‹ Les Actes des ApôtresChapitre 86 sur 92 · SAINT SIMON ET SAINT JUDE, APOTRES ET MARTYRS · texte numérisé non relu

SAINT SIMON ET SAINT JUDE, APOTRES ET MARTYRS

Grand MÈRE. Saint Matthieu appelle saint Simon le Cananéen, parce qu'il était de la petite ville de Cana, en Galilée.

Louis. Est-ce la même où Notre-Seigneur a changé Teau en vin^ à une noce?

Grand'mêre. Précisément^, c'est la même.

Saint Jude était frère de saint Jacques le Mineur, et comme lui, cousin de Notre-Seigneur. Son vrai nom était Judas ; on l'appelait aussi Thadée , comme on le voit dans les Évangiles de saint Matthieu et de saint Marc. Pour ne pas le confondre avec Judas Iscariote ^ le traître, on l'appelle communément Jude ou Thadée. Quand les apôtres se séparèrent^ après la Pentecôte^ Simon et Jude partirent: le premier^ pour I'Égypte, le second, pour la Mésopotamie, province de l'Asie. Quelques auteurs assurent que saint Simon quitta l'Egypte pour aller prêcher la foi dans toute l'Afrique et puis dans l'Angleterre ou Grande-Bretagne, et que saint Jude alla dans l'Arabie. Ensuite tous deux retournèrent en Perse, où les Juifs avaient été jadis emmenés en captivité. On ne sait aucun détail certain sur leur Apostolat dans l'Asie. On raconte qu'à leur arrivée en Perse, dans le camp de Bara-

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DACH , qui marchait avec une nombreuse armée contre les Indiens, toutes les idoles devinrent muettes.

Armand. Elles parlaient donc, ces idoles?

Grand'mère. Oui^ elles parlaient pour rendre des oracles, par la puissance du démon, comme les idoles de l'Arménie. On alla consulter une idole du voisinage pour savoir ce qui causait leur silence.

L'idole répondit que c'était la présence de Simon et de Jude qui en était cause, et que leur puissance était si redoutable qu'aucun esprit ne pouvait paraître devant eux.

Les soldats, effrayés et furieux^ demandèrent à leur chef Baradach de faire mourir les étrangers dangereux qui empêchaient les dieux de parler. Baradach, homme juste et modéré^ ne voulut pas faire mourir les Apôtres sans leur avoir parlé lui-même et sans avoir examiné si les craintes que témoignaient ses troupes étaient fondées.

Il fit donc venir les deux Apôtres; il les interrogea longuement; et ne voyant dans leurs réponses que sagesse et bonté, il ne voulut pas leur faire de mal, et les prit même en affection.

Marie-Thérèse. A la bonne heure! Voilà un brave homme, quoique païen.

Grand'mêre. Aussi fut-il récompensé de sa bonne action. Les Apôtres lui démontrèrent les impostures de ses idoles et de ses magiciens.

a Interrogez-les, lui dirent les Apôtres, sur le résultat de la guerre que vous allez entreprendre; nous leur accordons la liberté de parler. »

Les idoles, interrogées par le capitaine devant les soldats assemblés^ répondirent avec leur méchanceté ordinaire, que la guerre serait longue, sanglante et que la victoire resterait douteuse.

« C'est un mensonge, s'écrièrent les Apôtres. Bien au contraire^ dès demain, à pareille heure^ des Ambassadeurs Indiens viendront dans le camp pour faire leur soumission et demander la paix à des conditions très-avantageuses pour vous. »

La chose arriva comme l'avait prédite saint Simon et saint Jude. Cet événement frappa si vivement Baradach^ que nonseulement lui et la plupart de ses soldats, mais encore le Roi, qui était à Bab^/lone, toute la famille royale et une grande partie de la ville se convertirent, assure-t-on, à la foi du Seigneur.

Deux magiciens fameux, Zoroës et Arphaœad, cherchèrent, par leurs enchantements, à empêcher ces conversions. Mais les Apôtres prouvèrent leur imposture et les obligèrent à fuir pour ne pas être déchirés par le peuple.

Simon et Jude parcoururent ensuite plusieurs villes de Perse, pour y prêcher la religion de Jésus-Christ. Les deux magiciens les ayant précédés dans une de ces villes, ameutèrent le peuple par leurs mensonges. Simon fut traîné devant l'image du soleil, et Jude devant celle de la lune, pour offrir de l'encens à ces divinités.

Aulieu d'obéir, les Apôtres brisèrent ces idoles, en invoquant le nom de Jésus-Christ. Les prêtres, furieux, les firent mourir cruellement. Saint Simon fut scié en deux, et saint Jude, après avoir subi plusieurs tortures cruelles, eut la tête tranchée.

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Dieu ne laissa pas leur mort sans punition; car à l'heure même^ bien que le temps fût très-calme, il s'éleva une si terrible tempête, que les temples des faux Dieux furent renversés, leurs images réduites en poussière; les deux magiciens et un grand nombre de païens furent brûlés par le feu du ciel, ou écrasés sous les ruines de leurs temples.

Le Roi, qui s'était fait chrétien, fit transporter à Babylone les corps des saints martyrs et les plaça dans une église magnifique qu'il fit bâtir en leur honneur. Plus tard, leurs ossements sacrés furent apportés à Rome, dans l'église de Saint- Pierre, où on les vénère encore aujourd'hui.

L'Empereur Charlemagne les transporta à Toulouse, dans l'église de Saint-Sernin.

Elisabeth. Encore? l'église de Saint-Sernin a du bonheur ; elle contient des reliques de presque tous les Apôtres!

Madeleine. J'en suis bien contente, car Toulouse est ma patrie; c'est là où je suis née.

Grand'mère. a présent, il nous reste à connaître la fin de saint Matthieu et de saint Mathias. Mais ce ne sera pas long, car on a très-peu de détails certains sur leur Apostolat et leur martyre.

Louis. Tant pis; je voudrais qu'il y eût encore beaucoup de choses à raconter.

Madeleine. Je trouve que l'histoire des Martyrs est la plus belle, la plus touchante, et la plus intéressante des histoires.

Grand'mère. Tu as bien raison, mon enfant. Si au lieu de lire, comme on le fait trop souvent, un tas de contes et de romans, on lisait la Vie des Saints, on y apprendrait mille

choses bonnes et utiles qui vaudraient bien mieux que ce qu'on apprend en lisant des livres frivoles très à la mode de nos jours.

Grand'mère. Après l'Ascension de Notre-Seigneur^ après la Pentecôte et la dispersion des Apôtres^ saint Matthieu prit el chemin de l'Egypte, puis de TÉthiopie, pour y commencer ses travaux apostoliques. On sait, mais sans en avoir les détails, qu'il y souffrit beaucoup, qu'il y fit une multitude de miracles et un nombre infini de conversions. Il menait la vie la plus mortifiée, ne vivant que d'herbes et de légumes, et ne mangeant jamais de chair.

Henri. Gomment pouvait-il ne vivre que d'herbes et de légumes? Il devait être exténué de faiblesse.

Grand'mère. Le bon Dieu lui donnait des forces pour surmonter toutes ses fatigues. Sans ces grâces particulières, les Apôtres auraient tous succombé à la vie austère qu'ils menaient, aux fatigues, aux souffrances qu'ils enduraient.

A son arrivée en Ethiopie, saint Matthieu fut reçu dans la ville de Nadaber ^ par cet eunuque de la reine Gandace, que saint Philippe avait baptisé comme vous l'avez vu dans les Actes des Apôtres.

Il trouva dans cette ville deux magiciens nommés Zoroès et Arphaxad^ les mêmes qui plus tard furent chassés de Babylone (comme nous l'avons vu) par les apôtres Simon et Jude. Les magiciens trompaient le pauvre peuple par des semblants de miracles^ avec l'aide du démon. Quand on vit les grands et vrais miracles de saint Matthieu^ on commença à douter du pouvoir des magiciens. Ceux-ci, craignant de voir diminuer leur influence, invoquèrent le démon et en obtinrent deux dragons énormes qui devaient répandre la terreur dans tout le pays .

Quand ces dragons apparurent^ l'épouvante s'empara de tous les habitants; mais saint Matthieu, ayant fait le signe de la croix^ rendit ces animaux doux comme des agneaux^ et les obligea de retourner dans leurs cavernes.

Armand. Qu'est-ce que c'est que des dragons? Je n'en ai jamais vu.

Grand'mère. Ce sont des espèces d'énormes serpents, avec deux pattes armées de griffes.

Henriette. Il me semble que personne n'en a jamais rencontré.

Grand'mère. Non^ il n'y en a plus do notre temps et je ne sais pas s'il y en a jamais eu.

Henriette. Mais puisque vous dites, Grand'mère, que saint Matthieu les a rendus doux comme des agneaux, c'est qu'il y en avait donc.

Grand'mère. Ces dragons étaient peut-être des énormes serpents que l'on a appelés dragons en raison de leur énormité; ou bien le démon a pu réellement faire apparaître deux monstres inconnus qui ont disparu sur l'ordre de saint Matthieu.

Quoi qu'il en soit, la disparition de ces monstres^ serpents ou dragons, rassura si bien le peuple sur les menaces des magiciens imposteurs, que le saint Apôtre eut toute liberté pour prêcher le Christianisme. Plusieurs se convertirent et reçurent le baptême.

Un autre miracle^ plus éclatant encore^ augmenta T influence du Saint et convertit un nombre considérable de païens. Une fille du Roi étant morte, ce prince désolé envoya chercher les magiciens pour ressusciter sa fille. Ils employèrent inutilement tous les enchantements possibles, sans pouvoir y réussir.

Saint Matthieu, ayant été appelé à son tour, invoqua simplement le nom de Jésus-Christ sur le corps de la jeune princesse, qui revint immédiatement à la vie.

Ce miracle amena la conversion du Roi, de la Reine, de la famille royale et de toute la province. Ce fut une douce consolation pour le fidèle Apôtre.

11 en eut une autre peu de jours après.

La princesse Iphigénie, qui était un prodige de beauté, d'esprit et de science, ayant entendu le Saint parler du bonheur des jeunes filles qui se consacrent à Dieu, voulut comme elles n'avoir d'autre époux que Jésus -Christ; elle se voua tout entière au service de Notre-Seigneur. Quelques jeunes filles de sa suite suivirent son exemple. D'après le conseil du saint Apôtre, elles se retirèrent toutes dans une maison particulière, pour y vivre sous la direction de la Princesse, selon la règle que leur prescrivit saint Matthieu.

Après la mort du Roi Egype, son frère Hirtace s'empara du royaume et voulut épouser sa nièce Iphigénie. Il pria saint Matthieu défaire consentir sa nièce à ce mariacre. Le Saint Pen-

gagea à assister à l'exhortation qu'il allait prononcer dans le nouveau monastère; il connaîtrait ainsi le conseil que recevrait la jeune princesse. Hirtace s'y rendit sur-le-champ. Mais l'Apôtre, bien loin de conseiller le mariage que désirait Hirtace, ne parla que de l'excellence de la consécration à Jésus- Christ, et de la grande et éternelle récompense que mériterait la Princesse en persistant dans son sacrifice.

Hirtace, ayant entendu ce discours, entra dans une grande colère. Il sortit de l'église; et, pour punir l'audace du saint Apôtre^ il envoya des bourreaux auxquels il donna l'ordre de le tuer à l'heure même. Ils trouvèrent saint Matthieu devant l'autel, à la fin du sacrifice de la messe, et se précipitant sur lui, ils le massacrèrent au pied même de l'autel, qui fut teint de son sang.

Ce fut dans la ville de Nadaber que saint Matthieu fut martyrisé; ses reliques y furent conservées jusqu'en 1080. A cette époque, son corps fut transféré à Salerne, dans le royaume de Naples; de là, sa tête fut portée, une partie en France, dans la cathédrale de Beauvais, et une autre portion dans celle de Chartres.

Louis. Est-ce que le méchant Hirtace ne fut pas puni de son crime?

Grand'mère. La tradition dit qu'Hirtace, n'ayant pu obtenir le consentement d'Iphigénie pour son mariage, fit mettre le feu au palais qu'elle habitait pour l'obliger à en sortir. La Princesse et ses compagnes restèrent au milieu des flammes sans être atteintes; ces mêmes flammes se retournèrent contre le palais d'Hirtace, situé tout auprès, et le consumèrent en entier avec toutes ses richesses. Le fils d'Hirtace fut saisi, dit-on.

par un démon cruel qui l'entraîna sur le tombeau de l'Apôtre, l'obligea à publier tous ses crimes et ceux de son père^ après quoi il l'étrangla.

Hirtace lui-même fut subitement couvert d'une lèpre épouvantable ; son corps ne fut qu'une plaie, les médecins essayèrent inutilement de le guérir, ou du moins de soulager ses cruelles souffrances. Hirtace désespéré, fou de douleur, se jeta sur son épée, se perça le cœur et mourut.

Elisabeth. Est-ce très-certain, Grand'mère?

Grawd'mère. Ce n'est pas aussi authentique que ce qui a rapport à la vie et à la mort de saint Matthieu, mais pourtant c'est rapporté par d'anciens auteurs dignes de foi.

Grand'mère. En terminant, je vous dirai quelques mots sur les actes et le martyre de l'Apôtre saint Mathias. C'est malheureusement très-peu de chose et assez vague. Tout ce qu'on sait avec certitude, c'est que saint Mathias, après avoir été nommé pour remplacer le traître Judas comme douzième Apôtre^ reçut avec ses nouveaux Frères le Saint-Esprit le jour de la Pentecôte. Il fut désigné pour prêcher Jésus-Christ en Judée; il convertit un grand nombre de Juifs et mit un zèle ardent dans son

Apostolat; il alla jusqu'au fond de l'Ethiopie, il y prêcha pendant plus de trente ans. Les Juifs et les Gentils, furieux de ses nombreuses conversions, se réunirent contre lui, le lapidèrent, après quoi ils lui tranchèrent la tête pour être bien certains qu'il n'en reviendrait pas. Il mourut en Tannée G3, sous l'empire de Néron. Ses reliques furent apportées à Rome par sainte Hélène, mère de Constantin; elles sont déposées dans l'Église de Sainte-Marie-Majeure.

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