‹ Les actes et gestes marveilleux de la cité de Geneve nouuellement conuertie à l'Euangille faictz du temps de leur Reformation et comment ils l'ont receue redigez par escript en fourme de chroniques annales ou hystoyres commençant l'an M D XXX II;Chapitre 14 sur 84 · C II A P I T R E X · texte numérisé non relu

C II A P I T R E X

Ce que l'Euesque fit quand fust sourit de Geneue, et ses adherens.

l'an 15 54.

'EuESQLE donc dernier, Pierre De la Baulme, non content des citoyens de Geneue, qui l'auoint empesché d'enmener les prisonniers, et qu'il n'auoit peu parfayre son entre|)rinse, estre sourly de J^^ST'^^^^^^S^^^ la ville auec ses adherens, ont mené leurs praticques sourdes auec le Duc de Sauoye , et ses gentilz hommes : lesquelz ne pouuoinl pourter la doctrine de l'Euangille, qu'elle fust preschée dans icelle cite de Geneue, ne qu'ilz eussent telles libertés et franchises, dans leur ville, qu'ilz ont; car si nous permettons cecy, disoint ilz, tout le pays sera infecté de ceste secte Luthérienne. A quoy ont vouUu ohuier et empescher de tout leur pouuoir et de toute Mcur puyssance, et résister qu'elle n'y fust preschée, entreprenant de remuer tout son Conseil Episcopal à Gelz, pour fayre plus de nuysance à ceuk de Geneue, comme fust faicte vn peu après. Mais premièrement auoit faict grandes dcifences de non lire la Sainctc Escripture, de ne vendre liures par-

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lans (l'icelle, secondement par punitions, emtndcs pécuniaires, emprisonncmcntz et bannissemens de ville : tiercement, et à la fin, voyans que cela n'y faysoit rien, par deffenses de viures, commençant petit à petit les préparations de guerre. Mais tout cella ne faysoit perdre couraige aux bons citoyens, ains les enflamboit plus à voulloir ouyr prescher la parolle de Dieu , et delï'endre leurs libertés et franchises. Ce tout considéré, et voyant que ne sçauoint trouucr remède pour leur fayre perdre le cueur, ont voullu trouucr tous moyens, et premièrement les Prebstres ont desliberé de fayre venir vng Docteur de laSourbonne de Paris, nommé Furbity, pour prescher contre ceste doctrine que Fromment preschoit par les maysons, l'appellant prescheur de cheminées, qui desia estoit reuenu à Gcneue, incontinent après la despartie de l'Euesque, qu'il auoit apprise par Aymé Leuet, le priant aussi de reuenir, auec vng nommé Alexandre Canus, qui aulcuns iours après fust appréhendé en vng tumulte de peuple et banny par le Conseil de la ville, comme plus amplement sera dict, et puys bruslé à Paris , pour auoir presché dans Lyon la vérité. Lesquclz eslre arriués furent lougés es deux coingz de^la ville, Vvng à S' Gerues chiez Aymé Leuet, l'aullre au près du Mollard, chiez Claude Paste : estans venus, confirmoint les frères en prcschant la parolle par les maysons, secrètement et aulcunes foys par les rues et carrefours de la ville, en grand aduancement de la parolle et deiriment de la Papaulté, mais non pas sans grand dangicr de leurs personnes et iacture de

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leurs vies: Car le Procureur fiscal De Pralo, les Officiers de l'Euesque , le Conseil de la ville et les Prebstres, estoint fort enuenymés contre eulx, leur voullant tousiours fayre ouUraige. Mais les fidelles (fort augmentes en nombre) faysoint grandement leur debuoir à les deffendre, et de grandes assistances de non estre batus , ensorte que les aduersayres ne leur purent guieres pour Ihors nuyre. Mais ce temps pendant, l'Euesque et Michel Guillet banquier de Rome, et leurs adhérents commencoint desia à maschiner les traysons et guerres auec le duc de Sauoye, et aultres aduersayres de la foy Chrestienne pour ruyner et destruire Geneue, retirans auprès d'eulx, les vngs après les aultres, petit à petit, plusieurs des citoyens d'icelle. Les Chanoynes et Prebstres , encore estans dans la ville, faysoint le semblable, mais non j)as sans grandz frailz et missions.

De celle année la 1534, les Sindiques sus nommés Glaude Bau , Collin du Cresl , et Pierre Mabosson , furent faictz à la poustulation et apelit de TEuesque et Prebstres, pour mieulx paruenir à ce qu'ilz pretendoint, et pour estre fauorisés en leurs entreprinscs et maschinations contre les citoyens et bourjoix de la ville, ou plus tost pour destruyre et annichiller, comme ilz disoyent, l'hcresie secte Luthérienne. (]ar sans cella plusieurs d'iceulx [des Sindiques et des citoyens Papistes] estoint assés bons Geneueysicns, et si auoint longuement bataillé pour maintenir leurs libertés et franchises, contre le Duc de Sauoye. Mais cecy, sans estre iustcment occasionnés leur a faicl oblicr, non seullcment les franchises,

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mais leurs propres parens et amys , et qui plus est eulx mesmes : car en pbuuant tout ruyner ilz pensoint fayre grand sacrifice à Dieu, tant esloint persuadés que ce fust doctrine faulse. Tellement qu'ilz se sont venus adioindre auec les ennemys de la ville pour fayre la guerre, et toules Iraysons qu'il a esté à eulx possible excogiter et penser, contre lesquelz estoint plus nuysans que les ennemys ouuerts : car ilz estoint ennemys domestiques, tenans le Conseil à leur main, le thresor, les droictz, l'artillerie, les ohjectz de la ville: brief ilz tenoint tout à leur main, et le menu peuple ignorant aussi. L'Euesque, qui estoil le principal Prince, les Cbanoynes, Prebstres et Moynes et tous leurs adhercns et Conseil , esloint comme eulx, et preslz à mal fayre contre ce petit nombre qu'on appelloit Lutberiens.

Lesquelz {l'Eucsque, les Sindiques , le Conseil et les citoyens Papistes] faysoient prescber ce Docteur Furbili contre celle doctrine, et crier fort et ferme à rencontre de ceulx qui la maintenoint, sans oblier les Prescheurs de soubz les cheminées. Il sembloit, en chiere (chaire) plus vng insensé que vng vray docteur, ains estoit enflambé contre ces poures Luthériens, et contre ces poures prescheurs de cheminées : car il crioit sans rime ne rayson, et il procedoit contre eulx sans alléguer nul droict, sinon iniures et et opprobres. Se voyant asseuré du support des Syndicques , du Conseil, cl de loule la Synagogue des Prebstres en estoit plus orgueilleux. Certes il estoit tant ebeté qu'il pcnsoit que personne n'cust esté si hardi ne l'eust

Pc^e 69.

Quant ce dhc'teur TwrSUipresd^oitc^cœmiy courûU.

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ausé reprehendre de sa folle audace et témérité, mais qu'il pouuoil tout dire à bride auallée , contre ces Luthériens, ains que font les aultres Prescheurs en France, qui quand matliere leur fault, et ne sçauent plus que dire, se ruent sus sus ces poures hérétiques et Dieu sçait comment ils viennent à debacquer à rencontre. Cestuy Furbili pensoit encores y estre, et qu'il pouuoit dire tout sans nulle reprehension : car ains ont accoustumé les Docteurs de la Surbonne, que chacun les croye, par leur propre auclorité, sans nulle aultre allégation d'Escriplure. le ne daignerois à escripre les articles friuoUes et efeminés qu'il disoit en publicque, sans ceulx qu'il a confessés, en ses disputes. Et aifin que nully puysse dire que ie me monstre trop affecté et aullre que neutre , mais comme seullement tesmoing et secretayre en ceste cause , ie ne dirai que ce que i'ay vu et ouy, et plusieurs aultres aussi. Quand ce Docteur Furbiti preschoit chascun y couroit : et principallement vne foys à S' Pierre, à la présence de tous les Chanoynes et Prebslres, etvng grand nombre de peuple assemblé: Disoit d'vne grande audaxe (oultre les aultres articles, comprins en ses disputes, qu'il auoit desia presché). Ces meschans Luthériens ne sont ilz pas bien meschans de dire et nier que le précieux corps de lesus Christ, en chair et en os, ne soyt en l'hostie , quand ie Prebslre a dict les parolles sacramentelles, Hoc KST ENiM CORPUS MELM. Ic dis , cl Ic fault croirc , qu'il ny a aultant qu'il ny en auoit dans le ventre (le la benoisle Vierge Marie, et aullant qu'il y en auoit en labre de la vrayc croix de noslre Seign^

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Elle fault ainsi croire, sus peyne d'eslre dampné, et n'en fault pas disputer dauantage, car nostre mère saincle Eglise tient cella. Encores te veuk dire dauantaige qu'il est ladedans sans le voyr, et par vne rayson inuincible à uoslre sacrée Théologie de Paris , à la Sourbonne , laquelle tenons pour article de foy, qu'il est dedans ainsi que lesus Christ estoit dans le ventre de la Vierge Marie petit comme vne fourmy, et puys est creu, estant dans son ventre, sans le voyr, ainsi est dans l'hostie. Et fault croyre que quand vng Prebstre consacre qu'il est plus digne que la Vierge Marie, car elle ne l'a faict et enfanté qu'vne foys, mais le Prebstre le faict tous les iours, et est si digne que en disans les Parolles sus dites sacramentelles dans vng four plein de pain , ou dans vne cave , sus le vin et sus le pain , le pain est conuerti au précieux corps de lesus Christ, et le vin au sang , ce que la Vierge n'a iamais faict. Et commença à reciter vne hystoire d'vng pasteur qui, mais fault dire les parolles secrètement, car aultreffoys on les disoyt à haulte voix, et vng pasteur les apprint en les disant sus vng pain, vng petit enfant vint, et recitoit ceste belle hystoire de laquelle ne m'en scay plus souvenir. Et disoyt, Qui s'auancent maintenant, ces malheureux Luthériens, hérétiques meschants , pires que luifz, Turcz , ne Payons. (Pensoit fayre grande iniure, appellant Luthériens, qui est vng mot d'honneur et non de vitupère en Allemagne : car Luther, en la langue germanique, vault aultant à dire, en nostre langue Françoyse que cler {clair) aussi n'y a rien plus

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clcr que l'Euangille de lesus Christ. Parquoy en voullant ou pensant mal dire, par grande oultraige appellant Luthériens les hommes, on les honore, comme ceulx qui ont appelle les disciples de Christ Chrestiens ou Nazariens : Combien que Luther ce n'est que vng nom appellatif , et son propre nom Martin , comme si l'on disoit Martin Cler, duquel on a dit la secte des Luthériens, ou la secte Cler.) Ont sont nos beaux prescheurs de cheminées, qui preschent le contrayre, qui s'auancent maintenant, et on parlera à euh. Ha Ha, ilz s'en garderont bien de se montrer à présent, sinon de soubz les cheminées , pour tromper les poures femmes , et ceulx qui ne sauentrien. L'ouant ainsi parler, voyla Anthoine Fromment qui seliesue debout, au millieu de toute l'assemblée, faysant signe de la main , priant tout le peuple pour l'honneur de Dieu, auoir audience, soy ouffrant à la mort s'il ne monstroit par la Saincte Escripture le contrayre de ce que ce docteur Furbity auoit presché, et ce qu'il auoit dict estoit faulx, et contre Dieu : et réitéra les mesmes parolles qu'il auoit dict et presché desia souuenteffoys , monstrant article par article , ce qu'il auoit dict estre faulx, et raysons par auctorités d'Escriptures; ensorte que Monsieur le Docteur Furbity fust si estonné et confus qui ne respondit pas vng seul mot. Les vngz disoint en ouant desclarer les articles; il dict bien: Les aultres ; qu'il luy responde, qu'il luy responde maintenant.

Or les Prebstres et Chanoynes^ voyant que leur cas se pourtoit mal , et que leur docteur ne disoit mot, ains estoit si estonné de voyr ce petit homme

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(lauant luy, qui mist la teste dans sa chaire; sans l'auser leuer en haull. Commencèrent à crier; Tue, Tue ce Luther, et à desgayner des épees, et crioint tous à voix confuse, au Rhosne, au Rhosne; Ha le jneschant, Ha le meschant, qui a reprins nostre beau père. Et fust l'emolion certes non petite, toutesfoys n'y eust point de mal ; car quant Fromment il vit qu'il ne pouuoit auoyr audience, et que les Prebstres faysoint effort, il s'en alla du millieu du peuple, en sortant du temple. Tout le peuple couroit après luy, fort esmeu, et les Sindiques el Officiers le voulloint prendre , en sorte qu'ilz foulloint l'vng l'aultre pour voir cet homme, aulcuns pour le prendre, des aultres pour le batre et fraper. Mais Baudichon se mit à la grande porte du temple , son espée desgaynée, criant à haulte vois; si y a personne qui le touche ie le tueray ; laissés fayre à la luslice , el celluy qui aura tort qu'il soit puny. En disant ces parolles il se saulua du millieu du peuple. El en s'en allant Amy Perrin luy commença à dire, Vous aués tout gaslé, les choses alloint fort bien; tout est perdu , car tout est au-dessus à ceste heure. L'aultre respondit c'est tout gagné non pas perdu.

Et cependant que tous parloint encores, voicy Alexandre Canus, son compagnon, eslanl encores au millieu du peuple, sus les degrés en haull, hors la grande porte du temple, qui commença à crier à Jiaulte voys intelligible; l\ l'a bien reprins, et ie veulx aussi monslrer qu'il a meschamment presché, el qu'il n'est que vng faulx prophète. Sur quoy fust prins et mené au Conseil prisonnier. Et cependant qu'ilz se amusoinl en luy, Fromment se saulua, et

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s'en alla iecler dans la mayson de Baudichon, en vnc feniere sus l'estable, ont le petit Coullogni le cacha si bien qu'il ne peult estre Irouué par Claude Bau, sindicque, ne par les Officiers, eslans forlalTectionnés à le trouuer, auec allebardes et basions. Mais ne le pouuans trouuer, se vengèrent sus son compagnon, lequel la première foys ingèrent en leur Conseil à la mort. Mais Michiel Balthezard , et certains aultres du Conseil qui faysoint des Nycodemistes , renuerserent la sentence du Conseil par plusieurs raysons; l'vne parce que ce n'esloit pas celluy qui auoit faict l'émotion, ne reprins le Docteur en prèschant, ains viig aultre, et qu'il ne debuoit souffrir mort pour vng aultre qui euU faict le delict; secondement qu'il estoit Françoys, que le Roy de France pourroit prendre, combien qu'il ne se soussie de ceste Loy, quelque occasion contre la ville, à fayre mourir ses subieetz pour si peu de chose ; tiercement qu'ilz feront desplaysir à leurs bons alliez et combourjoix de Berne , qui tiennent la mesme Loy que ceulx ici preschent. Et par ces raysons la sentence et aduys du Conseil fust changé, et ne fust pour Ihors que bany de la ville , mais non pas sans grand auancement à la paroUe : Car en le banyssant et iectant hors de leur ville, beaucop plus de peuple le suyuoit qu'ilz n'auoint accoustumé fayre les aultres foys en bannissant les aultres selon leurs eouslumes. Et estant arriué hors la porte de S*^ Cernes, hors les franchises de la ville, au près de la Monnoye, qu'on y soulloit batre en ce temps, prescha le peuple qui l'auoit accompagne plus de deux heures disant; La parolle est accomplie en

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inoy, quand Icsus disoyt; Vous serés amenés dauanl roys, princes, seigneurs et magislras, et ilz flagelleront et banyront hors de leurs synagogues: en sorte que plusieurs furent gaignés à nostre Seigneur. Le- (juel fust contraint se retirer en vne petite mayson là au près, atendant Baudichon et Fromment iusqu'à la nuicl : lequel menèrent auec eulx à Berne, pour l'ayre les remonslrances et proposites des articles que Furbity auoit presché contre eulx, et de toutes choses qu'on auoit faict ; lesquelz prindrent la chose fort à cueur, et concédèrent lettres à Baudichon pour enuoyer au Conseil de Geneue. El s'en alla [Alexandre Canus) vng peu de iours après dans Lyon, que voullul fayre ainsi que il auoit desia faict en Geneue, c'est assauoir prescher par les maysons et fayre assemblées de gens, voyre souuenteffoys publicques , ça et la, en grand aduancement de la parolle ; tellement qu'il ne pensoit pas de moyns que si Lyon eust esté vne telle ville franche que Geneue , il eust presché publicquement ; Comme il enuoya par lettres à Guillaume Farel, tant que se augmentoit le nombre des fidelles. Mais la persécution y estoit si grande que personne ne se ausoit mettre à l'hasard. Touteffoys il perseueroit tousiours à prescher en grande constance; et auoit presché, les fidelles luy faysoint grande assistance , le mussant de mayson en mayson , pour la crainte des persécuteurs; en sorte que de long temps ne le sceurent trouuer, ne le congnoissant pas. Ce neantmoins ilz sauoint bien qu'il y auoit vng Luthérien qui preschoit et esmouuoit le peuple, faysant assemblées de ça et de la parmy la ville, lequel, disoint-ilz,

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il nous failli auoir, car il gasiera tout le peuple, vng chascun courant après luy et ne le pouuons congnoistre ne scauoir qu'il est. A la fin se trouuerent aulcuns espions qui le donnèrent à congnoistre es Officiers, et fust prins à Lyon (au temps que Baudichon cstoit prins et Collogny à Lyon, et les vint voyr dans les prisons de l'Euesque) et iugé et sentence à mort. De laquelle sentence ne voulloit appeller; mais fust conseillé d'en appeller : ce que n'a pas esté faict sans grand raistere , et par la grande prouidence de Dieu : car par telle appellation et mort, en est suruenu grand aduancement à la parolle ; et prof • fila plus, tant par les chemins et liostellcries que à sa mort cl à ceulx qui le menoint , qu'il n'auoit iamais faict auparauant, car en le menant à Paris le Capilayne fust converly. Et, par la relaxion de ceulx qui l'ont veu et ouy, on n'ouyt iamais mourir homme, ne parler plus constamment de nostre temps que cestuy cy, ne mieulx respondre et confondre ses aduersayres, par les Escriptures saincles, ne de qui on aye plus esté édifié, à la mort. Aussi certes il esloil meu d'vng grand zelle; et sçauant mesme en la doctrine soffislique, car aussi y auoit bien prolfité , et longuement esludié, dans Paris, auec ses compagnons de la religion des lacopins. Bien est vray que quand il vint es quartiers de par deçà, là ont on preschoit du commencement lEuangille en la langue Fran- Coyse, il n'enlcndoil pas du Sacrement, ne de plusieurs aultres choses; mais incontinent qu'il eust entendu, et esté vrayment resollu, pour scauoir résister à tous contre disans, y ne fust personne qui

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le peull jamais arrester, tant estoit mené de grand zelle à gaigner le peuple à nostrc Seigneur. Donc, pstre mené par appres de Lyon à Paris, sa sentence fust confirmée, d'estre mené au supplice, pour estre bruslé lout vif, commença à exorter le peupeuple, et à reiecler certains moynes et lacopins, qui luy vouUoint parler de leur Loy Papalle, mais auxquelz dict, layssés moy, car tout vostre cas n'est qu'abusion. Mais premièrement fust desgradé, selon leur couslume; et luy fust baillé vne robe de gros drap, comme à vng paysant en manière de fol : Lequel commença fayre vne grande exclamation au Seigneur, luy mettant la robe de fol , disant; 0 Dieu Eternel, ie te rendz grâces de ce qu'il t'a pieu me fayre ceste grâce et honneur de me fayre veslir vne telle robe que ton filz lesus Christ, pour me fayre ressembler vng fol. Et en faysant la préparation pour le iecler au feu, disoit telles parolles, lesquelles furent rédigées par escript fideilcmenl, et ceulx qui les onl ouycs en ont rendu lesmoygnage comme s'ensuict;

Messieurs, qui estes icy assemblés pour voyr le supplice d'vng poure condampné, iustcment pour ses péchez : à rayson d'auoir asseuré et affermé aulcunes choses mesmement de la Saincte Cène. Laquelle lesus Christ nostre Saulueur ordonna et institua le iour dauant qu'il souffrit mort et passion pour noz peschez; car nostre Seigneur lesus Christ est mort pour noz péchez et pour noz renouueller à Dieu son père, en noz faysans vrays enfans de Dieu et heretiers de paradis. Parquoy, en memoyre perpétuelle ordonna ceste saincte Cène , disans à ses

apolres; Hic quoties cunque feceretis, in memoriam MEi FAciETis, c'csl à dire; toutes et quanles foys que vous ferés ceci , vous le ferés en mémoire de moy : et cella dict l'Apostre S' Pol, disant; Qloties cuinque

MANDUCABTTIS PANEM HUNC, ET CAL1CEM BIBETIS, MORTEM DOMINI ANNUNCTABITIS, DONEC VENIAT ; C'CSt à dire tOU-

tes et quanles foys que vous mangercs ce pain et boires ce vin, vous annoncerés la mort du Seigneur iusques à tant qu'il viendra baillant le pain. Et veult que nous viuions d'vng mesme vouUoir et charité, en le priant les vngz pour les aullres, annonçant ceste mort de lesus Christ; prenant ce pain comme signe et memoyre de la mort de lesus Christ. Et fault bien. Messieurs, se esprouuer dauant que aller à ceste saincte table, c'est qu'il fault auoyr vne vraye foi, en nous asseurant que lesus Christ est mort pour noz. Car sans ce nous le prendrions indignement comme dict l'Apostre S' Pol ; Probet se ipsum

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