‹ Les Actes des ApôtresChapitre 69 sur 92 · LE TRIBUN ROMAIN ASSEMBLE LE SANHEDRIN · texte numérisé non relu

LE TRIBUN ROMAIN ASSEMBLE LE SANHEDRIN

es assis pour méjuger, et, contre la loi, tu commandes qu'on me frappe ! »

Ceux qui étaient présents lui dirent : « Oses- tu bien maudire le Grand-Prêtre de Dieu? » Saint Paul répondit : « Je ne savais pas, mes frères, que ce fût le Grand -Prêtre. Car il est écrit : Vous ne maudirez pas le Prince de votre peuple. »

Jacques. Je suis bien fâché que saint Paul réponde si doucement; j'étais enchanté de ce qu'il avait dit à ce méchant Grand-Prêtre.

Grand'mère. Saint Paul a voulu témoigner par sa réponse douce et humble^ de son respect pour les autorités instituées par Dieu lui-même; et de celui que nous devons avoir pour les prêtres et tous les ministres du bon Dieu.

Elisabeth. Grand'mère^ est-ce que saint Paul n'a pas un peu menti, en disant qu'il ne savait pas que ce méchant homme fût le Prince des prêtres? Puisqu'il avait le Saint-Esprit et qu'il faisait même des miracles, il devait savoir à qui il parlait.

Grand'mère. Saint Paul n'a jamais menti ^ chère petite. Quoiqu'il eût le Sainf-Esprit, il ne savait que ce que le Saint- Esprit lui permettait de savoir. Le bon Dieu aura permis ce moment d'ignorance, pour que saint Paul pût exhaler librement son mécontentement contre ce juge injuste et oppresseur, et aussi pour faire rentrer en eux-mêmes le Grand-Prêtre et ceux qui jugeaient avec lui. Enfin, saint Paul^ ne connaissant pasAnanie, pouvait s'y tromper, parce que le Sanhédrin s'était réuni non pas dans le Temple^ comme d'habitude^ mais dans l'appartement particulier du tribun^ et aucun d'eux n'avait les ornements qu'ils portaient dans le Temple et qui faisaient reconnaître leurs différentes dignités.

Saint Paul savait qu'il y avait dans le Sanhédrin des Pharisiens et des Saducéens, Il dit donc aussitôt exprès pour les désunir :

c( Mes frères^ je suis Pharisien et fils de Pharisien; et c'est parce que je crois comme les Pharisiens^ à la résurrection des morts et à une autre vie, qu'on veut me condamner. » A peine eut-il prononcé ces paroles, qu'il s'éleva une grande discussion dans l'assemblée, entre les Pharisiens el les Saducéens.

Armand. Pourquoi cela?

Grand'wère. Parce que les Pharisiens croyaient à la résurrection des corps, et les Saducéens n'y croyaient pas, et que tous étaient très-acharnés à soutenir leur opinion.

Il se fit donc un grand tumulte ; tous se disputaient et criaient. Les Pharisiens ^ voyant que saint Paul était de leur partie disaient : « Nous ne voyons pas de mal en cet homme, il faut le laisser aller. » Les Saducéens criaient au contraire qu'il fallait le tuer pour l'empêcher d'enseigner une doctrine fausse et mauvaise.

Le tribun, craignant qu'ils ne missent saint Paul en pièces, fit entrer des soldats pour l'enlever et le conduire dans la forteresse. La nuit suivante, Notre-Seigneur apparut à saint Paul;, et lui dit :

« Aie bon courage, Paul ! Tu m'as rendu témoignage à Jérusalem, ainsi faut-il que tu me rendes témoignage à Rome. »

LE TKIBUN FAIT ÉVADER SAINT TAUL ET L'ENVOIE AU GOUVERNEUR ROMAIN FÉLIX.

Grand'mère. Le lendemain, quarante Juifs, encore plus exaltés que les autres, vinrent se présenter devant le Prince des prêtres et les Sénateurs, et leur dirent :

« Nous avons fait vœu de ne boire ni de manger que nous n'ayons tué Paul. Nous vous prions donc de faire savoir au tribun que vous lui demandez d'amener Paul demain devant vous, pour mieux connaître son affaire. Nous, de notre côté, nous sommes prêts à le tuer avant qu'il n'arrive. »

Paul fut averti de ce qui se passait, par son neveu fils de sa sœur. Il fit conduire ce jeune homme au tribun par un centurion.

«Le prisonnier Paul, dit-il, m'a prié de vous amener ce jeune homme. 11 a quelque chosc; à vous communiquer. »

Le tribun, le prenant par la main, le tira à l'écart et lui demanda ce qu'il avait à lui dire. Le jeune homme lui expliqua Id conspiration tramée contre Paul. Le tribun le renvoya, lui défendant d'en parler à personne. Puis, ayant fait venir deux centurions, il leur commanda de tenir prêts pour la troisième heure de la nuit, deux cents soldats, soixante-dix cavaliers et

deux cents porte-lances ainsi que des chevaux pour Paul et ses amis, afin que, pendant la nuit, on les fît tranquillement partir pour Césarée; là,, on les remettrait entre les mains du oouverneur Félix.

Jeanne. C'est un brave homme ce tribun; je l'aime beaucoup!

Grand'mère. C'est pourtant ce même homme qui avait fait enchaîner saint Paul, sans seulement savoir s'il était coupable ; et qui voulait le faire fouetter jusqu à ce qu'il avouât les crimes dont on l'accusait. Remarque que ce tribun n'a pris la défense de saint Paul que lorsqu'il eut appris qu il était citoyen romain. 11 craignit sans doute de perdre sa place s'il ne préservait de la fureur des Juifs un citoyen Romain.

Il y a bien des gens qui font de bonnes actions par des motifs tout- à-fait humains, et qui dès lors n'ont aucun mérite devant le bon Dieu.

Les soldats prirent Paul d'après l'ordre de leur chef, et le conduisirent cette nuit même à moitié chemin de Césarée. De là, les soldats s'en retournèrent à Jérusalem, les cavaliers continuèrent seuls leur route, et le lendemain ils amenèrent Paul au gouverneur Félix^ avec une lettre du tribun qui expliquait pourquoi il envoyait Paul et ses compagnons. Le gouverneur, ayant lu cette lettre^ demanda à saint Paul de quelle province il était : « De Cilicie, répondit-il. — Je vous entendrai, dit le gouverneur, quand vos accusateurs seront venus. » Et il commanda qu'on gardât les prisonniers dans le prétoire du palais d'Hérode.

FÉLIX TRAITE BIEN SAINT PAUL, RECONNAIT SON INNOCENCE, MAIS N'OSE LE RELACHER.

Grand'mère. Cinq jours après, le méchant Ananie, Prince des prêtres, accompagné d'un orateur éloquent nommé Pertullas et de quelques anciens, arriva à Césarée; ils comparurent devant le gouverneur Félix pour accuser Paul.

Saint Paul, ayant été appelé à son tour^ écouta les calomnies que débitèrent contre lui ses accusateurs. Ils prétendirent qu'il était chef d'une secte de Nazaréens, qu'il excitait les peuples à la révolte dans le monde entier; qu'il avait profané le temple des Juifs à Jérusalem, qu'il y avait, causé des séditions et un grand tumulte; qu'ils l'avaient saisi^ mais que le tribun Lvsias l'avait arraché de force de leurs mains.

Le gouverneur ayant fait signe à Paul de se justifier^ le saint Apôtre répondit avec calme, avec dignité et avec force; il raconta ce qui s'était passé à Jérusalem et fit voir clairement son innocence.

Le gouverneur Félix, après avoir entendu saint Paul, ne le trouvant pas coupable, renvoya Ananie et ceux qui l'accompagnaient, disant : ^c Quand le tribun Lysias sera venu, je vous écouterai. »

Valentine. a la bonne heure ! Le pauvre saint Paul va s'en aller bien vite^ j'espère.

Grand'mère. Non; il fut retenu en prison.

Jeanne. Comment, en prison! Puisque le gouverneur le trouve innocent!

Grand'mère. il aurait certainement dû le relâcher^, mais il fit un peu comme Pilate; il avait peur des Juifs, qui se révoltaient pour un rien; et quoiqu'il ne voulût pas, comme Pilate, leur livrer un innocent, il n'osa pas non plus lui rendre une entière justice en le laissant en liberté. Mais il commanda au centurion qui devait garder saint Paul, de lui donner une prison meilleure, de le bien traiter et de n'empêcher aucun de ses compagnons de le voir et de le servir.

Quelques jours après, Félix et sa femme Drusille vinrent visiter saint Paul en sa prison et ils l'entendirent parle'r de tout ce que la loi de Jésus-Christ enseigne. Quand il leur parla de la justice, de la pureté, de la charité et du jugement dernier, ils eurent peur et s'en allèrent.

Valentine. Pourquoi eurent-ils peur?

Grand'mère. Parce qu'ils entrevoyaient la vérité sans l'aimer. Ils eurent peur d'une religion qui condamnait leur vie. C'est pour cette même raison qu'une quantité de prétendus honnêtes gens ne veulent pas, maintenant encore, mettre les pieds à l'Eglise, lire des livres religieux, ni se rencontrer avec des prêtres. Félix continua pourtant à faire souvent venir Paul pour s'entretenir avec lui, mais il le garda en prison avec ses compagnons pendant deux ans.

Louis. Pendant deux ans! pauvres gens! Comme ils ont dû s'ennuyer!

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