SAINT PIERRE GUÉRIT ÉNÉE
Grand'mére. Or, il arriva que Pierre, visitant de ville en ville tous les disciples, vint chez des saints hommes qui demeuraient à Lydda.
Jeanne. Où est ce Lydda?
Grand'mêre. C'est en Palestine.
Il y trouva un homme nommé Énée, qui depuis huit ans était couché dans son lit, car il était paralytique et il ne pouvait pas bouger. Pierre lui dit :
« Énée, le Seigneur Jésus- Christ te guérit. Lève-toi, et fais toi-même ton lit. »
Énée se leva aussitôt. Et tous ceux qui habitaient Lydda et la campagne aux environs se convertissaient à Jésus-Christ.
Louis. A la bonne heure ; les miracles de saint Pierre ne sont pas perdus; ce n'est pas comme ceux de Notre-Seigneur qui ne faisaient rien sur ces méchants Juifs.
Grand'mêre. Il y a plusieurs raisons pour cela, cher enfant. D'abord Notre-Seigneur les faisait chez les méchants Juifs comme tu les appelles, avec grande raison. Ensuite, Notre- Seigneur faisait ces miracles moins pour convertir ces Juifs, qui ne voulaient pas même croire ce qu'ils voyaient, que pour
laisser à ses Apôtres et à ses disciples des témoignages éclatants de sa puissance. Et puis, Notre-Seigneur ne voulait pas que ses miracles eussent trop de retentissement, afin que les prophéties et la Rédemption des hommes s'accomplissent et qu'il pût suhir sa Passion et la mort. Si tous les Juifs avaient cru en lui , ils ne l'auraient pas crucifié. Et enfin^ le sang de Notre-Seigneur a porté ses fruits et a facilité la conversion des pécheurs par les grâces plus grandes que le bon Dieu a accordées aux hommes rachetés par ses souffrances et sa mort.
Camille. Et puis,Grand'mère^ je pense que Notre-Seigneur a voulu encourager les Apôtres en leur donnant le don de toucher les pécheurs ; c'était la première récompense de leurs travaux.
Grakd'mère. Oui, chère petite^ c'est très-probable; le salut de tant d'âmes , qu'ils avaient opéré par leurs prédications^ devait certainement remplir leurs cœurs de joie et leur donner du courage pour continuer.
Grand'mère. Il y avait aussi à Joppé, autre ville près de Lydda, une femme nommée Tabithe, surnommée Dorcas.
Elle était très-charitable; elle aidait beaucoup les pauvres^ non-seulement par ses aumônes^ mais aussi en travaillant pour eux et en les soignant^ les consolant dans leurs maladies et leurs peines. Cette sainte femme tomba malade et mourut. Et après que les femmes qui l'entouraient eurent lavé son corps....
Henriette. Pourquoi lavée, puisqu'elle était morte?
Gra>d'mère. Parce que partout^ dans tous les pays^ il est d'usage de rendre ce dernier service aux morts; on veut que le dernier regard jeté sur un mort n'inspire pas de sentiment de dégoût ni de répulsion.
Quand donc les femmes eurent lavé le corps, elles le portèrent dans une chambre haute....
Louis. Pourquoi haute? il ne lui fallait pas beaucoup de place^ puisqu'elle était morte.
Grand'mère^ souriant. Chambre haute veut dire ici au haut de la maison. Les disciples , voyant la désolation des pauvres gens que secourait Dorcas^ et apprenant que le grand Apôtre saint Pierre était à Lydda;, tout près de Joppé....
Arma^'d. Où est Joppé?
Gra>'d'mère. Joppé est un petit port de la Syrie, situé sur le bord de la mer Méditerranée , à treize ou quatorze lieues de Jérusalem.
Ils lui envoyèrent deux hommes, pour le prier de venir auprès d'eux.
Pierre, se levant, vint les rejoindre. Et les disciples le conduisirent dans la chambre haute. Et là^ toutes les veuves pauvres de Joppé s'assemblèrent autour de lui , pleurant et montrant les manteaux et les vêtements que leur faisait Dorcas .
Pierre, ayant fait sortir tout le monde, se mit à genoux et pria; puis, se tournant vers le corps, il dit: « Tabithe, lèvetoi! » Elle ouvrit les yeux, et, ayant vu Pierre, elle s'assit. xAlors Pierre, lui donnant la main, l'aida à se lever; et, ayant appelé les disciples et les veuves, il la leur rendit pleine de vie....
Jeanne, Grand'mère, pourquoi, quand on vient chercher saint Pierre, dit-on, qu'il se leva? Il était donc toujours couché?
Grand'mère. Non, chère petite; il se couchait et il se reposait probablement bien peu; mais il priait beaucoup, et quand on dit: // se leva, c'est qu'il priait à genoux.
Jacques. Et pourquoi a-t-il fait sortir tout le monde? C'eût été bien mieux de faire ce miracle devant tout le monde.
Grand'mère. En faisant sortir tout le monde et en restant seul avec la morte, saint Pierre a voulu faire voir que pour obtenir de grandes grâces du bon Dieu, il fallait du recueillement et du silence, ce qui est bien difficile quand on est dans le tourbillon du monde et de ses agitations. Quand il est seul, il se met à genoux, il se recueille, il prie, et alors seulement il ressuscite Dorcas.
Louis. Pourquoi saint Pierre se met-il à genoux? Notre- Seigneur faisait ses miracles, même les plus grands, comme de ressusciter les morts, debout et sans prier.
Grand'mère. Parce que saint Pierre tenait son pouvoir de Notre-Seigneur; par lui-même il ne pouvait rien, il n'était rien ; tandis que Jésus-Christ tenait sa puissance de lui-même, de sa Divinité. Pierre n'était qu'un homme; Jésus-Christ était Dieu.
Valentine. Et pourquoi Dorcas, étant redevenue vivante^ attend-elle pour se lever tout à fait que saint Pierre lui donne la main ?
Grand MÈRE. Parce que, quoique ressuscitée, elle avait encore besoin de l'aide du saint Apôtre pour se dégager tout à fait de Tengourdissement de la mort.
Ce miracle fit, comme vous le pensez^ un grand bruit dans Joppé et amena beaucoup de conversions. Et saint Pierre y demeura plusieurs jours chez un corroyeur chrétien nommé Simon.
Armand. Qu'est-ce que c'est : corroyeur?
Grand'mère. C'est un homme qui travaille des peaux de bêtes.
Louis. Comment travaille-t-on des peaux de bêtes? Et quelles bêtes?
Grand'mère. Toutes espèces de bêtes, dont la peau peut faire du cuir, comme vaches^ chevaux, moutons^ veaux^ chiens même. Quand l'animal dont on veut avoir la peau est mort^ on arrache sapeau^, et pour qu'elle ne devienne pas sèche^ dure et roidC;, on la saupoudre et on l'arrange dans ce qu'on appelle du TAN^ qui est l'écorce sèche de différents arbres. En Russie on enterre les peaux avec du tan ou écorce de bouleaux; c'est ce qui donne au cuir de Russie cette odeur qu'on aime beaucoup en France et qui en Russie est très-dédaignée.
Mais ne nous éloignons pas des Actes des Apôtres, revenons à saint Pierre. Remarquez bien que saint Pierre a été le premier à enseigner et à convertir les Juifs^ le premier à recevoir les Gentils, c'est-à-dire les hommes des nations païennes; le premier à faire des miracles; le premier à ressusciter un
mort;, le premier partout. Nous verrons tout à l'heure que c'est également saint Pierre qui, le premier^ a reçu dans le sein de l'Église les premiers païens.
Louis. Qu'est-ce que c'est : Païens ?
On appelle païens les hommes qui ne connaissaient pas le vrai Dieu; ils adoraient les faux dieux. Les faux dieux des païens étaient des dieux voleurs^ ivrognes, gourmands; les païens adoraient aussi des chiens, des oiseaux^ des pierres^ des légumes, des fleurs, etc. Il y a encore dans le monde des millions de païens, comme les Chinois, les Indiens, les sau-
vages.
Henri. Qu'ils sont hêtes, ces pauvres gens!
Graisd'mère. Ignorants et malheureux surtout, de ne pas connaître le bon Dieu et de ne pas avoir les consolations de la vraie foi; saint Pierre et les autres Apôtres en ont converti des milliers.
Grand'mère. Il y avait à Césarée un homme nommé Cornélius, ou Corneille, qui était centurion
Armand. Qu'est-ce que c'est : centurion?
Grand'mère. Un centurion était un officier qui commandait cent soldats.
Ce Cornélius était donc centurion dans ce qu'on appelait la légion italienne^ laquelle faisait partie des armées romaines. Il était religieux et craignant Dieu ; il faisait beaucoup d'aumônes et priait Dieu sans cesse.
Jeanne. Il était donc Chrétien !
Grand'mère. Non, mais il désirait connaître la vérité, et il vivait aussi religieusement que pouvait le faire un honnête païen. 11 vit un jour très-distinctement dans une vision miraculeuse....
Louis. Qu'est-ce que c'est : vision?
Grand-mère. Une vision est une chose merveilleuse^ que Dieu vous fait voir et que les autres ne voient pas. 11 vit donc un Ange qui vint à lui et qui l'appela par son nom : « Corneille! » Lui, re,2:arda l'Ange^ et saisi d'une respectueuse fraj^eur^, répondit : « Que voulez- vous, Seigneur ? »
« Tes prières, répondit l'Ange, et tes aumônes sont montées vers le Seigneur et lui ont été agréables. — Envoie de suite à Joppé, et fais venir un certain Simon surnommé Pierre. Il est logé chez Simon le corroyem% dont la maison est près de la mer. C'est lui qui te dira ce que tu dois faire. »
Et lorsque l'Ange qui lui parlait eut disparu , Cornélius appela deux de ses serviteurs et un de ses soldats, païens, mais comme lui craignant Dieu; et après leur avoir tout raconté, il les envoya à Joppé.
Le lendemain, pendant que les hommes de Cornélius étaient en route et approchaient de la ville, Pierre monta sur le haut de la maison, vers la sixième heure du jour, c'est-à-dire vers midi, pour prier.
Valentine. Pourquoi montait-il sur le toit pour prier? C'est un peu drôle cela.
Gra>d'mère. Les toits des maisons de la Judée n'étaient pas faits comme les nôtres; ils étaient plats avec une balustrade pour empêcher de tomber^ et on les appelait des plates-formes ou terrasses. Dans ce pays si chaud on montait par un escalier intérieur sur la plate-forme après le coucher du soleil et on respirait mieux Tair frais de la nuit. Dans tout l'Orient cela se passe encore ainsi.
Pierre étant donc à prier sur la plate-forme^ il eut faim et voulut manger. Pendant qu'on lui préparait son modeste repas, il eut une extase. Je tous ai e:^:pliqué l'autre jour ce que c'est qu'une extase.
Henriette. Oui^ oui, Grand-mère, nous [savons; n'est-ce pas, Armand, que tu sais?
Armand hésite, et après avoir vu l'air inquiet d'Henriette, il répond : « Oui^ je sais. » Henriette l'embrasse et lui dit tout bas : « Je te l'expliquerai ce soir. » Armand est content; et grand'mère, qui a vu et entendu^ sourit et continue.
Saint Pierre eut donc une extase^ c'est-à-dire, il vit des choses qu'on ne voit pas dans l'état ordinaire.
Armaxd. Ah! grand'mère explique extase. J'en suis bien content, parce que j'avais un peu oublié.
Gratsd'mère. Je l'ai expliqué à ton intention^ cher petit^ pour récompenser ta douceur et ton désir de ne pas contrarier les autres. Henriette aussi a été très-gentille en faisant l'efFort de te demander si tu savais.
Dans son extase, saint Pierre vit le Ciel ouvert, et une cçrande nappe suspendue aux quatre coins, qui descendait du
Ciel sur la terre, et où il y avait toutes sortes de bêtes des champs, et des bêtes sauvages, des reptiles et des oiseaux. Et une voix lui dit :
«Lève-toi, Pierre^ immole (c'est-à-dire tue) ces animaux et mange. »
Mais Pierre répondit : « Je n'ai garde, Seigneur, car je n'ai jamais rien mangé qui fût impur ou immonde. »
Et la voix lui dit une seconde fois :
« N'appelle pas impur ce que Dieu a purifié. »
Gela fut dit par trois fois, et aussitôt après, la nappe fut remontée dans le Ciel.
Madeleine. Grand'mère, pourquoi saint Pierre n'a-t-il pas voulu manger?
Grand'mère. Parce qu'il ne voulait pas manger de ces bêtes que la loi Juive interdisait comme immondes. Pierre suivait encore les usages des Juifs pour les choses extérieures, aûn de ne pas choquer ceux au milieu desquels il vivait.
Madeleine. Mais puisque c'était le bon Dieu qui les lui envoyait et qui lui disait d'en manger, il me semble qu'il n'y avait plus d'inquiétude à avoir.
Grand'mère. Non, sans doute, mais saint Pierre craignit que ce ne fût une tentation du démon, et comme il avait une trèsgrande et humble méfiance de lui-même, il préféra s'en tenir à la loi, plutôt que de croire à une vision contraire à cette même loi, et dont il ne comprenait pas encore le sens; et il aima mieux souffrir de la faim que déplaire au bon Dieu.
Pierre. Mais que signifie cette vision?
Grand'mère. Elle signifie d'abord, que la loi ancienne étant
abolie^ il ne fallait plus avoir égard à ces défenses que le bon Dieu lui-même détruisait; elle signifiait surtout pour saint Pierre que les païens qu'il était défendu jadis aux Juifs de fréquenter, ayant été comme les Juifs rachetés de la puissance du démon par le sang de Notre-Seigneur Jésus-Ghrist, devaient être instruits et considérés autant que les Juifs^ par tous les Chrétiens et par les hommes que Notre-Seigneur avait chargés de faire connaître la vérité. De même qu'à l'avenir les hommes pouvaient manger toutes les bêtes considérées jusqu'alors comme immondes, de même cela signiflait que saint Pierre et les Apôtres, que le chef et les ministres de l'Église, devaient prêcher Jésus-Christ aux païens comme aux Juifs, afin de réunir les deux peuples en un seul, qui serait le peuple chrétien.
Louis. Quelles bêtes a vues saint Pierre?
Grand'mère. Des pourceaux^ des boucs, des lièvres, des lapins, des chiens, des chats, des serpents , des anguilles, des lézards^ des grenouilles^ des corbeaux^ et d'autres bêtes qu'il serait trop long de nommer et dont j'oublie une partie, je dois l'avouer.