CHAPITRE VIII
La seconde émotion , et comment Verly fust tué : ce qui irrita les Fribourgeois.
On gueres de iours après, enuyron la Pentecoste, le grand tumulte et assemblée du Mollard, et la principalle conspiration que les Prebstres auoint faicle, leur est venu à notice que plusieurs et des principaulx marchans et citoiens de Geneue s'en esloint allés à la foyre à Lyon, et que les aultres poursuyuoint tousiours contre les articles et faysoint assemblées secrètes, ont consulté derecbief par ensemble de tuer ce que estoit demouré dans îa ville de ces Luthériens , veu que leur sembloit que les principaulx fussent absens, et qu'ilz n'auroint pas grande résistance. Se sont encores milz en armes, el faict grande émotion de peuple au Mollard , de plus de mille et cinq cens hommes , et principalement les Prebstres, qui enuoyerent premièrement Pinet pour fayre l'amorce , et esmouuoir le peuple: Lequel commença à dire; Qui veult combalre à moy pour sa Loy; et en blasphémant disoit, Par le sang de Dieu vostre Loy est meschante Lutlieriens , el si y a personne qui veulle combalre le contrayrc, vienne icy. Mais les aultres, craîgnans de fayre cmolion, et de rompre la paix
58 Actes et Gestes meruelllcux
desia faicle, auec ce qujc esloit très maulues garçon , comme bien monslra en après, tuant le pourc cliappellier, en trayson , en sorte que personne ne voulloil mor(]re. Toutetï'oys Amy Perrin voyant son obstination et mauluaix voulloir, qu'il auoit contre Dieu, et les citoyens, meu d'un grand zelle, se aduance contre luy fort impétueusement, en sorte qu'il ne se fallut guyeres qui ne le tua^ mais soubdaynement l'empeschement et la paix quant et quant y fust mise. Ce voyant Marin Versonay citoien et bourjoix grand amy et fauteur des Prebstres courut fort hastiuement à eulx en la mayson du Vicayre monsieur de Bomont ont plusieurs estoint armés atendans tousiours le son de la cloche , icelluy tout effrayé frapoit à la porte criant à baulte voix en sa langue sauoyene; A l'ayde, A l'ayde, au secours l'on tue tous les bons Cbresliens. Sur quoy voicy venir Messire Verly, de Fribour, frère d'vng Capitayne du Roy de France, auquel on cryoit à baulte voix; la paix est faicle, mais n'en vouUut rien escouler : Ains comme enragé, comme le plus hardi obstiné, et plus furieux que point des aultres Prebstres, armé de pied en cap, pourtant vne grande espée à deux mains à son cousté, et sus ses espaulles vne allebarde , accompagné de plusieurs aultres Prebstres bien armés, le premier comme Capitayne à maintenir la saincte mère Eglise, s'en vint au Mollard, à la grande place, ont chascun se voulloit retirer ; et commença à dire et à blasphémer en sa langue Friburgine; Char dey, ont sont cestoux Luthériens? que disont mal de nostraLey? Sang dey, ou sont tey? Ou sont tous bons Chres-
de la Cité de Geneue. 59
tiens? Plusieurs citoyens voyans et oyans cecy, respondirent : ilz sont icy, et commencèrent à desgayner leurs épces, et ruer au dessus, en sorte que le blasphémateur fust tué, et demeura à la place, sans tirer ne pied ne gambes; et de l'aultre coustc lehan Rozete fust fort naure. De quoy furent tous fort estonnés ; mais les Prebstrcs et Moy~ nés voyant leur Capitayne mort, se retirèrent vng cliascun à son logis : et fust enseuelly a l'Eglise S* Pierre, auec grande solemnité. Six iours après les Fribourjoix, ses parens et amys venus, le dcsseuellirent et le firent pourter dans leur ville, loing troys iournecs de Geneue et fust reensep uely, auec grandes pompes et sollemnités accouslumées fayre en la Loy Papalle ; disans à leur langue Friburgine, les vngz auxaultres: C'est celluy qui a esté tué à Geneue des Luthériens, pour maintenir nostre Loy, pour maintenir la foy chrestienne. le ne sçay pas s'il a esté d'empuys canonisé du Pape, comme S' Thomas de Canturbie, qui fust martyrisé pour maintenir la saincte Eglise Papalle.
De laquelle mort de Verly, en sont sourties beau- i/orn/hw de nmcop de fâcheries à la cité de Geneue , car les '"""' '''"'' ''''- Fribourjoix en furent grandement irrités contre la '^"';'»''"'*''''''''^ Ville, laçoit ce qu ilz n en pussent mes, ains les Prebstrcs qui auoient faict l'émotion. Et prindrent si mal à gré ceste aiîaire, que d'empuys ne leur ont iamais monstre telle amytié que par le passé, et tant pour la mort de Verly, que pour leur religion, ta l'instigation dcl'Euesquc, leur ont rompu la bourgesie. Lesquclz ne cessèrent iamais que
60 Actes et Gestes meruetlleux
Pierre L'Hoste, vng poure charreton de la ville qui confessa l'auoir lue , ne fusl exécuté par iustice : iaçoit ce que aulcuns veulent dire qui ne l'auoit pas lue; mais fusl enyuré et tant tiré à la corde qu'il fusl conlraincl à le confesser : bien est vray que luy couppa les iarres , mais vng aullre a le bruicl de l'auoir tué. Ce nonobstant il eust la teste tranchée, par l'ordonnance du Conseil Episcopal. Lequel estant exécuté, Geneue pensoit que l'ire et la fureur d'iceulx Fribourjoix, leurs bons alliés et combourjoix, fust appaisée : mais ilz ont touiours d'empuys monstre le contrayre , par effet mesme en leur grande nécessité, et oppression de leurs ennemys en guerre, eslans obligés par la combourgesie leur secourir, ce que firent au contrayre. Car vng peu appres se sont desclarés assés ouuerlement leurs ennemys , sans leur auoir donné aulcunc occasion légitime de ce fayre, sinon celle qui leur a pieu d'eslire d'eulx mesmcs. Mais l'on dit communément; qui vcull laysser son amy cherche occasion : laquelle ont prinse sus ces deux choses, c'est assauoir la mort du chanoyne Verly, et la re-
.le
de la Cité de Geneue.
Gl