‹ Les actes des colloques des églises françaises et des synodes des églises étrangères refugiées en Angleterre, 1581-1654Chapitre 55 sur 77 · LIVRE DES COLLOQUES · texte numérisé non relu

LIVRE DES COLLOQUES

Mardi 16' Juin.

13. Aprez l’intermission de l’afaire de Londres, les Freres Députez êtans derechef assemblés en Colloque, Monsr Le Dr De Laune desire qu’on comence par ce qui touche son Eglise, Et fut conclu d’atendre nouvelles de Norwich, a raison de la lettre qui leur a été écrite de la part du Colloque, aus fins d’envoyer des Députez qui peussent être admis au Colloque.

14. Le Sieur Philipe Le Keux, ayant représenté le long séjour qu’il a fait en ce lieu, et l’ardent désir des familles de Douvre, a ce qu’on procédé a son examen et reception, est prié d’avoir patience jusqu’à ce que la Compagnie soit mi eus fournie, avec promesse qu’a la premiere oportunité on pensera a luy.

15. Lecture est faite de la lettre du Sieur Berchet, a laquelle réponse est diferée jusqu’à ce que la Compagnie soit plus complete.

16. Le Sieur Du Perrier soy disant Pasteur, ayant présenté lettres de la part des Freres de Whittelsey, aus fins d’être incorporez en nos Eglises, La Compagnie ne voulant entrer pour le present en l’examen de la personne et ordination du dit Sieur, A répondu qu’elle ne pouvoit acorder cette demande juqu’a ce que l’Authorité supreme luy donne fondement de ce faire.

17. A raison des afaires importantes et dificiles qui se présentent au regard de Cantorbery et de Douvre, Aprez quelque débat, a été trouvé bon de fortifier le Colloque par l’adjonction du Dr De Laune et de Monsieur De La Place pour ce sujet, Mr le Modérateur et Monsr De La Marche se chargeans d’en avertir l’un, et les Sieurs Sauvage et le Noble l’autre, Ce qui sera signifié aus Sieurs Poujade et le Keux.

Jeudi 18' Juin .

18. Suivant le désir des Freres mentionné en l’Article precedent, Messieurs Le Dr De Laune et De la Place se présentent, et promettent leur assistance, et sont receus avec remerciment.

19. Monsr Poujade ayant demandé que quelques autres Pasteurs fussent aj oints au Colloque pour le fortifier de tant plus, A été prié de se contenter de l’adjonction déjà faite, A quoy il a aquiescé.

20. Le Sieur Philipe Le Keus présente ses témoignages au regard de son erudition et conversation, lesquels sont leus et aprouvez, Et texte luy est donnée du premier des Ephesiens verset 7 e, pour rendre le dimanche suivant aprez la seconde Action.

Vendredi 19' Juin.

21. Sont présentez par les Anciens de Cantorbery quelques Actes, par lesquels il apert que Monsr Poujade soûtient le livret d’une femme, auquel sont contenus sét points, prétendus avoir été prêchez par l’autre Pasteur de Cantorbery, et lesquels le dit Sieur Poujade dit être doctrines fausses heretiques et diaboliques, Dont le lr est, Qu’il n’y a point 3 natures en Christ ains deus seulement. Le 2d, Que la charité commence par soy même. Le 3e Que Dieu est un voleur. Le 4e Que Dieu le Pere a été couroucé contre son Fils. Le 5e Qu’il faut confesser toute vérité, fût-ce a son propre deshonneur sous peine de dannation eternelle. Le 6e Qu’il faut suporter le méchant atendant que Dieu luy donne repentance. Le 7e Que nos pechez provoquent bien l’ire de Dieu, mais ne mettent le Roy en danger. Et au regard des 3 premiers points, est présenté un écrit d’acord entre Messieurs Delmé et Poujade, de l’onzième de Juillet 1644.

22. Ces Articles ayans été long tems debatus entre Messrs les Freres, tant en cette seance

qu’en celle du Lundi suivant, Et chois étant fait de Monsr De la Marche pour modérer l’action, en la place de Monsr Delmé pource qu’il étoit intéressé en l’afaire, on a procédé a l’examen et decision d’iceus, corne se verra aprez l’Article suivant.

Dimanche 21e Juin et suivans.

23. Le Sieur Philipe Le Keux ayant rendu le texte qui par la Compagnie le jeudi precedent lny avoit été donné, Et son exercice aprez examen aprouvé, jour luy fut assigné de prêcher le mecredi suivant étant jour de June, aprez quoy ayant été examiné sur les principaus points de la Théologie, et reconu propre a la charge du S* Ministère, Et le lendemain exhortations luy ayant été faites, tant au regard du Ministère en general qu’au regard du lieu en particulier ou il étoit désiré, y fut envoyé pour s’y exercer par predications, en atendant que la Compagnie eût le moyen de députer un des Pasteurs membre du Colloque pour luy donner l’imposition des mains et dresser l’Eglise.

Sur le Y Article.

24. Cette doctrine touchant trois natures en Christ est jugée par la Compagnie n’avoir point de fondement er la parole de Dieu, ni en la Confession de Foy, ni au Catéchisme de nos Eglises, Et n’être conforme aus écrits de nos Théologiens, et pourtant ne devoir être prêchée en l’Eglise de Dieu.

Sur le 2d Article.

25. La Compagnie declare que le premier objet de la charité est Dieu, Le 2d nous mêmes en tant que l’image de Dieu reluit en nous, Le 3e le Prochain entant qu’elle y paroît aussi ; Et que jusques là l’amour de nous mêmes va devant l’amour que nous devons a autruy, et en est la regie en cet egard, Mais non a l’egard de l’afection naturelle corrompue.

Sur le oe Article.

26. Ouïe l’Objection, et les réponses du Frere a icelle, Il apert que cette parole n’a pas été proférée détachée, mais conjointement avec d’autres qui obligent a luy donner une benigne interpretation, Come faisant alusion a quelque passage de la sainte Ecriture et particulièrement Prov: 22, 23. Auquel combien que l’acte de voler soit atribué a Dieu, toutefois l’Atribut même de Voleur dénotant l’habitude corrompue ne luy pourroit être imputé.

Sur le Yne Article.

27. La Compagnie declare que Dieu n’a pas été couroucé contre son Fils entant que Fils, comme étant celuy auquel il prend son bon plaisir, Mais bien entant que notre Plege et répondant, Pource qu’en cet egard ayant porté nos pechez sur le bois, il a été sous malediction, et sujet a la justice de Dieu en ire deuë a nos pechez pour lesquels il soufroit, Ce qui a été l’intention et l’exposition du Frere.

Sur le 5e Article.

28. Soit que cet Article ait été proféré ou non, la Compagnie croit n’en devoir prendre conoissance, Veu le tems de deus ans qui se seroit écoulé depuis qu’il auroit été prêché, Veu aussi le défaut des procedures qui doivent être tenues en tel cas avant que l’afaire soit portée au Colloque ; Et que ce n’est de son honneur de satisfaire a l’humeur d’une femme, qui se mêle d’écrire des Libeles tendans a difame et non a édification, Et ce par voye de recrimination, pource qu’on auroit par censure procédé contre son Frere.

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