Acte de la réunion de T Eglise de Canturbery
1. Comme l’aigreur des contentions alume le feu de la division aussi met elle tout en desordre et confusion. La triste experience a fait sentir cette vérité a l’Eglise de Canturbery, depuis que ce funeste schisme a non seulement dissout l’unité des afections chrêtienes de ses membres mais aussi celle de son cors en deus Congregations. Les moyens ordinaires desquels on s’est servi pour remedier a ce desordre n’ont jusques a present obtenu le succez que plusieurs s’en promettoyent, Veu que les maus de cette division etans déjà inveterez et extraordinairement rengregez, n’ont peu être guéris par les remedes de la Discipline, dont l’usage combatu de plusieurs perplexities du tems ; Nous a plutôt laissé le souhait qu’une ferme esperance de la réunion des deus Assemblées. L’experience neantmoins que nos Eglises ont toujours eue de la bonté de ce Souverain Pasteur de nos âmes qui les a jusques a present conservées sous la houlette de sa divine Providence, et la charité qu’elles s’entredoivent pour leur bien réciproque, les ayans par un dernier ef ort fait assembler en ce present Colloque, pour y aviser unanimement a l’édification comune de tout le Troupeau; Les deus Congregations de la dite Eglise de Canturbery prenant serieusement a coeur le scandale épandu par leur division, et les troubles qui depuis plusieurs
années les travaillent y ont aussi envoyé leurs Députez : Lesquels ayant été ouïs au narré qu’ils ont fait de l’origine et continuation de leurs diferens, nous ont déclaré l’ardent désir et sincere afection qu’ils ont d’une part et d’autre pour la pais et réunion de leurs Eglises sous un même Ministère et Consistoire, Et que pour cet efet ils referoyent la decision de leurs diferens au Jugement de cette Compagnie, avec entière soumission et aquiescement a la Sentence tant de leur propre part que de la part de leurs Assemblées. La Compagnie considérant les grandes et extraordinaires dificultez en cette afaire a été obligée d’avoir recours aus moyens extraordinaires pour parvenir a cette fin comune que tous se proposent, ne suivant pas tant la rigueur de la Discipline que l’Equité d’icelle, et la douceur et la charité, en ses procedures. C’est pourquoy elle pose pour fondement solide de la réunion, Que les vieilles quereles avec tous leurs efets et dépendances doivent être ensevelies par une Amnestie generale, et couvertes d’une oubliance perpetuele.
2. En aprez la Compagnie étant entrée en l’examen plus particulier de la question qui concerne le Ministère de Monsr Crespin, Ayant après un long et serieus débat pesé en la crainte de Dieu les diverses raisons qui d’un côté et d’autre ont été aléguées sur ce sujet, Elle juge que combien que l’introduction du dit Sr Crespin en l’Eglise soit irreguliere, corne n’êtant pas conforme aus ordres que nous prescrit la Discipline, en ce qu’il a négligé de s’adresser aus Eglises de notre langue pour en avoir leur avis ; Elle ne luy peut pas neantmoins ôter l’essence de son Ministère, ni en abolir les fonctions qu’il a exercées jusques a present, puis qu’il apert clairement que le dit Sr a non seulement depuis plusieurs années consacré sa personne et étude au S* Ministère, et a été admis aus Propositions publiques ou il a fait voir des notables progrez en Théologie, Mais aussi a au préalable de sa reception subi l’examen fait par trois Ministres en suite duquel il a receu avec le consentement de la plupart du peuple l’imposition des mains d’un Ministre, quoy qu’il eût été a desirer que la dite imposition des mains luy eût été conférée par un Ministre de notre Colloque : Et de plus observons au dit Sieur un beau talent de diverses graces de l’esprit, lesquelles comme elles témoignent de sa sufisance et capacité, aussi peuvent elles servir a avancer la gloire de Dieu et a édifier son Eglise. C’est pourquoy ayans un singulier égard tant a la charitable disposition de l’Eglise de Canturbery laquelle ne desire de flétrir le dit Sr ni de le jetter hors de l’Eglise, qu’a la tendre afection du dit Sr pour la pais de l’Eglise, s’ofrant de s’en retirer si nous le luy conseillons, Nous déclarons que la confirmation du dit Sr en son Ministère est non seulement necessaire pour la réunion de l’Eglise de Canturbery, mais aussi très expediente pour le repos tant désiré des parties contendantes.
3. Le Sr Crespin neantmoins doit reconoitre que son introduction a été irreguliere, et doit aussi en témoigner son marrissenfi devant cette Compagnie en la presence des Députez de l’Eglise de Canterbury, Ce qui a été fait.
4. Ce qui étant fait, Nous ordonnons que le dit Sr Crespin sera introduit en l’Eglise de Canturbery selon la Discipline, assavoir d’être nommé au peuple, et au bout de quinze jours confirmé par le Ministre a ce ordonné.
5. L’introduction du Sr Crespin en l’Eglise ne sera pas au prejudice de l’entretenenfl de Monsr Le Keux, suivant l’Article 66e du Colloque de l’an 1646. Et afin d’éviter toute ocasion de division a l’avenir, Nous jugeons très expedient voire et necessaire, qu’il n’y ait qu’une bourse entre les Anciens, lesquels exhorteront le peuple de continuer leurs contributions pour l’entretenement de leurs Pasteurs, Ce qui aussi doit être entendu de la bourse des Diacres pour la Suvention des pauvres.
6. Pour faciliter la réunion de la dite Eglise nous avons trouvé bon que les deus Consistoires s’assemblent au vieus Temple, et que le Pasteur qui leur sera envoyé conduisant l’Action, ils choisiront par la pluralité des sufrages siz Anciens et siz Diacres du Consistoire du Sr Crespin, Lesquels aj oints a l’ancien Consistoire, seront sans qu’il soit besoin de les nommer au peuple receus publiquement en l’Eglise, Et les autres trois Anciens et trois Diacres qui resteront seront
| honorablem1 déchargez par le Sr Crespin en sa Congregation.
7. Touchant ceus qui étoyent sous la censure avant la rupture de l’Eglise, nous remettons cela a la prudence du Consistoire et du Pasteur qui a cette fin leur sera député : Neantmoins il sera expedient de n’etre pas trop rigoureus en cette recherche, puis que déjà nous avons posé pour fondement de l’union une Amnestie generale.