient la résurrection des morts et même, d’après Josèphe, la survivance des âmes, les punitions et les récompenses dans le Hadès, Guerre juive, τι, 8, 14. Les âmes périssent avec le corps, Ant. jud. xvinr, 1, 4. D'après les Actes, χχπὶ, 8, les Sadducéens disent qu’il n’y a ni résurrection, ni ange, ni esprit.

Dans les jugements, les Sadducéens étaient plus durs que tous les autres Juifs, Ant. jud. xx, 1. Les Pharisiens, au contraire, étaient naturellement disposés à se montrer cléments dans l’application des peines, 16. xurr, 10, 6.

Sur les questions de pureté légale, les Sadducéens s’en tenaient à ce qui

était prescrit par la Loi et refusaient de tenir compte des nombreuses défenses

légales que les Pharisiens prétendaient être fondées sur les traditions des Pères, Mc. vu, 8 585.

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