IV® SECTION : LES SÉMITISMES DANS LES ACTES
Presque tous les spécialistes reconnaissent qu'il y a dans les Actes des expressions grecques, teintées de sémitisme, c’est-à-dire provenant d'expressions sémitiques. On peut affirmer qu’une expression est un sémitisme, quand cette tournure se trouve très fréquemment dans les langues sémitiques et rarement en grec; d'une manière ou d’une autre elle a une origine sémitique; LAGRANGE, Saint Luc, p. xcvr. Or, la langue des Actes, tout au moins dans les premiers chapitres, paraît assez sémitisante. Il y a donc lieu d'examiner et d'expliquer ce phénomène.
D'après les philologues modernes, Deissmann, Moulton, Milligan, Thumb, Witkowski et d’autres, ces expressions qui paraissent des sémitismes sont des expressions de la langue grecque populaire. Moulton, À Grammar of New Testament Greek, Prolesomena, p. 10, affirme que, sauf les expressions traduites de l'hébreu, il n'est aucune des expressions grecques employées qui paraîtrait étrangère à ceux qui parlaient la Koinè dans les pays païens. Pour prouver cette proposition, on étudie la langue des papyrus et des ostraka et l'on constate que ces expressions que l’on avait qualifiées de sémitismes se retrouvent dans les papyrus et donc sont grecques, mais d’un grec dégénéré. Resterait à examiner, dit Swete, The Apocalypse of St. John, p. cxx, à quel point les expressions populaires des papyrus sont dues à l'influence des nombreux Juifs habitant le Delta. Et même, les Juifs répandus dans le monde entier n'ont-ils pas pu exercer une certaine influence sur la formation de ce grec populaire? Sans la nier complètement on s'accorde à penser qu'elle n’a pu être suffisante pour introduire un si grand nombre d’expressions qui paraissent sémitisantes. Sur l’ensemble de ces questions nous renvoyons à notre travail : La langue du N. T. d’après les études récentes, dans l'Histoire des Livres de N. T., T. HIT, p. 322-338.
Dans le second volume de sa Grammar of New Testament Greek, où 1] reconnaît, p. 127, qu'il avait exagéré la réaction contre le sémitisme, p. 16, Moulton précise l’état actuel de la question. Les vrais sémitismes dans le N.T. sont de deux sortes : 1°ils viennent des imitations conscientes ou inconscientes de l'A. T. grec où les traducteurs ont formé un grec de traduction; 2 il y a aussi des traductions littérales des sources sémitiques orales ou écrites qui sont à la
ἀν SA RER SEE
- CXCII INTRODUCTION. 1
base des documents néotestamentaires. Il resterait à déterminer dans les Actes quelles sont les expressions qui sont des sémitismes. Elles sont dues à deux causes : l’imitation par Luc de la langue des Septante et l'emploi de sources sémitiques orales ou écrites.
Les Actes présenteraient donc, des sémitismes surtout dans les premiers chapitres, où se trahit l'influence de sources araméennes et aussi dans les suivants où l'influence des Septante et aussi de récits provenant de compagnons de Luc parlant l’araméen, se laisse deviner. Torrey, Composition and Date of Acts, p. 7, 8, va plus loin : « It is not enough to speak of frequent semitisms; the truth 15 that the language of all these fifteen chapters, r-xv, is translation-Greek, through and through generally preserving even the order of the words. In the remainder of the book, chapters xvr-xxvin, the case is altogether different. Here there is no evidence of an underlying semitic language. The few apparent semitisms (καὶ ἰδού: ἐγένετο with infinitive; τότε used in continuing a narrative; ἐνώπιον with genitive; ἐθέτο ἐν τῷ πνεύματι πορεύεσθαι; ἐχ μέσου [ἐν μέσῳ] αὐτῶν) are chargeable to the Κοινή; through their presence may be due in part to the influence of the translation-Greek wich Luke has so extensively read and writen. In either case they are negligible. »
Torrey minimise les différences dans les deux parties des Actes, lorsqu'il trouve dans les chapitres 1-xv, ici et là, du grec de traductior et dans les chapitres xvixxvInt, tout à fait le grec de la Κοινή. Les deux propositions ne sont pas vérifiées par les faits. Dans l’ensemble de l’œuve la langue est sensiblement la même : Luc a varié son style pour imprimer à son récit la couleur locale, mais il a écrit dans ce qu'on peut appeler la prose sacrée, imitation du style des Septante. Les sémitismes sont plus nombreux dans les premiers chapitres, parce que Luc les a composés d’après des documents araméens, mais on en trouve encore dans les derniers chapitres. Qu’on examine par exemple le chapitre x1x et et l’on relèvera les aramaïsmes suivants :
ἡ 1, ἐγένετο δὲ ἐν τῷ τὸν ᾿Απολλὼ εἶναι ἐν Κορίνθῳ; Ÿ 5, ἐδαπτίσθησαν εἰς τὸ ὄνομα ; ὁ 8, διαλεγόμενος χαὶ πείθων; ᾧ 9, ὡς δέ τινες ἐσχληρύνοντο καὶ ἠπείθουν;: κ 11, δυνάμεις... 6 Θεὸς ἑποίει διὰ τῶν χείρων; κ 15, ἀποχοιθὲν δὲ τὸ Πνεῦμα... εἶπεν αὐτοῖς; κ 16, χαταχυριεύσας... ἴσχυσεν χατ᾽ αὐτῶν ... ἐχφυγεῖν ἐχ τοῦ οἴκου ἐκείνου; ὁ 17, τοῦτο δὲ ἐγένετο γνωστὸν πᾶσιν... τοῖς χατοιχοῦσιν τὴν "Egecov.,. ἐπέπεσεν φόδος ἐπὶ πάντας: ᾧ 18, ἤρχοντο ἐξομολογούμενοι χαὶ ἀναγέλλοντες; ὁ 19, ἐνώπιον πάντων... καὶ συνεψήφισαν.... καὶ εὗρον (3° personne du pluriel pour le passif — sémitisme); ÿ 21, ὡς δὲ ἐπληρώθη ταῦτα, ἔθετο... ἐν τῷ Πνεύματὶ πορεύεσθαι; Ÿ 23, περὶ τῆς ὁδού: ὃ 34, φωνὴ ἐγένετο μία Ex πάντων ; οἷ. ZWAAN, op. cit., Ῥ. 45.
Parmi les nombreux sémitismes qu'il a relevés dans les chapitres r-xv des Actes, Torrey, op. cit., p. 6, distingue les suivants comme les plus fréquents; les tournures spécifiquement araméennes sont signalées; celles qui ne sont pas marquées sont araméennes ou hébraïques : 1, 1, ἤρξατο ποιεῖν (Aram.); 1, 5, μετὰ πολλὰς ταύτας ἡμέρας (Juif-Aram.); τ, 10, καὶ ὡς ἀτενίζοντες Aoav… καὶ ἰδού τι, 15, ἐπὶ τὸ αὐτό; 1, 22, ἀρξάμενος ἀπό; τι, 7, οὐχὶ ἰδού (Aram.): 11, 23, ἔχδοτον διὰ χειρὸς ἀνόμων: 11, 19, χαιροὶ ἀναψύξεως ἀπὸ προσώπου τοῦ Κυρίου: τπι, 16, ἐστερέωσε τὸ ὄνομα; 1v, 12, τὸ δεδομένον ἐν ἀνθρώποις: τν, 16, γνωστὸν σημεῖον (Aram.); 1v, 25, ὃ τοῦ πατρὸς ἡμῶν διὰ Πνεύματος ἁγίου στόματος Δαυεὶδ παιδός σου εἰπών; τν, 30, ἐν τῷ τὴν χεῖρα ἐκτείνειν σε; V, 4, τί ὅτι ἔθου ἐν τῇ χαρδία σου: v, 28, παραγγελίᾳ παρηγγείλαμεν ; V, 41, ἀπὸ προσώπου τοῦ