‹ Les actes et gestes marveilleux de la cité de Geneve nouuellement conuertie à l'Euangille faictz du temps de leur Reformation et comment ils l'ont receue redigez par escript en fourme de chroniques annales ou hystoyres commençant l'an M D XXX II;Chapitre 11 sur 84 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

La première émotion des Prebstres, faicte es armes.

'An que de sus, et le grand vendredi, qu'on appelloit sainct, deuanl le iour de la feste de Pasques, oullre tous les aullres assauts, debatz, et émotions que les Prebs- ^ très auoint desia heu, plu-

^S4^ixr 'z/i^rir<io^^^^ sieurs foys contre les bons citoyens et bourjoix de la ville, n'auoint pas encores esté si dangereux que cestuy icy : car si Dieu neust heu pitié d'eux , ils estoient en dangier de fayre yne grande playe et effusion de sang dans leur ville. Le cas fust tel comme s'en suyct. Les Prebstres, et plusieurs de leurs adherans. estoint assemblés en la grande Eglise S^ Pierre, pour consulter comment ilz debuoient mettre en exécution leur entreprinse la nuict dauant en la mayson du Vicayre de l'Euesque, Mons"^ de Bomont, vers lesquelz Pierre Vandelly s'en alla, pour voyr comment ilz faysoient dans leur temple; mais vng nommé Ponteri, duquel sera plus amplement parlé , vint sus luy en trayson , et le frappa d'vng sanguidede [poignard], le pensant tuer, mais il se

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Stiulua en la mayson de Baudiclion , aucc les aultres, et fust milz au lict bien secouru qui n'en mourut point. Or iceulx Prebslres sçachans que les aultres auoient faict la Cène, et qu'ilz perseueroient touiours de fayre ça et la assemblées, voyans aussi que par cella leur auclorité se dimynuoit, le nombre des aultres augmentoit, et que ilz ne tenoient plus de conte de leurs atfayres; ne se pouuans aussi detïendre par Escriptures, ayans consulté par ensemble et conspiré auec leurs adherens et faulteurs de la religion Papalle, de tuer tous ceulx qu'on appelloit les Luthériens, sans en point reseruer, estans asseurés de la grâce de l'Euesque, qui desia auoit baillé les blancz celles, et faict grâce auant le delict, comme sera dict plus amplement cy après en la mort de Poutteri. Ayans le mot du guet que au son de la grosse cloche tous soyent en armes au Mollard, pour surprendre les aultres les portes de la ville fermées que personne ne se puisse sauluer. Ce faict et au tocsin de la cloche sonnant, vng chascun couroit comme poures brebis esgarées, sans pasteur, criant à haulte voix . et en grande confusion, au feu, au feu, hallassaud, hallassaud, allarme, allarme. Mais les Prebstres, qui sçauoient l'affaire, estoient desia armés, et venans à grandes troupes pour s'assembler au Mollar, incitoient le poure peuple à venir après eulx, crians aux Luthériens, aux Luthériens, au Mollar, au Moullar, à ces caignes qui veullent destruyre nostre S^^ mère Eglise. Lesquelz firent en telle sorte qu'ilz assemblèrent presque toute la ville : et le nombre

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s<nillement des Prebsires et Moynes , esloit à l'enuyron de six à sept cens, au Mollar assemblés sans les aullres qui atendoient les bandes de leurs adherens, auant que frapper personne, craignans aussy que leur cas ne print bien. Mais cependant que les aullres debuoient venir, ilz appresterent l'artillerie, laquelle auoint à leur playsir^ car le Conseil leur estoit fauorable, et Glande Bau, leur principal capitayne pourtant son grand chappeau de plumes, estoit Sindicque. Or quand ilz virent venir Perceual De Peme, l'vng des principaulx gentilz hommes de la ville , auec sa compagnie , pourtant vne enseigne desployée, en reng de bataille, se ioygnanl auec eulx, prindrent plus grand couraige d'exécuter leur entreprinse. Toutteltoys pour estre encores plus asseurés, et affin que nul ne peult eschapper de leurs mains, attendoienttouiours ceulx de S* Gerues , qui estoint.de leur complot. Mais en venant pour se voulloir ioindre auec les Prebsires au Mollard et la bande du Cbanoyne M"" De Vegio, qui dcuoit descendre par la Cita, et aller brusler la mayson de Baudichon , pour fayre sortir les aultres, Ballessard, conducteur de la bande homme fort furieux et comme enragé, ne peult attendre d'eslre conioinct auec ses compagnons du Mollar, ains rencontra lehan Philipes . qui se promenoil parmy la rue, le frappèrent fort rudement d'vne hallebarde, tellement que du cop qu'ilz luy baillèrent le firent tomber par terre : Ce nonobstant fust secouru goubdaynemcnt par Glande de Geneuc et par certains aullres, lesquelz repoussèrent à grandz cops d'espces cesle bande

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(le S' Gerues, en sorte qu'ilz lurent contrainctz de reculler et se retirer fort naurés en leurs maysons. Ce que voyant ceulx qu'on appelloit les Luthériens, se trouuoient fort estonnés, et aulcuns n'ausoient sourtir de leurs maysons, craignans l'cmolion et l'assemblée du peuple, desia si grande au regard d'eulx. Si esse neanlmoins que petit à petit les vngs après les aullres, furent assemblés en la mayson de Baudichon, à la Kiuiere, enuyron 60 hommes, non pas sans grande frayeur et estonnement,. considerans le grand nombre, la grande fureur et impétuosité des aultres, contre vng si petit nombre , pensoienl en eulx mesmes et disaient, si Dieu n'est pour nous, nous sommes tous perdus : mais en y auoient qui bailloient couraige aux aultres et crioient à haulte voix ; si Dieu est pour nous, qui sera contre nous et plusieurs autres parolles semblables. Et en se recommandans à Dieu, et le prians tous ensemble d'auoir la cause en recommandation , se metent en bon ordre et sortent en rench de bataille cinq à cinq, en la rue iusques en la place de la la Fusterie, atendans leurs aduersayres, pour se detfendre , se promettans l'vng à l'aullre foy et loyaulté, et plus tout mourir auant que reculler vng seul pas de la bataille. Cependant la bende du Chanoyne Messire de Vegio, estoil preste pour descendre , lesquelz auoient délibéré passer par la rue de la Cita en bas, et venir passer par la petite rue des trois Roys derrière le Rhosnc , et en passant mettre le feu dans la mayson de Baudichon , pour fayrc sourtir les auUres en la rue, et qu'ilz

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ne se peussent sauluer de nulle part. Mais craignans rencontre, comme ceulx de S* Gerues auoinl desia heu, n'auserent mettre en exécution leur mauluaix voulloir, aussi ne se pouuoit point fayre sans grande playe, et que la moytié de la rue ou toute, n'eust esté bruslée, ce nonobstant cella ne les empescha pas, tant estoient atïectionnés à leur nuyre, ains seullement la crainte de trouuer rencontre, et s'en allèrent de l'aultre cousté ioindre aux aultres bandes au Mollar.

Or ce faict, les deux parties mises en rang de bataille, furent prestz à tuer les vngz les aultres. L'artillerie fust mise par les rues , accebutes chargées, picques et allebardes bayssées, prestz à bailler le choc, et frapper l'vng sus l'aultre. Certes y n'est à raconter les crys, les pleurs, les gemissementz et la pitié que c'cstoit par toute la ville, à voyr et ouyr cecy. Car le filz voyoit son père armé contre soy, le frère son frère, le voysin son voysin, prestz à se tuer l'vng l'aultre : les pleurs et gemissementz des mères, des femmes, des tilles et petis enfants par les maysons, ie vous laysse penser quelz ilz estoient ; les malledictions et blasphèmes exécrables mauldissant et ceste Loy, et le premier qui iamais l'auoit appourtée. Cependant que la fureur estoil si grande, personne n'ausoit entreprendre de parler aux Prebstres, ne à leurs adherens , voyant leur lierté si grande, pour y mettre quelque moyen de paix , craignant aussy d'estrc suspect, et d'estre appelle Luthérien. Mais comme Dieu voullut euitcr l'cllusion du sang, y donna ordre. Car aultrcment eust fallu que le perc

cust tué sou filz, et le filz son père, le frère son frère, le voysin son voysin, mais Dieu y pourueut au mode que s'ensuyt. Certains marchans de Fribour, lelian Bourjoix, et six ou sept aultres de ses compagnons esloint venus iilec à la foyre, voyans le grand dangier ont ilz estoint de se tuer les vngz les aultres, se sont aduancés d'estre les moyenneurs, et de fayre tout plein de belles et honnestes remontrances aux vngs et aux aultres. comme à leurs bons amys et combourjoix, car la combourgesie n'estoit par encores rompue. Lesquelz en faysant la remonstrance à ceulx de TEuangille premièrement ceulx ci les remercièrent, consentans à la paix. Mais les Prebstres et leurs adherens ne voulloint acquiesser à nul appoinlement, ains estoint plus fiers et enflambés que parauant à vouUoir tout tuer. Ausquelz respondirent les moyenneurs; Messieurs, nous vous prions que ne soyés pas tant fiers, car si venoit à batre nous aymerions mieulx estre de leur cousté que du vostre : ce sont aultres gens, et en meilleur ordre pour genz de guerre que vous n'estes; nous les auons vu. Mais quand les ouyrent ainsy parler, eurent frayeur, l'vng passe de ca Vaultre de la, les aultres disent; qu'on appointe cecy, qu'on appointe cecy. Ce voyant Claude Bau, Nicollin Du Crest, et Pierre Mabousson, tous trois Sindicques, et principaulx capilaynes des Prebstres, vindrent es aultres, pour tracter la paix; mais vng homme les voyant venir voulloit mettre le feu sus vne pièce d'artillerie si on l'eust permitz; mais cbascun commença à crier, la paix,

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est faictc : que si ainsi eust esté qu'il cust lasché Tartillerie il eust faict vne orritjie brèche de Prcbstres et aultres leurs adlierens, car elle estoit affustée , et la mire prenant le droict par le beau milieu. Surquoy, auoyr premièrement parlementé, furent contrainclz les deux parties de bailler en oultaige, les vngz aux aultres, trois de leurs principaulx, cependant qu'on tracteroit l'appoinctement, sans mettre bas les armes. De la part de TEuangille furent baillés Estienne Chapeau Rouge. Michel Ballhasard, et lehan Lullin : du èousté des Prebstres, Messire Guet Chanoyne, et lehan Mabousson et Peyne, tous citoyens et bourjoix de Geneue. Ce faict commencèrent à tracter la paix, et firent une paix fourrée, promettans de viure en bonne amitié les vngz auec les aul 1res, en pardonnant tout ce que auoit esté faict par le passé , l'vng contre l'aultre : faysant crier à son de trompette les articles passés entre eulx par toute la ville. La teneur d'iceulx est telle : et ne furent gueres obserués, ne d'vng cousté ne d'aullre.

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