LIVRE DES COLLOQUES
vie, La Compagnie louë la piété de la Mere, d’avoir désiré la presence d’une femme de bien au batême de son enfant, et la charité de cette femme cy en ne l’ayant refusé, nonobstant les vices du Pere qui ne rejaillissent ni sur la Mere ni sur la Marreine de l’enfant ; Et pourtant blâme la continuation de la méthode du Sieur Poujade, a personnaliser en chaire sans aucun juste sujet.
43. En cette seance a été remarqué, que le Sieur Poujade a dit qu’il maintiendra 3 natures en Christ, dont il fut repris et censuré.
44. A été présenté Copie d’un Acte du Comitté touchant le diferend entre l’Eglise de Norwich et le Dr De Laune, par lequel Acte le dit diferend est renvoyé au Colloque pour en determiner.
45. Lettre de l’Eglise de Norwich du 18e Juin 1646 a été leuë, A laquelle sera répondu en tems convenable.
Vendredi 3 e Juillet.
46. A été objecté contre Monsr Poujade, Premièrement qu’il auroit dit en Consistoire que la Discipline est établie par les hommes. Secondement qu’il auroit prêché que tous vilains cas sont reniables. En 3e lieu que prêchant sur les grumeaus de sang de Christ au jardin il auroit dit que ce sang la a été plus dous que celuy de la crois ayant été du tout volontaire, Ce qu’il auroit illustré par des comparaisons de Baume naturel et artificiel, d’huyle vierge et d’huyle étreinte. Au regard du premier le Sieur Poujade a dit avoir parlé du Consistoire et non de la Discipline ; Qu’il a entendu les Pasteurs être de Dieu immédiatement, et les Anciens être a la vérité aussi de Dieu mais mediatement par les Apôtres : Sur quoy la Compagnie n’aprouvant pas l’expression du dit Sieur, comme ravalant trop l’authorité du Consistoire, reconoit neantmoins son exposition orthodoxe. Quant au 2d la Compagnie condanne cette fasson de parler vulgaire, principalement étant prononcée en chaire, dautant que tacitement elle insinue une liberté tendante a renverser les justes procedures soit devant le Magistrat soit en Consistoire. Quant au 3e Le dit Sieur ayant déclaré qu’il n’entendoit pas atribuer plus de vertu méritoire au sang de Christ au jardin qu’au sang d’Iceluy en la crois, Ce nonobstant la Compagnie estime que la distinction par laquelle plus de douceur est atribuée a l’un qu’a l’autre eût été mieus teuë que publiée, Et la condanne en ce quelle fait une sorte de soufrance de Christ plus volontaire qu’une autre ; Combien que la vérité soit que Christ en toutes ses soufrances se soit soumis a la volonté de son Pere, A raison dequoy toutes ses soufrances ont été volontaires sans distinction de plus et de moins : Déclarant en outre que les comparaisons de baume et d’huyle en un si haut mystère sont trop afectées, et ne peuvent tendre a edification.
47. Etant objecté contre le Sieur Poujade qu’il auroit prêché un point de Doctrine qui auroit été debatu au consistoire, lequel en demande raison au Colloque, La Compagnie sans rebatre le point de Doctrine qui cy devant a été examiné et décidé, Juge que si le Consistoire résisté a la vérité contre le Ministre, c’est le devoir du Ministre de la maintenir en ses predications, Mais non toutefois contre le nom du Consistoire, Car s’il ne faut personnaliser des particuliers beaucoup moins un Consistoire.
48. Etant représenté que le Sieur Poujade nonobstant remontrance a luy faite par le Consistoire de ne visiter plus une certaine femme absente de son Mari, et aceptation d’icelle remontrance par le dit Sieur, auroit dit puis après au Consistoire qu’il y retoumeroit encore ; Item que le dit Sieur présumant que la chose auroit été découverte et raportée par un Jean De Gondry, auroit déclamé contre luy en chaire, Et que sur la déposition de quelques uns qui avoyent épié a la fenêtre du Sr Mercier beaupere du dit Gondry, étant pour lors a souper, comme si là quelques paroles avoyent été lâchées au desavantage du Sieur Poujade, Il auroit aussi dit
qu’il ne savoit si le Diable avoit été convié a ce banquet là, Mais qu’il s’y etoit trouvé, et étoit son ami le plus prez du coeur : La Compagnie ayant examiné l’afaire, et ouï la dessus le Sieur Poujade, a trouvé que la découverture d’icelle s’en est faite non par le dit Gondry ( lequel toutefois se scandalisoit et non sans sujet d’une telle hantise) mais par la femme même ; Juge que la fréquentation d’un personnage séparé d’avec sa femme avec une femme absente de son Mari, nonobstant remontrance faite et promesse de sa part de désister, est chose scandaleuse ; Avoue la sentence du Consistoire luy interdisant cette visite là, Désavoué au contraire et condanne les invectives et paroles outrageuses tant contre le dit Gondry que contre le Sieur Mercier ; Et au regard des épies, declare que cette fasson d’écouter par les fenêtres d’autruy est illicite et pernicieuse.
49. Comme ainsi soit que la Compagnie ait été avertie d’un scandale touchant une servante non mariée qui auroit été enceinte, arivé en l’Eglise de Cantorbery, en renvoyé l’examen aus Anciens pour y procéder selon les voyes qu’ils trouveront les plus expedientes.
Lundi 6* Juillet.
50. La Compagnie étant après un long et serieus examen de ce qui concerne le Sieur Poujade sur le point de prononcer sentence, A trouvé bon après une vive representation des fautes remarquables en luy au regard de la Doctrine, et du Gouvernement en l’Eglise, et de la Vie, de luy faire demande s’il seroit content de se tenir a la convention faite entre luy et son Eglise, Sur quoy le dit Sieur Poujade a déclaré qu’étant libre en vertu de la dite convention, et de ce qui par la Compagnie luy etoit représente il y aquiessoit ; Et ainsi a formellement promis de ce jour même dans sis mois se retirer de l’Eglise de Cantorberi, ou plutôt s’il pouvoit. Dequoy la Compagnie s’est contentée, a condition qu’étant de retour en l’Eglise de Cantorbery il n’émeuve le peuple, mais plutôt employe tout son pouvoir a apaiser les tumultes qui pourroyent s’élever, Se reservant au reste son droit de procéder plus avant, en cas qu’il viene a enfreindre ses promesses.
Mardi 14e Juillet.
51. Les Députez de Cantorbery et South-hampton ayans été empêchez aus afaires de j l’Eglise de Londres avec les Freres Ajoints, ce jour s’assemblèrent avec les Freres Députez de
Londres pour vaquer aus afaires des autres Egiises.
52. Lettre de Douvre pressant l’envoy d’un Député a été leuë, et resolution prise d’y répondre en tems ce qui depuis a été fait.
53. Question ayant été proposée assavoir si Monsr Le Dr De Laune est recevable en ce | present Colloque, quoy qu’il ne soit muni de lettres d’envoy de la part des Anciens de son
Eglise, A été répondu, Comme ainsi soit qu’au precedent Colloque il ait été receu et ait agi comme membre d’iceluy sans envoy formel, et que le Colloque ne doit être privé d’un de ses membres ordinaires par la faute d’un Consistoire n’y députant point regulierement, Et que là ou il n’y a qu’un Ministre il est obligé a s’y trouver sinon qu’il ait excuse legitime qui l’en exempte, Le dit Dr est recevable et par cette compagnie est receu et reconu membre de ce ! present Colloque, Et ce qui a été conclu ailleurs sur le sujet de sa députation ne heurte en aucune fasson cette notre determination.
Jeudi 23* Juillet.
54. Aprez diverses seances avec les Freres Ajoints pour l’affaire de Londres, Assemblée a été tenue pour les afaires des autres Eglises.