DATE ET LIEU DE COMPOSITION DES ACTES : LEURS DESTINATAIRES. CXV
de Néron. Il ressort de tout le récit que les autorités romaines n'étaient pas hostiles au christianisme, mais lui étaient plutôt favorables. Comment Luc aurait-il pu écrire son livre avec un aussi serein optimisme après les excès de cruauté qui furent déployés en 64 contre les chrétiens? Rien non plus ne laisse supposer que le Temple de Jérusalem était détruit, que les Juifs étaient dispersés, que l’église de Jérusalem était en exil. Tout concorde à fixer la date de composition des Actes à l’an 62-67, au moment où sont déjà réalisées les dernières constatations du livre. Paul, ainsi que l'indique l’aoriste, temps du passé indéterminé, n’est plus dans la situation indiquée. Il est libéré, et de plus il est encore vivant. C’est donc bien vers la date 62-67 que le livre a été écrit. Pourquoi s’arrête-t-il la? C'est ce que personne ne peut dire : toutes les suppositions sont vaines.
La date 63-70 a été adoptée par des critiques de valeur, Cornely, Corluy, Knabenbauer, Belser, Bisping, Schegg, Godet, Salmon, Hug, Maier, Schnecken-:burger, Hitzig, Grau, Nôüsgen, Alford, Rendall, Koch, Barde, Dawson, Walker, Amundson, Blass, Rackham, probablement Rose; la date 80 par Ewald, Lechler, Bleek, Renan, Meyer, Headlam, Zahn, Sanday, B. Weiss, Ramsay; eritre 78-93, par Semeria; entre 80-90, par Goguel, entre 75-100, par Wendt, Spitta; entre 80-100, par Knopf, Keim, J. Réville, Bacon, Feine, Gregory; en 90, par Kôstlin, Mangold; en 91-96, par Reuss, Moffatt; en 95, par Hilgenfeld, Weizsäcker, Holtzmann, Jacobsen, Jülicher, Wrede; vers 100 par Volkmar, Martineau, Burkitt; entre 110-120, par Pfleiderer; en 105 ou 110-130, par Schmiedel; au temps de Trajan et d’Adrien, par les derniers tenants de l’école de Tübingen, Schwegler, Zeller, Overbeck, Davidson, Keim, Hausrath; vers 125-150, par Straatman, Meyboom, van Manen. Harnack avait d’abord (1) adopté pour les Actes la date 78-93; plus tard (2), il crut que Luc avait écrit au temps de Titus ou dans les premières années de Domitien, mais peut-être déjà au commencement de la sixième décade d'années; actuellement, il adopte la date 60-64.
Les critiques qui placent les Actes après 70 s'appuient surtout sur l'argument suivant. Les Actes ont été écrits après le IIT° évangile; or, celui-ci n’a pu être écrit avant la prise de Jérusalem, à laquelle il est fait, dans le discours eschatologique de Notre-Seigneur, xvr, 5-36, des allusions beaucoup plus précises, xx1, 20, 24 et χιχ, 43 que dans les autres synoptiques, Nous avons déjà montré (3) que cet argument n'était pas suffisant pour établir que le IIl° évangile avait été composé après 70.
Voici, résumées par Holtzmann (4), les raisons pour lesquelles la composition des Actes ἃ été placée à une époque tardive : 1° La connaissance qu’aurait eue l’auteur des Actes des épîtres pauliniennes, Romains, Galates, Corinthiens, Éphésiens, Thessaloniciens, Hébreux et surtout de Josèphe. 2° La correction consciente du récit de Gal. 1, 17-24, dans Act. 1x, 26-30; de Gal. τι, 1-10, dans Act. xv, 1-33; de Gal. τι, 11, dans Ac£. xv, 35-39. 3° La présentation non
(1) Die Chronologie der altch. Litteratur, B. 1, p. 246, Leipzig, 1897. (2) Die Apostelgeschichte, p. 221, 1908.
(3) Hist. des livres du N. T., t. IT, p. #22.
(4) Einleitung in das N.T., p. 418, Freiburg, 1886.
€XVI INTRODUCTION
historique du phénomène de la glossolalie, nr, 4-11, et de la position de Paul par rapport à la Loi; les récits légendaires, qui trahissent l’éloignement de la période apostolique. 4° L'auteur est contemporain de Plutarque, dont il imite les vies parallèles, d’Arrian et de Pausanias, auteurs eux aussi de voyages; enfin des Actes apocryphes, περίοδοι, des apôtres. 5° On est dans l'atmosphère de l’église catholique, ainsi qu'il appert du parallèle entre Pierre et Paul. Des traces d'une vue hiérarchique de l'Église et d’une théorie sacramentelle de l'imposition des mains s’y remarquent. 6° Le christianisme, persécuté par les Juifs, est en faveur auprès des autorités romaines. Paul a pu prêcher le royaume de Dieu sans en être empêché, xxvinr, 31.
Aucun de ces arguments trop subjectifs n’est décisif, et même.ne mérite discussion, sauf les deux premiers. Mais ceux-ci ne peuvent être recevables, car nous démontrerons que Luc n'a probablement pas connu les épitres pauliniennes, et qu'il était cependant en accord avec elles. Nous prouverons aussi qu'il ne s’est pas servi des œuvres de Josèphe.
Voici maintenant les raisons sur lequelles Harnack s'appuie pour soutenir que Luc a écrit les Actes vers la fin de la captivité de l'Apôtre à Rome, c’est-à-dire vers 60-64. Ainsi que nous l'avons déjà dit, il avait d’abord accepté pour les Actes la date 78-93, puis il a soutenu qu'ils avaient été écrits au temps de Titus ou dans les premiers temps de Domitien; vers l’an 79-96. Dans son dernier ‘travail sur cette question Die Abfassungszeit der Apostelgeschichte dans Neue Untersuchungen zur Apostelgesch., p. 63 ss. il adopte une date de composition beaucoup moins tardive, l'an 60-64.
Harnack établit d’abord cette date sur les dernières lignes des Actes : « Or, äl [Paul] demeura (ἐνέμεινεν) deux années entières (διετίαν ὅλην) dans sa maison louée, et il recevait tous ceux qui venaient vers lui, préchant le royaume de Dieu et enseignant les choses qui regardent le Seigneur Jésus-Christ en toute assurance, sans empêchement », xxvirr, 30 5. Le contenu et la forme de ces deux versets coïncident si exactement avec le style de Luc qu’on ne peut douter de leur authenticité. Leur construction coïncide de tout point avec celle des autres données de Luc sur la durée et le caractère de l’activité de l'Apôtre dans les grands centres : cf. x1, 26; xvirr, 11; χιχ, 9, 10; xxix, 23, 27. ἐμμένειν se trouve seulement xiv, 22 (Gal. 1, 10 et Hébr. vu, 7, il est dans des citations de V'A. T.); διετίαν, οἵ, xxiv, 27, διετίας πληρωθείσης; ὅλην, οἵ, χι, 26, ἐνιαυ τὸν ὅλον ; ἐν ἰδίῳ μισθώματι, οἵ, χχι, 6; 1, 7; ἀπεδέχετο, οἵ, χχι, 17; xvint, 27; χν, 4; τοῦς εἰσπορενο-
μένους πρὸς αὐτόν, οἷ. Le. ναι, 16; χι, 88; χιχ, 30; xx, 10; Act. 1, 2; xx, 85
spécifiquement lucanien; cf. xx, 25; χνι, 25, etc.; μετὰ πάσης παρρησίας, Cf. 11, 29: τν, 18, 29; μετὰ πάσης παρρησίας λαλεῖν, τν, 31.
A la lecture on ἃ l'impression que ces lignes ont été écrites immédiatement après l'expiration des deux ans entiers. C’est la signification de l’aoriste ἐνέμεινεν (of. xvir, 11: ἐκάθισεν δὲ ἐνιαυτὸν καὶ μῆνας ἕξ διδάσχωγ), il montre que la situation est
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