LES APOTRES CHASSES D'IGONIUM
Armand. Certainement^ ce serait bien mieux. Moi^ je veux bien aimer tout le monde.
Grand'mêre. Oui, mon petit; mais tout le monde ne ferait pas comme toi, et on se disputerait, parce que l'esprit du mal règne dans le monde, et parce qu'il y a eu depuis Adam, et il y aura jusqu'à la fin du monde, beaucoup plus de mauvais que de bons. Or, il y est impossible que les bons vivent en paix avec les mauvais ; ils ne sont jamais du même avis : le bon aime le bon Dieu et cherche à lui plaire; le méchant l'oublie et l'offense du matin au soir; le bon aime ses semblables, il cherche à les rendre heureux, à soulager leurs misères; le méchant, toujours égoïste, opprime les faibles, les laisse souffrir sans y penser, ne les aime que pour luimême, pour en tirer quelques services. Comment veux-tu qu'on s'accorde avec des sentiments si opposés ?
Maintenant, comme du temps des Apôtres, l'esprit du mal, c'est-à-dire le démon, cherche à détruire tout ce qui est bon et chrétien; il cherche à détruire l'Église de Jésus-Christ; il voudrait se débarrasser de tous les serviteurs de Dieu, qui défendent l'Église, à commencer par le Pape. Les bons, aidés de Dieu, leur résistent et leur résisteront toujours. Mais les méchants attaqueront toujours, et leur feront toujours le plus de mal qu'ils pourront. Voilà dans quel sens Notre-Seigneur et son Église, bien que très-bons, apportent sur la terre, non la paix, mais la guerre. C'est la guerre du bien contre le mal. Il y avait donc une division complète entre les mauvais Juifs d'Iconium, qui cherchaient à faire renvoyer les Apôtres, et les bons, qui chassaient les émeutiers et qui aimaient saint Paul.
Armand. Qu'est-ce que c'est : émeutiers?
Grand'mère. Les émeutiers sont des gens qui font du désordre, qui se rassemblent pour crier, injurier^ tuer même, s'ils sont les plus forts.
Les deux Apôtres apprirent que les mauvais Juifs, les Gentils et leurs chefs s'apprêtaient à se jeter sur eux et sur les nouveaux Chrétiens pour les lapider ; ils s'enfuirent donc à Lystra^ puis à Derbe^ villes de Lycaonie^ toujours en Asie Mineure. Et ils restèrent là, prêchant, comme toujours, la foi et le Saint Évangile.
Elisabeth. Quelle vie terrible menaient ces pauvres Apôtres!
Grand'mère. Terrible, en effet, pour la nature humaine, qui n'aime ni les persécutions, ni les fatigues, ni les dangers, ni les insultes, ni la pauvreté, ni les humiliations, ni les souffrances. Mais ils souffraient tout cela avec ferveur pour l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et pour l'amour des pauvres âmes qu'ils sauvaient aux dépens de leur repos et de leur vie. C'est ce qu'ont fait et ce que font encore aujourd'hui nos Évêques et nos Prêtres Missionnaires; ils éclairent et ils sauvent le monde, et bien souvent ils meurent comme les Apôtres, martyrs de Jésus-Christ.
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LE PEUPLE VEUT SACRIFIER DES TAUREAUX A PAUL ET A BARNABE, COMME A DES DIEUX.
Grajnd'mère. Il y avait à Lystra un homme perclus des pieds, boiteux dès sa naissance, et qui n'avait jamais pu marcher; il se tenait accroupi par terre. Il entendit prêcher s'kint Paul. Paul^ le regardant^ et voyant qu'il avait la foi, lui dit d'une voix forte :
« Lève-toi droit sur tes pieds! »
Aussitôt l'estropié se leva, et il marchait comme les autres hommes.
La foule, ayant vu ce qu'avait fait saint Paul, se mit à dire : « Des dieux, sous la figure d'hommes, sont descendus parmi nous. « Ils appelaient Barnabe, Jupiter, et Paul, Mercure, parce que c'était lui qui parlait.
Armand. Qu'est-ce que c'est : Jupiter et Mercure?
Grà>'d'mère. Jupiter était le Roi des dieux des païens; le dieu le plus puissant de tous leurs dieux. Mercure était un autre dieu, moins puissant; il portait les messages, c'est-àdire les commissions des dieux; c'est pourquoi on le représente toujours avec des ailes aux pieds, pour se transporter plus vite d'un endroit à l'autre.
He>riette. Est-ce que c'est vrai^ Grand mèrC; qu'il y avait des dieux comme cela?
Grand'mère. Non^ mon enfant. Les faux dieux qu'adoraient les païens étaient des démons "plus ou moins puissants qui trompaient les hommes^ qui se faisaient rendre un culte comme s'ils étaient le vrai Dieu : ils avaient partout des temples^ des autels^ des prêtres et des adorateurs. Il ne faut pas s'étonner que des dieux pareils fussent méchants^ voleurs, querelleurs, mauvais sujets, comme l'étaient tous les dieux du monde païen. Mais ces pauvres païens ne connaissaient pas le vrai Dieu, notre Dieu infiniment bon, infiniment juste, infiniment puissant, infiniment parfait.
Et pourtant ils sentaient qu'il devait y en avoir un. C'est pourquoi ils furent si contents d" entendre saint Paul et saint Barnabe leur expliquer si bien le vrai Dieu, qu'ils cherchaient sans l'avoir encore trouvé.
Un de leurs prêtres, qui était près de la ville, amena des taureaux à saint Paul et à saint Barnabe, pour les leur offrir en sacrifice. Ce que voyant, Paul et Barnabe s'élancèrent dans la foule, criant :
a Mes frères, que faites-vous là? Nous sommes des hommes, mortels comme vous, des hommes semblables à vous ; nous sommes venus vous faire connaître le vrai, le seul Dieu, qui a créé le ciel et la terre et tout ce qui est dans le monde. C est lui qui fait mûrir vos moissons, pousser vos arbres, qui vous donne tous les biens de la terre. »
Malgré tout ce que disaient Paul et Barnabe, ils avaient bien de la peine à empêcher le peuple de leur sacrifier comme à des dieux.
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S"; Paul cuep^issant les malades