PATHMOS
Louis. Où est cette île, Grand'mère?
Grand'mêre. Dans l'Archipel^ cher enfant^ pas loin des côtes de l'Asie-Mineure.
C'est dans l'île de Pathmos que Saint Jean écrivit son beau livre de r Apocalypse.
Louis. Qu'est-ce que c'est que cette Pocalypse? De quoi parle-t-elle?
Pierre. On ne dit pas Pocalypse^ mais Apocalypse.
Grand'mère. Le mot Apocalypse veut dire Révélation. C'est une grande prophétie de la seconde venue dans ce monde de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de la fin du monde. De plus, c'est un livre plein de mystères.
Henriette. Oh! je voudrais bien le lire^ Grand'mère.
Grand'mère. Tu n'y comprendrais rien, chère enfant; cette partie de l'Écriture-Sainte n'est pas faite pour être lue par des enfants.
Saint Jean convertit^ dit-on , presque tous les habitants de Pathmos. Il demeura avec eux jusqu'à la mort de Domitien. L'Empereur Nerva, qui n'était pas méchant^ rappela les Chrétiens exilés et défendit qu'on les tourmentât.
Saint Jean voulut quitter Pathmos^ mais les habitants lui ayant demandé d'écrire tout ce qu'il leur avait enseigné, le saint Apôtre dicta son Évangile à saint Prochore^ un des sept diacres qui l'avaient suivi dans son exil.
D'autres saints auteurs disent que saint Jean ne dicta son Évangile à saint Prochore qu'après avoir quitté Pathmos et à son retour dans Éphèse. Mais^ ce qui est certain^ c'est que saint Jean le dicta à saint Prochore à la fin de cet exil ; il avait près de cent ans.
Les habitants de TAsie-Mineure^ et particulièrement les Éphésiens. furent dans une grande joie quand ils vivent revenir leur saint Apôtre.
Il trouva à son retour quelques troubles excités par un abominable magicien nommeApoLLONiusDETHYANE.il s'était donné au démon comme Simon le Magicien, et, comme lui, il trompait les peuples par ses prétendus miracles et par la puissance qu'il tenait de Satan. Saint Jean triompha de cet imposteur comme saint Pierre avait triomphé à Rome de Simon le Magicien, par de vrais miracles accomplis en présence de tout le peuple. On ne sait pas au juste quels furent ces grands miracles; on sait seulement qu'il ressuscita plusieurs morts.
Le seul fait certain des dernières années de saint Jean, est la conversion d'un jeune homme que saint Jean avait élevé, qu'il avait en grande affection, qu'il avait confié à un saint Évèque avant de partir pour Rome, et qui, s'étant corrompu, était devenu capitaine de voleurs. En revenant à Éphèse, il alla voir cet Évêque et lui redemanda le jeune homme.
« Je ne l'ai plus, je ne l'ai plus , répondit tristement l'Évêque. 11 est mort.
— ^lort? répliqua saint Jean. Et de quelle manière?
— C'est à Dieu qu'il est mort, dit l'Évêque, puisqu'il a abandonné sa foi pour se mettre à la tête d'une bande de brigands. »
La douleur de saint Jean fut grande, mais il ne perdit pas
courage. Ne pouvant pas marcher à cause de son grand âge, il monta à cheval, et prenant un guide, il alla dans les montagnes à la recherche de son enfant perdu.
Il ne tarda pas à rencontrer les sentinelles des bandits, qui se saisirent de lui. « Je viens, leur dit saint Jean, pour parler à votre chef. Je vous supplie de me mener à lui, car j'ai une chose importante à lui communiquer. »
Les bandits se sentirent saisis de respect devant le grand âge de l'Apôtre et son aspect majestueux. Ils le menèrent vers leur jeune chef.
Le capitaine reconnut tout de suite son ancien Maître , et ne pouvant supporter la honte de se trouver en face d'un si saint homme, qu'il aimait et vénérait encore, il se mit à fuir pour se cacher dans la montagne. Mais le Saint le poursuivit.
« Mon enfant, pourquoi fuis-tu devant ton Père? Que crainstu d'un vieillard désarmé? Mon fils, vois mes cheveux blancs; aie pitié de ta jeunesse. Arrête- toi, mon cher fils; c'est Jésus- Christ lui-même qui m'envoie vers toi! »
A ces paroles, le jeune homme s'arrêta. 11 demeura quelques instants, les yeux baissés, sans oser même lever la tête. Puis, jetant à terre ses armes, il courut vers le Saint qui l'appelait. Il fondit en larmes, il jeta de grands cris de désespoir, et ne pouvant résister à la grâce qu'il sentait renaître dans son cœur, il se précipita dans les bras de saint Jean et osa l'embrasser. Seulement il eut soin de cacher sa main droite sous son vêtement, pour que cette main, souillée de sang et de vol, ne touchât pas cet homme vénérable. Saint Jean, de son côté, l'embrassa, le serra dans sos bras; et prenant cette main qu'il cachait, il la baisa, la mouilla de ses larmes, lui promit
le pardon de ses péchés, et le tirant de la société des bandits, il l'emmena à l'église.
Le jeune homme fit une pénitence sincère de ses crimes, et en témoigna un tel repentir que saint Jean le jugea digne du ministère sacerdotal.
Jeanne. Comme il était bon, saint Jean! A son âge, se mettre à courir à cheval après un méchant voleur!
Grand'mère. Oui, chère enfant. Saint Jean a fait voir par là qu'il avait été digne d'appuyer sa tête sur le sein de Notre- Seigneur et d'avoir été chargé par lui de devenir le protecteur, le vrai Fils de la très-sainte Vierge. L'amour de Jésus- Christ pour les hommes avait passé dans son cœur. Aussi l'appelle-t-on souvent : l'Apôtre de l'Amour.
Voilà tout ce qu'on sait de bien certain sur saint Jean. On ne sait pas au juste quand, comment et dans quel lieu il mourut . Quelques auteurs sacrés disent qu'il revint à Rome sous le règne de l'Empereur Trajan, qu'il y fut martyrisé et qu'il mourut dans les tourments les plus cruels. D'autres pensent qu'il est mort paisiblement à Éphèse, le 27 décembre, l'année 101 ou 102, soixante-huit ans après la Passion deNotre-Seigneur Jésus -Christ; il devait avoir environ quatre-vingtquinze ans.
Camille. Pauvre saint Jean! Comme il a dû être heureux d'aller rejoindre Notre-Seigneur dans le Ciel!
Grand'mère. Oui certainement. Plus sa vie a été longue et plus sa récompense est grande. Et personne maintenant ne peut la lui enlever.
Marie-Thérèse. Quel est l'Apôtre dont vous nous parlerez maintenant, Grand'mère?
Grand'mêre. Je vous raconterai le martyre de saint Thomas^ nommé TApôtre des Indes.
Grand'mère. On n'a pas beaucoup de détails certains sur les actes de l'apostolat de saint Thomas. Je ne vous dirai que ce qui est généralement admis à ce sujet.
Après la dispersion des Apôtres, saint Thomas fut envoyé en Orient. Il alla dans le pays des Kois Mages qui étaient venus adorer l'Enfant Jésus à Bethléem. Ces mêmes Rois régnaient encore, et il leur fit le récit de tout ce qui s'était passé dans le cours de la vie de Notre -Seigneur, de sa Passion^ de sa mort, de sa Résurrection et de son Ascension. Il les baptisa et leur donna la mission de prêcher TÉvangile et de convertir leurs peuples.
Ensuite saint Thomas alla chez les Éthiopiens; un grand nombre d'entre eux crurent à sa parole et reçurent le baptême. Saint Thomas prêcha ensuite l'Évangile à plusieurs autres peuples de l'Orient. Il séjourna ensuite dans la Chine et de là dans les Indes. On trouve encore dans ces deux pays des traces de son passage.
Louis. Quelles traces trouve-t on?
Grakd'mère. Des inscriptions gravées sur des pierres; des restes d'églises; une croix en fer qui pèse trois mille livres et qui était probablement sur le haut d'une église.
On dit qu'après avoir parcouru une multitude de villes qu'il est inutile de vous nommer
Arma>'d. Pourquoi inutile?
Grand'mère. Parce que vous les oublieriez tout de suite; ce sont des noms inutiles et difficiles à retenir.
Valentine. Oh si, Grand'mère; dites-nous en quelques-uns seulement.
Grakd'mère. Eh bien! Saint Thomas visita et évan<îélisa les royaumes et villes de Crancanor, de Coulan^ de Narswgue, de Candahar^ de Cahute de Caphurstariy de Cazatarat
Louïs^ riaîit. Assez^ assez, Grand'mère. Nous ne nous rappellerons jamais tout cela.
Grakd'mêre^ souriant. C'est ce que je disais à Armand. Je me bornerai donc à vous raconter le miracle arrivé dans la ville deMÉLiAPOUR.
Saint Thomas, ayant converti une partie des habitants de Méliapour^ voulut leur bâtir une église. Mais les prêtres nommés Brachmanes, qui adoraient des idoles, et le Roi Sagame, païen comme eux, s*y opposèrent de tout leur pouvoir; ils défendirent qu'on donnât à saint Thomas le bois nécessaire pour son église, mais on trouva près de la ville, et sans qu'on sût d'où il pouvait venir, un tronc d'arbre si énorme, que le Roi voulut l'avoir pour un palais qu'il se faisait construire. Il envoya donc une multitude d'ouvriers et d'éléphants pour le lui amener.
Mais ni tous ces hommes, ni les animaux, ni les machines
les plus puissantes ne purent parvenir à faire rouler ni même à soulever de terre cette pièce de bois immense.
ce Je m'offre^, dit alors saint Thomas, à la traîner moi seul jusqu'à la ville, si on me la donne pour construire mon éoflise. »
Le Roi lui accorda bien volontiers la permission qu'il demandait , et il s*en moqua, croyant la chose impossible. Mais rien n'était impossible à ce fidèle serviteur de Dieu. Il attacha sa ceinture à un bout de la poutre; il fit le signe de la croix, et prenant l'autre bout de sa ceinture, il traîna la poutre jusqu'aux portes de Méliapour avec autant de facilité que si elle n'avait rien pesé. Toute la ville fut témoin de ce miracle.
Le Roi Sagame se convertit avec toute sa cour; les Princes, ses voisins, demandèrent aussi le baptême. L'église fut bâtie promptement avec l'aide du Roi et de tous les habitants; saint Thomas plaça à quelque distance une grande croix de pierre qu'on voit encore, dit-on. Et il prédit que lorsque la mer, qui alors était éloignée de plusieurs lieues, viendrait mouiller le pied de cette croix, Dieu leur enverrait d'un pays éloigné, des hommes blancs qui leur prêcheraient de nouveau la vraie religion. En effet, quinze siècles après, la mer s'étant étendue jusqu'à la croix de pierre, les Portugais vinrent à Méliapour et amenèrent des prêtres missionnaires de la Compagnie de Jésus; entre autres saint François Xavier. Ces nouveaux Apôtres prêchèrent le Christianisme.
Tant de succès mirent en fureur les Brachmanes. Voyant leur influence s'affaiblir, leurs richesses diminuer, ils résolurent de se débarrasser de saint Thomas. Un jour qu'il priait avec ferveur au pied de la croix, un de ces prêtres le tua
d'un coup de lance. Des soldats qui accompagnaient ce sacrilège^ pour l'aider à exécuter son crime, achevèrent d'assommer leur ennemi à coups de pierres^ et en le perçant de flèches. Son sang rejaillit sur la pierre et sur la croix qui en ont longtemps conservé les traces.
Les disciples de saint Thomas enlevèrent son corps et l'enterrèrent dans l'église qu'il avait fait bâtir; ils déposèrent dans son sépulcre le fer de la lance qui avait percé l'Apôtre, le bâton dont il se servait pour ses voyages, et une urne pleine de terre imbibée de son sang.
Pierre. Où se trouvent maintenant ces reliques^ Grand'mère?
Grànd'mère. Quand des missionnaires portugais arrivèrent dans rinde, en 1532, ils trouvèrent dans les ruines de Méliapour un oratoire qui était resté intact au milieu des débris de la ville et qui contenait les ossements de l'Apôtre saint Thomas. Ils y trouvèrent aussi la pierre sur laquelle il avait été massacré.
Les missionnaires emportèrent ces précieuses reliques à Goa, grande ville dans les Indes où se trouvait la maison principale de la mission portugaise. Depuis on a porté une partie de ces reliques en Syrie, dans la ville d'ÉDEssE; une autre partie dans le midi de l'Italie, à Orto^e. En France, à Notre-Dame de Chartres, on possède un os du bras de saint Thomas; à Rome, dans l'église de Sai>'te-Croix, on montre le doigt qui toucha les plaies des mains et des pieds et le côté du Sauveur ressuscité.
Armand. Pourquoi a-t-il touché le côté et les plaies de Notre-Seigneur?
Grand'mère. Tu as oublié ce que je vous ai raconté dans l'Évangile de Tincrédulilé de saint Thomas?
Armand. Oui, Grand'mère, j'ai oublié.
Louis. Et moi aussi, Grand'mèrC; j'ai oublié.
Grand'mère. Alors je vais vous le redire.
Quand Notre-Seigneur fut ressuscité^ il apparut plusieurs fois aux Apôtres réunis, en l'absence de saint Thomas. Celuici ne voulut pas croire à la Résurrection^ disant :
« Si je ne mets les doigts dans les trous de ses pieds et de ses mains^ et si je ne mets la main dans la plaie de son côté, je ne croirai pas. »
Huit jours après, Notre-Seigneur apparut aux Apôtres , saint Thomas étant avec eux. Jésus -Christ s'approcha de Thomas, lui fit voir ses mains et ses pieds et la plaie de son côté.
a Mets tes doigts dans les trous de mes pieds et de mes mains, mets ta main dans mon côté; ne sois pas incrédule, mais fidèle. »
Thomas, tombant à genoux, s'écria *
« Mon Seigneur et mon Dieu 1 »
Le Seigneur lui répondit :
« Tu as cru, Thomas, parce que tu as vu. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »
Armand. Merci, Grand'mère, je tâcherai de ne plus oublier.
Grand'mère. C'est très-bien, mon petit; mais demande-moi toujours quand tu as oublié quelque chose. Et comme nous avons fini k martyre de saint Thomas, je vais vous raconter celui de saint Jacques le Mineur.
SAINT JACQUES LE MINEUR, APOTRErET iMARTYR.
Saint Jacques était très-aimé et très -considéré des autres Apôtres; nous voyons dans l'Évangile, que Notre-Sjigneur l'emmène toujours avec saint Pierre et avec saint Jean, comme il l'a fait le jour de la Transfiguration, le soir de I'agonie au jardin des Oliviers. Il était cousiu de Notre-Seigneur , sa mère étant cousine germaine de la Sainte-Vierge. Et il ressemblait tellement à Jésus-Christ, qu'en le voyant on croyait voir Notre-Seigneur^ et qu'après l'Ascension, les Apôtres ne se lassaient pas de le contempler.
Le peuple le surnomma le Juste, à cause de sa grande sainteté. Saint Pierre lui témoignait une grande affection et une estime toute particulière. Il le nomma Évêque de Jérusalem aussitôt après la descente du Saint-Esprit, le jour delà Pentecôte. Lorsque saint Pierre fut délivré, par un Ange, des prisons d'Hérode, il le lui fit savoir aussitôt. Quand les Apôtres s'assemblaient, saint Jacques donnait son avis le second, immédiatement après saint Pierre.
Saint Paul en parle avec une grande considération dans le second chapitre de son Épître aux Galates; il l'appelle comme saint Pierre et saint Jean, Colonne de fÉglise.
s. JACQUES LE MINEUR, APOTRE ET MARTYR. 249
ValeiNTine. Pourquoi l'appelle-t-il colonne? Qu'est-ce que cela veut dire ?
Grand'mèke. Une colonne est un soutien, un appui. Les Apôtres étaient établis par Notre-Seigneur pour être les soutiens de l'Église, l'appui de la toi de tous les fidèles. Saint Jacques, autant que les autres, et sous certains rapports, plus que les autres, soutenait lEglise naissante par sa prière continaelle et sa sainteté extraordinaire.
Saint Jacques vécut à Jérusalem ; il y prêchait tous les jours, et y faisait un bien merveilleux. Une l'oule de Juifs se convertissaient et venaient lui demander le baptême. Ananie, homme fier, jaloux et cruel, qui était alors Grand-Prêtre à la place deCaïphe, ne put voir sans colère Tinfluence et la réputation de saint Jacques s'accroître tous leà jours et s'étendre au loin. 11 tint conseil avec les prêtres et les lévites et ils résolurent de forcer saint Jacques à changer son langage, et s'il s'y refusait, de le faire mourir.
Jacques. Mon pauvre Patron! Ces misérables Juifs vont le tuer comme ils ont fait pour Notre-Seigneur !
Grand'mère. Oui, cher enfant, mais en lui ôtant la vie, ils 1 ont glorifié, et ils lui ont procuré un bonheur bien plus grand que s'ils l'avaient laissé mourir tranquillement dans son lit.
Jacques. Alors, c'est tant mieux, puisqu'ils lui ont fait du bien en voulant lui faire du mal. Mais tout de même, ils sont bien méchants.
Grand'mère. Tu as raison, ils ont été de vrais démons et ils en sont terriblement punis.
Ananie commença donc l'exécution de son détestable
projet en appelant saint Jacques dans son conseil. Après ravoir comblé de louanges sur sa vie austère^ sur la haute réputation qu'il s'était acquise , il lui dit :
« Le nombre des Chrétiens s'accroît de jour en jour, et fait déserter le temple du DiEu vivant. Votre grande réputation de vertu et de sainteté me donne l'assurance que vous ferez tout ce qui sera en votre pouvoir pour remédier à ce grand désordre. Voici un nombre considérable de Juifs qui sont rassemblés à Jérusalem pour la fête de Pâques. Montez sur le lieu le plus élevé du Temple^ parlez au peuple, dites-lui ce que vous pensez de Jésus le crucifié et de sa doctrine. Nul doute que vous ne les persuadiez, puisqu'ils vous appellent le Juste et le SainL Nous mettons entre vos mainsj'honneur de la Synagogue. »
Louis. Le pauvre saint Jacques a dû être embarrassé pour leur répondre.
Grand'mère. Pas du tout. Il accepta avec joie l'offre d'Ananie.
Jeakne. Gomment! Saint Jacques consentait à parler contre Jésus-Christ?
Grand'mère. Pas du tout. Il vit là au contraire une belle occasion de prêcher la religion de Jésus-Christ devant cette multitude immense. On lui demandait de dire ce qu'il pensait de Jésus et de sa doctrine.
Il monta donc sur la terrasse du Temple. Les Prêtres lui dirent tout haut, de façon à ce que tout le peuple l'entendît :
« Juste dont nous honorons les sentiments^ dites-nous ce que vous pensez de Jésus qui a été crucifié. »
Louis. C'est bon cela! Ils vont être bien attrapés.
Grand'mère. Et bien furieux, car ils ne croyaient pas que
s. JACQUES LE MINEUR, APOTRE ET MARTYR. 251
saint Jacques eût la hardiesse de déclarer devant eux que Jésus était le Christ et le Messie. Mais saint Jacques^, rempli du Saint-Esprit, s'écria :
« Pourquoi me demander mon avis touchant Jésus fils de l'homme? N'ai-je pas déjà déclaré une infinité de fois devant tous ceux qui ont voulu m'entendre, que Jésus, fils de Dieu, le Christ, le Messie ressuscité est assis à la droite de Dieu, son Père, et qu'il viendra un jour juger les vivants et les morts. »
Les fidèles qui étaient mêlés à la foule entendirent ces paroles avec une grande joie. Mais les Prêtres, se vojant trompés, furent remplis de fureur. Ils montèrent précipitamment au haut du Temple, et saisissant l'Apôtre, ils le jetèrent en bas pour lui briser la tête.
Il ne mourut pourtant pas sur le coup ; ils se mit à genoux et commença à prier pour ses persécuteurs, disant comme son Divin Maître sur la croix :
« Seigneur, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. »
Un des Prêtres, entendant cette prière, en fut si touché, qu'il dit tout haut aux Juifs qui ramassaient des pierres pour achever le Saint :
w Que faites-vous? N'enlendez-vous pas que le Juste prie pour vous ? »
Mais on ne Técoutapas et on commença à jeter des pierres. Un teinturier lui déchargea un coup de masse sur la tête. Saint Jacques mourut; son crâne fut brisé. C'est ainsi que le frère du Seigneur (comme on l'appelait) termina son glorieux martyre le r^mai de l'année 63. Il avait été Évêque de Jérusalem pendant trente-trois ans.
Les fidèles ensevelirent son corps à l'endroit même où il était tombé. Plus tard^, ses ossements furent apportés à Rome.
Au neuvième siècle, Charlemagne fit transporter une grande partie de ces reliques à Toulouse, dans l'église de Saint- Sernin. Une portion considérable de la tête fut emportée par les Espagnols à Compostelle. La plus grande partie du corps de saint Jacques le Mineur repose encore aujourd'hui à Rome, à côté des reliques de l'Apôtre saint Philippe, dans une église célèbre dédiée aux Saints Apôtres. D'autres fragments de son corps ont été portés dans différentes églises, à Anvers, àFoRu, à Langres et à Compiègne.
Après l'Ascension de Notre-Seigneur et après la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres, saint Philippe alla prêcher l'Évangile dans l'Asie Mineure.
Yalentine. Mais pourquoi les Apôtres vont-ils toujours en Asie Mineure?
GRA^'D'MÈRE. Ils UG commcnccnt pas tous, mais presque tous par l'Asie Mineure, pour aller ensuite dans d'autres pays, comme a fait saint Thomas, par exemple. L'Asie Mineure était un pays riche et peuplé, voisin de la Judée, et de
plus, c'était le passage le plus fréquenté pour aller en Grèce, en Italie et dans tout l'Empire romain.
Saint Philippe^ après avoir converti beaucoup d'âmes en Asie Mineure, passa en Scythie, oii il resta plusieurs années et convertit un grand nombre de païens. Puis il revint en Phrygie.
Étant entré dans lin temple^ à Hiérapolis, il y trouva une vipère monstrueuse que le peuple adorait. Le saint Apôtre se jeta à genoux et pria le Seigneur d'ouvrir les yeux de ce pauvre peuple et de le délivrer de la puissance du démon.
Sa prière fut exaucée, car la vipère poussa un sifflement horrible et mourut aussitôt. Le peuple, frappé de ce miracle, écouta la parole de Philippe et demanda le baptême.
Les prêtres et les magistrats de la ville, ne pouvant souffrir un pareil changement^ qui les privait des riches offrandes qu'on offrait à la vipère^ se saisirent de Philippe; ils le fouettèrent cruellement, le crucifièrent^ et^ pendant qu'il était sur la croix, ils l'assommèrent à coups de pierres^ craignant que ses paroles ne convertissent la foule qui assistait à ce sanglant spectacle.
Mais Dieu fit voir combien ce crime lui faisait horreur. Un tremblement de terre épouvantable fit tomber les plus beaux et les plus importants monuments de la ville. La terre s'entr'ouvrit sous les pieds des prêtres et des magistrats et les engloutit dans un abîme qui se referma immédiatement après.
Les idolâtres^ effrayés de ce prodige, permirent aux nouveaux convertis de détacher le saint Apôtre. Mais lui, voulant mourir sur la croix comme son Divin Maître^ leur défendit de le faire; et après avoir prié pour ce pauvre peuple aveuglé par ses prêtres^ il expira. C'était le 1"" mai^ en l'année 54. Quelques
auteurs croient que c'était en Tannée 87, et que saint Philippe avait 87 ans.
Le corps du Saint fut enlevé et enseveli par les Chrétiens. Une partie de ses ossements est à Rome, dans l'église des Saints- Apôtres^ comme je vous l'ai déjà dit, le reste est à Toulouse, dans l'église de Saint-Sernin, à Troyes, à Florence. Sa tête était à Paris, à Notre-Dame, l'autre portion est à l'église de Saint- Jacques et Saint-Philippe-du-Haut-Pas.
Voilà tout ce qu'on sait sur saint Philippe. Maintenant, passons à saint Barthélémy.
Henriette. C'est bien court cette vie de saint Philippe.
Grand'mère. Celle de saint Barthélémy sera plus longue.
Armand. Comment est-il mort saint Barthélémy?
Grand'mère. D'une mort horrible; mais tu vas le voir bientôt.
Jacques. Grand'mère, comment se fait-il qu'on sache si peu de choses sur d'aussi grands Saints que les Apôtres?
Grand'mère. Cher enfant, il y a dix-huit cents ans entre les Apôtres et nous. Dans les premiers siècles, le souvenir des saints Apôtres était vivant dans toutes les Églises qu'ils avaient fondées. Mais ces souvenirs ont été effacés comme tant d'autres par le temps, et surtout par les désordres, les guerres et les troubles de toute espèce qui ont tant de fois bouleversé le monde, depuis la fondation de l'Église. Il faut nous trouver heureux du peu qui nous a été conservé de la vie et du martyre des Apôtres.
Cj|j
Lors de la dispersion des iVpôtres à Jérusalem, saint Barthélémy se rendit dans l'Inde, en deçà du grand fleuve du Gange. Il évangélisa une grande portion des quarante royaumes de cette portion de l'Inde. Il y fit d'innombrables conversions, y bâtit une quantité d'églises, y sacra plusieurs Évêques, et y établit le Christianisme. Ou ne sait pas ce qui se passa dans ces chrétieutés naissantes; on sait seulement que quatre cents ans plus tard, quand Démétrius, patriarche d'Alexandrie, y euvoya saint Pantène, il y trouva des restes nombreux de christianisme^ et des traces du séjour de saint Barthélémy^ entre autres, l'Évangile de saint Matthieu.
Saint Barthélémy passa en dernier lieu dans la grande Arménie.
Armand. Où est l'Arménie^ Grand'mère?
Grand'mère. Du côté de l'Asie Mineure , de LEuphrate et des monts Caucases.
L'Apôtre entra dans le temple de la capitale, dans laquelle demeurait le Roi Poltnius. Une idole habitée par un démon nommé Astaroth, qui rendait des oracles, se tut aussitôt ; on lui apporta des malades, il ne put les guérir.
Les prêtres arméniens, surpris de voir leur grand Astaroth devenu muet et impuissant à guérir les malades, consultèrent une autre idole célèbre pour en savoir la cause. Elle répondit : (( C'est la présence de Barthélémy, Apôtre du vrai Dieu, qui force mon compagnon à se taire et qui lui enlève toute sa puissance. Tant que ce saint homme demeurera dans la ville, Astaroth ne pourra ni parler, ni guérir. Barthélémy fléchit les genoux cent fois par jour et cent fois par nuit; il est toujours accompagné d'une troupe d'Anges; ils sont invisibles pour les hommes^, mais nous^ esprits^ nous les voyons. Barthélémy annonce le vrai Dieu, auquel seul appartiennent les honneurs du Ciel et de la terre. »
Henri. C'est singulier qu'un démon ait si bien parlé d'un saint ; c'est contre lui-même qu'il témoignait.
Grand'mêre. Certainement; aussi ne le faisait-il que forcé par Dieu^ son maître tout-puissant.
Les prêtres d'Astaroth^ entendant cette réponse, se mirent à chercher de tous côtés ce Barthélémy contre lequel ils étaient remplis de fureur.
Louis. Pourquoi cela? Qu'est-ce que cela leur faisait que cet abominable Astaroth ftit devenu muet?
Grawd'mère. Cela faisait du tort à leurs bourses, parce que ceux qui venaient consulter cette idole lui apportaient de riches présents en argent, en bijoux et en étoffes précieuses; les prêtres s'emparaient de ces dons. Astaroth, ne pouvant plus rendre des oracles ni guérir les malades, ne recevait plus rien. C'est pourquoi ils cherchaient saint Barthélémy pour le tuer.
Mais ils eurent beau chercher, ils ne le trouvaient pas,
parce que le bon Dieu rendait leurs recherches inutiles.
Ils ne l'auraient donc jamais trouvé, si Barthélémy n'eût révélé sa présence par la délivrance des possédés, la guérison des malades, et par d'autres prodiges qui remplirent les infidèles d'admiration. Les prêtres n'osèrent pas le maltraiter devant cette foule qui le protégeait.
Le Roi lui-même, ayant entendu parler de ces prodiges, le fit venir dans son palais et le supplia avec instance de guérir sa fille qui était possédée d'un démon furieux.
Barthélémy la guérit sur-le-champ. Le Roi en fut si heureux et si reconnaissant qu'il lui envoya quelque temps après plusieurs chameaux chargés d'or, d'argent, de pierreries précieuses, de vêtements magnifiques.
Le Saint, auquel Dieu fit connaître les intentions du Roi, se tint si bien caché, qu'on ne put le trouver. Les serviteurs chargés de remettre les présents du Roi au saint Apôtre, n'osant confier à des étrangers de si précieux trésors, les rapportèrent au palais. Aussitôt Barthélémy vint se présenter luimême au Roi Polinius, qui se trouvait seul dans sa chambre ; il entra sans que les portes eussent été ouvertes, et il lui dit:
(c Ce n'est ni l'amour de l'or, ni des pierres précieuses, ni d'aucune de tes richesses qui m'a amené dans ton pays, ô Roi; c'est le zèle des âmes, le désir de te faire connaître la vérité, afin de te faire arriver à la vie éternelle. Je ne te demande que d'écouter mes paroles, de reconnaître le vrai Dieu, d'abandonner le culte de tes idoles qui sont des démons abominables. Viens au temple avec moi et je te ferai voir par
toi-mêm.e la vérité de mes paroles. »
Polinius consentit à accompagner au temple le saint Apôtre. Ils arrivèrent devant l'idole.
(f Dis ce que tu es et de quel lieu tu viens, Astaroth! Dis si tu es le Dieu qu'on doit adorer^ s'écria Saint Barthélémy.
— Ta puissance plus grande que la mienne m'oblige, saint homme, à te répondre^ dit l'idole. Je ne suis pas un Dieu; je ne suis qu'un misérable esprit condamné aux flammes éternelles pour m'être révolté contre Dieu, mon créateur. Les oracles que je prononce ne sont que des tromperies; je ne prédis que le mal que je puis et que je veux faire, le bien que je ne veux pas empêcher exprès pour faire croire à mes prédictions. Les guérisons que j'ai opérées sont fausses, car je donnais moi-même par malice les maladies que j'avais la puissance de faire disparaître. »
Après cette confession^ l'Apôtre lui dit :
<c Je t'ordonne de briser toutes les idoles du temple et de te retirer pour jamais dans un lieu où tu ne pourras faire de mal à personne. »
Astaroth fut obligé d'obéir. Le brisement de toutes les idoles fit un tel effet sur l'esprit de Polinius et de tout son peuple^ qu'ils se convertirent à Jésus-Christ et demandèrent instamment le baptême.
Douze villes de ce royaume suivirent l'exemple de leur Roi. Elles eurent le bonheur de recevoir l'explication de la doctrine de Jésus-Christ de la bouche même de saint Barthélémy; il les baptisa tous; l'Apôtre en choisit quelques-uns parmi les plus fervents pour en faire des prêtres et des diacres, afin qu'après lui les fidèles pussent continuer à recevoir les Sacrements et l'instruction nécessaires.
Les démons, ne pouvant souffrir la ruine de leur empire et l'établissement du Christianisme^ excitèrent contre le saint Apôtre les prêtres des idoles. Le Roi Polinius était trop fervcn t chrétien pour écouter les rapports mensongers et les conseils perfides des idolâtres. Ils s'adressèrent donc à son frère AsTYAGE, qui régnait sur une partie de l'Arménie. Les prêtres lui persuadèrent que le culte des idoles allait périr, si Barthélémy continuait ses prédications; qu'il fallait à tout prix faire mourir ce sacrilège qui détruisait leurs dieux et pervertissait les peuples.
Astyage écouta leurs paroles; il attira saint Barthélémy dans ses États sous prétexte de vouloir connaître la vérité. Dès que l'Apôtre fut arrivé, Astyage le fit saisir et amener devant lui.
Henriette. Comment saint Barthélémy a-t-il été chez ces méchants? il devait bien prévoir le danger qu'il courait.
Grand'mère. Il le prévoyait certainement, chère enfant; mais il avait fait le sacrifice de sa vie en la consacrant au service de Notre-Seigneur. La prédication chez les peuples barbares était la partie principale du ministère des Apôtres , et ils devaient tout risquer pour courir la chance d'arracher quelques âmes au démon.
Le Roi, le voyant devant lui, lui demanda :
« Est-ce toi qui as perverti mon frère Polinius et détruit les dieux de sa nation?
— Il n'y a d'autre Dieu de toutes les nations, répondit le Saint, que le souverain Créateur qui règne dans les cieux avec son fils unique Jésus-Christ. Les dieux que tu adores sont des démons qui ne méritent que le mépris. Ainsi, je n'ai détruit
le culte d'aucun dieu^ mais j'ai seulement démontré l'imposture des démons. Je n'ai point perverti le Roi Polinius; je lui ai montré le chemin de la vie éternelle, hors duquel personne ne peut être sauvé. »
Quand il eut fini de parler, une idole tomba par terre et se brisa en mille pièces.
Astyage^ furieux de la perte de son idole et des paroles de saint Barthélémy, le fit fouetter rudement. Ensuite, par une barbarie qui surpasse tout ce que nous avons vu jusqu'ici, il le fit écorcher vif depuis le haut de la tête jusqu'à la plante des pieds; de sorte que n'ayant plus de peau, le Saint n'était qu'une masse de chair sanglante percée de place en place par les os.
Yale>'ti>e. Ah! Quelle horreur!
Camille. Quelle abominable cruauté! Comment des hommes peuvent-ils commettre de semblables atrocités !
Elisabeth. Pauvre saint Barthélémy! Quel affreux martyre il a souffert!
Jacques. Comment le bon Dieu a-t-il pu supporter une si atroce méchanceté sans hacher ces monstres en mille millions de morceaux?
Louis. Quels scélérats que ces gens-là 1
Madeleine. Aussi je crois qu'ils sont bien sévèrement punis.
Grand'mère. Tu ne te trompes pas, et Jacques va être content. Aussitôt après l'exécution^ les démons se saisirent d'Astyage et des prêtres complices de ce crime abominable. Ils les tourmentèrent pendant trente jours de la façon la plus cruelle; après quoi ils les étranglèrent, pour continuer à les tourmenter dans les enfers pendant toute l'éternité.
Henriette. Je suis contente de la punition de ces scélérats.
Jeanne. C'est pourtant triste de penser qu'ils sont dans l'enfer pour toujours!
Grand'mère. Tu as raison^ chère enfant; mais ils avaient^ comme nous l'avons tous, le choix entre le paradis et l'enfer. Saint Barthélémy le leur a assez de fois répété. — Ils ont choisi l'enfer. — Des pauvres païens ignorants ont mieux compris la vérité des prédications du saint Apôtre; ils ont choisi le Ciel et ils y sont. Que de gens dans le monde font le choix déplorable de ces faux prêtres arméniens!
Le Roi Polinius fut plus sage que son frère; il abandonna la couronne, et consacra sa vie au vrai Dieu; il fut, dit-on, le premier évêque d'Arménie, et pendant vingt ans il travailla avec zèle à affermir et à étendre la reliojion chrétienne.
Il fit recueillir avec le plus grand respect le corps écorché du saint martyr et sa peau toute sanglante ; il les fit enterrer avec beaucoup d'honneurs dans Albane , ville de la Haute- Arménie, mais qui n'existe plus. Ces reliques, transportées d'abord à Bénévent par un saint religieux missionnaire, sont maintenant à Rome, sauf la peau qui est restée à Bénévent, et la tête qui est à Toulouse, dans l'église de Saint-Sernin.
Camille. Quelles belles reliques a cette église de Saint- Sernin !
Grand'mère. Oui, de toutes les églises de France, elle est peut-être la plus favorisée. Entre autres reUques précieuses, elle possède encore la tête entière de saint Thomas d'Aquin. Aussi est-elle très-visilée par les fidèles de Toulouse et par les étrangers qui visitent la ville.
Passons maintenant aux Apôtres Simon et Jude.